‹ Œuvres illustrees d'Eugene Sue LatreaumontChapitre 21 sur 30 · I.atiéaumont reprit · texte numérisé non relu

I.atiéaumont reprit

— Sais-tu, mou digne Lycurgue, que lu es bien vieux pour une telle entreprise? — Soixante et quatorze ans. né avec le siècle, l’uissé-je seulement voir un jour le triomphe de b liberté et mourir apres ! — [ Sais-tu bien qu'il y a deux années à traverser pour aller à Bruxelles ? dit le colonel. — Je le sais. — Qu’il y a «le grands dangers à courir? — Je le sais, je le sais, dit avec une impatiente résolution ce vieillard qui naguère tremblait devant sa femme.

Depuis quelques moments, M. de Rohan faisait signes sur signes à Lalréaumoul pour lui donner à entendre «|u'il prenait un singulier moyeu d'engager le philosophe à se charger de celte «laugereuso entreprise, en lui en exugéruut ainsi tous les périls ; mais La t ica uni ont, ne tenant aucun compte de cos mucllcs recommandations, continua :

— Sais-tu enlin que si l'ou l'arrête ou pourra bien le pendre comme «spi«m?— Couvenons donc bien vite du «liiiïre, alin ÿttjt puisse vous écrire sûremcul de là-bas, répondit le vieillard en haussant l«‘s épaules, sans nue son front eût sourcille à la pensée des dangereux obstacles qu'il devait en effet braver pour remplir sa mission.

Alors, se retournant vers Rohan, Lalréaumont lui dit en montrant Vaii-den-Enden : — Je m'apercevais bien de tes signes, mais je voulais le (tousser jusqu'au bout! Hein ? vois quel homme! soixante-quatorze ans ! quel courage! «t toi, tu hésitais pourtant ! — Ne vous ai-je pas donné ma parole foi de Roua* ? dit le clmvalier avec tristesse et dignité. — C’est vrai, c’est vrai: aussi es-tu un Romain ou un Spartiate du vieux temps, à ton choix... Mais ta Maurice, te scns-lu, là, mordieu, bien dépêtré de ses lions ? — Puisque je suis à vous, u'est-cc pas rompre à tout jamais avec elle! et pourtant, si elle est pure et vraie, si elle était loyale «Lus ses oiïics, mu conduite envers elle est un épouvautablc crime! dit M. de Rohan avec uu soupir. — Oui, mordieu, je dis ça comme toi, si elle ne voulait pas l'amener à l'épouser, pour rire apres de toi avec Lorraine et d Bflial, c'est un épouvantable crune.

l es horribles doutes du millieu reux chevalier étant de nouveau réveillés par cette perfide réponse d»i colonel, il s’écria : — Eh bien ! oui, n'y aurait-il qu'une chance sur mille ! pour que cet odieux soupçon lût une réalité, pour que Maurice Tût capable «furie telle infamie ; je ne veux p«s même courir celle unique chance d'être couvert d'ignominie, et alors plus la secousse est violente, plus la rupture est assurée.

Pendant celle conversation à laquelle il était resté étranger, Yan-dcn- Ktidcti. profondément absorbé, avait écrit quelques notes à la lutte.

— Tenez, dit-il enlin à Lalréaumont, voici, le pense, no chiffre qui n l'nur « omiiiuniqucr sans crainte, car le M-crct des leurt « liaquc jour violé. Ecoutes bien : lorsque i’aurai a vous « «.rire au sujet de notre affaire et qu'il s'agira de M. i* Mostkmv Je suppose, je dirai mon gendre Krrkerin, à celte heure à Bru xe II s; pai uu lilic Ma «guerite, l'entendrai les Etats di Hoixasdi; et par (ilara-Maria, nimi autre fille, les Etats ds I'laudi es ! — Bai fait, père la Sagesse, dit Lalréaumoul; ainsi : <i J'ai vu mon gendre Kcrkerin au sujet de ce nue vous savez, niais avant de se résoudre il faut qu il consulte ms fille Marguerite » Signifiera : « J’ai vu Momizr pour la conspiration, et il tant qu’H consulte Ils Etat* dk IIoumuk. » — Assurémcut, reprit Yan-deti*Kmleft «pii continua: lame* r que Monlerey doit encore envoyer, «entendra par le» «ii.munU r le ooclio signifiera u ruini; les paquets izs noUrKs zt 1 "Wbts si wkkasquknem, cl culiu la maUon signifiera u rtcscg^i-'qfi rutmu^uvxsa. — J'y suis, reprit Lalréaumont ■ ainsi : « Ksmun mon

