CHAPITRE II
UC COIOKEL.
.... Mai» U plus horrible ligure ne m'eôt pas eausé plus d'épouvante que celle die ce Coppelius.
Horaire. — L'hommi en tabU.
la porte s’ouvrit donc, et on vit entrer un homme d'une taille colossale. soigneusement enveloppé d’on manteau tout couvert de neige. Ce personnage, sans cesser de chanter, répéta pourtant ce refrain d'une voix moins éclatante, bien que fort assurée :
Evitant une mort infime ;
H fourba le diable en ce point,
Qu'il Déniait emporter son âme...
Mais l'affronteur n'en avait point.
Huis, ayant refenné bruyamment la porte, ce géant se débarrassa de son manteau qu’il ieia sur un des derniers bancs de l'école. Alors, toujours fredonnant, il Ma de dessus sa tête uu feutre gris à plumes rouges, dont il secoua aussi la neige çà et là, au risque d'en couvrir les écoliers placés près de lui. Cet étranger, qui avait plus de six pieds de haut, paraissait âgé de quarante ans environ, et son costume, assez misérable d'ailleurs, annonçait l'homme de guerre. Ses robustes et larges épaules, ainsi que sa vaste poitrine, parfaitement en harmonie avec sa taille énorme, se dessinaient puissamment sous un grand justaucorps de buffle que garnissaient encore quelques passements d or ternis. Un baut- «le-chausses de gros drap écarlate, de lourdes boues de basane à éperons rouillé*, un col d’une blancheur douteuse, une écharpe fanée de failli orange, qui devait avoir été richement brodée d'argent, sî l’on en jugeait do moins par les débris éraillés de son ancienne splendeur; pardessus tout cela une ample casaque de roule, en étoffe couleur de musc, que le fourreau noir d’une lourde épée, à poignée de fer, relevait par le bas ; enfin, de vieux gant» de peau de daim qui, couvrant presque entièrement scs bras musculeux, lui montaient au-dessus du coude : j tel était l'accoutrement de ce personnage.
Sa figure, qui offrait un type remarquable d’audace et d’effronterie, i révdait surtout celle insolence d'athlète, celte confiance brutale et rail- ■ leuse, donnée par la conscience d'une force physique herculéenne et | d'un courage à toute épreuve. Ce colosse oe portait pas de perruque, contre la mode d'alors, et ses cheveux noirs, courts, épis et rudes, blanchissaient légèrement sur ses tempes couleur de brique, dont la moindre émotion gonilait outre mesure les veines saluantes et bleui- J 1res. Ou voyait que scs traits avaient dû être assez beaux, mais d'une j beauté plus mâle qu’élégante ; sa moustache et ses sourcils de jais no- ; blement arqués tranchaient vigoureusement surdon teint couperosé, i que le froid avait encore avivé ; une arête ferme et osseuse accusait les hardis contours de son nez aquilin, surmonté d'un fruut haut .proéminent, mais bruni par le hile, et empourpré çà et là pa r «s suites de l’intempérance ; enfin scs yeux gris à fleur de tète, brillants, bien ouverts, et dont la prunelle était' si grande qu'on voyait à peine le blanc de l’œil, XTaiem uue telle- expression d’arrogance et du dédain, que les audi-
teurs de Clara-Maria, irrités des airs insoleuls de ce cavalier, commençaient déjà de murmurer sourdement. Mais le géant, sans s’émouvoir le moins du monde, tenant une main sur la poignée de for de sa longue épée, et de l’autre relevant sa moustache, avec un air de véritable capitan, s’approcha de la chaire de maître Van-den-Enden en faisant pesamment résonner le sol sous ses talons éperounés. Puis, ce colosse prenant sans façon dans sa large main la main blanche et maigre de Clara-Maria, la porta brusquement à ses lèvres, et y déposa un vigoureux baiser, avant que la jeune femme eût pu la retirer.
A cette impertinente familiarité, qui pour elle était une insulte, la fille de Van-den-Endcn sc leva vivement ; l'indignation colora sou pâle et sérieux visage, tandis que son père s'écria en français : — Colonel, que faites-vous ? — Mordieu ! cxcuscz-moi , révérendissime docteur ! répondit l’athlétique personnage d’une grosse voix rude et retentissante, excusez-moi, car c’est la joie de me voir de retour dans cet incomparable Hôtel des Muses, dont vous êtes le digne Jupiter; et, saugdiett ! je n'ai pu m’empéchcr de rendre hommage à la Minerve de votre Olympe dans la toute galante personne de mademoiselle (1), aussi surprenamment belle que sagissime et doelissime.
Puis sc tournant vers les écoliers, dont plusieurs étaient déjà montés sur leurs bancs, le colonel ajouta d'un air hautain cl railleur :
— Et je suis tout aussi prêt à rendre hommage au vaillant dieu Mars dans la personne de celui des illustrissimes cl bravi&simes seigneurs qui voudra que je lui fasse danser une courante au son de deux épées qui se eboqueut ; car, tudieu ! mes jeunes coqs de basse-cour, le champ clos... voilà ma salle de bail... acier sur acier, voilà mes violons !
