CHAPITRE XVII
Fiites le ligne de la croix, cl rccommimlei voire Sine i Dieu, car le voici...
Itrr.ir. — La ftmmt folk.
Depuis le commencement de ccttc année 1671, le chevalier de Rohan, ruiné complètement, et vivant au jour le jour de modiques rentrée! on de quelques emprunts difficiles, occupait à Saint-Mandé, près Yinccone, une vaste maison inhabitée depuis longues années. Quant à b cause de • l’abandon de celle demeure, elle était tort concevable, pour ce temps du moins, où les idées superstitieuses avaient encore singulièrement cours, alors qu'on parbil hautement et avec quelque créance de sorti- • lége et de magic, et nue b Voisin et la Vigoureux, par leurs épouvan- I tables secrets, préparaient cette scène étrange, dans laquelle un magic- i Irai demandait sérieusement à M. le maréchal de Luxembourg, jeté sur I la sellette de la Bastille pour l'affaire des poisons, s'il avait véritablement • \u le diable? Eu un mot. la maison qu'hubilail M. de Rohan ayant clé ' autrefois, disait-on, hantée par des esprits, avait gardé le surnom de b • Logelle-au-Diable ; aussi, le propriétaire de celte leniblc retraite,
L'Lxif uitô et l'Enormité. — pac* 45.
LAÎRfcAlMONT.
a/nré d’un faisan.
que l'Andmiitler, fils de la F;mf.ire,J au< ien unijre valet de Entier vénerie du roi, que I ou n’F peut-êtriypas oubli*?. déposa sou sac une pelile « hauibrc délabrée où était tm pauvre grain!, cl mis- Pr^T.’f...il au*dwsus en-f#ccnnlianrà un bois deccrl planté daus
désert wraîl merveilleusement approprié aux con« iliahiihs du fôiîïpîoî
à tenir.
Il faut avouer «pie î’eUérienr lugubre et abandonné île celle maison semblait aii»i donner ‘quelque ressemblance i»u\ bruils effroyables répandu*. sur celle anlkjoe demeure : rien de plus triste cl d * plus demie : ou v arrivait du ôôtrf de Saint-Mandé par une haute et large porte decbèuc. encadrée dans des assises et un lourd entablement de pierre» noir (irs, dégradées par le temps, cl sur lesquelles poussaient une iniiiiilé de plante* pariétaires : de cliaaue côté de cette porte vermoulue s’éteridait une grille de fer rouillée, derrière laquelle on avait établi une sorte llrpalissadc eu planche* grossières, sans doute pour une l'œil des passants ne pût péuélrer daiu. la cour d'Iionueur. Mais, hélas ! malgré sou titre ambitieux, celte cour, ainsi que le re-tc du logis, témoignait de la uégligetice du propriétaire ou des habitants; à rexcepliou de deux , dont l'un conh l'écurie, située , , cl l’autre au
uibule de la maison;
, quoique puétait couverte j lier tic épaisse et nie , car on chu nu mois d’avril, et 1rs pluie* avaient été Abondante* pendant l'hiver de 167 1. Enfin, comme pour compléter ’ leau de ruine cl talion . le luit se adail en plusieurs ; lej» cheminées {h-dc Baient à moitié realéhécs, les murailles ic léxard.m nff eu lotis scu', et b plup.nl •Jt» volets, déplacés de leur» gonds, pendaient va et là le long des fenêtres.
U’ matin même de CO jour où lailréauut oui venait de conque rir si vaillamment la Gazelle de llolltinl.
»nr M. le inat.iui* «fi Cilàtc-Jiiviliain. le ci. I sombre et couvert de OUOgés. les hmgs iiim mui i - «lu vent, le bruit
r Li pluie qui tombait loireut.-, tout cor:coumii à domiif nu carutlcn* plus melauconque encore à la î ogette-an- Diable. Iletaii nuit licmo. . Un Itou»oie vélu d'un vieux
S ucorpi ver!, p«»ruti large fcnlie rai et do grandes guêtres , le chamois toutes trempé. -s d’éan , lissa une petite porte 't» l’une desexiréi de la grille, et, âpre»* avoir regardé dan* la rue ave» précaution, enlm dans la cour, portant sou fusil sous le bras, et sur son dos nu sac, d’où se-
chappnicDt les paît* 1 *, d'un lièvre, et le t
A-I’cnlrée de rnatfen veneur, un vieux chien noir, marqué de feu. dont on sc souvient peut-être aussi - . >lei-:»-Mort, son limiei . sortit «le dessous le lit. et témoigna fa joie nu' il avait de voir son maître. par ses ‘ tyrttiil les avances «le Mel-à-Morl avec dist sur b' grabat, et lira de sou sac un faisan,
deux lievre*. et une perdrix» que le luavc ctilgn courant llaira auv une sorte de dédain.
