CH APURE IV
Dm jésoitcMe.
Pendant qt»tr les scènes précédentes se passaient dans b rotonde Toropadmir occupée par tuaocmoisHle de Cardoville, d'autres événements avaient lieu dan* le grand hôtel occupé par madame b princesse de Saint-Di/icjr.
L’élégance et b 6omptuoMié du parilion du jardin cotitra&laicnl étrangcnmit avec le sombre iunhfettr de l lifitel, dont la priuresM* haliilait le premier étage; car la disposition du rez-de-chaussée ne le rendait propre qua donner des fêtes, cl depuis longtemps mad ijm! tb* Saiiit-Uizier avait renom é à ces splendeurs mondaines, la» gravité de s«*s domestiques, tous âgé.* et vêtus de unir, le profond silence qui régnait dans sa demeure, ou i'ouue parlait, pour ainsi dire, qu'à voix bas-e, l.i régularité presque monastique de celte immense maison, donnaient à l'culuUrage de li priuces.se un caractère triste et sévère.
I n homme du nioude, qui joiguait un grand courage à nue rare indépendant e de caractère, parlant de madame b priiirct.se de Sainl-Di/îcr (à qui Adrfeuue de Canfotille h allait, selon son expression, livrer une grande bataille » ), disait ceci ;
• Afin de ue pas avoir madame de Saint-Dîzier pour ennemie, moi qui ne «ois tu pbl ui Lu lie, j'ai, pour b première fiés de ma vie, bit une putUndü et uut* lâcheté. »
Et ccl homme parlait sincèrement.
Mais madame de Saint-Dizier n'était pas tout d'abord arrivée à ce haut point d'importance.
Quelque» n»oi» soûl nécrswtres pour poser nettement diverses phases de la vie de cette femmt' dangereuse, fmpbcablo. qui. pa. son afllliuliwo à l'oassr. avait a» qui- une puissance occulte el fortn’daWe : car il y a quelque chose de plu» menaçant qu'un jètui'e... c e>I mie iftuUht* ; et quand un a vu uu certain monde, on sait qu'il existe rnalhcucousemcat beaucoup de ce» affiliées, de robe plus ou moins courte (I).
Madame de Saint-IHiier, autrefois fort belle , avait été, pendant les dernière» aimées de l'Empire ev les premières années de la Dota lirai ion % une des femmes le* plus à b mode de lbris : d'un esprit remuant, actif, aventureux . dominateur ; d'un rmnr froid et d une imagination vive, elle s'était extrêmemenl livrée à b galmU'rie, non par tendresse de cœur, nuis par amour pour l'intrigue, qu elle aimait comme certalus hommes aiment le Jeu... à aMie des émotious qu elle procure. Malbeuienwtii' ut . tel avait toujours été l'aveuglement ou l’insouciance de son mari, le prince de Salnt-fKxier (fréfe abté du comte da fiemiepout, due do (brdovillc, p»*rc d’Adrietmcj, que, durant ta vie. il ne dit jamais un nuit qui pAt turc penser qu'il soupçonnait les aventnref de sa femme.
Aussi, ne trouvant pas sans doute assez de difficultés dans ers baisons, d ailleurs ri commode» sou* 1 1 utpire, b princesse, sans renoncer à 1.» g.tbtUcrfe, cnil lui douoer plu* de mordatit, plus de verdeur, en la compliquant de quelques intrigues politiques. $ attaquer à Napoléon, creuser une mine sous les pieds du colosse, cela du moins promettait des émotious capables de satisittn: le caractère le plus exigeant. (Volt) On uit que b» toctobrez U^um de l’ordre m noiamcnt jé*uil« itrobt
entretiens »tcc l'aBbAmarqtfo <l \ipri F nv, alors pfAEcatenr fort rrnonmié, elle partit brusqtieuwnl de Parts, et alla passer deux ans dans sa terre près de Dunkerque, où elle n emmena qu une de ses femme», madame (îriTos. .
Lorsque la prinrM» revint, on ne pat reconnaître celle femme autrefois frivole, calante et dksipde: la métamorphosé dlait complété, extra- i ordinaire, presque eDrayaute. L ltotelde Sattll-Dl/ier. jadis ouvert aux loiev aux fries, aux plaisirs, devint silencieux et atlslerei an Ken de ce qu'on appelle monde élèpnt. la princesse ne reput plus cher elle que Je» femmes d'une dévotion retentissante, des homme- importants, mais cités pour la sévérité- outrée de leurs principes rrlieieux cl mouarrhiqu», I K||c s'fnioura surtout de certains membres considérables du haut cierge* une congrégation de femmes- fui placée soûl. son patronage
mûnierct même directeur : mais ce diTnier ' exerçait in parlibut;
âk •. h- marquis-abbé d'Ai-
Krr I grigny resta xéritable-
^ -l - - meut son guide spiri-
89^ tiii-l ; il est Inutile de!»
Hb dire que depuis long-
BHf v temps leurs relations
de galanterie avaient
\u| jK&y complètement resté!
vLJ|w*?V Cette conversion sou*
dalue , complète cl surtout trèv-broyam-
, - f a. a • ' v meut primée, frappa
\ ^\ Jf|p wX}3,3 ° I ) * ,,S ' l ,llul no,n " f ®
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■ 'ra'lbv J |i]J plus pénétrants, sou-
|L Il fi» v/ aV; - \\ . rirent.
Hr U xjjr Ut» trai^ outre inil-
/ fil i' ’ le, fera (ouniltre 1 el-
m Y' J H | " frayante puissance
? i y que 1a princesse avait
fWR VSgCy { I acquise depuis >on af-
M 11 liât ion. Ce trait mon*
m ,‘t Ireni aussi le c..rac-
’Wf mù: 3M\ rl 1 ère souterrain, v indl-
A v Wfrt ' V 1 1 catif et impitoyable de
^Êj WkVv.|i»,\ , H cette femme, «jn'A-
u drictiuc île CJvdoxUle
■ \\ s’apprêtait si impru-
jHflnt££ 7 i v- déminent à braver.
