‹ Œuvres illustrees d'Eugene Sue Le juif errantChapitre 12 sur 95 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

ment brusque et rendu plus maussade encore par l'interruption de son sommeil, le bourgmestre ne manquait ni de bon sens ni de sensibilité. Il comprit donc qu'un homme ainsi accompagné devait difficilement inspirer de b défiance.

« Pauvres cheivs enfants... -*- dit-il en les examinant avec un intérêt croissant. — orphelines si jeunes... et clics viennent de bien loin ?... — Du fond de b Sibérie , monsieur le bourgmestre , où leur mère était exilée avant leur naissance... Voilà plus de cinq mois que nous voyageons à petites journées... Pi’esKe pas déjà assez dut pour des enfants de œt âge ?... C’est pour elles que je vous demande grâce et appui... pour

Morok portail sou bras gauche eu écharpe : après avoir lentement gravi l’esea-* lier, il salua respectueusement le bourgmestre.*

A l’aspect de la siuistre fleure du dompteur de bêtes.

Rose et Blanche, effrayées, reculèrent d'un pas et se' rapprochèrent du soldat.

Le front de celui-ci se rembrunit; il sentit de nouveau sourdement bouillonner sa colère contre Morok, cause de ses cruels embarras ( il ignorait pourtant que Goliath eût, à l'instigation du Prophète, volé le portefeuille et les papiers).

« Que voulez-vous. Morok ?

— lui dit le bourgmestre d'uu air moitié bienveillant, moitié fâché. — Je voulais être seul , je l'avais dit à l'aubergiste. — Je vieos vous rendre un service, monsieur le bourgmestre. — lin service? — Uu grand service; sans cela je ne me serais pas permis de vous déranger. Il m'est venu un scrupule. — Uu scrupule ?

— Oui, monsieur le bourgmestre; je me suis reproché de ne pas vous avoir dit ce que j’avais à vous dire sur cet homme ; déjà uue fausse pitié m’avait égaré. — Mais enfin, qu'avez-vous à dire ? »

Morok s'approcha du juge et lui parla tout bas pendant assez longtemps.

D’abord trrs-élonnéc , peu à peu b physionomie du bourgmestre devint profondément attentive et soucieuse ; de temps en temps il bissait échapper une exc bina (ion de surprise et de doute, en jetant des regards de côté sur le groupe formé par Dagobert et les deux jeunes filles.

A l'expression de ses regards, de [dus en plus inquiets, scrutateurs et sévères, ou voyait facilement que les paroles secrètes du Prophète changeaient progressivement I intérêt que le magistrat avait ressenti pour h*» orphelines et pour le soldai, eu un sentiment rempli de défiance et d'hostihlé.

Dagobert s'aperçut de ce revirement soudain ; ses crainte;, un instant

LK JUIF l'UU WT.

calmées, revinrent ptus vives quC jamais. Rose ei Blanche; Interdites Vous «vez-bé&ù iraitter axec vous ccgdeux jeunes hiles, qui, malgré leur cl ne couipicn iiil rteu a « rit-' s ...• i..t a ne, r» gardaient le soldat avec air inuoceut, pourraient bien n’ètrê que... — Malheureux ! » s'écria Daune anxiété croissante. gobert en micrrompanl le bourgmestre d'un geste si terrible, que le juge

« Hiable ! ... — dit le bourgmestre en se levant bntçqucmenl, — je n'a- n'osa pos aelvcvcr. vais pas songé à tout cria: où d«*nc avais-je la tête? .'lais que voulez- Le soldat prit les enfants par le bras, cl, sans «ju'clles cusseut pu dire un

vous, Morok.' lorsqu'on vient au milieu «le la nuit vous éveiller, on n'a mot, il les üt. en une seconde, entrer ddns la chambre; puis, fermant la

nas tonie sa liberté d'esprit ; c’etJ un grand service que vous me rendez porte et mettant la ciel dans sa poche, il reviut précipitamment vers le là. vous tue le diriez bien. — Je n’ affirme rien, cependant... — t!'»'*: Imtiremestre, qui, effrayé de l'attitude et-de la phyriononiie menaçante égal: il y a raille à parier contre un que vous avez raison. — t!e n’est du vétéran, recula de taux pas en arrière et se tint d’une main à ta qtl'un soupçon fonde sur quelques cironnrtawvs . mais enfin tm sotip- rampe de l'escalier.