— Héla*’! par saint Hubert ! uum vieux Mct-â-.Morl, lui dit son madré, lu méprises la plume... Mai- c’est (lui du temps oit nous travaillions gaiement ensemble quelque vaillant dix-cors par nue belle matinée d'automne. sous la futaie de Fontainebleau, pour, donner à courre au roi... Maintenant tu restes ici pendant que je vais lir.iconner, an risque de me faire pendre !... et cola pour aider à vivre cchri dont ma f.iinulejUioiijours mangé le pain... et que mou pauvre père avaut de mourir m’a recommande de ne jamais quitter.
Ut rAmlouQjtcr poussa mi profond soupir, lieux mois suffiront pour expliquer la présence «le ce brave homme à S.iinl-Mandédans la Logctlq** au Diable Eu I6tïî>, lors du différend qui s’éleva entre M. de Rolum et
M. de Villnreeaux, la ‘ Fanfare et son (ils, ayant oui déclarés coupables de voies de fait envers un gentilhomme d’uu des équipages du roi. furent «omiamms à passer par les verges et à être emprisonné»
durant deux année».
Le vieux la Fanfare mourut d'un coup de sang causé par sa rnge.'V pendant «pi on l«‘ fust figea il ; I' .bidouiller, son tu», subit les verges et la prison, et lorsqu’il eu sortit, M. de Itohan, cause involontaire , mai* pourtant réelle.
«lu triste sort t|p ces malheureux, le prit à son service. Tant nue h' «licvalier posséda quelque argent, il cul un |>clit étpiipage de chiens d’Ecosse, avec lequel if allait chasser sur les terris de plusieurs de ses amis. qui.
peu soucieux! de cet exercice, lui donnaient toute latitude à cet «*g.»rd Mais, un ruine étant lotit à fait « ottsoftmtéc, il ne put parti, r ni rtiieuf, ni chcv.niv , .• lYvcptiou pour la ut de son « lierai kirhc. Scl&u. que F«of- IhtI lui vùid.ii actielci à tout prix jouir le ha rai du roi. cl que h chevalier, bien que réduit à la gêne la plus extrême, ne voulut jamais veotlre . faut il 1 était alUiUiû à en bel animai, seul tfiibii» de sou ancienne splendeur. LWndouillerrest.i donc au service du chevalier, autant par attachement que pour tenir la promeus.* faite a la Fanfare de ne jamais quitter son maître ; aussi ce lidcle scrviu iu . non pins qu'au vieux cocher et un ancien valet de efiambre de M de Itohan, ne voulurent nas abandonner ce dernier, bien qu’iH n'ei» frtCHyiil pas de gage» réglés. iiiai*scu'euient quelques écu» çà et là. lorsque le ■ liev.iflei loin liait mi peu d'argetil à l'insu île Ulréamm ui . Huant a l Andoiiilli r. ries que fi- temps ri h était ut tivo 1.1.
