CHAPITRE XVIII
^ Et d'ailleur*, que peuvent «voip de si tri«U> dM si rigoureux (Ici rêpjratioun «tout l anuvi r doit ûirt tout b mérite? M«vmxon. — La
qui était là. en deux coups il défonce b porte, inc fait seller ce pauvre Selim, et part... — Selim ’ porter un poids pareil ! ... m.
• mai» c’est à
scr... (ouimeot cet énorme corps aA-ilosé sculi-meol l’enfourtbcr? — Ah bien ! s’il a osé ! vous savez d'ailleurs qu'il monte a cheval comme Drccar (I), on ue peut pas lut refuser ecb; aussi Selim, sans doute chagrin é du poids, a commencé par vouloir pointer et se défendre ; mai» balh ! il a fallu voir comme les coups de cauue et les coups de poing sur b tète l'ont eu vite réduit, car ce Masse de M. Tom-a-Moi ferait peur a un taureau! — Tenez, maître François, s'écria l'Andouillcr furieux, ri j’avais vu battre ainsi Mliui, qui est doux comme un agneau cl joue avec moi comme M chien, j’aurais fait quelque malheur .. Kl monseigneur! mon -rigueur ! que va-t-il dire?... - Eh ! mon Dieu, mou pauvre garçon, cc quÜ «Ut toujours quand cc gros corps o'osl pas b :
(t) Criinl homme de che»«l de ce têmpéfel
L r nc (bis lu porte du vestibule fermée derrière elle, cette femme »'.«f réla un rootneal et dénoua les cordons de son masque. C’était nu ' moiselb Reiiée-Mauricc d’O, qu'au a vue eu 16G0* lUlc d'honn- ur d reine, éprouvant déjà pour M. de Rohan une pas-ion profonde cl il sistible. Or, depuis ce temps, celle passion u’avait pas tailii ; à CtiJ explicable amour Maurice avait en le triste courage tic tout sacra famille, position sociale, devoirs, orgueil, respect <lo soi. Jeune (0 maîtresse absolue dYlle-mémc et de sa fortuite, elle avuil rcfu-élf mariage, quitté les siens pour venir dire à Huhau : Je vous aime ! cl puis clic avait toujours ve< u solitaire et loin du monde. Cet amour a fétisté aux plus terribles épreuves De M. de Rohan Maurice avait tout souffert humiliantes iufiddWw égoïsme brutal, doutes olVunsaul*. lâches mépris. jj|<m>ic toile, tujtttt cl féroce... à M. de Rohan efTft axait tout pardonne. Jamais unephMRè jamais uu reproche, seulcmçul des larmes, des larmes i imère* et sîlrtcicuses qu'elle pleurait eu voyant celui auquel elle tomil offert et dM* soit existence eultae ne pa* sembler le savoir. Seulement tics brutes-en seutapt son amour méconuu, vivre pourtant et respirer on elW, ainsi qu'une mère seul tressaillir son enbn èà^c tileincni des fermes.ni avec t
oh! bien cruelles, celles-ci... en songeant avec, terreur qu'au Iftu fe comprendre le sens religieux et profond de cet amour suus bornes; an
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LATREAUMONT.
lieu d'y compter comme sur un trésor inépuisable de cousoblions pour 1rs jours mauvais, celui qu elle adorait était assez insensé, assez malheureux pour n'y voir qu'un épisode Ibllcur de sa vie plante, qu'un lien fragile et sans racines qu'il pouvait indifféremment briser. Car, ainsi que b plupart des hommes à bonnes fortunes et d’un esprit étroit, par ceb qu'on lui avait beaucoup cédé, M . de Hohan avait b plus mauvaise opinion des femmes, chacune de leurs bontés devenaut a ses yeux une nouvelle preuve de leur faiblesse ; il ne croyait à b vertu ou à b sincérité de l'amour d'aucune d’elles, et Maurice n'échappait pas à ce dédaiu général.
Puis, soit par un étrange retour sur lui- même, soit comble d’orgueil ou d'humilité hargneuse ou méchante, M. de Hohan en était venu à ne plus juger les sentiments des autres pour lui que par la comparaison de ce qu’il éprouvait ou de ce qu’il avait éprouvé pour les autres. Ainsi, parce que dans sa vie il avait souveut trompé -, ainsi, parce qu’il avait feint à merveille on amour menteur et intéressé, il devait en être de même de celui de Maurice ! Façon de voir aussi fausse qu’odieuse, quant à celle pauvre femme du moins, qui l’aimait du plus pur et du plus profond amour. Aussi qu'on se figure Maurice éplorée, trouvant dans son désespoir et dans b sainte vérité de son affection un de ces mots déchirants, un de ces cris à b fois suppliants et impératifs, arrachés à cette âme si belle et si irréprochable par l'atroce douleur de se voir aussi méconnue ! en culcudunt M. de Huhau lui répondre avec un froid sourire (T incrédulité, surtout causé par les calomnies dont Lairéaumont avait empoisouuc son cœur : — Et moi aussi, pour cacher un autre amour, je trouvais de ces mots; ma voix tremblante était aussi émue; pourtant tout était faux et menteur, pourquoi n’en serait-il pas de même de ce que vous me dites, Maurice ? — Mais, répondait l'infortunée, pourquoi vous mentirais-je? ne suis-je pas libre? qui me force à vous dire que je vous aime si je ne vous aune pas ? Depuis cinq ans, à quel dévouement ai-je failli ? inconstance, froideur, mépris; â quoi ne me suis-je pas résignée !