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JwTj -W^W- \ , Samt-Uizler se trou-
Mi i “pu m 1 ;!'! 1 vait le jeuuc et clur-
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dant quelque temps tout alla au mieux ; jolie et spirituelle, adroite et fausse, oertide et sédoiMDle. entourée d «W»t«m» quelle bnatiait.
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lansse, périme « «uuwunc, - — y . — ; — -,-i eUe larulisait,
mettant une sorte de coquetterie feroec a leur faire jouer leurs têtes dans de graves complots, la princesse c»|»éra ressusciter b Fronde, et entama uuc correspondance secrète très-acüre av«c quelques personnages influenu à l étrangiT. bien coumis pour leur haine contre I tmpereur et contre b France ; de là datèrent scs premières relations épistobires avec le marquis d'Aigrignv. alors colonel au service de b Russie et aide de camp de Moreau. Mais un jour toutes ces belles menées Airent decouvertes, plusieurs chevaliers de madame de Salnl-Diiier furent envoyés a
souffert pour la bonne cause lui furent cornp* tées, et elle acquit même alors une assez grande iiiUuence, malgré b légèreté de ses mœurs. U marquis d'Aigrigny, ayant pris du service eu France, s’y était fixé; il était charmant et aussi fort à b mode ; il avait correspondu et conspiré avec b princesse sans b counailrc ; ces précédents amenèrent nécessairement une liaison entre eux.
L'amour-propre effréné , le goût des plaisirs bruvanls, de grands besoin» de haine, d’orgueil et de do- ’ *' “espèce de
minatiou,
svmpalhie mauvaise, dont l'aurait perfide rapproche les lutures perverses «tins les confondre. avaient fait de la prina-SbC et du marquis deux coinpUce» plutôt que deux amants. Celle liaison était fondée sur des sentiments égoïstes , amers, sur l'appui redoutable que deux caractères de cette trempe dangereuse pouvaient se prêter contre un inonde où leur esprit d intrigue, de galanterie et de dénigrement leur avait fait beaucoup d'euneruis, celle liaison dura juM^u'au moineut où.
apres son duel avec le général Simon, le marquis entra au sémi- Uairc sans que l'on connût la cause de celle résolution subite.
• La princesse ne trouvant pas l'heure de b couversiou sonnée pour clic continua de s'abandonner au tourbillon du monde avec une ardeur ipre, jalouse, haineuse, car die voyait liuir toutes
jugera, par le fait suivant, du caractère de celte Icnime. Encore tort agréable, elle voulut terminer sa vie mondaine par un éclatant cl dernier triomphe, ainsi qu’une grande comédienne sait se retirer à temps du théâtre afin de bisser des regrets. Voubnt donner cette consolation suprême à sa vanité, lu princesse choisit habilement ses victimes ; elle avisa dans le monde un jeuuc couple qui s'idolâtrait, cl, a force d astuce, de manège, elle enleva l amaut a sa maîtresse, ravissante femme de dix-huit ans dout U était adoré. (Je succès bien constaté, madame de Saiot-Dixtcr quitta le monde dans tout Fécial de son aventure. Après plusieurs longs
lalité s’apivotaiilni sur les deux auuuU
q Un mari, jusqu
lors aveugle... é brusquement écfa
par des révélations anonymes ; un épouvantable écbt s’ensuivit, jcmie femme fut perdue. ,, . ,
Quant à l’amant, des bruits vagues, peu précisés, mais remplis de licences perfidement calculées et mille foi» pin» odieuses qu’une accu lion formelle, que Fou peut au moins combattre et détruire, èlaieut pandus sur lui avec but de persistance, avec une si diabolique tu lu cl par des voies si diverses, que ses meilleur» amis sc reUrereut M pt-u de lui. subissant à leur insu l innuence lente et irrésistible de ce K donncmcnl incessant et coufus qui pourtant peut se résumer par d
« Eh bien î tous savez! — ***? — No»! — Ou dit de bien vilaines choses sur lui ! — Ah ! vraiment. El quoi doue ? — Je ue sais, de mauvais bruits... des rumeurs fâcheuses pour sou houneur. — niable !... c'est grave. Cela m'explique nourquoi il est maintcuaut reçu plus que froidement. — Ôuant à moi, désormais je l'éviterai. — El mot aussi, » etc.
Le monde est ainsi fait, qu’il n'en faut souvent pas plus pour flétrir un homme auquel d'assez grands succès ont mérité beaucoup dèuvieux. C’est ce qui arriva à l'homme dont nous parlons. Le malheureux, voyant le vide se former autour de lui, sentant, pour ainsi dire, la terre manquer sous ses pieds, ue savait où chercher, où prendre l'insaisissable ennemi dont il sentait les coups ; car jamais il ne lui était veuu à la pensée de soupçonner la princesse', qu'il u’avait pas revue depuis son aventure avec elle. Voulant a toute force savoir la cause de cet ubaudou et de ces , il s’adressa à
de ses auciens «.Celui-ci lui rei d une maniéré dédaigneusement évasive; l'autre s'emporta, demauda satisfaction... Sou adversaire lui dit :
«Trouvez deux témoins de votre counaissauce et de b mienne cl je me bats avec vous. »
Le malheureux n on trouva pas un.
Enfin, débissé par tous, sans avoir jamais
C i s'expliquer ce déissemeut , soufrant atrocement du sort île b femme qui avait été perdue (mur lui, il dev ml fou de doulcur.de rage, de désespoir, et se tua...
Le jour de sa mort, madame de Saiut-Di- /ier dit qu'uue vie jussi houleux.' devait avoir nécessairement une pareille liu; que itdui qui pendant si longtemps s’était bit uu jeu des lois divines > t humaines ne pouvait terminer sa misérable vie que par uu dente crime ... le sui- <vdc!... Et les amis de madame de Saint-bizier répétèrent et colporter eut ces terribles paroles d'un air contrit, béat et convaincu.
