‹ Œuvres illustrees d'Eugene Sue Le juif errantChapitre 13 sur 95 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Les ménagea (1).

Morok. le dompteur de bêiec, voyant Dagobert privé de son cheval, dépouillé de ses papiers, de son argent, et le croyant ainsi hors d’état de continuer sa roule, avait, avant l’arrivée du bourgmestre, envoyé Karl à Leipsick porteur d’une lettre que celui-ci devait immédiatement mettre à la poste.

L'adresse de celle lettre était ainsi conçue ;

A moniteur Hodin. rue du Mxlitu-da-Ursins, d Paris.

Ver» le milieu de cette rue solitaire, assez ignorée, située au-des^oirs du niveau du quai Napoléon, où elle débouche, non loin de 1a rue Saint- Laudry, il existait alors une maison de modeste apparence, élevée au fond d'une cour sombre, étroite et isolée de fa rue par un petit bâtiment de façade, percé d oue porte cintrée et de deux croisées garnies d'épais barreaux de fer.

Rien de |4us simple que l'intérieur de cette silencieuse demeure, ainsi

c le démontrait 1 ameublement d'une assez grande salle située au rez-

-c haussée du corps de loge principal, lie vieilles boiserie?, grises cou* vraienl les murs ; le sol, carme, était peint en rouge et soigneusement ciré; des rideaux de calicot blanc sc drapaient aux croisées.

Une sphère de quatre pied» de diamètre environ, placée sur un piédestal de chêne massif à l'autre extrémité de 1a chambre, faisait face à la cheminée. Sur ce globe d'une grande échelle, on remarquait une foule de petites crotx rouges disséminées sur toutes les parties du rooude ; du nord au sud, du levant au couchant, depuis ta pays les plus barbares, ta Des les plus lointaines, jusqu'aux nations les plus civilisées, jusqu'à fa France, il n’y avait pas une contrée qui d ' offrit plusieurs endroits marqués de ces petites croix muges, servant évidemment de signes indicateurs, ou de points de repère.

Devant une table de bois noir chargée de papier» et adossée au mor à proximité de fa cheminée, une chaise était vide ; plus loin entre les deux fenêtres on voyait un grand bureau de noyer, surmonté d'étagères remplies de cartons.

A la fin du moi» d’octobre 1851, vers les huit heures du matiu, assis à ce bureau un homme écrivait. Gel homme était M. Rodin, le correspondant de Morok le dompteur (Je bê.’es.

Agé de cinquante ans, il portait une vieille redingote olive, râpée, au

(1) « En lUant dans le» règle* de Tordre de* Jésuites, «m» le titre Dr formula tcribmdt ( Inst. Il, XI, p. 125-129 ), le développement de Ij huitième partie des Constitution», on est effrayé du nombre de lettres, do relations, de registres, d'écrit* de tout genre, conservés dans le* archives de la Société.

* C’est une police infiniment pins essete et mieux informée que ne l'a jamais été celle d'aucun EUt. gouvernccr-nt de Venise Ini-tnéota se trouvait surpassé par les Jésuites; lorsqu'il le* chassa, en 1G0Ü, U saisit tous leurs papiers, et leur reprocha i*r» cmsoe kt rtonsi.a ccnntfrrtL Celte police, cette inquisition aerréte. portées i un tel degré de perfection, fout comprendre toute ta puissance d'un gouvernement ai bien instruit, s* persévérant din* ses projeta, si puissant par l'unité, et, comme le disent les Constitutions, par r union 4t ut monter*. — Oit comprend tan* peine quelle force immense acquiert le* gouvernement de celle société, et comment le général des Jésuites pouvait dire au due ar Brittac : a l>« crTTfc tassas*, aoasjitrB, j» soweRs* noa-aeeuoitar Pabis, suif U Cirant ; a »OK-scn.taEiiT U Cm»R, su» ht «oirpK asrra, mm qc* remesse *jt.i« comsksv • cat* sr rsrr a (Les Constitutions des Jésuites, avec les Déclaration* , test» latin, d'après i'éditinn de Prague, p, 47Ü à 478. — Paria, 1834,}