laies portées contre cenx qui braconnaient sur le» plaigirs «lu fi»i. il nllati à l'affût dans le bois de Vinccunts cl des environ*, et cil rapportait
menu «lu dîner de v-n maître, «h convéqneuuneui aib-i cefnfde t'olihe, dont l'am ien veneur était commensal, avec inaUra Françoi» le coi ber, et Dupuis le valet rie clrinubre
\vsni donc déposé son gibier dans sou taudis et bu quelques gorgées
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d’eaiwte-vie pour chasser le froid de la nuit, l'AjuloilMer se «lirigcrt vers une petite écurie où il comptait trouver Sefim, car le brave homme s'élail réservé le droit de soiguer ce noble animal : mais quel Tut son étonnement, lorsque, s'apprêtant à ouvrir celle box don', il gardait, cl pour i.ium\ toujours In clef sur lui, U vit la porte brisée et ne trouva plus son cheval favori ! L 'exclamation de surprise que poussa ce fidèle serviteur fut si violente, qu elle éveilla un dormeur plaré dau^ l’écurie voisioc, car aussitôt une grosso volt demanda: — Qui est là? — C’est moi, c'est moi...! Mais où diable est donc Selim? dit l'Andouiller en allant trouver maître François le cocher, gros homme à nez a un ronge de cuivre, à longues moustaches grises, et pour l’heure entoui dan» une sorte de boite remplie de litière et chaudement enveloppé d'nnc couverture do laine, pour se préserver de l'humidité de celle immense écurie, qui ne contenait que dent chevaux et aurait pu en renfermer vingt. — Où est donc mou cheval, maître François? est-ce que monseigneur est sorti? Il but alors qu'il se soit levé de bon malin, car je suis parti d’ici à trois heures. — Monseigneur î monseigneur!... est-ce que monseigneur a le droit de dire ou de faire quelque chose céans! s’écria maître François, d'un air brusque cl irrite, eu aecouaul la paille dont il était couvert,
Ï suis s'asseyant sur sa litière. Eh! surpejeti, c'est ce damné monsieur uut-u-Moi (La tribut nom) qui ce malin a six heures a fait sauter la porte
de votre écurie à grand» coups de bûche, et u pris Selim, sur lequel il est sorti sans lui bisser mauger uue avoine; voilà ce qui en est!— Ainsi, par " ■ * d, à la
cet épouvantable temps, le pauvre animal est a attendre au froid, plnie, dans b boue, attaché sans doute aux ban eaux d'une fenêtre, comme le roussit) duo boucher! s’écria I'Audouiller avec iudigualiou. Kl monseigneur, qui justement m'avait expressément défendu de laisser jamais monter Selim par cette tonne de chair. Mais pourquoi cet efll'ugé n'a-t-II pas pris, comme toujours, vos chevaux et votre carrosse, maître François?,.. — Nos chevaux ? c'csl-à-diie ceux que M de Sourdcval a prêtés à monseigneur, n est-ce pas?... Tenez... regardez... si ce n'est pas à fendre l'âme...
Kl, se levant furieux, maître François fil voir à I'Audouiller deux pauvres chevaux maigres, efflanqués, fatigués, arqué», au poil mort et hé— >ksé,fl ul a valent tristement le nez dans leur mangeoire, et dont l'un semblait si cruellement souffrir d'une de scs jambes de derrière, qu'il b
lotffit dcniMlédiie.
■ — Voilà pom tant comme ce monsieur Tout-à-Moi arrange des chevaux qui ne sont seulement pas à nous ! dit maître François avec un soupir désespéré ; ils sont tellement fourbus qu'ils no peuvent bouger ; car depuis que monseigneur ne sort plus à cause de sa blessure, moi et ccs malheureux animaux nous avons été à toute heure, nuit et Jour, sur pied pour voiturcr le gros et grand vilain corps de ce inousirui'ux éléphant, et rester a l'attendre des journées cl des nuitées entières au tripot et nu cabaret. J'ai eu beau me plaindre, mais baili ! vous savez bien comment cela »e passe ici. Monseigneur m'a promis qu'il lui parlerait, et il s'etl est bien gardé. Maintenant, je vous le demande un peu, l Amlouiller. vous qui connaissez les chevaux, une telle I. M.;ue est-elle raisonnable? avec cela que maître Brunet, grainetier, nous Fournil du fourrage que c'est pitié, du vrai fourrage de crédit, du rebut ; et meme depuis hier il o 'a plus voulu en donner du tout, disant que depuis cinq mois il n'avait pas encore vu la couleur de nos pistolcs... mais qu'eu revanche il avait vu plus d'une fois b grande canne de M. Toul-à-Moi. — C'est doue parce que le carrosse n’a pu sortir qu il a pris mon cheval? dit I'Audouiller surtout préoccupé du sort de Selim. — Sans doute. M. Tout-à-Moi est arrivé ici oc matin rayonnant, pimpant, avec des habits neufs, sur ma foi, qu'il avait péchés le dbblc sait où, sans doute daus b bourse de imuM'igneur. et il rac dit de son air insolent : u Allons! mou vieil ivrogne, vite... le càrroSse! » Sou vieil ivrogne, répéta maître îrançolg,
