‹ Œuvres illustrees d'Eugene Sue Le juif errantChapitre 30 sur 95 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

L'eatretten.

Lorsque Aérienne de Cardoville entra daus le salon où l'attendait Agricol, elle était mise avec une extrême et élégante simplicité : une robe de Casimir gros-bleu, à corsage juste, brodée sur le devant en Lieds de soie noire, selon la mode d'alors, dessinait sa taille de nymphe et sa poitrine arrondie ; uu petit col de batiste uni et carré se rabattait sur un large ruban écossais noué enroselle, qui lui servait de cravate ; sa magnifique chevelure dorée encadrait sa blanche ligure d une, incroyable profusion de lougs et légers tire-bouc bous qui atteignaient presque sou corsage.

Agricol, aiin de donner le change à son itère, d de lui faire croire qu’il se rendait véritablement aux ateliers de M. Hardy, s'était vu forcé de revêtir ses habit.-- de travail ; seulement il avait mi» une bk/use neuve, et le roi de sa chemine, de grosse toile bien blanche, retombait sur une cravate noire négligemment nouée autour de son cou; son large pantalon gris laissait voir des bottes très-propremeut cirées, et il tenait entre ses malt* musculeuses une belle casquette de drap tonte neuve ; somme toute, celle blouse bleue, brodée de rouge, qui, dégageant l'encolure brune et nerveuse du jeune forgeron, dessinant ses robustes épaules, retombait en plis gracieux, ne gênait eu rien sa libre d franche allure, lui seyait beaucoup mieux que ne l'aurait fait un habit ou une redingote.

En attendant mademoiselle de Cardoville, Agricol examinait macimialement -un magnifique vase d'argent admirablement ciselé : une petite plaque de même métal, attachée sur son socle de broche antique, portait ces mots : Citelé par Jean-Marie, ouvrier cûeieur, 1N3I.

Aérienne avait marché si légèrement sur le lapis de son salon, seulement séparé d'une autre piece par des portières, qu’ Agricol ne s'aperçut pas de la venue de la jeune fille; Il tressaillit et se retourna vivement lorsqu'il entendit une voix argentine et perlée lui dire :

«Voici un beau vase, n'est-ce pas, monsieur? — Très-beau, mademoiselle, — répouéit Agricol . assez embarrassé. — Vous voyez que j’aime l'équité, ajouta mademoiselle de Cardoville en lui ur»*

ira ni dn doigt h petite plaque d'argent. — un peintre signe son tableau... un écrivain sou livre, je tiens à ce qu'un ouvrier signe sou oeuvre. — Comment, mademoiselle, ce nom ?... — Est celui du pauvre ouvrier ciseleur qui a fait ce rare chef-d'œuvre pour un riche orfèvre... Lorsque celui-ci m'a vendu ce vase, il a été stupéfait de ma bizarrerie, il m aurait presque dit de mon injustice, lorsque, après m’avoir fait nommer l'auteur de ce merveilleux ouvrage, j’ai voulu que ce fût son nom au lieu de celui de l'orfèvre qui fût inscrit sur le socle.

A début de richesse, que l'artisan ait au moins le renom, n’cst-ce pas uste, monsieur ? »

Il était impossible à Aérienne d’engager plus gracieusement l'entre- 1 tien : aussi le forgeron, commençant à se rassurer, répondit : « Etant 1 ouvrier moi-même, mademoiselle, je ne puis qu'être doublement touché d'une pareille preuve d'équité. — Puisque vous êtes ouvrier, monsieur, je me félicite oe cet à-nrupos : mais veuillez vous asseoir. »

Et d’un geste rempli d affabilité elle lui indiqua un fauteuil de soie pourpre broché d'or, prenant place elle-même sur une causeuse de même étoffe.