von... — Peut mettre sur la voie <lc h vérité... Kl moi qui all.iis, romim- « Ecoulez-moi bien, vous! — dit le soldat en saisissant b* juge parte nu oison, donner dans le piège... Encore une fois, où avais-je donc 1a bras. — Tantôt ce misérable m’a insulté... (et il montra .Morok). J’ai fout

fête ? — il fst si difficile de se défendre de certaines apparences... — A supporté... U s'agissait de moi. Tout à l'heure, j'ai écouté pjtietnraenl

qui le dites-vous, mon élut Monde, a qui le dites-vous? » vos sornettes, parce que vous avez eu l’air un motnonl.de vous Intér»^-

l'endatit celte conversation mystériru: e, 1 «gobert était au siqiplice ser à ces malheureux enfants : mais, puisque vous n'avez ni cœur, ni pi-

2 pressentait vaguement qu’un vuileul oi igc allait éclater; il ne songeait lié, ni justice... je tous préviens, moi, que, tout Ivourgmestrc que vous

qu'à une chose, h maîtriser encor» colere. | êtes... je vous c rosserai comme j'ai crossé ce chien, — et il montra tic

Morok s'approcha du juge en lui désignant du regard les orphelines ; il nouveau le Prophète, — si vous avez le malheur de ne pas parler de ces

rccmimtcur.i de lui parier bas. dens flUtes comme tous porteries de votre propre cotant... entendes*

« Ah! — s’écria le bourgmestre avec indignation, — vous allez trop | vous! — Comment... vous osez dire... — s’écria le bourgmestre balbu-

loin 4e n’aRirmc rien. — se bâta <le dire 'lorok, — c'est une simple riant de colore. — que si je parle de ces deux aventurières... — Oupeau

présomption !'• ndée ntr...» bas... quand on parie des Mes du maréchal due de Ligny ! » s'écria le

K t, de nouveau, il approcha ses lèvres de l'oreille dn juge. «oUat en arraenanl le bonnet du bourgmestre, et le jetant ù scs

■ Apres tout, pourquoi non ' — n prit te juge en levant tes nuis#» au pied*, ciel; — ces geuvlâsunl capable» de tout ; il dit nn*w qu’ü vient de ia , \ «elle agression, Morok tressaillit de joie.

literie avec elle» ; qui prouve que ccli n'est pas un ama* d'impudent* \ Eu effet, üagobei t. exaspéré, renon»;aiu à tout espoir, se laissait mal-

mensonges? Mais on ne me prend pas deux fois pour dupe, » s'écria le i heureusement aller à la violence de sa colore si péniblement contenue bourgmestre d'un ton courroucé ; car, ainsi que loua les g'-us d*un ca» > di nui* quehiiies heures.

racièrc versatile et faible. il était sans pitié pour ceux qn'il croyait capa- ; Lorsque (c izourgmeslrç vit son bonnet à scs pieds, il regarda le blés d’avoir surpris sou intérêt. ! dompteur de bêtes avec stupeur, comme s'il hésitait à croire à une pa-

« Ne vous hâtez pourtant prs de juger... ne donnez nas surtout à mes j reltte énormité, paroles plus de ;.«ii(l$ qu'elles n'en ont, — reprit Morok avec une com- : Oagoltert, regrettant son emportement, sachant qu’il ne lui restait au-

ponction et une humilité h ypérités : — ma position euxyrs tel Inumne ' cuti moyen des concilia lion, jeta un coup d'<ri! rapide autour de lui, et,

— (et il désigna Dagobert) — tst malheun usemeut si (ausce, quel'ou mutent de quelques pas, gagna ainsi les premières marches de l'es** pourrait croire que j* «gis par ressentiment du ma! qu'il m'a (ait; peut- 1 nalW.