gendre enverra d’abord les diamants, et ensuite par le eouu les r *0°**t que vont attendez, quand il aura la renonte de ma tille Mu.«rwvt d qu'il saura le numéro de la mauon où il nul adresser le tout, siguiliera notrrzm «Enverra d'abord t Asatffy et ensuite sur la natjB, le** 1

cl hftnuzTS qui doivent être débarqués, quand il aura cousulté les Etats { i: i - . i i|ii'il '.ma «lé* ulemcnl la hacs que l'on peut

C'eM cela même, dit U* vieillard. — Bravo! nous nous comprenons >onMt ‘ «leux amants qui ont à tromper un jaloux, reprit le colonel. — Ainsi, reprit M.ilq Ruban, nous convenons bien d ; ceci, pui»qu’ilscrail dé-oriuai* dangereux de l'écrire : On demande à M. de Monterey six mille lioinuM» de troupes pour le débarquement ; sur la Hotte des armes pour vingt mille hommes, ainsi qu<- «1rs outils pour les for libellions. — 1

Latréauiiioul, deux millions dargeut, dont six cent mille livres le phrt tôt possible, pour disposer les masses, nous faire des créatures et enrôler des mécontents par feulreniLe du seigneur l’lutus. — C’est ent«*udu, dit Yan-dcn-Knden. — Dès que la Hotte hollandaise paraîtra sur la côte de Normandie, continua Lalréaumont. « six gentilshommes iront trouver l’amiral, quatre resteront en otage, cl «leux viendront mettre le* Espagnols en possession «le Quillebamf. — Alors, dit Van-dcn-Eudcu, la Normandie, assurée de ce poiul. s'arme, reconnaît M. «le Rohan pour chef, et se déclare en n publique libre et indépendante, selon mes statuts politiques, c’est ma condition expresse, et cela, sans «lue les Espagnols y missent prétendre aucune domiuation! a — Sinon a Quilleba- ut, reput atréaumonl. qu'ils ne garderont que jusqu'à temps qu'on leur ait livré le Havre ou Abbeville, pour otage de la sûreté de leurs troup» s! — C'est entciidn ainsi, reprit Van-dcn-Kuden. — Mais, ajouta M. de Rohan eu îc tournant vers Lalréaumont, en cas de revers, qu’as-tu décMéTear. avec une iuconeevahic insouciance, qu'il faut sans doute attribuer à l it résolution où il était demeuré jusqu alurs au sujet du complot, le chevalier avait laissé Lalréaumont seul maître de toutes les conditions. — a Eu cas de revers, reprit lailréaumont, ainsi que Monterey l’a fait dire par le Portugais, on nous promet nue retraite assurée en Hollande ou en rispagne; trcuie bonnes mille livres de pension pour toi, vingt mille non moins bonnes pour moi, et la llollaude ou l'Espugue m: sigiu-rnul aucun traité avec la 1< rance sans que rassurant e de notre gfftee y soit stipulés cl garantie positivement. » J'espère, mille diabli** ! que ce n'est pas non plus un mauvais sort pour l'avenir, hein ? Ainsi, n’oublie pas surtout cette danse, vieux Brulus? car on ne sait pas ce qui peut succéder. — Je n’oublierai rien, dit le vieillard. — Mais, à propos, s’écria M. de Rohan, et vous, Van-dcn-Kuricn, quel est votre sort? — Que la cause de b liberté triomphe ou qu'elle succombe, il n’y a que l'échafaud, ou la postérité, qui puisse me payer jamais de ce que j'aurai fait, dit g ni veulent le vieillard. — Mordieu! mon vieux Bmtus, lu ne ruineras lias les trésors de l'Empire et de l'E-pagnc, toi ! une hache bien aililée, ou b creuse trompette de b creuse Renommée, voilà la creuse ambition s écria le colonel avec un bravant éclat de rire: mais, voyant lu visage «h' M. de Rohan s'assombrir, il ajouta gaiement : Allons, allons, à bientôt, notre ambassadeur plénipotentiaire auprès de Monterey ! El vive la libre république unrmande et sou glorieux chef, Louis de Roliau, premier républicain du nom !... Aiusi donc, à demain, brave Lycurgue . je viendrai le voir encore avant ton départ, et boire avec toi le coup de l'étrier !