Ce n'était ças tout :
à côté du châtiment
se trouvait b récompense.
Les gens qui observent remarquaient que les favoris de b coterie religie use de madame de ï
s Saint-Dizier arrivaient à de hautes positions avec une rapidité singulière. Les jeunes gens vertueux, et puis religieusement assidus aux proues, étaient mariés à de riches orphelines du Sacré-Cœur. que l'on tenait en réserve ; pauvres jeunes filles qui, apprenant trop tard ce que c'est qu’un mari dévot, choisi et imposé par ut s dévotes, expiaient souvent par des braies bien ameres la trompeuse faveur d être ainsi admises parmi ce monde hypocrite et bux où elles se trouvaient étrangères, sans appui, et qui les écrasait si elles osaient se plaindre de l'union à laquelle on les avait condamnées Dans le salon de madame de Saint-Dizicr se faisaient des préfets, des colonels, des receveurs généraux, des députés, des académiciens, des évêques, des pairs de Fraocc, auxquels on ne demandait, en retour du lout-pnhwant appui qu'on
%ri*. — Tjp. «le Ve Doftd*)-4>Mfrÿ, r*« S)t«l-Uu», U, tu Mirtu.
leur donnait, que d'affecter des dehors pieux, de communier quelquefois eu public, de jurer uue guerre acharnée à tout ce qui était impie ou r«volutiounairc, et surtout de correspondre coufideutidletncnl, sur différent sujets de son choix, avec l'abbé d'Aigrigtiv ; distraction fort agn able d'ailleurs, car l'ahbé était l’homme du moude le plus aimable, le plus spirituel, et surtout le plus accommodant.
Voici à ce propos uu bit historique qui a manqué il l'ironie amère et vengeresse de Molière ou de Pascal. C'était pendant b dernière année de la Restauration; un des hauts dignitaires de b cour, homme indé|>cndaul et ferme, ue pratiquait pas, comme disent les bons pères, c'est-à-dire qu'il ue communiait pas. L'évidence où le mettait sa position pouvait rendre celte iudirtérenee d'un fâcheux exemple : on lui dépêcha l'abbémaïquis d'Aigrigtiv : celui-ci, connaissant le caractère honorable et élevé
du réealcitraut, sentit que, s’il pouvait l'amener à pratiquer par quelque moyen que ce fût, l'effet serait des meilleur-» ; en homme d'esprit, et sachant a qui il s'adressait, l'abbé fit bou marché du dogme , du Tait religieux en lui-même, il ne parla que des convenances, de l'exemple salutaire qu'une pareille résolution ju-oduirait sur le pu-
• — Monsieur l'abbé, —dit l’autre, — ie respecte plus la religion que vous-même, je regarderais comme une jouglerie infâme de communier saus conviction. — Allons, allous, homme intraitable, Alceste renfrogné, — dit le marquisabbé eu souriant (incluent, — ou mettra d'accord vos scrupules et le profil que vous aurez, croyez-moi, à m'écouter : ou vous ménagera une communion si anche , car, apres tout, que demandons-nous? l'apparence. s Or, une communion bbnchc se pratique avec une hostie non consacrée.
L’abbé-marquit» en fut pour ses offres rejetées avec indignation ; nuis l' Immine de cour fut destitué.
Et cela ii était pas un fait isolé : malheur à ceux qui se trouva ieut eu opposition de principes et d'intérêt» avec madame de Saint-Dizier ou se* amis ! lût ou tard, directement ou indirectement, ils se voyaient frappés d'uuc nia—
Toilette d'Adrienne. — r»ei <V7.
niere cruelle, presque toujours irréparable:
«ux-ci dans leurs re-
lations les plus chères, ceux-la dans leur crédit; d'autres dans leur honneur, d'autres enfui dans les fonctions officielles dout ils vivaient ; et cela par Faction sourde, latente, coutiuue, d’un dissolvant terrible et mystérieux, qui minait invisiblement les réputations, les fortunes, les positions les pl ils soliilctiienl établies, jusqu'au moment mi elles s'abîmaient a jamais au milieu de la surprise et de l’epouvante generale.
On concevra maintenant que, sous la Keshiuraüoti, la princesse de Saiut-lHzier fût devenue singulièrement influente et redoutable. Lors de la révolution de Juillet, elle s’elalt ralliée : et, chose bizarre' tout eu
LE JI'IF ERRANT
conservant des relations «b famille rl de &ociëlé avec unclquc* pcrumues irrs-lidcle* au culte de la inonarcUie déchue, on lui attribuait encore beaucoup d'action cl de pouvoir.
bisons «'iit.it que le prince de Sainl-liizicr étant décrié San» CnfauU depuis plusieurs année», sa fortune p, r oum lie. tres-i’uiL-idâ.«blt\ était retournée a sou beau-frère puiué, le père d Adrieuue de t'.ardo ville ; ce dertrer étant mort depuis dix-huit moi», cette jeune t.île se trouvait doue alors l i Uemiere et seule représentante <k celle biam hc de la lu* mille des Renoepout.
La prin<*es*e île Saiul-liizit-r attendait sa nièce ilans uu assez grand talon tendu de Aimas vrai sombre les meuble.-, recouverts «le pareille étoffe, étaient d'ébène si ulpié, ainsi que la bibfiotln que, remplie de livres pieux, Quelques tableaux de sainteté, uu grand christ u’ivoire sur un fond «le velours noir, achevaient de donner à celte pièce une apparence austère et lugubre.