cire même est-ce que j'agis ainsi à mon insu... tandu que je crois au j la: bourpmf.tr»' se tenait debout, à côté du banc, dans un angle du coutraire n’étre guidé que par l'amour de la jurilce, l'horreur du men- palier; Morok, le bras m écharpe, afin dé donner une plus sérieuse apsnnge, ri le respe» t do notrfv sainte religion, Enfin... qui vivra... vw- p.jrtwai à sa blessure, était auprès du magistrat. Celui-ci, trompé par le ra...; que te Seigneur me pardonne si je me suis t'ompé; en tout «ms, moutcnu'iit de retraite de Dagolicil, s’écria : «Ah! tu crois échapper * la justice prououcera : au bout d’un mois OU deux ils -eront libres, s'il* ?|aès avoir osé porter la main >ur moi... vieux misérable ü! — Monsieur sont iunoeents. — C'est pour cela qu'il n'y :t pas à lié*iirr c'est une I. iMUirgmestre... pardon nez-moi... C'est un moment de vivacité que je simple mesure »k prmteme, et il* n’en Biourrout pas. U'ailteur*. plus j’y u'ai pu rus, briser : ]« me reproche cette viotence, — dit Dagobert d'une songe, plus cela uie paraît vraisemblable: oui, Tel homme «ioit cire un voix rrpeutaule, en baissant humblement la télé. — I‘as «le pitié pour espion ou un agitateur français; si je rapproche mes soupçons de celte toi,., itulheureux ! Tu veux recommencer à m'attendrir avec ton air « AntanifesUtiou dirs étudiants de Frau» fort... — El Aius celle hjrpoUir-e, lin ! mai» j'ai pénétré tes secrets desseins..# Tu n'es pas »■»• que tu pirate pour monter, pour exalter la tête de ces jeune* fous, il n'est rieu de tel être, et U pourrait Lieu y avoir une affaire d’Etat au fond de tout ceci. — que... — Et dun regard rapide Morok désigna les deux saurs ; puis, «jouta te magistrat d un ton extrêmement diplomatique. — Trms moyens après un instant de silence significatif, il ajouta avec uu soupir : — Pour sont bons pour des çeus qui voudraient mettre l'Europe en feu. — Je ne le démon, tout moyen est bon. — Certainement, ce serait odieux, main ! »ui* qu'un pauvre diable... monsieur te bourgmestre... Vous avez si bou part;» item*' ut imaginé... — El puis eniin, monsieur le bourgmestre, exa- | cœur, ne soyez pas impitoyable!... — Ah ! (il m'arrache» mou bonnet ! mitiez-te alleulivcmeut, cl vous verrez que cet homme a une figure dan- ( — Mais vous, — ajouta le soldat en se tournant ver* .Morok,— votis <jui gereuse : voyez. » J éuvi cause »)e tout... ayez pitié de moi... ne montrez pas de rancune...

En parlant ainsi, toujours à voix basse, Morok venait de désigner éri- ; Vous quiètes un saint homme, dites au moins un mot en ma faveur à

deuunrtii Dagobert. : motuirur Je bourgmestre. — Je lui ai dit... ce un je devais loi dire... —

Malgré l'empire que celui-ci exerçait sur lui-même, la contrainte où il répondit ironiquement le Prophète. — Ah ! ah! te voilà bien penaud à sc tenait depuis son arrivé» 1 dan» «ette auberge maudite . et surtout de- I cette heure, vieux vrgabond... Tu croyais m'abuser par tes iérémiadt^, puis te commencement île I» conversation de Morok »*t du liouigmestre, — reprit te bourgmestre en s'avançant vers Dagobert. — Dieu merci! finissait par être au-dessus de ses fore» » ; d'ailleurs, il voyait « bjreuicnt ! je ne su» plus ta duiie. .. Tu verras qu'il y a à leipsick de bons ca< bot» que ha «‘fforis pour se concilier l'intérêt du jupe venaient d'être com- ; pour l»*s agita'eur* français et pour les coureuses d'aventures, car tes plélcmeut ruines par U fatale influence du dompteur d»: bête* aussi . dtiiiZLltei ne valent |>as mieux que toi... Allons, — ajouln-t-fl d’un air

pmtml patiencr, il s'approcha de celui-ci, te» bras croisés sur te poi- ; huportanl en pouffant ses joues, — allons, descends devant moi. Quant

irine, et lui «lit d’une voix encore contenue : « C'est de moi que vous à toi, Morok, lu vas... » xeuez (te parler tout ba- à M. te bourgmestre? — Oui, — dit Mo- U* bourgmcklte ne put achever.

rok en te l egardaut fixement. — Pourquoi n'avez-vous pas parlé tout Depuis quelques minutes, Dagobert nç cherchait qu’à gagner du temps; haut ? v ( il étudiait du coio de l'œil une porte cntr'ouvertc, faisant Etre, sur le pa*

L’agifation presque convulsive de l'énaisse moustache *te Dagobert, lier, à b chambre oecimée par les orphelines; troux’anl le moment Ctvoqui, apr»*s avoir dit » e* paroles, regante a son tour 31oryk cotre les deux rabte, il S élança, rapide comme la foudre, sur le boni gmestre, le prit à yeux, annonçait qu'un violent combat se livrait eu lui. Voyant «mi ad- la gorge el le jt ta si rudement contre la porte entrc-bAitiée, que h* ncigtsversaire gard» r un rilenre moqueur, il lui «lit d une voix plus haute : « Je irai. Stupéfait de cette brusque attaque, ne pouvant dire une parole ni vous demande pourquoi vous parlez bas à 31. le bourgitUMlre quand il I pousser un cri, alla rouler au fouil de la rliStubre complètement qb&s'agit de uroi ? — Fan e qu’il y a dirs choses honteuses q»ie l’on rougirait | cure.

