‹ Œuvres illustrees d'Eugene Sue La vigie de KoatVen roman maritime 17801830Chapitre 7 sur 70 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

voun-DE.

Salut au savant docteur!

GaroB — fausi.

Ua léger crépuscule rose annonçait à peine le lever du soleil. los étoffes brillaient encore au ciel; l'air vif cl frais du matin bénissait légèrement dans le feuillage; tout respirait le silence et le calme, et l'atmosphère était imprégnée de l’odeur aromatique de ces plantes délicates qui uc confient qu'aux brises amoureuses de la nuit les trésors de leurs parfums.

Tuut à l'extrémité de b petite ville de Sainl-Rénan, au bout do ses rues sombres et tortueuses, bordées de hautes maisons chargées de solives saillantes, à environ cent pas de la porte, s'étendait un as>ez grand mur que d épaisses toufies d'arbres débordaient de toutes parts.

Ce mur, dégradé en une multitude d’endroits, était tapissé do lierres, de convolvulus, de pariétaires, qui, incités dans les cassures, s’épanouissaieut partout en bouquets, en guirlandes ou en couronnes de couleurs variées.

En poussant une petite porte presque vermoulue qui se voyait à l’angle de ce mur, on se trouvait dans un jardin touffu, couvert, et presque saus allées .racées.

Pourtant, s, .malgré les branchages qui se croisaient en tout sens dans cet épais fourré, vous parveniez a franchir celte formidable enceinte, le tableau qui s'offrait alors à votre vue vous dédommageait bleu, je vous jure, aie celte laborieuse entreprise.

Car, pour un amant do la solitude, c'était un site enchanteur.

Figurez-vous une petite maison à un étage, isolée au milieu d’une pelouse d'epab gazon, qui, venant verdir jusqu’à scs murailles, formait un parterre assez grand, tout couvert de roses, de jasmins et de chèvrefeuilles.

Ma b le crépuscule ayant fait place au jour, déjà les flots d une lumière dorée coloraient le faite des hauts arbres de ce jardin si riant et si tranquille. A mesure que le soleil montait à l'horizon, les pétales des fleurs, trempées de rosée, commençaient à briller ; chaque brin d'herbe secouait sa perle éliucclaule.

t Et puis je ne sais quel bruit confus et indéfinissable s’épandait dans l’air, quel vague murmure annonçait le réveil de la nature ; mais, au signal donné par cette harmonie sublime, les papillons secouèrent la poudre bigarrée de leurs ailes, des myriades de moucherons luisants s'élancèrent comme uue uuée d 'étincelles, les oiseaux chaulèrent sous la feuillée. et le rideau tremblant de vapeur transpareutc qui baiguait b ciine des chênes et des peupliers s’effaça peu à peu, et leurs feuilles vertes $c découpèrent plus nettes sur le bleu du ciel, qui deveuait à chaque instant plus vif et plus pur.

La porte du rez-de-chaussée de la maison s’ouvrit, et b lumière do jour iuouda une petite antichambre qui divisait cette habitation eu deux parties.

LA VIGIE DE KO AT- VEN

La penoone qui ouvrait cette porto était un feomme d'euviron quarante ans. velu d'un bvuracao fort propre, de couleur sombre, ne portant pas de poudre, et ayant scs cheveu* soigneusement attachés par un nœud qu'on appelait alors un crapaud, maigre, sec et voûté ; cet honune était en outre horriblement marqué de petite vérole, cl d'innombrables cicatrices couluraient son pauvre visage.

Cet homme tenait à la main une assiette et un bol rempli de lait épais et fuinanl, qu'il remuait avec soin. U s'approcha d’une porte oui communiquait avec cette antichambre, appliqua son oreille sur la serrure, écouta un moment... puis, n’enieudant rien... se retira sur la pointe des |>tcds dans la cuisine qui était en face.

Trois ou quatre fois il agit de même ; mais à chaque voyage sa figure prenait une nouvelle expression d’inquiétude, et ses gestes révélaient une impatience affectueuse qu'il lâchait pourtant de modérer, tant il paraissait craindre de faire le moindre bruit.