Eh bien ! soit qu’il fût exaspéré par d’atroccs médisances, soit qu’il eût l'âme trop aigrie pour comprendre encore les pensées grandes et généreuses, soit qu'il obéit à ce fatal iiislinct des esprits mauvais qui cherchent toujours une cause ou une arrière-pensée honteuse aux plus nobles inspirations, M. de Rohan répondait : — > s i vous n’aviez pas a autres amours à vous reprocher, vous ne souffririez pas si patiemment mes dédains. Pub il pensait, sans oser le dire tout haut ; — Flic veut, par cet apparent dévouement, m'amener sans doute à lui donner ma main, et ensuite rire de moi avec mes rivaux.
Or, il faut le dire, celte idée infernale lui avait été mise au cœur par Lairéaumont, qui trouva ce seul moyen d'expliquer l'irrécusable re>i-
f ;unlkm de l'amour de Maurice pour M. de Itohan. Horribles doutes ! lorriblcs arrière-pensées 1 qui, grâce à l’odieuse obsession du partisan, venaient ainsi (lélrir les seuls moments de calme et de boniieur que le malbcurcux M. de Rohan aurait pu goûter encore, malgré l'épouvantable infortune qui l'écrasait ! Qu’on sc figure doue encore une fois l'affreuse existence de Maurice. N’eûl-ce pas été â en mourir, si la jeune femme n'avait voulu religieusement accomplir jusqu’au bout la magnifique mission de dévouement qu'elle s’était imposée ; et si Rohan, assez malheureux pour subir l'influence de doutes aussi infâmes, ne lui eût surtout para profondément â plaindre, et réclamer ainsi d'elle les consolations les plus instantes ? Car Maurice, en contemplant souvent, (bus toute b sérénité de sou cœur, l’horizon si pur et si radieux de son amour immense, se désolait amèrement d’être seule â jouir de celle splendeur ignorée qui eût ravi deux àines croyantes jusqu’aux plus enivrantes régions du bonheur possible.
Alors, c’étaient encore des larmes brûlantes qu’elle versait, des larmes arrachées par sa leudre et ineffable pitié pour Rohan, pour celte pauvre âme aveugle et malade, pour toujours privée d'anssi divines clartés; pour Rohan qu’elle voyait, avec une angoisse déchirante, côtoyer pour ainsi dire chaque jour une félicité durable qu'il ne soupçonna I* même pas, et dans laquelle il aurait pu retremper â jamais son avenir... Ainsi le voyageur du désert, haletant et désespéré, meurt auprès de b source fraiebe et vivifiante qu’il ignore et qui l'aurait pu sauver. .
Le pâle et beau visage de Maurice, déjà d’une expression si mélancolique, révélait alors plus que jamais les souffrances d un chagriu iucurable et d'uuc angoisse mortelle. Enveloppée de ses coiffes, vêtue d'une longue robe de labis noir, ce fut d'un pas précipité qu'cite traversa les sombres appartements de ccUe habitation, aussi lugubre â l'intérieur qu’au dehors. Ces pièces vastes et Iroides étaient à peine garnies de quelques vieux meubles dépareillés, couverts de poussière, mal eu ordre, et qui semblaient perdus dans PimmcnsUé de ces salons ; partout les murs nus et gris étaient sans tentures, le sol sans tapis et dallé de carreaux que l’humidité rendait verdâtres. Les fenêtres, mal jointes, n'avaiciit pas de rideaux ; les portes, sans portières, criaient sur leurs gonds ; enfin, pendaient encore çâ et là aux solives dorées du pbfond de longs cordons de soie tout poudreux, qui jadis avaient dû soutenir des lustres, tandis que les épaisses toiles d araignées qui envahiss-iient l'angle des corniclics ou obscurcissaient les vitres des croisées, témoignaient de l'abandon sordide où on bissait celle demeure; tout, eu un mot, jusqu'à l'inexprimable odeur de moisi et de renfermé, particulière
aux logis inoccupés, donnait â celle habitation un caractère étrangement triste, glacial et dévasté.
Arrivant au bout d’une galerie aussi déserte, Maurice monta quelques degrés, traversa une petite antichambre, et, suivant nu couloir obscur, sc trouva tout proche d'uuc porte vitrée recouverte d’un rideau de soie. Le pas de b jeune femme était si léger, que M. de Rohan, alors renfermé dans ce cabinet, n'avait rien entendu, bien qu'un des carreaux de b porte fût pourtant brisé. Maurice albil mettre b main sur la clef pour culrer, mais elle s'arrêta au bruit d un profond soupir, suivi de ces mots, prononcés avec un accablement indicible : « Ah ! mou Dieu, mon Dieu ! ayez donc pitié de moi ! » Plainte solitaire et déchirante uui semblait sortir d’une âme écrasée par un désespoir infini. Suspendant son souffle, Maurice souleva un coin du rideau et regarda. M.dc Rohan était â moitié couché dans un grand fauteuil de velours rouge ; sa pose languissante, l’étrange pâleur de scs beaux traits souffrants et amaigris, rendue plus saisissante encore par la couleur foueéc du haut dossier qui leur servait de cadre ; ses yeux levés vers le ciel et humides de larme* ; sa bouche douloureusement contractée par un sourire de sombre résignation ; les rides précoces qui creusaient scs joues, tout colin donnait a sa physionomie nue expression navrante. Il était vêtu de velours brun, et semblait avoir veillé toute b nuit ; une écharpe de soie noire serrait son bras blessé contre sa poitrine, tandis que sa main gauche, toujours blanche et charmante, bien que crueltemcul effilée par b maladie, qui bissait trop voir le réseau bleu des veines, retombait affaissée sur b frange cramoisie qui garnissait les bras du fauteuil.
Les objets qui entouraient le chevalier résumaient pour aiusi dire sa vie présente et sa vie passée, b magnificence et les joies des anciens temps, comme aussi les tristes désastres du jour.