collet graisseux, un mouchoir à tabac pour cravate, un ailet et un pantalon de drap noir qui montraient la corde; ses pieds, chausses de gros souliers huiles, reposaient sur un petit carré de lapis vert placé sur le carreau rouge et brillant. Ses cheveux gris s’aplatissaient sur ses tempes et couronnaient son front chauve ; ses sourclîs étaient & peine indiques ; sa paupière supérieure, flasque et retombante comme la membrane qui voile à demi les jeux des reptiles, cachait à moitié sou petit œil vil et noir; scs lèvres minces, absolument incolores, sc coolondaieui avec la teinte blafarde de son visage maigre au nez pointu, au mentou pointu. Ce masque livide, et pour ainsi «lire sans lèvres, semblait d'autant plus étrange qu'il était dune immobilité sépulcrale ; saus le mouvement rapide des doigts de M. Rodiu, qui, courbé sur son bureau, faisait grincer sa plume, on l’eût pris pour un cadavre. «

A l’aide d'un chiffre (alphabet secret) placé devant lui, U transcrivait, d’une maniéré inintelligible , pour qui n eût pas possédé la clef de ces signes, certains passages d une longue feuille d’écriture.

Au milieu de ce 6ilence profond, par un jour bas et sombre qui faisait paraître plus triste encore cetle grande pièce froide et nue, il y avait quelque chose de sinistre à voir cet homme, à figure glacée, écrire en caractères mystérieux.

Uuit heures sonnèrent.

U marteau de la porte enchère retentit sourdemeut, puis un timbre frappa deux coups; plusieurs portes s ouvrirent, se ici mêlent, et un nouveau personnage entra dans celte chambre.

A sa vue, M. Bodin se leva, mit sa plume entre ses doigts, salua d’un air profondément soumis, et sc remit à sa besogne sans pronouccr une parole.

Ces deux personnages offraient un contraste frappant.

Le nouveau venu, plus âgé qu'il ne le paraissait, semblait avoir au plostreule-six ou trente-huit an?; il était d'une taille élégante i l élevée : on aurait difficilement soutenu l'éclat de sa large prunelle grise, brillante comme de l'acier ; soc ucz, large à sa racine, se terminait par un méplat cari émeut accusé : son menton prononcé étant partout rasé, les tous bleuâtre* de sa barbe, fraîchement coupée, contrastaient avec le vif incarnat de ses lèvres et la blancheur de ses dents, qu’il avait trèsbelles. Lorsqu’il ÔU son chapeau pour prendre sur b petite table un bonnet de velours noir, il laissa voir une chevelure châtain clair que les années n’avaient pas encore argentée. Il était vêtu d'une longue rcüin-

C militairement boutonnée jusqu'au cou. le regard profond de cet me, son front largement coupé, révélaient une grande intelligence, taudis que le développement de sa poitrine et de ses épaules annonçait une vigoureuse organisation physique; enfin, la distinction de sa tournure, le soin avec lequel U était ganté et chaussé, le léger parfum qui s'exhalait de sa chevelure et de sa personne, la grâce et l’aisance de scs moindres mouvements trahissaient ce que l'on appelle l'homme du monde, cl donnaient à penser qu'il avait pu ou qu i! pouvait encore prétendre à tous les genres de succès, depuis les plus frivoles jusqu'aux plus sérieux.

De cet accord si rare à rencontrer, force d’espril, force de corps cl extrême élégance de manières, il résultait un ensemble d'autant plus remarquable, que ce qu'il y aurait eu de trop dominateur daus la partie supérieure de celte figure énergique était, pour ni/.si dire, adouci, tempéré par l'affabilité d'un sourire constant, mais non pas uniforme ; car, selon l'occa»iou, ce sourire, tour à tour affectueux ou maliii, cordial ou gai, discret ou prévenaut, augmentait encore le charme insinuant de cet homme, que f ou n'oubliait jamais des qu'une seule fou en l’axait vu.

Néanmoins, malgré tant d'avantages réunis, et quoiqu'il vous laissât presque toujours sous l'influence de son irrésistible séduction, ce ressentiment était mélangé d'une vague inquiétude, comme si h grâce et l'exquise urbanité des manières de ce personnage, l'enchantement de sa parole, scs flatteries délicates, l'aménité caressante de son sourire, eussent caché quelque piège insidieux. L'on se demandait enfin, tout eu cédant à une sympathie iuvolonlaiic, si l’on était attiré vers le bien... ou vers le mal.