Comme il s'avançait pour la cinquième fois, toujours son bol de lait à la main... la porte s'ouvrit cnliu, cl il poussa uu petit cri de joie et de surprise, en disaut : — Mon Dieu, mon frère, que vous vous êtes levé tard aujourd'hui! et que j'étais inquiet... Voilà votre lait, mon frère... prenez-ie tout de suite, il est encore bien chaud... Mon frère... mou frère.

Mais le frère n'entendait pas cl s’avançait vers le jardin, tandis que l’autre frère le suivait timidement, toujours son bol à la main.

Le frère auquel on offrait ce bol était le savant astrouoim: Ituiiiphius, alors occupé de profondes recherches sur l'astronomie et la religion hindoue; uu tout petit Imuuue brun olivâtre, dont le buste paraissait énorme eu égard aux jambes et aux bras qui l’accompagnaient. Rurn— pliius avait avec eda un nez fort long, barbouille de tabac, d’épais sourcils gris, et la démarche la plus gauche que l'on puisse imaginer.

Les jarretières de sa culotte de velours usé n’étaient pas nouées; *on bas, car il n’en avait qu'un, sc roulait en spirale autour de l’une de ses jambes, taudis que l'autre était entièrement nue; il portait, en outre, une pantoufle à un pied et un soulier à l'autre; sa chemise était ouverte, son cou, nu ; et n avant qu'un bras passé dans une des manches de sa robe de cliambre de ratiise grise, l'autre manche llotiait à l'aventure comme le dolinan d'un hussard ; enfin ses cheveux en désordre s’échappaient roidrs et mêlés d'uu vieux bonnet de damas autrefois bleu, posé tout de travers.

Sulpicc, comprenant, à l'impassibilité de la figure de son frère, qu’il était plongé dans quelque méditation abstraite, ne pensa pas à feu arracher par le simple son de sa voix ; aussi, selon sa coutume, H conduisit insen-ihlt-ment sou Trérc contre le mur de la maison, jusqu’au moincut où Riimpilius, se heurtant légèrement coutre cet obstac le, revint à lui, redescendit un instant sur terre cl regaida fixement Sulpice, qui saisit ce moment avec adresse pour lui placer daus la main son cher bol de lait, que Riimphius vida d'un trait.

Mais, par une distraction impardonnable, le pauvre Sulpicc, oubliaut le bol, s'était agenouillé pour compléter la toilette d'une des jambes de son frère, boucler les jarretières, etc., etc.

Or, Ihmiphius, apres avoir bu, ayant ramené machinalement sa main à la hauteur à laquelle il avait pris lé bol, et n'ayaut rien rencontré pour le supporter, l avait abandonné à son propre poids, et le bol S’était brisé.

Le bruit fit redresser Sulpicc.

— Ah! mon Dieu! mou frère, il fallait m’appeler, dit-il d’un ton de douce remontrance... voilà le bol en morceaux.

— En effet, dit Rumpliius d'un air fort étonné, le bot est cassé...’ Eh hien ! Sulpicc, telle est pourtant la naivc offrande que font à leur dieu des adorateurs de Wishnou... uu simple pot cassé ! en invoquant Nandy- Kirhara, le roi des oiseaux, qui a de belles ailes, un bec bien pointu, et qui mange les serpents... Ils brisent un vase d’argile après l avoir respectueusement louché de leurs deux uariues et de leur orteil. Savezvous, au moins, que cela est fort primitif, Sulpicc ! car on présume que cc Nandy-Kirhara est une des sept étoiles de... qui... lors de...

Ici la voix de l'astronome s'eteiguil insensiblement, cl il finit sans doute la définition en lui-mémc, car, selon sou habitude de profonde distraction, il oubliait toujours sou interlocuteur, retombait dans ses pensées, et s’élançait alors avec une nouvelle ardeur à la suite des courbes des satellites et des planètes symboliques de Wishnou.

Voyant que l’esprit de son frère u'élail (dus de ce monde, Sulpicc essaya encore d introduire le bras rebelle do l'astronome dans la manche de sa robe de chambre ; mais ce fut eu vain... cl la manche continua de flotter à la hussarde...

Sulpicc se coûtent:» donc de ramasser en soupirant le* débris de sa chère tasse, et Rumphius s'enfonça dans les profondeurs d'une allée un peu plus frayée que les autres... en marchant tantôt avec lenteur, tautùi à pas précipités.

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