Madame de Atint-bizier, assise devant un grand bureau, achevait de cacheter plusieurs lettres, car elle avait une correspondance fort étendue et fort variée. Alors âgée de quarante-cinq ans environ, elle était belle encore; les aunées avaient épaissi *>a taille, qui, autrefois dune élégance remarquable, se dessinait pourtant encore assez avantageusement sous sa robe noire mnulaule. Sou bonnet fort simple, 01 tiède rubans gris, lais-ait voir ses cheveux blonds lissés en épais haudeanx. Au premier abord on restait frappé de son air à la fois digne et simple: on clierckail en vain, sur celle physionomie alors remplie de componction et de calme, la trace des agitations de 1 1 v « pnuee b la voir si naturellement grave et réservée, Tou ne pouvait s'habituer à la croire l'héroïne de tant d'iuti ignés, de tant d’avculures galante* ; bien plus, si pur hasard die j wlwwll un propoa quelque peu léger, h figure de celte femme, qui avait fini par se croire à peu près une mère de I' glisc, exprimait aussitôt uu étonnement candide et douloureux, qui se changeait bientôt en un air de chasteté révoltée et de commisération dédaigneuse.
Du reste, lorsqu’il le fallait, le sourire de la princesse était encore rempli de grâce et même d une séduisante ctJnësislLblc bonhomie; son grand a il bleu savait, à l’occasion, devenir affectueux et caressant i nuis si l’on osait froisser sou orgueil, contrarier scs volontés ou nuire k sr* intérêts, et quelle pût, sans se commettre, bisser éclater scs ressentiment», alors sa figure, habituellement placide et sërieuaC, trahissait une froide et iinpbi aide méchanceté.
À ce moment madame Grivois entra liaus le cabinet de la princesse, tenant à h main le tappot t que t-'loriue venait du lui remettre sur la matinée d' Adrieuue de Gardoville.
Madame Grivois était depuis vingt ans au service de madame de Saint-bizier elle savait tout ce qu'une femme de chambre intime peut cl doit savoir do «si inailrcs-e ho *qu« celle-ci a élé toit aibola, Kl.iil-ce volontairement que b princesse avait conservé ec témoin si bien instruit des nombreuses erreurs de w jeunesse, c’est ce que fou Ignorait généralement. Le qui demeurait évhhut, c’est que madame Grivofcjmihr sa h auprès de b princesse de grands privilèges, et quelle était plutôt considérée juir ritu connue une ieuuue de compagnie que conuiio une feuiiiu de chambre.
a Voici, madame, les notes de Ploriae, dit madame Grivois eu remettant le papier à la princesse. — J’examinerai ceb tout à l’heure, — répondit madame de Saint-bizier ; — mai», dilcs-moi, ma uièce va se rendre ici. l'e ridant Ma conlérence à laquelle cils va assister, vous conduirez dans son pavillon une personne qui doit bientôt venir et qui vous demandera de ma part. — Bnu, madame. — Cet boitune fera un inventaire exact de tout ce que renferme le pavillon uu’ Adrieuue habite. Vous veillerez à ce que ru a lie soit omU : CWlul u- la plus grande importance. — Oui. madame... Mais si Ge.orgeru: ou llébé veulent s'opposer... — Soyez tranquille, | homme chargé de cet inventaire a une qualité telle, que lorsqu'elles le l oiiuailroat, ces tille» nos* mut s'opposer à cet inventaire ni aux autres mesure» qu'il a encore à preudie... 11 l»C faudrait jus manquer, tout eu I accumpaguaat, d’insister sur certaines particularité* destinées à confirmer les bruits que vous avez répandus depuis quelque temps... — Soyez trauquillc, madame, ces bruits ont maintenant u consistance d’une vérité... — Mientôl enfin cette Adrmnne si insolente et si hautaine sera donc brisée et forcée de demander grâce... et à moi encore... »
Un vieux valet de chambre ouvrit les deux bâtants «le la porte et annonça : « M. l'abbé d'Aigrigny ! — St mftdcmoiscll© de Cardovîllc se présente, — dit h princes», à madame Grivois, — vous b prit-rez d’attendre un instant. — Oui, madame... » dit b duègne, qui sortit avec le 1 valet de chambre. *
Madame île Salut-Dizier et M. d’Aigrigny restèrent seuls.
CDAPITRE v.
Le complot.
l/ibbé-marqui» d Aigrigny était, on l'a facilement deviné, le person-
nage que l’on a déjà vu rue du Milieu-divUrsins, d’où il était parti pour Home d y avait de «eh trois mois environ.
Le marquis était vêtu do grand dnifl, avec son élégance accoutumée, il ne portail pas A' Soutane; sa rediogote noire, as-ez juste , et son gilet bien serre aux hanches, faisaient valoir l'élégance de sa taille ; son pantalon de Casimir noir dérouvrait son pied parfaitement chaussé de brodequins vernis; eufiu su tonsure disparaissait au milieu de la légère calvitie qui avait un peu dégarni la partie postérieure de sa télé. Dieu dans sou costume ne déréhit, qmur ainsi dire, le prêtre, sauf peut-être le manque absolu de favoris, remarquable sur une ligure au si virile; son mouton, frutchcnumt rasé, s'appmait sur une liante et ample navale noire nouée avec une crànerie militaire qui rappelait que cet abbéniarquis, que ««* prédicateur en renom, alors l’un des chefs les plus actifs et les plus iiilluculÿ de son ordre, avait, sous la Restauration, commandé un régiment de hussards après avoir bit b guerre avec les Musses contre la France.