Heureusement que maître Van-den-Endeu mit Un aux bravades de ce sauvage matamore en lui disant ; — Veuillez bien venir avec moi, colonel ; car, d’après votre retour inattendu, je pense que nous a vous à nous entretenir longuement. — Qu’il soit doue fait ainsi que vous le désirez, mon vénérable ami, reprit le colonel en souriant avec impertinence à Clara-Maria, qui lui répoudit par uu regard de dégoût cl de mépris ; puis il suivit le docteur, toujours grandement surpris de celte arrivée si imprévue. Après avoir fermé soigneusement la porte de son cabinet, Van-den-Endcn dit à l’étranger ; — Allez-vous au moins m'apprendre pourquoi vous revenez sitôt? Quelles nouvelles? Les avez-vous vus ? Est-il quelque espoir ? Peut-on compter sur leur aide ?
Mais le géant, au lieu de répoudre à ces questions précipitées, faisant de sa main droite un signe expressif qui semblait devoir, sinon calmer, au moins ajourner l'inquiète curiosité du docteur, lui dit avec le plus grand sang-froid du monde :
— Avant que de rien tirer de moi sur mon voyage, sérénissime philosophe, trouvez bon que je vous déclare les c< «dirions qu'un alTiontcur de ténèbres, de bise et de neige, a le droit d’imposer à tout citadin curieux qui n'a pas quitté son (oit pendant la nuit, ür donc, 1* von» inc ferez grand feu dans cet antre doetissime, où vous moisira un jour si vous n'y prenez garde ; c’est un sincère et respectable ami qui vous le prédit ; 2" vous me donnerez un glorieux flacon de vin des Canaries pour chasser la froidure que j’ai liumée toute la nuit, et qui a changé mes entrailles en une véritable Moscovie ; V enfin vous ajouterez au vin des Canaries qnelques-mis de ces bons gâteaux de froment au girofle, jaunes comme de l or, dont dame Catherine a le secret, vu que rien ne prédispose autant au déjeuner que je ferai ici, père la Sagesse : car nous avons à causer longuement ensemble, et si longuement, mordieu ! que je dînerai sûrement aussi chez vous, afin de pouvoir y al tendre plus gaiement l'heure de votre souper. — Mais ces nouvelles, ces nouvelles! dit Vanden-Bnden avec anxiété. — Au fait, non, je me ravise, reprit le colonel en regardant le vieillard d'un air sérieux et réfléchi -, oui, je me ravise, avant ces gâteaux de froment qui. eutre nous, écœurent, décidément je préfère une moitié de langue de bœuf fumée, d'un beau rouge écarlate, dûment saupoudrée de poivre et de sel. avec quelques brins de persil bien vert; ensuite viendront les gâteaux de froment, qtf alors je pourrai tremper dans un fort grand verre de vin d'Espagne chaud et sucré, afin du faire fondre les glaçons que je me sens dans le corps. Allez donc, révérendissime docteur, exécuter mes primo, secuudo et tertio, puis, après, vous verrez que mon récit ne faillira pas à vos docrissimes oreilles.
Persuadé sans doute de l'inutilité des nouvelles instances qu il aurait pu faire auprès de l'étranger, Van-dcn-Endcn sortit uu moment pour se procurer des provisions qu'il fit apporter bientôt, sans doute au cuisant regret de dame Catherine. Lorsque le docteur rcutra, l'athlétique -colonel, ranimant le foyer, y avait entassé plus de buis qu’il n'eu ait fallu pour griller le festin des héros d'Ilomère, et semblait s’épanouir a l'ardente chaleur de ce brasier. Néaumoins, au retour du philosophe, il abandonna ce délicieux passe-temps pour eogioulir, avec uue incroyable voracité, la collation matinale que Van-den-Endcn avait fitil placer sur sa table de travail. Puis, étant repu, et faisant résonner bruyamment sa langue contre son palais, le colonel s'écria : — Vivat, père la Sagesse ! je commence à me remettre en appétit, et je puis me prédire, avec une satisfaction véritable, une terrible faim pour iaulôl.
Alors, prenant d'une maiu un verre de vin, et de l'antre un gâteau doré de dame Catherine, le colonel s'enfonça mollement dans le vaste
(!) On appelait en France Ica famines nariée* qui ■'étaient pas
nobles.
LATRRAUMONT.
fauteuil de Van -don- F. ml en. qu'il s'élail approprié ; puis, appuyant le bout de bol 1rs sur les c heurts, et montrant la llammc vive et ardente qui tourbillonnait dans b cheminée, il dit au vieillard, eo poussant l'incivilité jusqu'à lui parler la bouebe pleine : — Voilà, porc la Sagesse, ce qui snp|iellc un bon lieu!... Or, avouer que rien n’est ntcil- Icur pour s’entretenir paisiblement de ses affaires après une rude nuit de voyage. Aussi, maintenant que vous avez loyalement cl amplement accompli MOB primo, mon secundo et mon tertio, vous allez tout savoir.