Ainsi, dans cette chambre délabrée, on voyait, d'un coté, un creuset placé près du foyer éteint, des débris de charbon, deux ou trois feuilles de carton couvertes de ligures cabalistiques, M une baguette dit inatoirc, qui prouvait que te chevalier avait tout récemment encore cherché la poudre de projection, ce mystérieux arranc, qui, changeant tout en or, devait lui fournir des richesses inépuisables, ('lus loiu, c’était un christ de brouze aux pieds duquel M. de Rohau s'agenouillait parfois, alliant ainsi b superstition b plus outrée à un irrésistible institu t religieux. Ailleurs, sur une table grossière, c'était un léorbe incrusté de nacre cl d'or, qui avait autrefois résonné sous les doigts de madame de Montespan ; Ici un précieux coffre d’ivoire, don récent et amoureux de I électriee de Bavière; au mur débbré était suspendu uu portrait de b belle duchesse de Mazariu, représentée en Diane chasseresse; plus loin Seliin peint par Valider Meulco; puis, épars ça et là, des livres de magie, des dés, des cartes, des exploits d huissicr, des requêtes menaçantes, de ces billets froids cl hunuliauls par lesquels on refuse un service demandé, et enfin une dernière et terrible lettre de madame la princesse de tiucmenée, lettre d’un laconisme effrayant, et accompagnée d'un factum imprimé, dans lequel cette mère hautaine et inexorable répondait â son tour aux nombreux libelles de son lil>, en retraçant avec une atterrante vérité toutes les prodigalités, toutes les fautes de M. de Hohan, et parlant pour b première fois de l'enlèvement des papiers de bmilic, dont il sciait rendu coupable, en forçant l'hôtel de floemenéc ; conduit d'ailleurs, on I a dit, â cct acte blâmable, par l'infernale influence do Lairéaumont qui le voulait perdre à jamais.
C’était donc en sc voyant sans bien, sans appui, sans amis, méprisé de quelques-uns, indifférent à tous, délesté du roi, liai de sa mère... c’était donc en songeant avec désespoir au néant et à b vanité de scs souvenirs, aux exigences implacables du présent, et an menaçant fantôme de l'avenir, que M . de Rohan avait poussé cette oxcbmatîon si poignante, qui, un instant, avait atterré Maurice sur le seuil du cabinet. Pourtant elle entra... Le premier mouvement de M. de Rohan, en voyant Maurice, mouvement qui ne put cchapjicr â la malheureuse femme, exprima le dépit et b honte, comme ?i le chevalier eût rougi d’être surpris dans un pareil accablement.
— Ali... déjà! tels furent les seuls mots qui accueillirent Maurice. — Oui, Louis, déjà; je viens mal à propos peut-être : mais cxc< rsez-moi , car j'étais bien inquiète. — Inquiété, et de qui? dit-il brusquement. — De qui? répéta-t-elle en secouant b tête d'un air de doux reproi hc. Puis avec un soupir de résignation, elle continua ;
— Ecoutez-moi, Louts : celle nuit, j'ai été cruellement agitée, étaitce ce temps orageux ? le bruit plainlil du vent? je ne sais : mais j'ai été assaillie de terreurs involontaires; et puis, j’ai bit des rêves si étranges!... l’un était affreux ! oh, affreux ! dit Maurice en passaul la main sur sou front, comme pour eu chasser un souvenir pénible, puis elle continua ;
— Mais l’autre, oh ! l’autre m’a consolée du premier. Euliu, comme il s’agissait de vous dans ccs rêves, je n'ai pu résister au besoin que j'avais de venir me rassurer en vous voyant... c'est qu'aussi je suis si bible, si superstitieuse quand j'ai peur pour vous! — Eli bien! vous le voyez, vos craintes ne signifiaient rieu ; maintenant... bissez-moi ! — Vous laisser ! quand vous êtes ainsi?... Louis, permettez que je demeure ; vous souffrez, oui, vous souffrez, je le sens bien, moi! puis, malgré votre blessure, je le vois, vous ne vous êtes pas couché cette nuit, quelle imprudence ! — Ab! c’est la jalousie, maintenant? — La jalousie?... non, t onis, non, ce nest pas b jalousie qui m'amène : je viens, parce que j'ai de graves elioses à von» dire. — Au fait, oui, le véritable amour seul est jaloux, et peut-être vous vous intéresseriez davantage à ce que le-
LATRËAUMONT.