Arrivé seulement le matin, le marquis n'avait pas revu la princesse depuis nue sa mère à lui, la marquise douairière d’Aigrigny, était morte auprès «Je Dunkerque , dans une terre appartenant à madame de Saintbizier, en appelant eu vain son fils pour adoucir l’amertume de scs derniers moments ; mais un ordre, auquel M. d’Aigrigny avait dû sacrifier les sentiments les plus sacrés de la nature, lui ayant élé subitement transmis de Home, il était aussitôt parti pour cette vide, m»u sans un mouvement d'hésitation remarqué et dénoncé par Modin ; car l’amour A;
M. d'Aigrigny po r sa mère avait été le seul sentiment pur qui eût constamment traversé sa vie.
Lorsque le valet de chambre SC fut discrètement retiré avec madame Grivois, le marquis s'approcha vivement de la princesse, lui tendit b main, cl lui dit d’une voix émue : « ilerminie, ne m’avez-vous pa* caché quelque chose Aws vos lettres?... A tes derniers momcuU. ma mère m’a maudit! — - Non, non, Frédérik... rassurez-vous. Elle eût désiré votre présence... Mais bientôt m» idées se sont troublées, et, dans son délire, c’était encore vous qu’elle appelait. — Oui, — dit Je marquis avec amertume, — son Distinct maternel lui disait sans doute que ma présence aurait peut-être pu la rcudre à b vie. — 4c vous en prie , liannissez de si tristes souvenirs. Ce malheur est irréparable. — Une dernière fois, ré* pétez-lc-moi. Vraiment, nia mère n’a pas été cruellement affectée de mon absence? Elle n’a pas soupçonné qu'au devoir plus impérieux m'appelai! ailleurs. 1 — Non, mm, vous di-jc. Lorsque sa raison s’csl machinalement troublée, il s’eu fallait beaucoup que vous eussiez eu déjà le temps d’être rendu auprès d’elle. Tous le-, tristes détails que je vous ai écrits à ce sujet Sont de b plus exacte vérité. Ainsi raturez-vous. — Oui, ma conscience devrait être tranquille; j’ai obéi *. mon devoir eu sacrifiant ma ra re; et pourtant. malgré moi, je n’ai jamais pu parvenir à ce complcl détachement qui nous est cour .ami.* par ces terribles paroles : — « Gelai qui m; liait pas sou père et sa mère, et jusqu'à son âme, uu peut être mon disciple (t). » — Sans doute, Frédérik, ces renoncements sont pénibles ; mais en échange quedinllmme. que de pouvoir !— Il est vrai, — dit le marquis après un moment de silence ; — que no sacriücrait-na pas pour régner dans l'ombre sur ces tout-puissants de la terre qui régnent au grand jour! Ge voyage à Home, que je vieus de foire... ma doiiiié une nouvelle idée A: notre formidable pouvoir: car, voyez-vous, Herm .nie, c’est r-urtont de Rome, de ce point culminant qui, quoi qu’on fasse , domine encore la plus belle, la plus grande partie du monde, soit par la force de l'habitude «m de b tradition, soit par b foi... c’est de ce point sue tout qu’on peut embrasser notre action dans toute sou étendue. G’i'»! nu curieux spectacle de voir de si haut le jeu régulier de ces init— lier» diu-iruitieuU, dout la personnalité s'absorbe continue llemeut daus 1 immuable persoiiualiié de nuire ordre. Quelle puissance nous avons !... viaimenl, je suis toujours saisi d'un sentiment d admiration, presque effrayée, eu songeant qu'avant de nous appartenir, l'homme pense , veut, croit, agit a sou gré... et que lorsqu'il est à nous, au bout de quelque» mois... de l 'homme il n’a plus que l'enveloppe : intelligence, esprit, raison, conscience, Iilire arbitre, tout est chez lui paralyse, desséché, atrophié, par l’habitude d’une obéissance muette et terrible, par la uralique de mystérieux exercices, qui brisent et tuent tout ce qu Tl y a de libre et de spontané dans la pensée humaine. Alors à ces corps privés d'àine, muet», morue», froids comme d -s cadavres, nous insiifilutis l’esprit de notre ordre: aussitôt ces cadavres marchent, vont, agi», «ni, exeenteut, mal» uns sortir «lu cercle où ils sont à jamais enfermée ; c’est ainsi qu’ils deviennent membres de ce corps gigantesque dont ih exécutent machinalement 1a volonté, mais dont Us ignorent les des-cius, aiu-i que b main exécute les travaux les plus difficiles *ans connaître , sans couipreudre la pensée qui la dirige. »
En parlant ainsi, la physionomie du marquis d'Aigrigny prenait une , incroyable expression «le superbe et de domination hautaine.
« Un! oui, celte puissance est grandi-, bien grande, — dit la princesse, — et d'autant plus formidable qu'elle s’exerce mystérieusement
(!) A propoi de cette recommaadaUofl, oo traire ce commentaire dan» le» ConilWu/ionj dit Jttuuci :
i Finir que 1« caractère du langage vienne au aecour* des •eirilmeata, il est d usj;e de , li tbituei à dire, non pis j'u des parents on j'n de» frères, mai» r avau dw parent», i avais des frères. » \ Bx - mot jvw al, p 29 , Coiuttiutimi.)