Mais, avant que de faire assister le lecteur à la conversation do ces deu\ personnages si differents, ou doit donner quelques détails sur le colonel.
ciiAriTHE ni.
ME&3IRK JUlt» PC 11 (BEL DE UTT.ÈAiaOTT.
.... Itnn Fernand, dan* sa province, est oisif, remuant, séditieux, fnurl», intempérant, querelleur, impertinent; il tire l’épée contre «es rmsins; pour un rien il expose sa vie; il s tué des hommes, il sera lué. L* Burin»:. — Dt l'Aomme, ch. n.
Ce personnage se nommait messire Jules Duhamel dx LvTwUrvnyr ; Issu d une itublc et bonne famille de Normandie, qui avait toujours tenu nu rang extrêmement distingué dans la robe, il «ait fds de dumniscllc Bailic fk'schamps, et de sir Georges Duhamel, conseiller à la cour des comptes de Rouen, seigneur de latlrcaumonl, fiels cl terres «le Craconville et de Charmov. Le conseiller défunt, Latréuumont, fort jeune encore, et sortant à peine d'académie, sc vit entièrement libre de disposer d’une fortune assez considérable, dont il usa bientôt plus jjuc largement. Aussi les grasses métairies, les bois tou Tus, les lucratives et honorifiques redevances, furent-ils vendus peu à peu, et convertis en beaux louis d'or qui, durant quelques années, alimentèrent splendidement les goAl désordonnés de Lalrcaumoul; car un eût dit que les passions de cet Imrmoc devaient participer de sa colossale organisation physique, tant elles étaient puissantes et fougueuses.
kuliii celte irrésistible et puissante triuilé qui résume en trois mots les plus ardents appétits de l'homme, « le Jeu, le Vin et les Femmes , » cet irritant symbole de la jouissance matérielle, avec ses provocantes visions de courtisanes demi-noes, d’or qui ruisselle, cl de longs festins aux cris joyeux, telle fut la religion de Latréaumonl, qui se livra corps et âme à son impur sacerdoce, avec toute l'énergie de son caractère et l inépuisible vigueur de sa nature. Dès lors lloucii, sa ville natale, devint le théâtre «le scs brutales débauches et de ses obscures prodigalités. Tant qu'il conserva quelques terres de son patrimoine, il eut, comme tout gentilhomme du pays, une vingtaine de chiens courants ; car il aimait aussi passionnément la chasse, autant par goût pour ce mâle exercice, que pour les tumultueuses orgies qui le suivaient, ou pour les irritantes parties de jeu qui s’engageaient après souper. Mais, dans ses déiéglcmcnls, cet homme n’apportait nul goût, nulle élégance; c'était le viee grossier cl sordide, dépouillé de cet attrait qui le fait quelquefois pai donner. Seulement, tant qu'il folriclie, Lalrcaumoul mil, il faut le dire, une rude franchise dans scs rapports avec ses amis de plaisirs. (kmqKignon aussi prodigue que; hardi, sa bourse ou son épée appartenaient de droit à tout gentilhomme; et de plus sa probité au jeu pouvait passer véritablement pour miraculeuse, dans un temps où M. le chevalier de Grammout et tant d'autres avaient fait admettre dans le plus grand monde certaine adresse qui serait une fortune pour les prestidigitateurs modernes.
Malheureusement, les moyens de mener celte joyeuse vie, et «le nourrir d'aussi généreuses qualités, ne durèrent pas au delà de cinq ou six ans, cl un jour Lalréaumont se réveilla pauvre et seul, comme dit l'Ecriture. De ce moment* ce qui avait paru jusque-là loyal citez cet homme ne put résister à la décisive cl terrible épreuve du malheur. Ce caractère jusque-là si facilement honnête, s'aigrissant pou a peu, sc corrompit enfin à jamais, dès que Lalréaumont dut lutter contre l'exigence île ses passions inassouvies, ou subir des privations sans nombre, rendues jdus poignantes encore par les souvenirs de ses jouissances passées. Ainsi s'opéra dans son organisation morale une transformation •Md humaine qu effrayante, et ses mauvais instincts, jusque-là cachés sous le manteau d’or de sou opulence passagère, se montrèrent bientôt nus, affames cl menaçants. La profusion lui étant devenue impossible, une cupidité monstrueuse la remplaça ; autrefois irréprochable au jeu, parce que le gain lui était de peu. Lalréaumont y devint déloyal, dis qu'il joua pour subvenir à scs vicieux besoins. Brave dans tiiie rencontre désintéressée jusque-là de tout motif bas et criminel, il se fit spadassin jiour soutenir ses méfaits par ce meurtre toléré, ou sc rehausser mi peu cii usurpant celle espece de considération que TmtrépidUé, jointe à l'adresse cl à une force d'alhlrte, arrache assez généralement aux hommes. Enfin, ayant autrefois, par orgueil ou caprice, pris à gage des femmes éboulées, il eu vint, dans son infortune, à se faire auprès
de qucIques uDCS d'impures ressources des avantages physiques qui pou. valent charmer ces créatures.