raient M. de Lorraine ou M. d'Efliat, dit amèrement H. de Rohan, en détournant scs regards de Maurice. — Ah! gu’osez-vous dire, Louis ? Encore ces horribles soupçons ! Mais, mon Dieu, mon Pieu ! que faire pour tous prouver que c’est une calomnie infâme? — Je ne sais... faites que je vous croie ! La vérité doit toujours savoir convaincre, dit durement M. de Rohan. — Mais enfin de quoi m’aecuscz-vons ? que me reprochez «vous, Lou» T quelle preuve avez-vous contre moi ? — Aucune... sans doute... oh ! vous êtes adroite!... dit le chevalier avec une ironie méprisante. — Ah I c’est affreux, ccb ! s’écria douloureusement la mal* heureuse femme, comme si on l’eût frappée an cœur : puis elle ajouta avec un triste sourire, en se rappelant soudain qu'elle n essayait plus depuis longtemps de convaincre M. de Rohan à ce sujet : Tenez, Louis, ne parions nkis de cela... vous vous lasserez plus tôt de m'accuser que je ne me lasserai de vous aimer... Encore tout à l'heure, Louis, vous vous êtes écrié : Mon Dieu, ayez pitié de moi, et cela avec un accent si déchirant... Ah! Louis!... ne vous suls-jc donc rien, plus rien? rien même dans le malheur ; et pourtant, le ciel sait si, à celle heure, vous avez besoin d'un cœur gui vous soit dévoué ! — Je ne prie personne de me plaindre; et, quant a ce cri de douleur, et* bien soit, dit impatiemment le chevalier, puisque vous étiez là... à m'épier, vous m’avez entendu invoquer Dieu ; demain probablement j’invoquerai le diable ! ce sera moins monotone pour vous... si vous venez encore écouter à cette porte.— Louis..., ne riez pas ainsi..., vous me biles frémir... Par grâce, songez dooc à votre blessure !... Vous savez ce qu’a dit Maréchal : que les veilles vous étaient funestes. — Vous avez raison, Maurice, continua Rohan avec une amère ironie ; songeons à ma blessure, glorieusement reçue devant Maastricht sous les yeux du plus grand roi du monde! Songeons à ma blessure, qui m'a valu tant de reconnaissance de sa part ... A propos, Sa Majesté n’a -l -elle pas envoyé un de ses gentilshommes s'informer de mes nouvelles ce matin, Maurice? — Louis, ne parlez pas de cela, vous savez combien ce sujet vous irrite. — Vous avez raison, Maurice, ceb est triste ; prions de taliniH plus doux, du crenr d’une mère, par exemple; parlons de b tendresse de madame b princesse de Guemcnée pour moi..., ceb sera plus gai, n'esl-oe ps? — Louis! Louis! — Tenez, voici sa lettre et son bclum imprimé; oui, de pr Dieu, bel et bien imprimé, dans lequel elle bit tout au monde pour déshonorer le nom de son fils ! Allons, courage, l’ataé de b maison est fou, et le puîné sera bientôt un traître! — Ab! Dieu du ciel, mon rêve! s'écria Maurice avec terreur: puis, ne voulant point bisser voir à M. de Rohan combien elle était émue, elle continua : — Louis, je vous en conjure..., laissons à ecite heure d'aussi affreuses plaisanteries; parions de vous. — Soit, prions de moil Voyons, par où commencerons-nous? pr mes dettes? pr le scandaleux procès qu’on m’intente/ pr le hkleux abandon où me laissent tant de gens que j ai obligés? pr b haine implacable dont le roi, son mini;4re et sa maîtresse me poursuivent? Voyons, choisissez, divine consolatrice, choisissez!... les sujets sont nombreux, et encore... vojrez : Oreste oubliait Pyhdcj j'omeUais mon intime ami, le digne sieur de Latréaumoot. — Par pitié, ps le nom de cet homme ! dit Maurice avec un insurmontable effroi. — Ah ! vous, êtes bien difficile à contenter. Je vous ai pourtant assez donné de sujets de conversation à choisir, murmura M. de Ruhan, dont l'exaltation nerveuse et passagère céda bientôt à un abattement profond. Aussi, laissant retomber sa tête sur le dossier de son fauteuil, le chevalier mit ra main sur ses yeux, et, après an long silence, s’écria : — Oh ! que je souffre ! I!
Il y avait quelque chose de si déchirant dans ce long sarcasme, ainsi brusquement terminé pr an cri de douleur et d'accablement, que Maurice ne put retenir ses larmes; puis elle s'approcha silcnt-ir -u-emcot «le M. de Rohan, s'agenouilla à ses pieds sur un carreau, et, le contemplant avec tristesse, elle attendit... Bientôt le chevalier, poussant un profond soupir, et tenant toujours ses yeux fermés, bon languissamment retomber sa main sur le bras du fauteuil. Maurice prit cette main bridante et amaigrie avec une sorte d'hésitation timide, tant b pauvre femme craignait d'irriter, même par une caresse inopportune, cette nature si chagrine; mais, voyant que M. de Rohan ne retirait pas sa main, Maurice jeta an ciel un regard de reconnaissance, cl b baisa pieusement.
M. de Rohan ouvrit les yeux, et, voyant l'expression augeiqne du beau visage de Maurice, dont les larmes continuaient de couler abondantes et muettes, il sc sentit profondément ému, et lui dit avec tendresse : — Pardon à mon tour. Maurice, j'ai été bien ernel tout à l’Iieure. Ah! voib comme ou se fait haïr! — Non..., Louis..., non..., voilà comme on se bit aimer, puisqu'on se fait plaindre profondément Man puisque vous êtes plu» calme, laissez-moi revenir sur lin sujet qui vous a violemment ému tout à l’hcore. Pardon, mon ami, mais il le but; je voulais vous en prier d'ahord. mais, voyant combien vous étiez navré, j ai dû an contraire tâcher de vous distraire de celte pcieéc : aussi, mumtniant, puis-je croire qu’ayant de la sorte exhalé toute l'amertume ♦le votre âme, vous pourrez m 'entendre avec tranquillité. — Que voulez-vous dire, Maurice? — Ecoulez -moi, Louis, reprit b jeune femme d'un tou solennel. Sans pouvoir m’expliquer l inllueucc des songes et de» présages, je ressens pourtant les eraintes qu’ib éveillent eu nous ; aussi, j'ai l.i conviction qn'aujourd hui doit être pour vous un jour fatal et décisif, un jour duquel doit dépendre votre prie ou votre salut ; Louis, vous êtes ruiné, vous êtes abandonné de tons ; votre vie, en un mot, est devante un supplice de chaque heure, un supplice si affreux.
