‹ Œuvres illustrees d'Eugene Sue La vigie de KoatVen roman maritime 17801830Chapitre 65 sur 70 · U CHAMBRE A COUCHER DU COMTB · texte numérisé non relu

U CHAMBRE A COUCHER DU COMTB

If. de Vaudrey eil couché (Un* son la. L'expreuioa de ion visage n’a pas changé . seulement son regard est de plus en plus voilé, sa voix plus faible, el son audition moins nette. Les fenêtres de sa chambre sont ouvertes. Cette scène se passe par uue magnifique soirée «l'été ; le soleil est à son déclin, et ses derniers rayons viennent dorer la cime d'un massif d'acacins dont les fleurs roses et parfumées s'épanouissent en face des croisées de ect appartement. I.e chapelain est su chevet du comte. Dana la chambre sont deux valets et le médecin.

le cardinal (entre cl s’approche du comte). — Veuillez, monsieur le comte, faire retirer tout le monde ; il faut que je vous entretienne seul.

u comtb (d’une voix faible). — Oui, oui, sortez tous... laissez-moi avec Sou Eminence... qui veut bien me donner sa bénédiction. (Tout le monde sort. Le chapelain, un inomcut indécis, obéit i un regard impérieux du cardinal. Ce dernier les suit des yeux, et. quand b porte est fermée, il s'approche du comte l’air grave et presque menaçant.)

u c Asoiii al. — Qu'avez-vous fait de votre femme et de voire fille» monsieur?

lb comte (d'une voix éteinte). — Elles prient pour moi... monseigneur. Toutes deux retirées dans un couvent... elles prient... Nais votre béuédiction. .. me...

le gasduai (rinterrompaut). — Madame de Vaudrey est morte, monsieur!

lc comte. — Morte! ah! mon Dieu! elle va donc prier pour moi... dans le ciel... aux pieds de l'Eteruel,... prier pour moi.... Oh!.... mais que je sois faible... ma \ue se trouble... j'entends à peine... le CAituvAL. — Voire fille est mourante, monsieur ! le comtb (s'affaiblissant de plus en plus). — Dieu b bénira... clic a prié pour son pi re, et m'a gagné la félicité éternelle... et m'a douce le moyen d'illustrer ma uiaisvu... Ma fille, je...

lb cardinal < d'une voix terrible). — La félicité éternelle!.... à vous! à vous, monsieur! mais songez doue à ceux que tous avez saeiiiiésll!

le comtb (délirant el à voix très-basse! . — Oh ! oui... je le sens là.., j'ai une conviction.... qui.... me dit.... que j’ai gagné.... le paradis... le chapelain m’a promis...

lb cardtal. — Cela n'est pas, monsieur, ce prêtre imposteur vous a abusé; il a blasphémé en vois promettant, au nom du Seigneur, une place parmi ses élus ! Tremblez H

lb comtb (en délire, 1rs yeux animés). — Je vais dans le ciel... c'ed ina fille... qui m'a valu cette faveur... dans le ciel... mon ûls... une maison souveraine... le ciel...

le caxwkal. — Mais il meurt... cet homme meurt sans effroi, sans remords. Oh ! cel.i est épouvantable... (Le comte en délire fait un dernier effort, scs joues se colorent, ses yeux brillent, toute sa figure semble rayonnante d’espoir et de conviction.)

le comtb. — Oui... je va» à loi... à toi, mon Dieu ! mon nom vivra... dans ce monde... et lu me donnes une place dans ton paradis... mou fils.... maison souveraine.... le paradis.... je suis bien.... heureux... les anges... je..,

lb cardinal. — Oh ! malédiction! malédiction ! lb comte (poussant un grand soupir). — Je.... ob!.„ le paradis.. ..(Q meurt. Le cardinal se précipite sur le comte, le regarde avec une au* goisse horrible, puis retombe accablé sur un fauteuil.)

lb carde* al. Il est mort !... (ta cardinal reste dans un morne et profond silence, sa tête cachée dans scs mains. Au bout d'un quart d’heure de méditation, il se lève, ferme les paupières du comte, et. après avoir longtemps considéré ces traits qui expriment encore le calme cl b sérénité, il dil d'une voix lente el solennelle) : Après b vie infâme de cet homme, qui oserait douier encore de 1 existence logique d'un Dieu juste el rémunérateur, d’un Dieu nui punit le méchant dans une autre vie? (Jui ocrait douter que notre séjour dans ce monde ne soit le passage du néant à l'éternité ? (I e cardinal contemple encore le cadavre du comte.) Qui oscuit eu douter?... (Puis, tivoc une déchirante expression de douleur et de désespoir, il s’écrie) : MOI !!!

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