Apris avoir ainsi descendu jusqu'à la uii>èrc par toutes les plisses dégradantes de la ruine, Latréaumonl, habitant toujours Rouen, se jeta dès lors dans un hideux chaos de fourbes, de matamore» et de femmes perdues; scs terribles penchants n'eurent plus de frein, cl son crapuleux entourage éteignant à jamais en lui tout sentiment de re m de soi, après plusieurs rixes ignobles et sanglantes et quelques duth iiuk henreux, il fut forcé de quitter Rouen perdu de dettes rt de débauilir».
C’était dan» le fort de la Fronde, de celte guerre civile, aussi puérile dans scs causes qu'épunvaiilable dans »es résultat». Lalréaumont, «t'imc rare bravoure, entrevoyant dans celle existence de pillage rt de dangers Quelques chances de lucre, acheta de sos dernières pisioles un Ikui cheval, un buffle* des armes, et sc fit partisan.
Au physique et au moral, Lalréaumont scmLlait d'ailleurs merveilleusement né pour celle carrière aventureuse. Courageux jiMpi’a u témérité, d une santé de fer, d'une force si effrayante qu'il soulevait, dil-ou, un cheval sur ses larges épaules, ou l'étourdissait d'uu coup de son poing énorme; d une rare habileté dans tou» les exercices du rorpi et d academie . cupide, sans foi ni conscicuce, ne craignant ni Dieu ta les homme», capable de tout entreprendre, sa résolution enfin devenait d'une terrible opiuiàtrelé s’il s’agissait d'assouvir ses passions effrénées.
Puis, par un curieux et bicu étrange contraste, cet homme, d une énergie si animale, non-seulement sc piquait de bel esprit, mat» encore avait beaucoup de lettres; car, avant la mort de son père, il s'étail s fort distingué au collège de Rouen, qu'on a conservé de lui planeurs morceaux d'une très-bonne latinité. Au «si, chose rare chez les geulïbhommes campagnards de ce temps-là, savait-il parfaitement sa langue, et plusieurs de ses lettre», écrites d’un grand style, prouvent « oinliirn ccl homme était singulièrement doué. Malheureusement l'obscme rt l’exécrable vie qu’il menait avait éteint se» plus brillantes faculté*. Seulement, de même «u’uu sol feililc pousse encore çà et là quelques fleur» sauvages, malgré l'abandon où ou le laisse, l'inépuisable fonds d'esprit naturel de Lalréaumont perçait toujours en saillies d'une gaieté bùuffounc ou d'une ironie brutale, qui, malgré leur apparente grossièreté, ne manquaient jamais de sens, de force ou de portée.
Enfin, comme, après tout, il ne peut exister de caractère^ exccuiriqiw en mal ou en bien, et que d'ailleurs la béle fauve une fois repue iJ-.nl ou demeure à peu près iuoiïensive ; dès que Latréaumonl avait dix hmi» (Lins sa bourse, un lmn souper et une ou deux femmes sur ses gcumiv, il devenait traitable, obligeant, et même capable de dévouement, si l'on parvenait à loucher, parmi les ténèbres de celte âme perverse cl devéchéc, le peu de libres qu’un bou sentiment faisait encore tressaillir.
Autre singulier contraste, ccl être implacable, endurci, qui avait presque fait mourir sa mère de douleur par scs désordres, conserva jo»qu'à la fin de sa vie diabolique l'attachement le plus tendre pour mie pauvre femme qui l’avait nourri et élevé. Tant qu'il fut riche, il h garda ; des qu’il fut ruiné et forcé de s’exiler, il renvoya chez son lie.uifrère à lui. messire Duchcsnc, sieur des Préaux (dont plus lard on parlera longuement), la recommandant avec instance à ce parent jusqu'à des jours meilleurs. Somme tou'.c, jamais Latréaumonl ne comiectiail une mauvaise action par l unique alliait de la méchanceté ; et. dcsqi* sa passion ou sa* volonté du moment ne sc trouvait pas engagée, le pn qu'il restait d'honorable chez cet homme corrompu surnageait et pouvait, on Ta dit, le porter eucorc à quelque noble action.
Latréaumonl s'était donc fait partisan lors des troubles de la Fronde ; beaucoup plus que sceptique eu matière d’opinions politiques, il servit tour à tour le roi et M. le prince de Condé: aujourd’hui Frondeur | ). ikmain Mazarin iâ), selon que chaque armée tcuait scs quartier» dan* u* pays riche ou pauvre ; mais rançonnant toujours avec la même impartiale avidité les citadins ou les paysans neutres, que chaque parti ihwimait les Mitigés, et qui furent véritablement les seules victimes de tts sanglantes divisions. A sou adresse au jeu, à ses pillcries, Latréikwnoot joignit encore une autre source de prolit qu’on va dire.