que vous n’espérez sortir de l’affreuse position où vous êtes... que n*f un crime ! par une révolte armée contre votre souverain ! — Mort et furies 1 oui, cela est vrai ! je tirerai l'épée contre lui... il b faut! ,i tmt que je me venge de mon abaissement et de ses dédains, dût il m’en coûter la tête! s'écria Rohan, sentant sa haine contre Louis XlV se réveükr à ces mots. — Risquer votre tête ! Louis, Ici est doue le seul avenir qui vous reste ? — Le seul ! — Le seul, Louis? quel abîme ! — Eh ! ne vaotil pas mieux mourir ainsi que de mener l’exécrable vie que je mène? Dévorer des outrages sans nombre, sentir à chaque heure mou sang « révolter contre mille exigences basses et ignobles; souffrir les insoW ces d un complice! u'avuir jamais un moment de calme, de sécurité: toujours se aire : Que ferai-je?... que deviendrai-je? Ah! que cela affreux!!.*. — Oh! u’est-ce pas, Louis, que ceb est bieu affreux ! dit Maurice, en voyant avec une satisfaction secrète M. de Rohan quitter le ton ironique ou emporté qu’il avait conservé jusqu'alors, cl s'appcsantir avec une profonde tristesse sur l’horreur de sa position. — El cr être arrivé b!... déjà b! moi qui avais tant de chances de bonlicur'. moi, à qui tout soumit dans la vie!... moi, il y a six années encore, un des plus grauds et des plus heureux seigneur» de b cour de France !... En être b. mon Dieu!... haï et méprisé de tous... traître et sacrüégt... prêt à v cialre mou pays à l'étranger! prêt à tirer I épée contre mon souverain !... Qua nu le duc de Rolum lirait b sienne, lui, celait pour servir une sainte cause! c’était pour défendre scs frères qu'on égorgeait, et qui lui criaicut : Secourez- nous!! Celait beau, c'était grand cela!... Mais moi! qui me pousse?... l’appât de l'or ! le désir a assouvir une misérable vengeance! et c'est pour ceb pourtant que je vend* nrao nom!... le nom de Rohan ! comme si ce nom était à moi seul!. . C'est pour cela que mon complice, le rebut des hommes, colportant partirai ma bonté, envoie proposer à l'étranger de lui vendre ce nom pour servir d’enseigne à une mfàrae trahison, sans être sûr seulement qu'oue» veuille de ce nom!! Car on peut me refuser ; on peut me trouver même trop faible et trop lâche pour faire un traître ! 0 miscrc ! 6 crime ! b ma beaux jours pa-sés! Mais Dieu est sans pitié ! Il nVuvoic le repentir que gu.ind l 'espoir est impossible ! dit M. de Rohan en levant an ciel scs jeui désolés. — Il sc repctU, mon Dieu ! il se repent ! il peut donc enfiu être à moi ! s’écria Maurice en poussant un cri de joie presque sauvage et serrant le chevalier dans ses bras avec un geste ue possession d'une énergie sublime.
Puis, avant que M. de Rohan, stupéfait, eût pu prononcer une parole, la jeune femme prit la maiu du chevalier dans les denx siennes, intima vers lui son adorable visage rayonnant de bonheur, et lui dit : — Ta» ira mot, Louis, pas un mot apres celui-là : repentir ! oh ! ce mot dans votre bouche! il dit tant... il dit tout pour moi!!... Aussi, laissez-moi voo* contempler un moment ainsi... heureux comme vous l'êtes à celle bure dans ma pensée... heureux comme vous pouvez l'élrc si vous le voulez! Heureux ! Louis! heureox ! oh ! bissez -moi joindre ce mol à votre nom; ceb me semble un bon présage de phi»! — Enfin, Maurice, nie direzvous?... — Oui, je vous dirai, mon Louis bien-ahné, je von» dirai tout I Vous allez savoir mes deux rêves I le lion et le fatal... oui, le total aussi!... car j hésitais encore de vous confier cc que j’avais à vous dire ; mais après cc mot : repentir, après les espérance» infinies qu'H cvciRe en moi, je me sens maintenant du courage. — Eh bien, ce s rêves ?m rêves? — Ces rêves, Louis, résumaient les deux seuls partis qui vom restent à prendre... l'un bon et l'autre fatal, comme ce» songes. ■ Mût le fatal, le fatal, ou 'annonçait-il? — Dan» cdoi-là, dit rapidement Mjih rice, comme si chaque mot lui eût brûlé les lèvres, je vous voyais aujourd’hui décidé à conspirer; et au même instant... derrière vou» «e dressait une horrible et gigantesque figure... c'était Latréaumont; il avait une hache sanglante à b main ... Ah !.. . — Latréaoinont ! ! s’écria llolnn, pâle d'effroi, Latréaumoot ! — Oui, dit Maurice, respirant û peine: enfin... il était... le bourreau, et vous étiez sur l'échafaud... — Sur l'échafaud! répéta sourdement le chevalier... sur l’échafaud!
Uu assez long silence suivit ces paroles.
Plusieurs fois Rohan eut malgré lui quelques tressaillements nerveux t il éprouva de vagues terreurs; son front »c mouillait de sueurs... peu à peu il sc calma... Maurice essuya scs larmes et reprit bientôt, comme si elle sc fût sentie soulagée d'on poids énorme :
— Kcoutcz-moi bien, Louis; voici mon antre rêve.... mon seul rêne maintenant... Aussi, peut-être serai-jc diffuse; car l'image est douce et riante... Ecoulez-moi : Tout nu brui de b Bretagne, au bord de lanrr. presque caché dans les grands bois, près Saint-l'ol de Léon, il existe «® vieux manoir... — Ah ! mon pauvre château de Penlmci ! dit M. de Ridt*a avec un soupir de regret, eu songeant qu’il avait vendu à vil prix mie terre dirai partait Maurice. — Eh liien ! dans mon rêve, au lieu de c«r limier ici cette vie misérable et dégradante dont vous rougissez ! mit vie dont le terme est un horrible et sanglant abîme, c’était dan» ce cMte.ui, qui vous appartenait encore, que vous vous reliriez avec lettre* üdèles serviteurs qui vous restent! continua Maurice.