M. Bodin, secrétaire du nouveau venu, conliuuait d'écrire.

« Y a-t-il des lettres de Dunkerque, Bodin? — lui demanda sou maitre. — Le facteur n’csl pas encore arrivé. — Sans être positivement inquiet de la santé de ma more, puisqu'elle est en pleine convalescence,

— reprit l’autre, — je ne sciai tout a fait rassuré que par une lettre de madame la princesse de Saiul-Dizier-.. mou excdieule amie... Enfin, ce malin, jauni de bonnes nouvelles, je I espère... — C’est a désirer,

— dit le secrétaire, au-si humble, aussi soumis que laconique et impassible. — Certes, c’est à désirer, — reprit son maitre, — car un des meilleurs jours de ma vie a été celui où la princesse de Sainl-Dizier m’a appits que cette maladie, aussi brusque que dangereuse, avait heureusement cédé aux bons soins dont ma mère est entourée... par elle... sans refa je partais à l’instant pour la terre de la princesse, quoique ma présence soit ici bien nécessaire... Puis, s'approchant du bureau de son secrétaire, fl ajouta : « Le dépouillement de U correspow lance étrangère est-il fait? — En voici l’analyse... ~ I,e8 lett* - »* MM toujours venues sous enveloppes aux demeures indiquée-... et apportées Ici selon mes ordres? — Toujours... — l.isez-tuui 1 analyse de cette correct tondance :

s’il y a des lettres auxquelles je doive répondre moi-même, je vous le dirai. »

Et le maître de Bodin commença de se promener de long en large dans (a chambre, les mains croisées derrière le dos, dictant à mesure des observations que Bodin notait soigneusement.

Le secrétaire prit un dossier assez volumineux, et commença ainsi

« Don Hamon Olivaies accuse de Cadix réceplioo de la lettre n. tV, il s’y couiormcra et niera toute participation à l'enlèvement. — Bien à classer. — Le comte Bomannf de Riga se trouve dans une position embarrassée... — Dire à Duplessis d envoyer un secour* oe croquante louis ; j'ai autrefois servi comme capitaine dans le régiment du comte, cl depuis il a donné d'excellents avis. — On a reçu à Philadelphie la dernière cargaison d Histoire de France expurgée à l'usage des lidèlr» ; ou en redemande, la première étant épuisée. — Prendre note, en écrire à Duplessis... Poursuivez. — M. Spindler envoie de Namur le rapport secret demandé sur M. Ardouin. — A analyser... — M. Ardouin envoie de la même ville le rapport secret demande sur M. Spindler. — A analyser... — Le docteur Van-Osladl, de la mémo ville, envoie une note confidentielle sur MM. Spindler et Ardouin. — A comparer. .. Poursuivez.

— Le comte Malipierri de Turin annonce que b donation des 500,000 frr. est signée. — En prévenir Duplessis... Ensuite? — Don Stanislas vient de partir des eaux & Baden avec la reine Marie-Ernestine. II donne avis que S. M. recevra avec gratitude les avis qu’on lui annonce, et y répondra de sa main. — Prenez note... J'écrirai moi-même a la reine.»

Pendant que Bodin inscrivait quelques notes en marge du papier qu’il tenait, son maitre, commuant de se promener de long en large dans b chambre, se trouva eu face de b grande mappemonde marquée de petites croix rouges ; un instant U la eontempb d’un air pensif.

Bodin continua :

« D'après l'état des esprits dans certaines parties de l’Italie, où quelques agitateurs ont les yeux tournés vers b France, le pète Orsini écrit de Milan qu'il serait trè$-importaul de répandre â profusion dans ce pays un petit livre dans lequel les Français, nos compatriotes, seraient présentés comme impies et débauchés... pillards et sanguinaires... — L’idée est excellente, on pourra exploiter habilement les excès commis par les nôtres en Italie pendant les guerres de b République... Il faudra charger Jacques Dumoulin d écrire ce petit livre. Cet homme est pétri de hile, de bel et de venin : le pamphlet sera terrible... d'ailleurs je donnerai quelques notes; mais qu'on ne paye Jacques Dumoulin... qu’après la remise du ir.inuscril... — Bien entendu... Si on b soldait d'avance, il serait ivre-morl pendaut huit jours dans quelque mauvais lieu. C'est ainsi qu’il a fallu lui payer deux lois son virulent factum contre lés tendances panthéistes de la doctrine philosophique du professeur Martin.