Il se trouvait alors par hasard Frondeur; pourtant, soit qu'il ueikmeuràt nas extrêmement convaiucu de la justesse des réclamations <|ue M. le prince de Condé, ni révolte ouverte, ajipuyait des armes espagnoles, soit qu'il entendit chaque jour faire d'appétissants récits de» riches captures dont profilaient les Mazarins, Latréaumonl quitta b Fronde, fit sa soumission au parti du roi, te battit intrépidement gW* (tant une campagne, et pour prix de sc» services eut la maîtrise du régiment de Richelieu. Ce fut alors qu'il iiuagiua de rassembler une gros* somme de fausse monnaie i fort commune alors ) , afin d’en solder *» cavaliers, et de sc réserver les lionnes pisloles que le trésor roval j» 1 confiait pour payer sa troupe, l.alrvaiimout prétendant que I argent iTélait apres tout qu'un signe représentatif. Mallteiircusctncnl cet innoctirt' échange étant bientôt découvert, soldats et officiers s’en phugnirtol d'une façon si menaçante, «pic le colonel, ouvrant les yeux, comnitm'? de regretter d’avoir quitté la Fronde; aussi, décidément indigne de voir la France subir l'orgueilleuse tyrannie de Mazarin, et rccoonabsao 1 de nouveau l'excellence du parti de M. le prince de Coudé, il abandon»» pour jamais les royalistes. Ce retour à la Fronde oe lui fut pa* itifruc-
(t) Partisan do M. le prince de Condé,
(l; Partisan du roi.
LATRÉÀUMONT.
twai'.car, commandant une compagnie d'enfants perdus, qu’il avait tant* sous l'agrément de M. le maréchal de llocquincourl, et pillant prfsde Melun le château d’un incorrigible Ma/arin, il a trouva par hasard ■ ua iîl de perles avec sou médaillon de diamants, qu'il veudit quatre raille (Mslules à un juif.
Us opinions politiques do Lalréaumont subirent alors une troisième Inudorandion : à dater de ce jour, ou plutôt île ces quatre mille pis— loirs il lit uu retour sur lui-même; il se demanda de quel droit, après IM. ü dérbirail le sein do sa mère, l-c rieur lui saigna de voir sa mal- Imiivusc pairie ainsi dévastée par la rage des partis; il eut comme horreur de sou passé, eu sougeaul que lui aussi avait été un des acteurs parricide* de ces épouvantables dissensions, dans lesquelles l'étranger cuit intervenu au nom d'une ambiliou sacrilège ï Alors, enveloppant dans U même réprobation Mazarins et Frondeurs, U se lit Mitigé ; seulement, comme il était doué d'une longue et forte épée, qu il maniait ligoiirruficiuent, les quatre mille pisloles du fil de perles se dissipèrent eu paix, bien à l'abri de toute tentative ennemie. Après avoir dépensé une bonne partie de celte somme à déplorer les malheurs du temps, Linauuioui, ne pouvant sans doute supporter davantage le spectacle des désastres de sa patrie, s'en alla visiter les cours d% Nord.
Avant quelque temps résidé à Cologne, le prince de Furslcmbcrg, docteur de ce cercle, s’épreuaut de la bravoure et de l'esprit railleur et cynique du mitigé, lui projKisa du service. La fin des quatre mille pfetoles approchait, Lalréaumont accepta, et S. A. Electorale, lui donnant un regimeut de cuirassiers, le prit pour sou écuyer. Au bout de quelque temps, la faveur de Latréaumoul diminua: ses loueurs détestables. sou caractère impérieux, qui ne voulait faire à l'électeur sou maître de coures» ion d'aucune sorte ; scs hauteurs, sa violenter sou impiété brutale, »|ui alla ju>qu'à frapper dans sa chaire un ministre protestant, amenèrent enfin son exclusion de Cologne, après un séjour de sept ou huit mois dans cet électorat. Alors le partisan alla prendre du service tu Hongrie contre les Turcs, et fit bravement celle campagne, en compagnie de M. le comte de Guiclic, qui servait comme volontaire dans les armées de l'Empire pour se distraire de son exil.
Après deux rampa gués, dont il tira quelques profils, Latréaumoul abandonna l'empereur, offrit au sultan d'embrasser la religion mahotuébne si Sa Uaulesse le voulait employer d'une manière convenable à sa qualité; mais les avantages proposés par le Graud-Seigucnr oc couvfiuui pas à l'ancien froudeur-maurin -mitigé, il revint, heureusement pour sou salut, au girou de l'Eglise catholique, et alla respirer l'air natal * lioueu, où le temps avait fait oublier ses méfaits. Lnlrénumoiil se trouvait donc ci) Normandie au commencement de l'année ItkîB. Depuis qu'il avait quitté fa France, de grands tlmngcmenls s'y élaicut opérés : fV-prit inquiet et lurbuleui de fa Fronde s'était efface devant lenergique cl puissante direction donnée aux affaires par l.yonne, Colbert cl le Teilier, ministres habiles, appuyés d'ailleurs par une nombreuse armée, que l’in fatigable activité de Louvois commençait de discipliner sévèremeut, ei dont fa fidélité était garantie par la haute înllucucc de Tureimc et de Coudé, ralliés alors cl pour toujours au trùnc de France.