El d'un mouvement plein de grâce, elle imposa silence à M. de Bolm qui voulait parier.
— Mai» avant de quitter Paris vons alliez trouver madame b prucesse de Guemcnée... — Revoir ma mère ? jamais ! ! ! par le ciel. Jaùnab! — flans mon rêve, vous alliez trouver votre mère, reprit gravenK* Maurice, et vous lui disiez : « Madame, j’ai eu do grands tort9, je v** 1 en demande pardon; oubliez- le», je pars... mais que cc ne soit {MS'b
LATREAUMOVr.
moins en emportant le courront d'une mère, car vous ni'aver. maudit, madame! » — Jamais je ne reverrai ma mère! et d'ailleurs, qu'importe sa malédiction? — La malédiction d'une mère est toujours fatale et terrible, Unis, dit Maurice en montrant le ciel ; aussi, je vous le répète, vous alliez trouver votre mère ; alors madame de Uucmenéc, qui a été bien sévère pour vous, Louis, touchée de votre soumission, vous pardonnait .. ensuite vous demandiez une audience au roi. — Vous êtes folie, Maurice... mille fois folle, en vérité ! — Dans mon rêve, Louis, vous disiez au roi : « Sire, je le vois... j'ai toujours le malheur de déplaire à Votre Majesté!... Je quitte donc à jamais la cour, inconsolable, pauvre et blessé. De tant de splendeurs évanouies par ma faute, je ne regrette amèrement qu’une ch<*c... l'honneur que j'avais de vous servir; mais à celle heure, sire, laissez-moi vous demander à genoux une grâce qu’on ne refuse ni aux exilés ni aux mouiantsl... le pardon et l'oubli de mes torts. * — M'humilier encore une fois devant lui ! plutôt mille fois la mort!... Continuez, Maurice, bien que ce soit une triste raillerie. — Je n'ai jamais plus sérieusement parle, Louis, vous allez le voir : n'ayant donc plus rien à vous reprocher ni envers votre mère ni envers le roi, vons payiez vos dettes, vous parties et vous arriviez en Bretagne. Le château de Feuhoét est petit, mais logeable... votre goût faisait le reste; sa position est sauvage et majestueuse, et bien souvent, mon Louis, je vous ai entendu vanter la fraîcheur et la beauté de ses canx. Peu à peu votre saoté, si chancelante, se retrempait à cet air vif et pur de la Bretagne: votre âine se rassérénait an milieu de ces solitudes riantes et tranquilles; les bois sont immenses, et vous pouviez vous y livrer à votre passiuu pour la chasse; puis vous aviez de bons livres, du repos et une cote science paisible ; chaque jour enfin vous trouvait sinon joyeux, du moins calme. — Oh ! le calme... le calme ! dit Rohan avec un accent de regret déchirant. — Ensuite, continua Maurice, comme vous êtes bon et humain, comme vos vassaux sont pauvres, vous leur faisiez un peu de bien poor vous distraire, et ces doux soius vous aidaient encore à vivre; enfin, cette existence était simple, monotone peut-être, mais heureuse et indépendante entre toutes, si on la compare aux terribles jours que vous menez ici; de plus, elle était digne de votre nom; car c'était quelque chose de noble et de touchant à la fois que de voir un jeune prince d'une des plus illustres maisons de France, avant l’énergie de sa position, se résigner avec courage à cette vie solitaire et bienfaisante !
Encore ttnc fois, il faut se rappeler l'existence inquiète et tourmentée, les privations même de plus d'une sorte que supportait M. de Rohan, ainsi que l’extrême versatilité de son caractère, noue comprendre avec quelle sorte d’avide curinsité il se prit à éeoulcr Maurice lui peindre ces jours si paisibles et si heureux ; aussi, se laissant aller à son impression do moment, il dit :
— Mais, Maurice, est-ce que dans votre rêve je vivais seul... fout seul à Penhoël? — Non, Loti», dit-elle timidement, dan» ce rêve, vous m’aviez permis de vous accompagner. Vous aviez en moi une amie dévouée, toujours attentive à chasser le moindre souci de votre front, à prévenir vos vœux, à lâcher de varier tous les moments de celle existence retirée, par les ressources Inespérées w peut donner le désir de plaire ; aussi, dans ce rêve de bonheur et d amour, j’arrivais enfin à vous rendre... à vous voir complètement heureux. — Ah ! Maurice ! Maurice! dit tristement M. de Rohan, que cela est cruel h vous de jouer de la sorte avec le bonheur, chose sacrée s’il en est! El quand je pense, ajouta-t-il en poussant un profond soupir, qu’avec ce que j’ai mille fois hasardé sur une carte, je pourrais aujourd'hui réaliser ce rêve ! — Eh bien, ce rêve que Dieu m’a envoyé., grâce â sa boule, sans doute... il peut exister... biles un mol, dites que vous le voulez seulement, et ce rêve devient une réalité. Oui, car si je suis venue ici, c’était pour vous demander à deux cnoux que ceia frU ainsi, s’écria Maurice en épiant le regard de M. de ohan avec une indicible anxiété. — Comment? — Louis... mon Louis bien-aimé, ce rêve peut sc réaliser en acceptant ce que ic vais vous proposer! — Mais dites... au nom du ciel., dites donc. — Pour la première fois depuis cinq ans, Louis, hissez-moi vous rappeler avec bonheur que je suis venue à vous et que je vous ai tout sacrifié ; ce n’est pas un reproche que je vous fais au moins, Lonis, non ! Je vous dis ceia, seulement pour vous prouver que ce que je viens vous offrir à cette heure est bien peu auprès de ce que je vous al déjà donné ; en un mot, louis, il vous faut payer vos dette», nantir et vivre honorablement: vous devez cent mille livres; la terre de renboét en vaut le double... elle est à vendre../ Je suis libre de ma fortune... acceptez de moi ces trois cenl mille livres et parlez! — De l’argent à mol, madame! de l’argent!... nn prêt qu’il m’est impossible de vous rendre, ah ! s’écria M. de Rohan en se levant avec un lier dédain.