Voyant l'hésitation d'Agricol, qui baissait de nouveau les yeux avec embarras. Aérienne lui dit gaiement, pour l'encourager, en lui montrant Lutine : « Dette pauvre petite bête, à laquelle* je suis très-auachée, me sera toujours un souvenir vivant de votre obligeance, monsieur ; aussi votre visite me semble d'un heureux augure, je BS sais quel bon pressentiment me dit que je pourrai peut-être vous être utile à quelque chose. — Mademoiselle... — dit résolument Agricol, — je me nomme Baudoin, je suis forgeron chez M. Hardy, au Plessis près Paris; hier, vous m’avez offert votre bourse... j’ai refusé... aujourd’hui je. viens vous demander peut-être dix fois, vingt fois la somme que vous m'avez généreusement proposée... Je vous dis cela tout de suite, mademoiselle... parce que c'est ce qui me coûte le plus... ces mots-là me brûlaient les lèvres; maintenant je serai plus à mon aise... — J’apprécie la délicatesse de vos scrupules, — ait Aérienne ; mais si vous me connaissiez, vous vous scriea adressé à moi sans crainte ; combien vous faut-il ? — Je ne sais pas, mademoiselle. — Comment, monsieur!... vous ignorez quelle somme? — Oui, mademoiselle, et je viens vous demander... nonseulement la somme qu’il me faut... mais encore quelle est La somme qu'il me faut! — Voyous, monsieur, dit Aérienne eu souriant, — expliquez-moi cela... Malgré ma bonne volonté, vous sentez que je ne devine pas tout à fait ce dout il s’agit... — Mademoiselle, en deux mots voici le fait : J’ai une bonne vieille mère qui, dans sa jeunesse, s'est miné la sauté à travailler pour m’élever, moi et un pauvre enfant abandonné quelle avait recueilli; à pré- eut c'est à mon tour de b soutenir; c'est ce que j’ai le bonheur de luire... Mais pour cela je n'ai que mon travail. Or, si je suis hors d’état de travailler, ma mère est sans ressources. — Maintenant, monsieur, votre mère ne peut manquer de rien, puisque je m'intéresse à cHc... — Vous vous intéressez à elle, mademoiselle? — Sans doute. — Vous la connaissez donc! — A présent, oui... — Ah I mademoiselle, dit Agricol avec émotion après uu moment de silence, je vous comprends... Tenez... vous avez uu noble cœur; b Mayeux avait raison... — La Mayeux? a dit Aérienne en regardant Agricol d’un air très-surpris; car ces mots pour elle étaient une énigme.

L’ouvrier, qui ne rougissait pas de ms amis, reprit bravement : « Mademoiselle, je vais vous expliquer cela. La Mayeux est une pauvre jeune ouvrière bien laborieuse avec qui j’ai été élevé ; elle est contrefaite, voilà pourquoi on l'appelle b Mayeux. Vous voyez donc que d’un côté elle est pbeée aussi bas que vous êtes pbcée haut. Mais pour le cœur... pour b délicatesse... Ah! mademoiselle... je suis sûr que vous b valez... Ç’a été tout de suite sa pensée, lorsque je lui ai raconté comment hier vous m'aviez donné cette belle (leur... — Je vous assure, monsieur, — dit Adrienne touchée, — que cette comparaison me Uatlc et m'honore plus que tout ce que vous pourriez me dire... Un cœur qui reste bon et délicat, malgré de cruelles infortunes, est un si rare trésor!... II est si facile d'être bon, quand on a b jeunesse et la beauté! d’être délicat et généreux, quand on a b richesse ! J’accepte donc votre comparaison... ma b à condition que vous me mettrez bien vite à même de b mériter. Continuez donc, je vous prie. »

Malgré b gracieuse cordialité de mademoiselle de Cardoville. on devinait chez elle tant de cette dignité naturelle que donnent toujours l'indépendance du caractère, l'élévation de l'esprit et b noblesse des sentiments. qu'Agrieol, oubliant l'idéale beauté de *>a protectrice, éprouva bientôt pour elle une sorte d’affectueux et profond respect qui contrastait singulièrement avec l'Age et b gaieté de b jeune fille qui lui inspirait ce sentiment.