Néanmoins les imputations, écrasées de taxes, sans se rebeller tout à Lit, s'agitaient sourdement, cl maiules fois à cette époque des troupes furent envoyées eu Dauphiné, en Bretagne, eu Languedoc et en Normandie, pour assuier par leur présence la perception des impôts.
latréaumonl. qui, par ses liens de famille et scs ancienues rclaiious de jeu, de chasse et de débauche, avait conservé d'assez grandes habitudes en Normandie, parmi des gens de toute sorte, voyant ces sympti'fl.rs de mécotiieiiiemcnl sourdre dans la province, se persuada que depuis dix aus rien u 'avait changé ; que le gouvernement était, comme au temps de fa Fronde', sans force cl sans unité, et qu'eulin cc lucratif rt beau temps dos dissensions civiles pouvait renaître; aussi se montrat-il un di-s plus determioés opposants à la perception des taxes, agissant d'ailleurs, ainsi qu'il disait, avec le plus superbe désintéressement, ■ eu cela qu'il ue possédait pas une obole au soleil qui fût imposable. »
Dieu qu 'apparemment insensée, pour un homme rompu aux principes de* guerres civiles de ces temps-fa, la conduite du partisan était pourtant saiue et logique. Car, depuis M. le prince de Coudé jusqu'au dernier inécouient, tou» avaient procédé de la sorte : « ou fomenter une sédition assez forte pour renverser le pouvoir, ou se faire assez de partisans |»our effrayer l'autorité, fa forcer de compter avec vous, et se faire acheter le plus cher possible ; mais, on le répète, les temps n étaient plus les méfiies: aussi l-iln.aumnnt cul beau s'agiter, déclamer contre la tyranuii‘. l'illégalité des impôts et la misère générale, il trouva bien des gens qui $e firent ses échos, mais pas un qui voulût ou osât se révolter ouvertement. En un mot, si l'ancieu partisan ne réussit pas à soulever fa Normandie, il s'assura du moins dans le pays uu fort houuélc renom de Inrili mécontent, et des avis charitables lui apprirent que l'autorité suruilfait sa couduile.
Latréaumonl, toujours imbu des maximes d'une autre époque, crut alors avoir fait un merveilleux coup de partie, qu’on le redoutait, et (J'i il ne devait plus que demander pour obtenir ; aussi alla-t-il bientôt à **iut-Ucmiain « dire un mol de ses prétentions. » Ignorant leur étrangeté, un de scs anciens compagnons de l'armée du roi, M. de Brissac, alors major des gardes du corps, lui lit obtenir une audieucc de M. de Louvois, et aussitôt le partisan, entrant en matière avec son assurance ei son effronterie habituelles, demanda tout d'abord à l'impérieux mi—
I nislrc un régiment, ajoutant qu'à la vérité il n'avak pas de quoi acheter ce régiment, nuis que des gens comme lui se devaient paver, et tar- ! Renient payer, pour plus d une raison. Qu'on sc figure, s'il se peut, M. de Louvois, hautain, brutal, emporté, habitué à voir tout trembler devant lui, et qu’ou n'abordait qu'avec une certaine épouvante, recevant une pareille requête, faite uaillcurs de ce tou impertinent cl matamore si particulier à Latréaumonl. Le ministre eu devint pourpre de colère, secoua sa perruque noire, d'un air terrible, et répondit au partisau en lui montrant la porte : — Que, comme il connaissait scs manœuvres eu Normandie, non-seulement il ne lui donnerait ni un régiment ni une compagnie, mais qu'il rengageait encore à sortir de France pendant quelque tetup9, s’il ue voulait pas aller pnurrir à 1a Bastille.
Latréaumonl, furieux, mnulra le poing à M. de Louvois le menaça, lui dit qu'il le lui payerait, jura, sacra, et sortit en fermant fa porte avec une violence effroyable. II est hors de doute que, sans l'intervention pressante et subite de M. de Brissac, le partisan était immédiatement arrêté et emprisonné ; mais M. Ue Louvois consentit à oublier cette injure, sur la promesse formelle qui lui fut faite par le major que ce gladiateur insolent quitterait aussitôt la France.
Sur l'heure, en effet, M. de Brissac fit monter Latréaumonl à cheval, lui donna quelque» pistules, et obtint de lui 1a promesse île se retirer I en Hollande, promesse que Latréaumonl accorda sans trop marcltauder, car ce voyage ne lui déplaisait pas. et pour cause. Lalrcauinonl partit donc. Il hélait plus jeune : la vie des camps, ses blessures, ses débauches, lui avaient fait perdre une partie des avantages extérieurs dans lesquels II avait autrefois pu trouver de si impures ressources ; aussi ne lui resLiil-il plus que sou épée, son adresse au jeu, sa force d'athlète et sou iuipertuibablc audace. Cc fut doue avec ce singulier capital, et une vingtaine de pisloles, qu'il arriva à Amsterdam.