LE JL'IF ERRANT
«jt le» esprit» et sur les consciences. — Tenex, Hennloie, — dit le mariais, — j'ai eu sous mes ordres un régiment magnifique; rieu n’était dus éclatant que runiforme de mes hussards; bien souvent, le matin, par un beau soleil d'été, sur un vasu^hamp de manœuvres, j‘si éprouvé j mâle et pro tonde jouissance (lu commandement. A ma voix, mes cavalieis s'ébranlaient, les fanfares sonuaient , les plumes flottaient, les sabres luUaieiit, mes ofliiiere, étincelants de broderies d'or, couraient au jalop létvéler mes ordres : ce u 'était que bruit, lumière, éclat; tous ce» soldats», braves, ardents, cicatrisés par la bataille, obetssaieut à un signe, a uue parole de moi, je me sentais lier et fort, tenant pour ainsi dire ibits nia main tous ces courage-, que je maîtrisais, <otuine je maîtrisais b fniigue de mon cheval de bataille... Eh bien! aujourdhui, malgré nos mauvais jours, moi qui ai longtemps et bravement fait b guerre, je puis le dire sans vanité; aujourd'hui, a celle heure, je nie seus mille fois plus l'action, plus d'autorité, plus de force, plus d’audace, à la tête de celte uilice noire et muette, qui pense, veut, va et obéit machinalement selon pic je dis; qui d'un signe se disperse sur la surface du globe, ou se disse doucement dan» le ménage par b confession de b femme et par éducation de reufant , dans les intérêts de famille par les confidence» les mourants , sur le trône par b conscience inquiète d'uu roi crédule i timoré , à côté du saint-pere enfin . celle manifestation vivante de la divinité, par les services qu on lui rend ou qu’on lui impose. Encore une ms , dites : cette domination mystérieuse qui s’étend depuis le berceau isquà la tombe, depuis l'humble ménage de l'artisan jusqu'au mine... epuis le trône jusqu'au siège sacré du vicaire de bien; cette doininaion n’est-elle pas faite pour allumer ou satisfaire b plus vaste ambi- U»n? Quelle carrière au monde m'eût olîeit ces splendides jouissances? ;iiel profond dédain ne dois-je pas avoir pour celle vie frivole et brilinte d'autrefois, qui , pourtant, nous faisait tant d'envieux , llermiuie! otis eu souvenez- vous: — ajouta d'Aigriguy avec un sourire amer. — ombien vous avez raison, Frédérik! — reprit vivement b princesse. — Vvec quel mépris ou sonae au passé! Comme vous, souvent, je compare e passé au présent , et alors quelle satisfaction je ressens d'avoir suivi ■ os conseils ! Car enfin, u'est-ce pas à vous que je dois de ne pas jouer c rôle misérable et ridicule que joue toujours une femme sur le retour orsqu'dle a été belle et entourée! Que ferais-je à cette heure? Je m'efonerais, en vain, de retenir autour de uioi ce monde égoïste et ingrat, :es homme» grossiers qui ne s'occupent des femmes que tant qu'elle» peuvent servir à leurs passions ou Haller leur vanité; ou bien d me ressentit la ressource de tenir ce qu'ou appelle une maison agréable... pour les autres... oui, de donner des fêles, c'est-à-dire recevoir une foule f indifférents, cl offrir des occasions do se rencontrer à ces jeunes couples amoureux qui , se suivant chaque soir de salon en salon , ne viennent chez vous que pour se trouver ensemble; stupide plaisir en vérité •pie d’hcheigcr celle jeunesse épanouie, riante, amoureuse, qui regarde le luxe cl l'éclat dont on l'euloure comme le cadre obligé de ses joies et de ses autours insolents, a
Il y avait tant de dureté dans les paroles de b princesse, et sa physiouotnic exprimait une envie s» fumeuse, que b violente amertume de m» regrets se trahissait malgré elle.
• Non, non, — reprit-elle, — grâce à vous, Frédérik, après un dernier et éclatant triomphe, j'ai rompu sans retour avec ce monde qui bientôt m'aurait abandonnée, moi si longtemps sou idole et sa reine; j’ai changé de loyaume. Au lieu d'hommes dissipés, que je dominais par uue frivolité supérieure à la leur, je me suis vue entourée d hommes • u roulé rallies, redoutés, tout-puissants, dont plusieurs gouvernaient l'Etal ; je me suis dévouée à eux comme ils se sont dévoués à moi. Alors seulement j'ai joui du bonheur que j'avais toujours rêvé... j'ai eu une {•art active, une forte influence aans les plus grands intérêts du monde; l'ai été initiée aux secrets les plus graves, j’ai pu frapper sûrement qui m'avait raillée ou haie ; j'ai pu élever au delà de leurs espérances ceux qui me servaient, me respectaient et m’obéissaient. —Eli quelques mob, Henri mie, vous venez de résumer ce qui fera toujours notre force... eu ru mi- recrutant d<s prosélytes... a Trouver la facilité de satisfaire sûrement ses haines et ses sympathies, et acheter au prix d'uu»* obéissance (u&sive à la hiérarchie de l'ordre, sa part de mystérieuse domination tor le reste du monde... » — Et il y a des fous... des aveugles qui nous croient abattus parce que noua avons à lutter contre quelques mauvais jours, — dit M. d'Aigriguy aveedédaiu, — comme si uous n'étions pas uirtout fondés, orgauisc* pour b lutte... comme si dans b lutte nous ue (misions pas une force, une activité nouvelles... Sans doute les temps vont mauvais... mais Js deviendront meilleurs... El vous le savez, il est Jrorfue certain que dans quelques jours, le 1 3 février, nous disposerons <f un moyen d'action assez puissant pour rétablir notre influence un moment ébranlée... — Vous voulez parler de l'affaire de» médailles?,.. — San» doute, et je n'avais autant de hâte d'être de retour ici que pour asùster à ce qui, pour nous, est un si grand événement.— Vous avez su... U fatalité qui, encore une fois, a failli renverser tant de projets si laborieusement conçus?... — Oui, tout à l'heure eu arrivant j'ai vu Bodin... ■— Il vous a dit... — L'inconcevable arrivée de l'Indien et des lilies du général Simon au château de Cardu ville apres le double naufrage qui les a jetés sur la côte... de Picardie... El l'on croyait les jcuues Ulles à Leipuek... l'Iudien à Java... les précaulious étaient si bien prises... En vérité, — ajouta le marquis avec dépit, — on dirait qu'une invisible puissance protège toujours cette famille ! — Heureusement. Hodin est homme
de ressources et d'activité, — reprit la princesse. — il est venu hier soir... nous avons longuement causé. — F.t le résultat de votre cuire— lieu... est excellent. 1 e soldat va être éloigné pendant doux jours... le confesseur de sa femme est prévenu, le reste après ira do soi-fiiétne... domain, ce» jeunes filles ne seront plus à craindre... Reste l'Indien... H est à Curdovillc, dangereusement blessé ; nous avons doue du temps pour agir... — Mais ce n’est pas tout, — reprit la princesse, — il y a encore, su ns compter ma nièce, deux personnes qui, pour nos intérêts, no doivent pas se trouver à Tari!, le 13 février. — Uni, M. Hardy;... mais son ami le plus cher, le plus intime, le trahit; il est à nous, et, par lui, ou a attire M. Hardy dans le Midi, d'où il est presque impossible qu'il revienne avant un mois. Quant à ce misérable ouvrier vagabond, surnommé t!ourhe-tout-nu... — Ah!... — lit b princesse avec une exclamation de pudeur révoltée. — Cet homme ne uous inquiète pas... Kuhn Gabriel, sur qui repose notre e:-poir certain, ne sera pas abandonné d une minute jusqu'au grand jour ; ... tout semble donc nous promettre le succès. .. cl, plus que jamais, il nous faut â tout prix le succès. C'est pour nous uue
J uesdon de vie ou de mort... car en revenant je me suis arrêté à Forli...