« Si je n’avais que ma mère, mademoiselle, à b rigueur je ne m’inquiéterais pas trop d'un chômage forcé ; entre pauvres gens on s'aide, ma mère est adorée dans b maison, nos braves voisins viendcak-nl à son secours ; mais ils ne sont pas heureux, et ils se priveraient pour elle, et leurs petits services lui seraient pins pénibles que la misère même ; et pub eulin ce n'est pas seuleineut pour ma mère que j'ai besoin de travailler, mais pour mon pere ; nous ne l'avions pas \u depuis dix-huit ans : U vient d'arriver de Sibérie... il v était reste par dévouement à son ancien général, aujourd'hui le maréchal Simon. — la; maréchal Simon... — dit vivemeut Adrienne avec une expression de surprise. — Vous le connaissez, mademoiselle ? — Je ne le couuab pas personnellement, nuis il a épousé une personne de notre tajuiUe... — Quel

bonheur!... — s'écria le forgeron. — Alors ses deux demoiselles qoe mon père a ramenées de Russie... sont vos pareutes?... — Le maréchal a deux tilles? — demanda Adrienne de plus en plus étoonéc et intéressée. — Ah! mademoiselle... deux petits auges de quinze ou seize ans... et si jolies, si douces, deux jumelles qui 6e ressemblent à s’y méprendre... Leur mère est morte en exil ; le peu qu'elle possédait ayant été confisqué, elles sont venues ici avec mon père du fond de b Sibérie, voyageant bien pauvrement ; mais il tâchait de leur faire oublier tant de privations à force de dévouement... de tendresse... Brave père!... vous ne croiriez pas, mademoiselle, qu'avec un courage de lion il est bon... comme une mère... — Et où sont ces chers enfants, monsieur? — dit Adrienne. — Chez nous, mademoiselle... C’est ce qui rendait ma position si difidle, c’est ce qui m a donné le courage de venir à vous. Ce n’est pas qu'avec mon travail je ne puisse suffire à notre petit ménage ainsi augmenté... mais si l’on m’arrête? — Vous arrêter... et pourquoi ?

— Tenez, mademoiselle, ayez b bouté de lire cet avis, que l’on a envoyé à b Mayeux... cette pauvre fille dont je vous ai parlé... une sœur pour moi... »

Et Agricol remit à mademoiselle de Cardoville b lettre anonyme écrite â l’ouvrière.

Après l’avoir lue, Adrienne dit au forgeron avec surprise : « Comment, monsieur, vous êtes poète? — Je n’ai ui celte prétention, ni celle ambition, mademoiselle ;... seulement, quand je reviens auprès de ma mère, après ma journée de travail... ou souvent même en forgcaul mon fer, pour me distraire ou mcdébsser, Je m'amuse à rimer,... tantôt quelques odes, tantôt des chansons. — Et ce Chant des Travailleurs, dout on parle dans cette lettre, est donc bien hostile, bicu dangereux ? — Mon Dieu non, mademoiselle, au contraire, car moi, j'ai le bonheur d'être employé chez M. Hardy, qui rend b position de ses ouvriers aussi heureuse que celle de nos autres camarades l'est peu,... et je m'étais borné à faire, en faveur de ceux-ci, qui composent la masse, une réclamation chaleureuse, sincère, équitable, rien de plus : mais vous le savez peutêtre, mademoiselle, dans ce temps de conspiratiou et d'émeute, souvent on est iucrimiué, emprisonné légèrement... Qu’un tel malheur m’arrive... que deviendront ma mère... mon père... cl les deux orphelines que nous devons regarder comme de notre famille, jusqu’au retour du maréchal Simon?... Aussi, mademoiselle, pour échapper à ce malheur, je venais vous demander, dans le cas où je risquerais d'être arrêté, de me fournir une caution ; die b sorte je uc serais pas forcé de quitter l’atelier pour b prison, et mon travail suffirait à tout, j'en réponds. — Dieu merci. — dit gaiement Adrienne, — ceci pourra s’arranger parfaitement ; désormais, monsieur le poète, vous puiserez vos inspirations dans le bonheur et non (fans le chagrin... triste muse!... D'abord votre caution sera faite. — Ab ! mademoiselle... vous nous sauvez. — Il sc trouve ensuite que le médecin de notre famille est fort lié avec un ministre trèsimportant jentendcz-le comme vous voudrez, — dit-elle en souriant, — vous ne vous tromperez guère) ; le docteur a sur ce grand homme d’Etat beaucoup dinlluence, car U a toujours en le bonheur de lui conseiller, par raison de santé, les douceurs de la vie privée, b veille du jour où ou lui a ôté son portefeuille. Soyez donc parfaitement tranquille, si b caution était insuffisante nous aviserions à d'autres moyens. — Mademoiselle, — dit Agricol avec une émoliuu profonde, — je vous devrai le repos, peut-être b vie de ma mcre.. croyez-moi, je ne serai jamais ingrat.