Ou l a dit, Lalréaumont u'avait pas sans raison agréé pour retraite passagère l’un des Etals libres de la République des sept Proviuces- Unics, car il savait parfaitement que l’Empire et l'Espagne accueillaient toujours bien, soit à 1a Haye, soit à Amsterdam, grâce a l'intermédiaire de leurs ministres résidents, tons les mécontents que l'exil ou 1a mauvaise fortune chassait de France, espérant tôt ou lard fomenter par eux quelques nouvelles séditions (Lins ce pays, et porter ainsi un coup dangereux à fa monarchie de Louis XIV.
D'ailleurs les Hollandais eux-mêuies commençaient à se défier fort de l'alliance de Louis XIV, qui les avait déjà plusieurs fois cruellement trahis, et le peuple se prononçait de plus eu plus contre fa France: aussi Lalréaumont, sans avoir de plan positivement arrêté, comprit bientôt qu'il pourrait tirer avantage de l'espèce de proscription qui le frami.iit en intéressant des étrangers à son sort, et que sa connaissance parfaite de la Nonnaudic- et des éléments de rébellion qu'il y avait laissés ne serait peut-être pas inutile â sa fortune personnelle.
Or, deux ou trois jours après son arrivée à Amsterdam, il entra par hasard dans l’école de Vau-den-Kudcu. Jamais peut-être cet austère vieillard n avait exposé scs théories de liberté avec plus d'entrainement cl de conviction ; jamais peut-être cet ardent amour qu'il avait au cœur pour riiumnuilé tout entière ue s'était révélé par une |iarole plus émouvau te et plus émue! Latréaumonl, qui n'avait pas depuis si longtemps expérimenté la vie à travers des événements de toute sorte sans eu retirer une grande pratique des hommes, écouta froidement ces belles choses, examina le philosoplie avec une pénétrante et profonde attention, et démêla bieu vile que Vau-den-Kuden était intimement convaincu de l'exceUence cl de la pureté des principes démocratiques qu'il professait, et qu’il exerçait aussi aveuglément cette universelle charité dont il venait de parler avec tant de chaleur. Des lors, le rôle de Latréaumonl fut tracé, et il n'y faillit point.
A l'issue de fa leçon, se présentant hardiment au docteur et affectant une rudesse de langage qu’on pouvait regarder comme l'expression d'une brutale franchise, il lui dit :
— Vous venez de prêcher contre les tyrans, je fuis les rigueurs d'un tyran; vous venez d'honorcr ceux qui veulent la lilicrté de leur pays, j ai voulu cette liberté pour mon pays, et c'est pour cela que je suis proscrit; vous venez de dire que vous aviez compassion de vos frères malheureux, je suis votre frère, je suis exilé, je 6uis malheureux; je viens donc à vous!
Et, de ce jour, Latréaumoul s'imposa presque à Van-den-Enden comme son commensal obligé. A cc propos, il est lion de dire, ce qu'on verra d'ailleurs plus lard, que, dès qu'il s'agit d'une conspiration, avant toutes choses, Latréaumonl sc proposa toujours de vivre le mieux, le plus sensuellement possible, aux dépens de ses complices, cl d’en tirer impunément tout le parti que lui suggéraient son indiscrétion et sa cupidité. Aussi, une fois qu’on se trouvait compromis avec cet homme sans retenue cl anus vergogne aucune, son audace et son exigence devenaient telles, qu'il fallait une rare énergie pour échapper â sa fatale influence, et mettre un terme aux impertinentes familiarités ou aux demandes avides de cet impérieux athlète.
Quant à Van-den-Enden, qui poursuivait surtout le triomphe et fa fin de scs utopies politiques, il supportait Lalréaumont avec cette tolérance dédaigneuse des âmes forte», qui, ardemment préoccupées de leurs vastes projets, ne considèrent certains hommes que comme des instruments, et accueillent iuilifiorcnunent tous les moyens d’action, ne pensant qu'à fa magnificence des résultats.
LATRÉAUM01NT.
Les rapports du pliilosopfie et du partisan s'étaient d'abord établis, on l'a dit, grâce à l'elTruuicrie de ce dernier, qui avait osé venir demander impudemment asile et secours à Yao-den-Eudeo au nom de leur commun amour pour la liberté. Puis, après plusieurs longs entretiens, dans lesquel* il se montra imperturbablement épris des maximes démocratiques professées par le docteur, Lalréaumont sut de ce dernier qu'il avait conservé d'iutimes et fréquentes relations avec le grand pensionnaire de Hollande. Jean de Wiu, personnage d'une liaulc influence et d'une intégrité universellement admirée, qui exerçait, dans le gouvernement des sept Provinces-Unies, des fonctions aualogues à celles de président d'une république; enfin, que Van-den-Enden était aussi lié d'étroite amitié avec Ouiodci, agent secret de l'Empire à Amsterdam, et correspondant naturel du baron de l'isola, ministre de Léopold à b Haye, l'un des plus ardents ennemis de la France.