— Notez... et continuez. — Le négociant annonce que le rommn est sur le point d'envoyer le banquier rendre ses comptes devant qui de droit... »

Après avoir accentué ces mots d’une façon particulière, Rodiu dit â son maître : « Vous comprenez?.... — Parfaitement... — dit l'autre en tressailbut. Ce sont les expressions convenues... Ensuite? — Mais le eomioif, — reprit le secrétaire, — est tenu par un dernier scrupule. »

Après un moment de silence, pendant lequel ses traits sc contractèrent péniblement , le maitre de Bodin reprit : « Continuer d’agir sur l’imagination du commis par le silence et b solitude, puis lui faire relire la haie de» cas où le régicide est autorisé et absous. . - Cou tin nez . — La femme Sydney écrit de Dresde qu elle attend les instructions. De violentes scènes de jalousie ont encore éclaté entre le père et le fils à son sujet ; mais daus ces nouveaux épanchements de haine mutuelle, dans ces confidences que chacun lui fahsiit contre son rival , La femme Sydney n’a encore rien trouvé qui ait trait ajx renseignements qu'on lui demande. Elle a pu jusqu'ici éviter de se décider pour l'un ou pour l’autre;... mais si celte situation se prolonge... elle craint d'éveiller leurs soupçons. Qui doit-elle préférer, du père ou du fUs? — Le fils. . . Les ressentiments de la jalousie seront bien plus violents , bien plus cruels chez co vieillard ; et, pour se venger de b prtTércure accordée à sou lils, il dira peut-être ce que tous deux ont tant d'intérêt à cacher... Ensuite?

— Depuis trois ans , deux servantes d’Ambrosius , que l'on a placées dans cette petite paroisse des montagnes du Vabis , ont disparu... saus qu'on sache ce qu’elles sont devenues. Une troisième vient d’avoir le même sort... Les protestants du pays s'émeuvent, parient de meurtre... de circonstances épouvantables... — Jusqu'à preuve évidente, complète du tait, que l'on défende Anibrosius contre c«*s iufames calomnies d'un parti qui ne recule jamais devant les inventions les plus moustrueusc*. .. Continuez. — Thompson de Liverpool est enfin parvenu à faire entrer Justin comme homme de confiance chez lord Stewart, riche catholique irlandais dont Lt tête s'affaiblit de plus en plus. — Une fois le bit vérifié, cinquante louis de gratification à Thompson. Prenez note pour Duplessis... Poursuivez. — Frank Dichestrm de Yicuue , — reprit Bodin , annonce que son père vient de mourir du choléra... dans un polit village à quelques lieues de celte ville... car l'épidémie continue d'avancer lentement, venant du nord de b Russie par b Pologne... — C’esl vrai, — dit le maître de Rodin en interrompant ; — puisse le terrible fléau ne pas conliuuer sa marche effrayante et épargner b France!... — Frank l)iche-slcm, — reprit Bodin, — annonce que ses deux frères sont décidés à attaquer b donation faite par son père... mais que lui est d'un avis oppose... — Consulter les deux personnes charge** du couieutieui...

Ensuite? — U cardinal prince d’Arnalfi se conformera aux trois premlers points du mémoire. Il demande à faire ses réserves pour le quatrième point. — Pas de réserves... acceptation pleine et absolue ; sinon la guerre : et notcz-lc bien, entendes* vous! une guerre acharnée, sans pilai ïd pour lui ni pour ses créatures... Ensuite? — Fr* Paolo annonce que le ptriote Boccari , chef d'une société secréte très-redoutable , désespéré de voir ses amis l’accuser de trahison, par suite des soupçons que lui, Fra Paolo, avait adroitement jetés dau« leur esprit, s’est douné b mort, — Boccari! ! est-ce possible?.,. Boccari!... le patriote Boccari!... cet ennemi si dangereux ? — s'écria le maître de Bodin. — Le patriote Boccari.. . — répéta le secrétaire, toujours impassible. — Dire à Duplessis d’envoyer on mandat de vingt-cinq louis à Fra Paolo... Prenez note.