— C'est tout simple... Maintenant autre chose :ii faut bien que ceux qui en ont trop aient le droit de venir en aide à ceux qui n'en ont pas assez. .. Les filles du maréchal Simon sont de ma famille! elles logeront ici, avec moi; ce sera plus convenable; vous en préviendrez votre bonne mère; et, ce soir, eu allant b remercier de l’hospitalité qu'elle a donnée à mes jeunes parentes, j’irai les chercher. »

Tout à coup Ceorgette, soulevant b portière qui séparait le salon d'une pièce voisine, entra précipitamment et d’un air effrayé :

« Ah ! mademoiselle, — s’écria-t-elle, — il se passe quelque chose d’extraordiuaire dans la rue... — Comment ccb? explique-toi. — Je vouais de reconduire ma couturière jusqu'à la petite porte, il m’a semblé voir des hommes de mauvaise mine regarder attentivement les murs et les croisées du petit bâtiment attenant au pavillon, comme s’ils voulaient épier quelqu'un. — Mademoiselle, — dit Agricol avec chagrin, — je ne m'étais pas trompé, c'est moi qu’on cherche... — Que dites-vous ? — 11 m’avait semblé être suivi depuis b rue Saint-Merry... U n’y a plus à en douter; on m'aura vu entrer chez vous et l'on veut m'arrêter... AU! maintenant, mademoiselle, que votre intérêt est acquis i ma mère... maintenant que je liai plus d'inquiétude pour les filles du maréchal Simon, plutôt que de vous exposer au moindre désagrément, je epurs me livrer... — Cardcz-vnns-en Lieu, monsieur, — dit vivement Adrienne, — b liberté est une trop bonne chose pour la sacrifier volontairement... D'ailleurs Ceorgette peut se tromper mais, en tout os, je vous on

prie , ne vous livrez pas Croyez-moi, évitez d'être arrêté cela

facilitera, je peuse, beaucoup mes démarches... car il me semble que la justice sc montre d'un attachement exagéré pour ceux qu’elle a une fois saisis. — -Mademoiselle, — dit Hébé en entrant aussi d’un air inquiet, — un homme vient de frapper à b petite porte... il a demandé si un jeune homme en blouse bleue n'était pasentié ici... il a ajouté que b personne qu’il cherchait se nommait Agricol Baudoin... cl qu'on avait quelque chose de ires-important à lui apprendre. — C’est mon nom, — dît Agricol,— c’est une ruse pour m’engager à sortir. — Evidemment, — dit

Aérienne, — aussi bnl-fl b déjouer. Qu'as-tu répondu, mon enfant? — iÿ.uu-1-elJi* eu Vadr< s&unt a Florine. — Mademoiselle... j'ai répondu que p! »t* tarai* pa» de qui’ on voulait parler. — A merveille!.. U l'homme (jucsti.mo.-tir? — Il sert éloigné, mademoiselle. — Sam doute pour rcv «or bientôt, — dit Agrictil . — C’est bw-prolublc, — reprit Adi tenue.

— Ausm. tuonstair, but il vous résigner à rester ici quelque* heurt'*... k saut nulluureufrturii» obligée de u»c ifdwo à l’ittstaul die* madame la prise r*sc do Sainl-Dizfet . ma tante, pour nue entrevue tres-impor- Liuio qui ne pouvait déjà «ouflHr auéuti retard, nui* qui est rendue plu?,

B asante encore par ce que voue venez de m’apprendre an sujet des ■s du maréchal rimon. .Restez dour Ici, monsieur, puisque eu sortant tous sérié* certainement arrêté. —Mademoiselle, paulomiçz mon refus... Mais, encore une fols, je ne dois pas accepter celle offre généreuse.