liés lors, sans projets précisément arrêtés, Lalréaumont pensa que s'il pouvait, par l'intermédiaire de Van-den-Enden, arriver à convaincre Jean de Wiu et l'isola qu’il était facile d'exciter une révolte en Normandie, et à se faire agréer par eux comme chef de celte dangereuse entreprise, il y trouverait d'abord un large profil, en cela que l’argent destiné à fomenter celle rébellion lui serait confié, et puis qu'il aurait à mener de nouveau celte vie aventureuse à laquelle il n'avait pas renoncé sans regret. Aussi, un jour, après avoir demandé à Van-den- Enden le plus profond secret, Lalréaumont lui confia le planque voici, en réclamant son secours et ses lumières, qui, disail-il, étaient indispensables à l'exécution et au bon succès d’une entreprise tentée «Luis l’intérêt seul de la démocratie.
La Normandie, écrasée d'impôts, ne demandait donc (selon Lalréaumont) qu’à se soulever, presque toutes les autres provinces étant dans les mêmes dispositions , et n attendant qu’un signe pour sc révolter aussi; or, lui, Lalréaumont, ayant de grandes habitudes et une iulluence positive à Ilouen cl dans tout le voisinage, répondait de la rébellion de ce pavs, si l’Espagne, l'Empire ou les Etats de Hollande, qui avaient tant de sujets de plaintes contre Louis XIV, voulaient favoriser ee mouvement, fournir l'argent nécessaire pour le décider, cl l’appuyer enfin ouvertement par une descente à Quillcbœuf, ville faible et sans défense, située à six lieues du Havre. Une fois assurée de cet appui, b Normandie se déclarait indépendante, et bientôt les autres provinces l'imitaient. Or, sachant quelles étaient les relations de Van-den-Enden avec les personnages qui seuls pouvaient assurer la réussite de ce soulèvement, sachant ou cl était son amour pour b liberté, et combien il avait à cœur le triomphe des doctrines républicaines et b ruine des Etals monarchiques. Lalréaumont venait lui demander, disait-il, les moyens d’arriver auprès de Jean de Wiu et de l'isob, l’appui de ses couscils, et eufiu ■ un plan de gouvernement uni, » applicable à la Normandie d’abord, puis à b France entière, dès que toutes les provinces se seraient successivement soulevées.
Dieu qu'au premier abord il dût paraître impraticable, le dessein de Lalréaumont n'était pourtant pas absolument dénué de possibilité, ni ses assenions de vraisemblance: car, peu d’années auparavant, b guerre civile déchirait encore b France : de plus, ainsi qu’on a dit, un mécontentement général, mais rudement comprimé par la terreur, s’étendait sur tout le pays; cl, dans leurs nombreux pamphlets, les ministres étrangers , cl particulièrement le baron d'isob , évoquaient souvent comme un fantôme menaçant pour Louis XIV ces symptômes de désaffection générale.
Aussi est-il concevable que Van-den-Enden, entraîné par son ardeur de prosélytisme, aveuglé par ses illusions démocratiques, et surtout poussé peut-être par celte même curiosité dévora u te qui bit si ardemment desirer au poète de voir son drame animé, vivifié par b pompe du théâtre, ou au musicicu d'entendre son œuvre majestueusement révélée par les mille voix de l'orchestre; il est concevable que Vun-deu-Enden, irrésistiblement séduit par l'espoir de donner ainsi un corps à ses magnifiques utopies, et de réaliser sur une immense échelle ses rêves de liberté, ait lavorisé de toute sa puissance les projets de Lalréaumont.
Il chargea donc le partisan d'nnc longue lettre pour Jean de Wiu, lettre dans laquelle il exposait au grand pensionnaire les plans, les espérances de Lalréauinonl, et lui demandait franchement, pour celle enreprise, son appui et sa coopération, au nom de l'émancipation et de >a liberté des peuples! U est vrai de dire que la république des sept l'roviuces-Unies se trouvait alors en paix et alliauce avec b France ; mais, oïl le répète, il était déjà si pudiquement reconnu et avéré que Louis XIV avait porté de nombreuses et formelles atteintes a celle alliance et à b foi des traités, que Van-den-Enden pouvait penser que Jean de Wiu vernit dans cette proposition un moyen de servir b cause de b liberté et de punir la irahisuu d'un allié parjure.
Quant à b lettre d'Omodci, que le docteur remit à Lalréaumont pour le baron de l'isob, elle renfermait l'exposition sommaire du projet, une longue note biographique sur Lalréaumont, et on y invoquait ie concoure de l'Espagne et de l'Empire au nom de tous les g rida nue ces deux puissances nourrissaient depuis si longtemps contre Louis XIV.
Lalréaumont partit donc cltargé de ces différentes dépêches, et c’est au retour de ce voyage que nous l’avons vu arriver d une manière si étrange et si inattendue cbe* le docteur
M iulrn.Mit on va laisser le colonel raconter à Van-den-Enden le ré-
sultat de ses cnirevoes avec le grand pensionnaire de HoHande, Jean de Win, et le barou de l'isob, ministre de l'empereur.