qu'il le chassera, qu’il le fera jeter par les fenêtres! « puis, sliM ,,, !C M. Tout-à-Moi parait seulement, c’est une attire chanson : tuonsriiaiear. devient aussi .calme qu’un cheval qui a le cavcçon a double sue sur le chanfrein. — Ali! par saint Hubert! ri Je me croyais, wc/.-vous. nuilrt François, quand je pense à tout cela, et à ce qu'il a fait a Selim. je < h# r . gérais nia vieille carabine à deux lingots avec une bonne Imune de cuir bien graissée, et j’enverrais le tout dans b casaque de cc sauglUi — Hum... hum.,, mou brave veneur. .. dit maître François d’un ait demy». 1ère cl secouant b tête, il faut! rail peut-être auparavant infuser va» lingots dans l’eau bénite : car ce n'c&t pas parce que nous h.ibitoiH feV Logette-au-Diable, comme ils disent dans le bourg, mais le sanglier dont von» parlez pourrait bien n’êlrr* jamais forcé que par b m< uu* du Chasseur Noir ! — Tout ce que je sais, inalire François, tdpfo.dji I\\n. douüler, qui u’é lait pas fort au-dessu» des craiotes super*tiiieu<es de l'époque, tout ce que je sais... c’est que je ne «ois pas mon«elgticor3 boune compagnie pour le salut de son âme rAvcz-rous vu ce prâtrf fourneau avec des machines de cuivre, et ces bouteilles qu’il a dan» -un cabinet!... Tenez, tenez, maître François, tout cela ne me parait gucie • liiéiicn. — Et puis, l'Ami oui Hcr... aveï-vous vu ce \i- ux l!..iî ,n | , u robe noire et en chaperon qui vient ici souvent? — Yan den-Endi*u, le'jL maître d'école de Picpus? — üii-ruémc... et cet autre avocat, Nazejfeüfe^ comme ils l’appelleul. Je vous le demande, I’Audouiller, un avocat et «| maître d'école, est-ce cela une société pour monseigneur ? pour toi prince de la maison de Rohan. — Ah ! le fait est, maître François, dix I'Audouiller d'un air tristement pensif, qu'on ne V«it jamais les noUtt cerfs l'accompagner de blaireaux, ou de renards, et attires vermines n bêtes puantes... Aus-i, je crains bien, mon garçon, qu’il ne te patte Ici ipielquc choie d’extraordinaire; et si ce u'eiait que je me suis juré à moi-méme de 00 jamais quitter luouseigneur, à moins qu'il ne me di-ti Mnftffc François, va-l'eu! j'aimerais mieux être ailleurs. — Cc u'eMM pour tnoplaindre, maître François; mais, enfin, j’ai loujourfcdu guigneu depuis 1 IHJi). Mon pauvre vieux père est mort ., mu fctntnfca-t morte* pendant que j’étais en prison, j'avais placé une petite somme d'argnit chez uu receveur des tailles ; il s'est enfui avec... \lui maître IVjqç.'; maître François! est-ce qu’il serait vrai qu'il y a de* maisons qui mw portent malheur?...
Maître François allait sans doute répondre, mais le bruit d'un carrosse qui s'arrêta à b grille attira l’attèntloo des deux domestiques, qui sortirent b tête de l'écurie pour voir quel était ce nouvel arrivant,
I Au même iustani une femme bien enveloppée dans Se» coilfes. «üd
le visage était caché par le masque de velours qu'on pot t ait eucefe alors, ouvrit la petite porte par laquelle était entré rAndouilIrr, et.
■malgré 1a pluie, se dirigea d'un pas rapide cl sûr vers le vestibule. - Bien que celle femme fût masquée, die u’élait s on dont, pas imw ■ nue à maître François ni à l'Andouiller, car ce dernier dit d'un air d; l ieux a sou camarade en lui jetant un regard expressif ;
— Après tout, maître François, s'il y a un diable en enfer, il y i aussi de bleu bonne* âmes sur la terre.
Et tous deux rentrèrent discrètement dans l'écurie, pendant qu.* h femme dont ou b porte du vestibule, qui cri* u,M rr
Dieu merci non, je ne suis pas son vieil ivrogne, car je liai bu de ma vie un verre de vin à sa >auté. F.ufiu il nie dit ; o Attelle le carrosse. »
Le cbitosm: de monseigneur? lui ai-je dit. ça ne se peut pas, monsieur; les éhevaul de monseigneur boitent. « Fais-los sortir que je les vole, » m«- Ait-il Vous savez si l'on ose refuser quelque chose ù cc démon ; Je sors donc les chevaux eu niait) ; à chaque pas le* pauvres bêles btittaieut et boilaieul à fendre Faîne, «t Ab ! bal h, ça irait comme uu enterrement, et je suis pressé; alors selle-moi Selim 1 » d l M. Tout-à-Moi, voyant bien que le carrosse no pouvait servir. Mais, monsieur, monseigneur ne veut pas, et d’ailleurs FAndoiiillcr a emporté b clef de récurie, lai dis-je; mais, sans me répondre, le vibin géant prend une poutre
meut sur ses gouds rouilles.