— Kl pomquoi? — Un a tenté de m attirer au dehors afin de ne pas avoir à pénétrer légalcim'Ul die* vous ; niais à cette heure, madeinul- ’ *dk“. si je ne sors pas on entrera, et jamais je ne vous exposerai à un pri'il désagrément . Je ne suis plus impdet de ma turre, que m’importe Li prison ? — U le chagrin que votre no n* ressentira, et ses inquiétude*, n ,*e» crainte», u’est-cc donc rien? Kt votre père, ci cette pumre ouvrière qui vous aime comme un frère, et que je taux par le cteur. diti>-vou>, monsieur, l’ouhliet-vou* aussi?.. Croyez-moi. éparguez ces tenrmeuLsà votre famille... Reste* ici; avant ce sou je »nU certaine, toit par caution, soit autrement, de vous délivrer de ce* eunuis.— -Mais, m>lênudscUr, en admettant «pie F accepte votre offre généreuse. ..'on me trouvera ici. — Pas du tout . if y a iLiiir ce pavillon, qui servait autrefois de petite maison, — - vous voyez, monsieur, — dit Adritnnc eu looi uni. — que j’hahitc un lieu bien proiane; il y a dans ce pavillon oar cachette « mcrv« llku»cnieiit bien imaginée qu'elle peut délier toutes ks rwherrhe»; Gcorgelte va vous y conduire: vous y serez lre*-couimodémeni, vous pourrez même y écrira quelques vers pour moi si la riluiiion vous Inspire. — Ah! mademoiselle, que de boulé*! — s'écria Agricol. — Comment ai-je mérité?— Comment? monsieur, je vais vous liez «pic votre « ;u.h l ie. que votre position, OC méritent aucun intérêt ; aduictn z que je n’aie pas contracte une dette sucrée etivrrs votre pè»e pour lé* soins ti me liant.*’ qu'il a eus des (Hh-sdu maréchal Snmio. nies parente*... mais songez au moins... à l utine, monsieur, — du Adricune en riant, — h Lutine mie voilà... el que vous avez rendue à ma trndrcsac.-.üérleimcinpni... si je ris, — reprit celte singulière et Mc créature. — c’est qu’il n'y a pas le moindre danger pour vous, ci Ujprje me trouve dans un accès de boniieur ; ainsi donc, monsieur, érri- . via-im-i vite votre adresse el celle de votre mère sur ce portefeuille ; wi.rt* Gcnrgetle, et faites-moi de irè$-jofi» vers si vous ne vous ennuyez -pa* r»iq> dans celte prison où vous fuyez une prison. »

l’. nd mt que Georgctte conduisait h* forgeron dans la cachette, Ilébé .' ^portait à sa maîtresse un petit chapeau de castor grfe » |dumc gi ise ; car A tb venue devait traverser le parc pour se rendre au grand hôtel occupé par madame la princesse de Saini-hizicr l'n quart d'heure après celle scene, Florine entrait myriérbu&cnicnl J — b ehamhrc de madame Grivois, première femme de la princesse de -fdwer»

« Eb bien? — demanda madame Grivois à b jeune fille — Voici le* qufe j’ai pu prendre dans la matinée . — dit Florine en remettant apicr a b duègne, — heurcu»ement j’ai bonne mémoire... — A quelle au juste, est-elle rentrée ce inalia? dit vivement h din gue —

I, madame? — Mademoiselle Adrienne. — Mais elle n’est pas sortie, dame;... nous l'avons mise au bain à neuf heures. — Mais avant neuf heure* , cJlo est rentrée apres avoir passé la nuit dehors. Car voilà où .«Ile en est arrivée pourtant »

Flnnue regardait madame Grivois avec un profond étonnement.