Maurice le regarda un moment en silence ; puis bienthl rougissant d mrfign.ttion, elle s’écria avec amertume : — Aller. ! c’est infâme ce qne vons dites là... Et voilà pourtant les hommes! voilà pourtant ce qu’ils osent appeler leur délicatesse! Quelle misérable dérision!... Ainsi mol, pour cet homme, j’ai oublié mes devoirs, ma famille, la position que ma naissance m'avait faite; à cet homme j’ai offert tout ceia, et il a tout accepté, sans scmpules et 6ans remords ! Sans scrupules et sans remords, il a flétri, aux yeux des hommes, ce que les trésors du monde ne pourraient jamais payer, la réputation d’une jeune tille ! Sans pitié... ! il m’a déshonorée enfin !f Et puis à cette heure viennent les nobles sentiments, comme ils disent. Et pourquoi? ponr accepter un peu d’or que j’ai. Mais, à tue sordide et vénale que vous êtes! vous mettez doue l'ar-
gent bien au-dessus de l’honneur, puisque vous n’osez pas prendre l’un, cl que vous osez abuser de l’antre? — Mai» de l'argent... Maurice... de l’argent... encore une fois songez donc que c’est une honte! — En vérité! s’écria Maurice avec une éclatante ironie. La honte vaut les scrupules; il reçoit de l'argent de l’étranger pour commettre un crime, pour s’armer contre son roi, pour risquer sa tête sur un échafaud, et il liésile maintenant à accepter un misérable service d’une femme qu'tl a
r ierdue! — Maurice... Maurice... cela est impossible... Scrupule ou foie... cela ne se peut. Je ne puis... Je ne «fois pas accepter. — Mais, mon Dieu ! mon Dieu ! que voulez-vous doue foire alors ? Non» perdre tou» deux? car, vous le savez bien, désormais, comme toujours, je vivrai de votre existence! ma vie csi en vous cl à vous, de près ou de loin, que vous le vouliez ou non, efle est enchaînée à la vôtre ! Encore une fois non... non, ie ne nuis plus longtemps vons voir aussi malheureux, je vous le dis, Louis ! ces rêves sont un avertissement du cid : par grâce, ne me refusez pas : que voulez-vous que je fasse de celle fortune, moi? â quoi me sert-elle, puisqu’elle ne vous est rien? Par pitié! acceptez, Louis, acceptez!! — Non! non! vous dr»-je... mille fois non!
Après avoir longuement attaché sur Rohan un regard pénétrant, Maurice sourit tristement, cl dit en lui tendant une lettre : — Tenez, pauvre âme malade... lisez.
Et Rohan parcourut la lettre que Maurice lui présenta. — Que vois-je ! vons, Maurice?... vous, cbanoiuessc du chapitre de Munich? — Oui, Louis, ce dernier mot de moi assure mon entrée au chapitre, toute» les formalités sont ainsi remplies. — Mais à quoi bon ?
Maurice répondit avec une calme et noble simplicité : — Pardon, Louis... mai» je vous ni deviné... Uni, vous sachant assez malheureux pour ne pas croire à un dévouement saint, religieux, sans arrière-pensée, j’ai voulu m’engager par des liens indissolubles, afln que si vous acceptiez, mes offres, jamais vous ne pussiez vons croire Hé a mon avenir par la reconnaissance. — Ah ! s’écria Rohan en se cachant la figure, écrasé de honte, car il sentait nue Maurice avait justement pressenti qu’il répondrait à une offre loyale et grande par une basse et ignoble défiance ; qu’il craindrait enfin nue le but caché de Maurice, en sc montrant si généreuse, ne Tût de se foire épouser plus lard. Mais, eu reconnaissant tout ce qu’il y avait de dévouement et de prévoyante tendresse dans l’action de la jeune femme, M. de Rohan parut si douloureusement accablé sous le poids de la confusion et du remords, que. Maurice sc sentit prèle à pleurer. — Oh ' mon Louis bien-aimé ! lui «lit-elle avec un accent de tenaressc inexprimable, si vous saviez combien ic vous plains d'avoir de telles pensées ! de ne pouvoir croire à rien ne nolde cl de pur !... Pauvre âme ! n'est-ce pas vous qui en souffrez le premier, et le plus cruellement ? Mais, enfin, qu'importe, je saurai bien vous forcer à croire à mon amour, et un jour... mon jour viendra ! Ainsi, Louis, acceptez, je vons en conjure, acceptez et partez ! Si vous voulez me permettre de vous accompagner, si la vie dont je vous ai prié voit* convient, je puis vous suivre eu Bretagne, car lu résidence au chapitre n'est pas obligée ; si vous préférez partir seul, je me rends à Munich. Mais, avant toutes choses, acceptez et partez ! Au uom du ciel, partez! voua m’cpouvanlez ici... Ne voyez-vous pas que ces $ongcs-là sont un avertissement du ciel ! Ali 1 cet homme surtout ! cet homme ! il me fuit horreur, c'est lui qui a causé toute» vus infortune» ; à tout prix, fuycz-le ! Louis, fuycz-le ! car, j'en suis sûre, c'est votre mauvais génie ! — Oui, comme tù es mon bon ange, toi ! s'écria le chevalier avec ivresse en sc jetant aux pieds de Maurice. — Louis, que dites-vous ? — J'accepte !... j’accepte ! — Il est sauvé... 