ai vu le duo d'Orbano ; son influence sur l'esprit du roi est toute-puissante... absolue... il a complètement accaparé son esprit : c'est donc avec le duc seul qu’il esipo-sible de traiter...— Eh bieu? — D'Orhano se fait fort, et il le pèut, je le sais, de nous assurer une existence légale, hautement protégée dans les Etats de son maître, avec le privilège exclusif de l'éducation de b jeunesse... Grâce à de tels avantages, il ne nous faudrait pas en ce pays plus de deux ou trois au» pour y être tellei.unl enraciné*. que ce serait au duc d'Orbano à nous demander appui â son tour mais aujourd'hui, qu'il peut tout, il met une condition absolue à scs service». — Et cette condition? — Cinq millions comptant», et une pension annuelle de cent mille francs. — ("est beaucoup:... — F.t c'est peu, si l’on songe qu'une fois le pied dans ce pays, on rentrerait promptement dans celle somme, qui, apres tout, est à peine la huitième partie de celle que l atfairc des médailles, heureusement conduite, doit assurer ii l’ordre... — Oui... pré» de quarante millions, — dit b princesse d'un air pensif. — Et encore... ces cinq millions que d'Orbano demande ne seraient qu'une avance... ils nous rentreraient par les dons volontaires» en raison même de I accroissement de notre influence par l'éducatioi) des eu [.mis, qui nous donnerait b famille... et peu â peu la confiance de ceux qui gouvernrut. Et ils hésitent I — s'écria le marquis en haussant les épaulés avec dédain... El il est des gouvernements assez aveugles pour nous proscrire ’ 9» ne voient donc pas qu'en omis abandonnant l'éducation, ce que nous demandons avant toute chose, nous façonnons le peuple à cette obéis», i nce muette et morne, à cette soumission de serf et de brute, qui assure le repos de» Etats par l'immobilité de l'esprit! et quand ou songe pourtant que la majorité des clashs uobles et de la riche bourgeoisie uous redoute et nous hait ! m stupides ne comprennent donc {vas que, du jour où nous aurons persuadé au p(*ujilc que son atroce misère est une loi immuable, éternel!»* de b destinée ; qu i! doit renoncer au coupable espoir de toute amélioration â sou sort ; qu'il doit enfin regarder comme un crime aux yeux de Dieu d'aspirer au bien-être dans ce inoude, puisque les récompense» d'en haut sont en raison de» douleurs d'icl-ba», de ee jour-là, il faudra bien que K* peuple, hébété par cette conviction désespérante, se résigne à croupir dans sa fange et dans sa misère a 'ors Coules tes impatientes aspirations vers de» jours meilleurs seront élotiff. vs, alors seront résolues ces questions menaçantes, «lui rendent pour les gouvernants l'avenir si sombre et si «‘flray.iut Le» gens ne voient donc pas que cette foi aveugle, passive, que uous demandons au peuple, nous sert de frein pour le conduire et te mêler... tandis que uous ne demandons aux heureux du moode que de» apparences qui devraient, s’ils avaient seulement l'intelligence de leur corruption, donner un stimulant de plus a leurs plaisir*. — Il n'importe, Frédérik, — reprit la princesse : — ainsi que vous le dites, un grand jour approche... Avec près dn quarante millions que l'ordre peut posséder par f heureux succès de l'affaire des médaille*... on peut tenter srtremeul bien des grandes choses... Gomme levier, entre les mains de l'ordre, un tel moyen d'action serait d'ime portée incalculable, dans ce temps où tout se vend et s'acbete. — Et puis. — reprit M. d' 'igiigny d'uu air pensif. — il ne faut pas so le dissimuler... ici la réaction continue... l'exemple de b France est tout... C’est â peine si en Autriche et eu Hollande nous pouvons nous maintenir... les ressources de l’ordre diminuent de jour en jour. G’esl un moincut de crise ; mais il peut se prolonger Apssi, grâce à celle ressource immense... de» médailles, noos pouvons, non seulement braver toutes les éventualités, mais encore nous établir puissamment ; grâce â Foffre du duc d'Orbano, que nous acceptons... alors, de ee centre inexpugnable, notre rayonnement serait incalculable... Ah ! le IA février, — ajouta M. d'Aigriguy après uu moment de silence, en secouant b tête, — le IA février peut être pour notre puissance une date aussi fameuse que relie du concile de Trente, qui nous a douné, pour ainsi dire, une nouvelle vie.
— Aussi rte faut-il rien épargner, — dit b princesse, — pour réussir à tout prix. Iles six personnes que vous avez â craindre , cinq sont on seront hors d’état de vous nuire. Il reste doue ma uièec... et vous savez t que je n'attendais que votre arrivée pour prendre une dernière résolu- | lion. Toutes mes dispositions sont prises, et, ce matin même, uous commencerons à agir. — Vos soupçou* ont— il» augmenté, depuis votre der- I oiere leur*? — Oui, je suis certaine qu elle est plus instruite qu elle ne
Vent le paraître: et, dans ce ca*. nous n'aurions pas ôi plus dangereuse ennemie. — Telle a été toujours mou opinion. Aussi, il y a six mois, tous ai-jc engagée à prendre en tout cas les mesures que vous avez prises, et qui rcudcul facile aujourd'hui ce qui sans ceb eût été impossible.