«Je iu- v us comprend* pas. madame. — Comment, mademoiselle pas rentrée io matin, à huit heures, par la petite porte du jardin? '

du ut*, mentir? — J’avais été souffrante hier, jç,uc Mils descendue

neuf heures, pour aider Gcorgeue et Ilébé à sortir mademoiselle du (n.l. j'ignore ce qui s'eri passé auparavant, je vous le jure, madame. LY*l différent... Vous vous fadbnuem de ce que je vieil* do vous dire Bsuprc* ■■u.pagu es ; elles ne sc délient pas de tous, ebt vous ;

diront tout... — Oui, madame. — Que fait mademoiselle ce matin, de- i poi- «pu* vous l’avez vue? — Mademoiselle a dicté une lettre à Geoègettc ' j»oor 31. Norval ; j’ai demandé d'être chaigée de l'envoyer, afin d avoir ! un prétexte pour sortir et pour noter ce «pio j’avais retenu... — Don... «*ccU<- lettre? — Jérôme vient de sorti» : je b lui ai donnée pour qu’il ! b mit à la poste... — Maladroite! - s'écria madame Grivois, — vous dp poux fez p4> nie l’apporter ? — Mais pupqne mademoiselle a dicté tout haut à GeorgeUe, selon son habitude, je savais le contenu de celte, lettre «t je l'ai écrit dans b uotc. — f.e n’esi pas la même chose... il était possible qu'il fût bon de retarder l'envoi de cette lettre... la» prince*** va être contrariée .. — J’avais cru hfeu faire... madame. — Mou Dieu! je • aats bien que. ce n’est nas b bonne volouté qui vous manque ; depub si* mot', <m est satisfait de vous... mais, celle fois, vous avez commis une grave imprudente... — Ayez de I indulgence. madame... ce que je Lus est a— ci pénible. »

Et la jeune fille étouffa un soupir.

, Abd une Grivois b regarda fixement, et lui dit d'un tnu sardonique ;

< Lb bleu ! ma chère, ue continuez pas. si vous ave* des scrupules... vous etc» libre.- allez-vous en . — Vous savez bien que je ue suis pas

libre, madame. — dit Florine en rougissant ; une larme lui vint aux yeux, el elle ajouta : — Je su.» dan» b dépendance de M. Rodin. qui m'a placée ici... — Alors, .i quoi bon ccs soupirs? — Malgré soi. on a des remords ., mademoiselle est si bonne... si confiante... — I. Ile est pai faite, assurément ; mais vous n'etes pas kf pour nie faire son éloçc. Uu'y a-t-il GJUUitf ? — L’ouvrier qui a hier retrouvé et rapporté Lutine est venu tout à l'heure deiuander à parler à iiiadcin«ii*cile — Et cet homme est-il encore chez clic? — Je l’ignore... il entrait seulement lorsque je suis sortie avec b lettre... — Vous vous arrangerez pou 1 savoir ce quV. t venu faire ccl ouvrier chez maikmobelle ;.. vous trouvère* un prétexte jxour revenir dans b journée ui’eu instruire. — Oui, madame... — Madi nmisvlle a-t-elle paru (iréoçcvpée. inquiète, effrayée de l'entrevue qu'elle doit avoir aujourd'hui avec b princesse? Elle cache si peu ce qu elle pense, que vous devez le savoir. — Mademoiselle a été gaie comme à ! ordinaire, elle a méuM plaisanté là-dessus... — Ab! elle a plaisanté... » dit b din gue.

Et Hic ajouta outre scs dénis, sans que Florine prit l'entendre : « Dira bleu qui rira le dernier ; malgré sou ambre et son caractère diabolique... elle tremblerai!, elle demanderait grâce... ri elle savait ce qui l atteud aujomd hui. . »

Puis, s'adressant b Florine : « Retourne/, au pavillon, cl défendezvous, jrvotn le conseille, de ces beaux Scrupules qui. pourra ient vous jouer un mauvais tour, ne Fouilliez pas..— Je ne peux pas oublier que je ne m'appartiens plus, madame... — A la borna* heure, et à tantôt. ■

Florine' quitta le grand hôtel et traversa le parc pour regagner le pavillon.

Madame Grivois se rendit aussitôt auprès de la princesse de Salnt- Dizicr.

Page 1