0 mon Dieu ! mon Dieu! je te rends grâces, il est sauvé ! dit Maurice en tombaul à genoux devant le crucifix, et joignant scs mains avec ferveur. — Oui, j’accepte, reprit M. de Rohan avec un inexprimable élan de confiance et de tendresse : oui, mon ange, ma bien-aimée Maurice ! j'accepte! j’accepte!... Ah! tiens, je le sens là, le bonheur arrive, le malheur s’en va ! jamais celle voix ne m'a trompé, j’accepte... Je ferai tout ce que lu voudras; demain, je verrai ma more, demain, je verrai le roi ! — Louis ! mon bien-aimé Louis ! Et Maurice, pouvant â peine le croire, le regardait en extase. — El puis, nous partons pour Penhoèt. . Mais je ne pars qu'à une condition... c'est que cette admission au chapitre de Munich est nulle ! et Rohan la déchira ; car j’ai mes droits aussi, madame, à vous posséder ! et si le chapitre de Munich est le pins noble de l'empire, ta maison de Rohan ne lu! cède en rien! dit le chevalier avec une grâce charmante. — El lu acceptes ! et tn verras ta mère ?... tu verras le roi ? — Je verrai ma mère! je verrai le roi, et j'accepte, le dis-je !... f accepte tout avec honlieur ! avec fierté... avec orgueil ; parce que, vois-tu , Maurice, maintenant, celte pensée, qtic je te devrai tout, m'enivre et nie transporte ! parce que celle pensée double pour moi le prix de tout ' Ainsi, être heureux, sera encore te prouver ma reconnaissance ! puisque tout sera par loi ! puisqu 'enfin je ne pourrai pas même respirer le parfum d’uuc fleur, sans me dire : Encore merci à Maurice, â qui je dois tout ! merci à Maurice, qui m’a rendu à ma mère, à mon roi, à mon pays!.. Merci! enfin, à toi, mon Dieu, qui m’as envoyé; cet ange de ton saint paradis f — Louis, Louis!... Ali! je suis bien heureuse! — Et puis, VjW-tU, quand, à force d’amour, je l'aurai fait oublier ma vie d’autrefois, ce» cinq années pendant lesquelles tu m’as rendu dévouement et tendresse, pour froiileur et cruauté !... quand enfin je me serai fait pardonner t-'iit de méchants souvenirs, et que lu me trouvera» digne d rire à toi devant Dieu, comme je l'ai été devant ton amour... Alors. Maurice, alors, a deux
LÀTRÊAUMONT.
genoux devant toi, ma bien-a initie, je te dirai : Viens, le chapelain nous attend ! — Ah ! Louis, pardonne-moi, mais je voudrais que nous pussions partir à l’heure même ! — Folle, tu crains ma faiblcwe, n’est-ce pas? lu crains mon caractère indécis et changeant?... Ah ! moi aussi, comme toi j'aurais craint cela tout à l'heure !... mais plus à présent. L'homme qu'une main divine arrache à l'abîme... serre bien fort celte main dans les siennes, va !... et il n'y a pas de puissance humaine capable de l'en séparer. — Oh! vrai, dis? Oh ! je t'en supplie, rassuremoi... liens... je ue sais... mats je le crois... et malgré cela j'ai peur. — De qui ? de cet homme de ton rêve, de ce mir-érable que j'ai recueilli chez moi par pitié?... Assez longtemps, .Maurice, j'ai toléré ce sauvage matamore !... Celait I ours privé qu ou tient à la chaîne! il me divertissait parfois, je l'avoue !... mes jours étaient si vides et si longs! mais à présent, Maurice, à présent que j'ai un aveuir immense devant moi, mais à présent que j'ai à expier toute une vie de désordre et de faiblesse nar une vie noble J mais à présent, Maurice, que j'ai à me rendre digne d'un nom que je ne te donnerai que resplendissant d'honneur et lavé de toute souillure... A présent, le temps de l'Insouciance et du désordre est passé... Qu’à cette heure on me chasse cet homme I Dans la splendeur de leur cour souveraine, mes ancêtres avaient aussi de ces gladiateurs bouffons et insolents pour amuser leurs hôtes ; mais s’ils devenaient à charge ou trop familiers, on les chassait sur l’heure. — Ah I ah ! nous allons doue voir, mille triples-dieux ! si ce sera toi ou cette gaupe nui me chassera de céans, mousieur l'homme aux ancêtres souverains ! dit tout à coup une grosse voix moqueuse.
C'était Utréaumont... Depuis dix mi uutes, il écoulait à travers le carreau brisé de la porte. Il eulra pesammeui daus le cabinet avec son sang-froid liabilucl... Maurice poussa un cri terrible, ouvrit une petite poric placée près de la cheminée et disparut... Le chevalier de Rohan, paie comme un mort, demeura d'abord debout, immobile, regardant I .alréaumoot d'un air fixe et hagard, tandis que sa main crispée serrait convulsivement l’angle de la table sur laquelle il s'appuyait...
— A nous deux, maintenant, cher lils repentant ! cher sujet soumis !... Tonnerre cl sang ! beau tourtereau ! comme nous traitons nos amis absents ! Al» 1 ah! lu mérites les élririèrcs, et tu les auras bonnes, mon petit saint du paradis, ajouta le colosse eu jetant sur le chevalier un regard audacieux et méprisant.