Oeuvres illustrees d'Eugene Sue Le juif errant
L'océan Polaire entoure d'une ceinture de glace étemelle les bords déserts de la Sibérie et de l'Aroéri-
a ue du Nord!... ces entières limites des deux mondes, que sépare l'étroit canal de Behring.
Le mois de septembre touche à sa lin.
L’équinoxe a ramené les léucbres et les tourmentes boréales; la nuit va bientôt remplacer uu de ces jours
C laires si courts, si nibres...
Le ciel, d’uu bleu sombre violacé . est faiblement éclairé par un soleil sans chaleur, dont le disque blafard, à peine élevé audessus de l'horizon, pâlit devant l'éblouissant éclat de la neige, qui couvre à perle de vue l'immensité des steppes. Au nord, ce désert est borné par une côte baissée de roches noires, gigantesques : au pied de lelir entassement
La chambre de l'auberge du Faucon-Blanc. — race 4.
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titanique.est cn-halné cet océan péltilie, qui a pour vagues iiniiiobilesdeg ‘ '■
grandes chaînes de montagnes de glace, dont les cimes bleuâtres disparu isscul au loin dan- une brunir ucigcuse... A l'est, entre les deux pointes du cap Oulikine, confiu oriental de la Sibérie, on aperçoit une ligucd'uii vert obscur, ou la mer charrie lentement d'énormes gbçons blancs...
C'est le détroit de Behring.
Lnliu.au delà du détroit, et le dominant, se dressent les massegranitiques du cap de uallcs, pointe exlrérTn* de l'Amérique du Nord.
Ces latitudes désolées napparlienneui plus au monde habitable ; par leur froid terrible, les pierres éclatent, les arbres se fendent, le sol se crevasse en lançant des gerbes de paillettes gbcées.
Nul être humain uc
semble pouvoir affronter la solitude de ces régions de frimas et de tempête, de famine et de mort... Pourtant... chose étrange I on volt des
ale
traces de pas sur h muge qui contre ces déserts, deruieres limites des deux continents, divisés par le canal de l'-o’iring...
Du côté de l.i terre américaine, l'empreinte des pas, petite et légère, annonce le passage d'une femme...
Elle s’est dirigée vers les roclus, d’où l'oit aperçoit, au delà du détroit. les steppes neigeuse de li Sibérie.
Du côté de la Sibérie, l'empreinte. plus grande, plus proton le, annonce le passage d'un homme.
' Il s'est aussi dirigé vers le détroit.
Un dirait que ©et homme et que celte femme, arrivant ainsi on sons contraire aux extrémités du «loin*, tml esfwré s’entrevoir à travers l’étroit liras do mer qui sépare Tes deux hf.iuIi * !
Lhose plus étrange encore ! cet homme et cette femme ont traversé r»*s solitudes poud.iiit une horrible t impôt©...
Quelques noirs mélèzes centenaires, pointant naguère ça cl là dans cos déports, coninio dus croix dans un champ de repos, ont été arrachés, ~ brisé-., emportés au toiu par Lx tourroeule.
A cet ouragan furieux, qui déraciné lus grands arbres, qui ébranle les montagnes de glace, qui les heurte masse contre masse-, avec le fracas ! de la foudre. ... à cet ouragan furieux ces deux \ovaceur* ont Lit ace.
Ils lui ont fait face, sans dévier un monu-ot de la ligne invariable
qu'ils suivaient ou le devine â Lv trace de leur marche égale, droite
et ferme.
Quel» sont doue ces iloux «1res, qui du minent toujours calmes au milieu des cornu Lions, dos houle» «rseaMQfs de la nature?
tta«ard, vouloir ou totalité, sons la semelle ferrée de r homme, sept clous aaHIants forment une croix.
Partout U Lusse cette trace de son jkavsagc...
A voir sur la neige dure e‘ polie ces empreintes profondes, ou dirait nu sol de marbre ci eus»? par n» pied d'airain.
Mais hicutôt une nuit sans crépuscule a MCCédé an jour...
Nuit sinistre...
A la faveur de l'éclatante réfraction de la neige, on voit la Steppe dérouler sa blancheur infinie sous une lourde coupole d’un azur m sombre, qu’il semble noir; de pâles étoiles sc perdant daus le* profondeurs de cette voûte obscure cl glacée.
lai silence est solennel ..
Mais voilà que vers le détroit de Eehring une faible lueur apparaît à l'horizon.
C’est d’abord une clarté douce, bleuâtre, comme celte qui précède rasceii.âou de la lune... puis, coite clarté augmente, rayoune, et se colore d'un rose léger.
Sur tous les autre* points du ciel, les ténèbres redoublent; c'est à peine ri la blanche étendue du désert, tout à l’heure si visible, #e distingue de ta noire voussure du firmament.
Au milieu de celle obscurité, on entend des bruits confus, étranges.
On dirait le vol tour à tour crépitant ou appesanti de grands oiseaux [ de nuit qui, éperdus, rasent la yicppc et s’y abattent. |
Mais ou u ‘entend pas un cri.
Cette muette épouvante annonce l'approche d’un de ces imposant phéu rtnènes qui frappent de lem ur tous les êtres animés, des plus féroce* aux plus tooffciirib... l f nc aurore boréale, spectacles! nuguiliq'K et si fréquent dans les régions polaires, resplendit tout à coup...
A l'horizon ‘C dessine un detui-gluhe (fécta taule clarté. Du centre de ce foyer ébloui »»aut jaillissent d’uumense* cokmiie» de lumière. qui, s'éleva ul à des hauteurs inconuuen-iiral.l s, illumiiu-iil le ciel, la terre, ki nier... Alors ces reflets ardents comme ceux d'un mccudio glissent w la neige du désert, empourprent la cime bleuâtre des montagnes de glace, et colorent d’un rouge sombre les hautes roches mures des deux Continent s.
Après avoir atteint ce rayonnement magnifique. l'aurore boréale pâlit peu à peu, scs vives clartés s'éteignirent dans un brouilla: d lumineux.
A ce moment, grâce à ua singulier effet de mirage, fréquent dans r?s latitudes, quoique séparée de lu >ibérie par la largeur d'un br.«* de mer, la côte américaine sembla fout à coup si rapprochée, qu'on aurait nu pouvoir jeter uu pont de l'uu à l'autre momie.
Alors, au milieu de la vapeur transparente et azurée qui s'étendait sur les doux terres, deux ligures humaines apparurent.
Sur le cap sibérien, un lmmn»c à genoux étendait les bras vers l'Amérique avec une expression de désespoir indéfinissable.
Sur le promontoire américain, une femme jeune et belle répondait au geste désolé de cci homme, en lui montrant h» ciel
Pend.mt quoique* secondes , cc*. deux grandes ligures »c dessinèrent 1 ainsi, pâles cl vaporeuses, aux dernières lueurs de i aurore boréale.
Mais le brouillard s'épaississant [«u à peu, tout disparut dans le» :é- ; arbres.
D'où venaient ces. deux être* qui sé rencontraient ainsi sous les glaces polaires, a l'extrémité des mondes?
Quelles étaient ces deux créature*, un instant rapprochées par uu mirage trompeur, mais qui semblaient séparées pour i éternité? *