de dire tout haut, » répondit Morok avec insolence. ! Fuisse retournant vers .Morok, qui, le bras en échaipp, et voyant l’es-

Itegote-rt avait leun jusqu'alors ses bras croisés; tout à coup il les carier libre, s’y précipitait, le soldat le rattrapa par sa longue chevelure, tendit violemment en serrant les poings. Ce brusque mouvement fut si flotte nie, l'attira à lut, l’enlaça dans ses bras de ter, lui mit l.i main sur expressif, quo les deux sœurs jetèrent tin cri d’effroi en se rapprochant la bouche pour étouffer ses cite, et, malgré sa résistance désespérée, le de lui. ! poussa, te traîna dans la chambre au fond de laquelle le hourgutoilre gi-

« Tenez, monsieur le bourgmestre» — dit te soldat, les denis serrées sait déjà confus et étetirdi. par b colère, — que cet homme s’en aille, ou je ne répond* plus de moi. Apres avoir ternié la porte à double tour, et mis la clef dans sa poche,

— Comment ! — dit le bourgmestre avec hauteur, — des ordres à moi... D igobert, en deux bond*, descendit l'escalier qui abonttesaif à un couvons osez... — Je vous dis de faire de-, mdre cet homme, — r»*prk Da- loir donnant sur te cour. !.a porte de l'auberge élaH fermée ; impossible Robert hors de lui, ou il arrivera quelque malheur! — Dagobert... mon de. sortir d»' <e côté.

Dieu... calme- loi, — s'ét rièreol le* enteht» » n lui prenant les mains. — La pluie tombait à torrents . Il vit à travers les carreaux d'une salle Il vous sied bien , misérable vagabond , pour ne pas Aire plus, «le com- basse, écl *irée par te lueur da feu, l’Uôte et ses gens uticndant la déc ision mander ici ! — reprit colin buurgmesire ftirieux; — ah ! vous croyez du bourgmestre.

«jue pour m'abuser il suffit de «lire que vous avez perdu vos papier»! I Verrouiller b porte du couloir, cl luterccpter ainsi toute communies-

lion avec la cour, ce fut nour le soldai l'a flaire d'uue seconde, et il remonta rapidement rejoindre les orphelines.

Morok, revenu à lui, appelait à l'aide de toutes scs forces; mais, lors même que ses cris auraient pu être entendus malgré la distance, le bruit du veut ci de la pluie les eût étouffés. Dagobert avait donc environ une heure à lui, car il fallait assez de temps pour que I on «étonnât de In longueur de son entretien avec le magistrat; et, une fols les soupçon» «u les craintes éveillés, il fallait encore briser les deux portes, celle qui fermait le couloir de l’escalier et celle de la chambre où étaient renfermés le bourgmestre et le Prophète.

« Mes enfants, il s'agit de prouver si vous avez du sang de soldat dans les veines , — dit Dagobert eu entrant brusquement chez les jeunes filles, épouvantées du bruit qu'elles entendaient depuis quelques moments. — Mon Dieu! Dagobert! qu'arrive-t-il '( s’écria Blanche. — fjue veux-tu que nous fassions? » reprit Rose.

Sans répondre, le soldat courut au lit, en relira les draps, les noua rapidement ensemble, fit un gros nœud à l’un des bouts, qu'il plaça sur La partie supérieure du vantail gauche de la feuêlrc, préalablement cntr’ouvcrt, et ensuite refermé. Intérieurement, retenu par la grosseur du noeud, qui ne pouvait passer entre le vantail et l'encadrement de la croisée, le drap se trouvait ainsi solidement fixé : son autre extrémité, flottant en dehors, atteignait le sol ; le second battant de la fenêtre, restant ouvert, laissait aux Fugitifs uo passage suffisant.

Le vétéran prit alors son tac, la valise de scs enfants, la pelisse de penu de renne, jeta le tout par la croisée, fit un signe à Rabat-Joie, et ('envoya, pour aiusi dire, garder ces objets.

Le cnien n'hésila pas, d'un bond il disparut.

Rose et Rlanchc, stupéfaites, regardaient Dagobert sans prononcer une parole.