El Lalréaumoul entraîna M. de Rohan

Le philosophe l«-s suivit longtemps d'un regard de mépris, et, quand il les eut perdus de vue, il s’écria en marchant à graïuJ* pas dans sou cabinet :

— Enlin ! enlin ! après taul «l'anuées passées dans l'attente et la crainte, apres tant d'espérances amèrement déçues, je touche donc au terme ! Ces rêves, ccs utopies, connue ils disent, vont donc se réaliser ! celle âme de mes veilles va «loue animer un corps vaillant, robuste et généreux ! li rzuru !... et peut-être le pousser à de grandes, à d incalculables destinées! El bonheur ! bonheur! le sort favorise assez celle cause saiute, pour que ce Roliau cl ce Lalréaumont, voués avec moi à sou triomphe, ne puissent en dénaturer l’ttscuco ou eu arrêter l.i marche, ue puissent eiillu, plus tard, substituer leur égoïsme sordide aux fin» sacrées de luisurrcciiou populaire! seulement, je regrette avec amertume que celui-là seul qui comprenait toute ma pensée ne suit pas la.. — Hélas! ce noble jeune homme, des Préaux, a-lil oublié uns vastes dmseios ;«u milieu dos détiocs d'un bonlieor paisible? Que de .«»> i • «'t de bonté d.m» ce caractère ! car, malgré l'infortune qui l ‘écrasait alors. «|ucl aillent amour il ressentait pour I humanité tout entière 1 uu eût dit que sa belle àme souffrante voulait se distraire de scs douleur* eu i émut le bouheur dos hommes ! Mais, enfin, si celui-là manque à b cause «le b liberté, mes deux autres complices ne peuvent, h< ureu-emeui, b fié* trir. . Apres tout, qu'est -ce que ces deux hommes? lin d« Lux In . .Jilile et irrésolu, n'..yaui pas méiuc l'énergie de son amhiràmî uu »lfé-

rmv. «lui ne sait pi- nu' r.u lu i I ignoble < ii| i . <ir«.

Ont Ile autorité de lois hommes peuvent-ils avoir sur les masv >. fani finslûicl «h* moralité est si pur <>t si grand? Pendant la tum mentr. le nom du courtisan déshonoré, de meme que le nom matériel de la chose b plus inertie ou la plus impute pourra bien servir «le moi d'ordre' pendant L* t minium le, l’avimgle impétuosité «lu partisan pourra bien raffermir i|iiel«|ucs courages ébranhis; mai- après, mais lorsqu le lor rent populaire aura passe sur ce monstrueux édifice social, bâti sur plus exécrables piéjugés, qui aura mission de le féédilier sur deux base» jk ’ - • ' afi/îTiS 1 ’ JF • vi

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LATRËAUMONT.

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iodesirecUbles, l égalité et la liberté de tous? sera-cc le partisan cruel, iera-ce l'indolent débauché? Non ! non!... Alors viendra mon heure à in. h alors se lovera resploodbsaut sur l' humain lé le grand jour do l’apnJjfjiMiri de ces fécondes et maguitiques théories dont les sages de tous 1rs siècles ont voulu garantir le bouheur des hommes, et que les puisuuti de tous les siècles ont taxées de songes, parce que ces tyrans se trouvaient trop bien de la réalité de leur vie criminelle !... Quel avenir! quel jour que ce jour ! 0 de Wiu ! oh ! mon nobio ami ! oh ! mou frère ! ne sera-cc pas là une vengeance digne de toi? assurer le bonheur d'un grand peuple, en renversant de son trône I implacable despote dont la uuhbon a causé ta mort, el celle de notre république !

Et Je vieillard, exalté par ses pensées, attendit avec une fiévreuse impatience le lendemain, jour de son départ pour Bruxelles.

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