— Enfin, — dit la princesse avec une expression de joie haineuse et amère, — ce caractère indomptable sera brisé ; je vais enfin être vengée de tant d'insolents sarcasmes que j’ai été obligée de dévorer pour ne pas éveiller s^s soupçons; moi... moi, avoir tant supporté jusqu'il... car celle Adriennè a pris comme à tin he, l'imprudente, de m’irriter contre elle. — Qui vous offense m’offense. Vous le savez, Oerminie, mes haines sont les vôtres. — Et vous-même, mon ami, combien de fois avez-vous été en butte à sa poignante ironie! — Mes in -iincts ui'oot rarement trompé ; je suis certain que celle jeune file peut être pour nous un ennemi dangereux... très-dangereux, «lit le marquis d'une voit brève cl dure. — Aussi faut— Q qu'elle ne soit plus à craindre, — répondit madame de Sainl-Dizier en regardant fixement le marquis. — Avez-vous vu le docteur Baleinier et SI. Tripcaud? — demanda-t-il. — lis seront ici ce matin... je les ai avertis de tout. — Vous les avez trouvés bien disposés contre elle? — Parfaitement. Aérienne ne se défie eu rien du docteur, qui a toujours su conserver, jusqu'à un certain point, s a confi nue. pu reste, une cii con&tauce qui me semble inexplicable vient oucore à notre aide. — Que voulez-vous dire? — Ce malin, madame Grivois a été, selon mes ordres, rappel, r à Adrien ne que je l'attendais à midi pour une affaire importante. En approchant du pavillon, madame Grivois a vu ou a cru voir Adricnùc rentrer ; ar la petite porte du jardin. — Que <litesvous ! itérait-il possible? En a-l-on la preuve positive? — s’écria le marquis. — Jusqu a préscut il n'y a pas d'autre preuve que b déposition spontanée de madame Grivois; mais, j'y songe, dit la princesse eu prenant un papier placé auprès d'elle, voici le rapport que ine bit chaque jonr une de» femmes <T Aérienne. — Celle que Rodin est parvenu à birc placer auprès de votre nièce ? — Efic-uiême, et conunc Cette créature sè trouve dans b plus entière dépendance de Rodin, elle nous a parfaitement servis jusqu'ici. Peul-ôti e dans ce rapport (rouvera-t-on la conürm iliou de ee q«e madame Grivois affirme avoir vu. »
A peine la princesse eut-elle jeté les yeux sur cette note, qu’elle s’écria, presque avec effroi ; « Que vois-j ?... mais c'est doue le démon que cette tille! — Que dites-vous? — f.e régisseur de celte terre qu’elle a vendue, en écrivant à Adrieune pour lui demander sa prolecliou, l'a instruite du séjour du prince indien au château. Elle sait qu’il est son parent, cl elle vient décrire à sou ancien professeur de peinture, l'or val, de partir en poste, avec des costumes indi us, des cachemires, aliu de ramener ici tout de suite ce prince Pjuhua... lui... qu'il faut, à tout prix, éloigner de Paris. » «
Le marquis pufil et dit à madame de Saint-Dizicr ; « S'il ne s'agit que d’un nouveau, caprice de votre uiccc, l'empressement qu'elle met a mander ici te parent prouve qu’elle en sait cuore plus que vous n’aviez osé le soupçonner. Elle est instruite de l'affaire de» médailles i 11c peut tout perdre, prenez garde. — Alors, — dit résolument b princesse, — il n'y a plus à hésiter, il but pousser les choses encore plus que uou» lie l'avions pensé, et que ce matin même tout soit fini. — Oui, mais c'est presque impossible. — Tout se peut; le docteur et M. Tripcaud sont a nous, dit vivement, b priucesse. — Quoique je sois aussi sûr que vousmême du docteur. • et de M. Tripcaud dans celte circonstance, il ne faudra aborder cette question, qui les effrayera d’abord, qu’après l'entretien que nous allons avoir avec votre nièce. Il vous sera facile, malgié sa’ uutttt, de sa voir; a «moi nous en tenir. Et si nos soupçons se réalisent, elle l’sjtJp acuité «Je ce qu'il serait si dangereux qu elle sût, alors aucun luémtgcmcul, surtout aucun retard. Il iaut qu’a ajouré hui même tout soit terminé, ff n’y a pas à hésiter. — Avez-vous pu bire prévenir i homme en quc»ûon ! — dit b priucesse après un moment de silence. — Il doit être ici... à midi... U ne pcui larder. — J'ai pensé que nous serions ici irès-commodémeut pour ce que nous voulons, celle pièce u’tsl séparée du petit salon que par une portière ; on l'abaissera, et votre homme pourra se placer derrière. — A merveille. — C’eut nu homme sür? — Très-sdr... nous l’avons déjà souvent employé dans des circonstances patei les; il est aussi habile que discret. »
A ce moment on frappa légèrement à la porte. ■ Entrez ! dit la princesse. — M. le docteur iblciuicr bit demander si madame b prima sse peut le recevoir, - dit un valet de chambre — Certainement , priez-le d'entrer. — Il y a au>si un monsieur à qui M. l'abbé a donne rendezvous ici à midi, que, selon ses ordres, j’ai bit attendre daus l'oratoire.
— C’est rtiouuuc en question, — dit le marquis à 1a princesse, — il budrait d'abord 1 introduite ; il est inutile, quant à préseul, que le docteur Baleinier le voie. — Faites venir d'abord celte personne, — dit la princesse, — puis, lorsque je sonnerai, vous prierez M. le docteur Baleinier d’e lier ; dans le cas où M. le baron I ripeaud se présenterait, vous le conduiriez de même ici ; ensuite ma porte sera absolument fermée, excepté pour mademoiselle Adr ienne. s
Le valet de chambre sortit.