■ Maintenant, mes enfants, — leur dit-il. — les portes de l'auberge sont femsées... du courage... — et leur montrant la fènélre : — Il faut passer là, ou nous sommes arrêtés, mis en prison... vous d'un côté... moi de l'autre, et notre voyage est flambé. — Arrêtés!... mis en prison! — s’écria llo6c.— Séparées de lui! — s'écria Blanche. — Oui, mes pauvres petites! On a tué Jovial... Il faut nous sauver à pied, et tâcher de gagner Leipsick... Lorsque vous serez fatiguées, je vous porterai tour à tour, et quand je devrais mendier sur fa roule, nous arriverons... Mais un quart d heure plus tard, et tout est perdu... Allons, enfants, ayez confiance en moi... Montrez que les filles au général Simon ne sont pas poltronu es... ci il nous reste encore de l'espoir. »

Par un mouvement sympalhi<pte, les deux Meurs se prirent par 1a main comme si elles eussent voulu s'unir contre le danger ; leurs charmantes figures, pâlies par tant d'émotiou* pénible», exprimèrent alors une résolution naive qui preuail sa source dans leur foi aveugle au dévouement du soldat.

«Sois tranquille, Dagobert... nous n'aurons pas peur, — dit Rose d’une voix ferme. — C« qu’il faut faire... nous le ferons, — ajouta Blanche d une voix non moins assurée. — J’cn étais sûr... — s’écria Dagobert, — bon sang ne peut mentir... En route ! vous ne pesez pas plus que des plumes, le drap e>t solide, il y a huit pieds à peine de fa fenêtre eu bas... cl Rabat-Joie vuia y attend. — C'est à moi de passer la première, je suis l'aînée aujourd'hui. » s’écria Rose après avoir tendrement embrasse Blanche. El elle courut vers 1a fenêtre, voulant, s’il y avait quelque péril à descendre d'abord, s'y exposer à la place de sa sœur.

Dagobert devina facilement fa cause de cct empressement.

« Chers enfants, — leur dit-il, — je vous comprends, niais ne craignez rien l'une pour l'autre, il u'y a aucun danger... j’ai attaché moi-même le drap... Allons, vite, ma petite Rose. »

Légère comme un oiseau, fa jeune fille monta sur l’appui de fa fenêtre; puis, bien soutenue par Dagobert, elle BaUil le drap, et se laissa glisser doucement d’après ta recommandations du soldat, qui, le corps penché en dehors, l'encourageait de fa voix.

« Ma sœur... n’aie pas peur... — dit la jeune fille à voix basse dès qu'elle cul touche le sol, — c'erl très-facile de descendre comme cela ; Rabat-Joie est fa qui me lèche les mains... »

Blanche ne se fit pas attendre ; aussi courageuse que sa sœur, elle descendit avec le même bonheur.

< Chères petites créatures, qu'ont-cllcs fait pour être si malheureuses?... Mille tonnerre» ! ! ! il y a donc un sort maudit &ur cette famillelà?» s’écria Dagobert le cœur brisé, en voyant disparaître fa pâle et douce figure (le la jeune fille au milieu des ténèbres de cette nuit profonde, que de violentes rafales de vent et des torrents de pluie rendaient plus sinistre encore.

« Dagobert, nous t’attendons 1 , viens vite... » dirent à voix basse les orphelines, réunies au pied de -fa fenêtre. »

Grâce à sa grande taule, le soldat sauta, plutôt qu'il ne sc laissa glisser à terre.

Dagobert et les deux jeunes Glta avaient, depuis un quart d'beure à i ‘ lue, quitté eu fugitifs l'auberge du Faucon-Blanc, lorsqu'un violent craquement retentit dan» fa maison. La porte avait cédé aux effort» du bourgmestre et de Morok, qui s’étaicut servis d'une lourde table pour bé:icr. Guidés par fa lumière, ils accoururent dans fa chambre de» orphelines, alors déserte.

Morok vit les draps flotter au dehors, et s’écria : « Monsieur le bourgmestre... c'est par fa fcuèirv qu'ils sc sont sauvé»; il» sont à pied... par

cette nuit oragensç et noire, Us ne peuvent être loin. — Sans doute... nous les rattraperons... Misérables vagabond» !... Oh! je roc vengerai... Vite, Morok... il y va de ton honneur et du mien. — De mon honneur?... Il y va de plu» que cela pour moi, monsieur le bourgmestre, » — répondit le Prophète d’un ton courroucé; — puis, descendant rapidement l’escalier, il ouvrit fa porte de la cour, et s'écria d’une voix retentis^ sanie : « Goliath... déchaîne les clden» !... et vous, l'hôte, des kuilcrncs, des perches... Armez vos gens... faites ouvrir les portes. Courons après ta fugitifs ; Us ne peuvent nous échapper... il nous ta faut... morts ou vils. »

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