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Oeuvres illustrees d'Eugene Sue Latreaumont

Ud géant, spadassin railleur, sorte de bouffon miel, monstruosité morale et physique ; mi de» plus séduisant* et des plus grands seigneurs de b cour de Louis XIV ; un

K uvre et austère vieillard Mandais , philosophe éuii- Dcnt, grand esprit politique, savant renommé . qui eut Spinnsa pour disciple, et Jean de Witi pour atni: une jeune fille tic haute noblesse poussant le dévouement jusqu'à 1’béroismr ; une jeune femme, riche, merveilleusement belle et chaste, titrée aussi, et poussant aussi jusqu'à l'héroïsme la foi sacrce du serment : enfin nu gracieux, timide et teodre adolescent ; tels sont les principaux acteurs du drame qu'on va raconter.

L’auteur de ce livre a oltéi a toutes les exigences, à tous les développements de cette donnée entièrement historique, avec la plus scrupuleuse

abnégation d'invention. Mais — ■

de ce procédé, ainsi que de la nature même du sujet, devait naître uur grave imperfection dans b combinaison artistique, de cet ouvrage, et

celui qui écrit ces lignes est le premier à b signaler entre toutes. Singulier hasard, res six personnages, de caractères , de natures , d’états et de pars differents , bien que marchant tous au même but , conduits pourtant par des intérêts cl des passions extrêmement opposés, sc trouvaient presque tous étrangers les uns aux autres; cl trois d’entre eux se virent pour la première foi*, lors du déaoûmenl de cette aventure, à laquelle ils avaient néanmoins communément concouru. Or, pour s’abandonner aveuglément aux mille bizarres fantaisies de celle réalité si variée d’incidents; pour mettre eu relief chacune de ces physionomies, sérieuses, touchantes, sereines ou féroces (par un incroyable dédaiu de l'histoire, absolument inconnues ou méconnues jusqu’à cette heure ) ; pour les moutrer enfin bien complètes et consroucinmcot avec toutes leurs adhérences; naivcmcnl eulourée», si cela se peut dire, de leurs accessoires de famille ou de position, il a fallu consacrer à b peinture curieuse et étudiée de ces figures et de ces contrastes de toute Mine, une série de tableaux apparemment isolés; mais liés entre eux p ; , r b pensée, ou plutôt l'in-

Le grand teneur de France. — ncc 23.

Cranm par A. U miua.

LATREAIÎMONT.

domptable volonté de I alré-juniont, dont la furcc morale domine puissanimrut l'action, comme mi force physique eu domine les acteurs.

De là, l’ extrême abondance, ou plutôt l’abus des perspectives variées à l’inlini, que l’on peut justement reprocher à celle rigoureuse reproduction de lii ils réels et accomplis. Et néanmoins, en t> riniuani la lecture de cette oeuvre, peut-être demeure ra-t-ou persuadé qu’il était impossible de la présenter autrement, voulant surtout faire entrevoir les iuuombrables voies par lesquelles cet personnages si divers devaient arriver au même but.

(Joe si, dans ce livre, on démasque, d'une façon presque brutale, bien des fans semblants de ee temps-là, hommes et choses du Grand Siècle ou du Grand liai, comme on dit, jamais l’assertion ne manquera de preuves.

(Joe si enfin quelque lecteur >c rappelait par hasard les convictions inébranlable» soutenues hnqn’id par l’auteur, à propos de l'incessante prééminence du mal sur te bleu, du triomphe permanent du vice sur la vertu, etc. ;

Que si le lecteur songeait à s'étonner de ne voir soutenir aucun système excentrique à propos de cet ouvrage pourtaul très-favorable à l'application de ces théories pc^imUies d'autrefois, celui qui écrit ces lignes répondrait : que, dans leurs évolutions inaperçues, les esprits les plus secondaires expérimentent quelquefois sérieusement b vie. et que plus ils gravitent vers la vérité ( ainsi du moins qnc dit l'homme dans sa superbe U plu* le cercle de réalités qu'ils croient parcourir semble sc rétrécir, et qu’il* arrivent enfin à un point où les illusions du vice leur scmbteiu aussi exorbitantes que leur paraissaient jadis les illusions de la vertu.

Alors on en reconnaît le néant avec une froide et secrète amertume, car ta croyance au mal est encore uue manière de croyance, de foi aveugle à P intelligence supérieure et exceptionnelle du vice, qui sait sc dire ou se faire heureux: mais alors, dis-je. après tant d'aspirations vers l'idéal et Inconnu, on retombe de lou e la hauteur de ces vanités de l'imagtuaüon au fond de celte formidable vulgarité : à savoir qu'il n’existe dans ce moude rien d’absolu, rien de fixe, en mal ou en bien; que la vertu, pas plus que le vice, uc jouissent conlinuement d'une ineffable lelicilé . qu'il n’y a d’homme ni absolument vertueux ni absolument vicieux ; que ce qui semble ici noble et généreux parait là-bas infâme et criminel ; qu'il n’v a pas de caractère héroïque et sublime qui ne soit humanisé par quelque souillure: pas de naturel méprisable ou féroce qui ne soit humanisé par quelques bons instincts.

On recounail enfin que I expérience progressive des choses doit incessamment modifier ou même changer radicalement ce qu'on appelle de* convictions, qu’en cela l'avenir n’appartient pas plus an présent que le présent n'a appartenu au passé, et que s’il faut tout comprendre, on ne doit peut-être rien affirmer.

Ec’gei'I Soi.

Cbitenay, ce 30 octobre 1837.

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