— U j usina n annonce que la danseuse française Albertine Ducornct est U maîtresse du prince régnant : elle a sur lui la plus complète influence : ou pourrait donc par elle arriver sûrement au but qu'ou se propose ; mais cette Alberliue est donrfb>e par son amaut, condamné en France comme faussaire, et elle ne bit rieu saus le consulter^.. — Ordonner à liausuian de s’aboucher avec cet homme ; si ses prétentions sont raisonnables , y accéder : s’informer si cette fiHe n'a pas quelques parents à Paris. — Le duc d’Orbano annonce que le roi son maître autorisera le nouvd établissement proposé, mais aux conditions précédemment notifiées. — Pas de eouditions , une franche adhésion on un refus positif... ou reconnaît ainsi ses amis et ses ennemis... I lus les circonstances semblent défavorables... plus il but montrer de fermeté, et im|K>?er pur la confiance en soi. — Le même annonce que le corps diplomatique tout eutier continue d'appuyer les réclamations du père de cette jeune fille protestante, qui ne veut quitter le couvent où «le a trouvé asile et protection que pour épouser son amant contre la volonté de son père. —

— Ah!... le corps diplomatique continue de réclamer au nom de ce père? — 11 continue... — Alors, continuer do lui ré|»ondrc que le pouvoir spirituel n’u rien à démêler avec le pouvoir temporel. »

A ce moment le timbre de b porte d'entrée frappa deux coups.

■ Voyez ce que c’est, » dit le maître de Bodin.

Celui-ci se leva et sortit Son maître continua de se promener, pensif, d'un bout à l'autre de la chambre. Ses pas l'ayant encore amené auprès de l'éuorme sphère, il s’y arrêta.

Beudant quelque temps il contempla, dans un profond silence, les innombrables petites croix rouges qui semblaient couvrir d'un Immense réseau toutes le» contrée-, de la terre. Songeant sans doute à l'invisible action de sois pouvoir, qui paraissait s'étendre sur le monde entier, les traits de cet botume s'animèrent, sa Large prunelle grise étincela, .scs narines se gonfleront, sa mâle figure prit une incroyable expression d énergie, d audace et de superbe. U front altier, la lèvre dédaigneuse* Il s'approcha de la sphere et appuya sa vigoureuse main sur le pôle. .

A eette puissante étreinte, a ce mouvt im iit impérieux , poussif, on aurait dit que cet homme croyait sûr de dominer ce globe qu'il contemplait de toute b hauteur de sa grande bille, et sur lequel il posât ta main d'un air si lier, si audacieux. Alors il ne souriait pas. Sou large front se plissait d'une manière formidable, son rc-gurd menaçait ; l'artiste qui aurait voulu peindre le démon de l'orgueil et de la domination n' aurait pu choisir un plus effrayant modèle.

lorsque Bodin rentra, la (iguie de son nui tic avait repris son expression habituelle.

« C'est le facteur, — dit Bodin en montrant les lettres <pi’|] tenait .A b main ; — il n’y a rien de Dunkerque. — Rien ! ! !... » s'écria son maître. Et sa douloureuse émot'.ou contrastait singulièrement avec l'expression hautaine et implacable que son visage avait naguère.

c Bien! ! ! aucune nouvelle de ma mère ! — reprit-il, — encore trentesix heures d’inquiétude. — Il me semble que si madame la princesse avait eu de mauvaises nouvelles k donner, cUe eût écrit; probablement le mieux continue... — Vous avez sans doute rabon, Bodin , mais, il □'importe... je ne suis pas tranquille... Si demain ie n'ai pas do nouvelles complètement rassurantes , le partirai pour la terre de la princesse... Pourquoi faut-il que ma mère ail voulu aller passer l'automne dans ce pays!... Je crains que les environs de Dunkerque ne soient pas sains pour elle... a

Après un moment de silence , il ajouta en continuant de se promener : « Enfin... voyez ces lettres... d'où sont-elles?... »

Bodin, après avoir examiné four timbre, répondit : « Sur les quatre, il y en a trois relatives A b grande et importante afbirc des médailles...

— Dieu soit loué... pourvu que les nouvelles soient favorables, » s'écria le maître de Bodin avec une expression d'inquiétude qui témoignait de l'extrême importance qu'il attachait à celte affaire.

« L'une, de Charieslown, est sans doute relative à Gabriel le missionnaire, — répondit Bodin : — l'autre, de Batavia , a sans doute rapport i l'indien Djafmâ... Celle-ci est de Lctasiclt..* Sans doute elle continue celle d’hier, où ce dompteur de bétes féroces, nommé Morok, annonçait que, selon les ordres qu’il avait reçus, et sans qu'on pût l'accuser eu rieu, les filles du général Simon ne pourraient continuer leur voyage. »

Au nom du général Simon, un nuage pas*» sur les traits du uultrc de Bodin.

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