‹ Œuvres illustrees d'Eugene Sue Le juif errantChapitre 38 sur 95 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Le cabinet «l’un ministre.

U voilure était arrivée devant un petit perron couvert de neige et exhaussé de quelques marche* qui conduisaient à un vestibule éclairé par une lampe. Adrienne, pour gravir les marches un peu glissantes, s'appuya sur le bras du docteur.

« Mou Dieu ! comme vous tremblez... — lui dit celui-ci. — Oui... — dit la jeune fille en fiissouuant, — je ressens un froid mortel. Daus ma précipitation, je suis sortie sans châle... Mais comme cette m.itsou a l'air triste! — ajouta-t-elle en montant ht perron. — C'est ce qu’on appelle le petit hôtel du ministère, le ranctus tanrtorum où notre homme d liai retire loin du bruit des profanes, — dit M. Baleinier en souriant. — Donnez-vous la peine d'entrer. »

Et il poussa la porte d'un assez grand vestibule complètement désert, t On a bieu raison de dire, — reprit M. Baleinier cachant une assez vive émotion sous une apparence de gaieté, — maison de ministre... roubon de parvenu... fias un valet de pied (pas un garçon dg bureau, devrais-je <me) à l'antichambre. Mais heureusement. — ajouta-t-il en ouvrant la porte d'une pièce qui communiquait au vestibule ;

Nourri dans le sérail, j’en connais tes détoura.

Mademoiselle de Cardoville fut introduite dans un salon tendu de papier vert à dessins veloutés, et modestement meublé de < haines et de tau- ' leuib d'acajou recouverts eu velours d'Ctreclit jaune, le parquet était brillant, nûigueuseiucnl ciré; une lampe circulaire, qui ne donnait plus |

que le tiers de sa clarté, était suspendue beaucoup plus haut qu'on ne les suspend ordinairement. Trouvant cette demeure singiili.T.uvnf modeste pour l'habitation d'un niiuMic. Adrienne, quoiqu'elle uYûi aucun soupçon, ne put s'empêcher de Caire un mouvement de surprise, et s'arrêta une minute sur le seuil de la porte. M. Baleinier, qui lui donnait le bras, devina la cause de sou étonnement, et lui dit en souriaul ;

« (’e logis vous semble bien mesquiu pour une Excellence, n'est-ce nas? Mais si vous saviez ce que c'est que réconomie constitutionnelle !.. Du reste, vous allez vojruu Monseigneur qui a l'air aussi... mesquin que son mobilier. Mais veuillez m'attendre une seconde, j** vais prévenir le ministre et vous annoncer à lui. Je reviens dans l'instant . b

Et dégageant doucement sou bra$ de celui d'Adriciiue, qui se serrait involontairement coutre lui, le médecin alla ouvrir uu« petite poile latérale par laquelle il s’esquiva. Adrienne de Cardoville resta seule.

la» jeune fille, bien qu elle uc pùt s’exprimer la cause de celle impression, trouva sinistre celte grande chambre froide, nue, aux < Toisées sans rideaux; puis, fieu à peu remarquant dans son ameublement plusieurs singularités qu'elle n'avait pas d'abord aperçues, elle se sentit saisie d'une inquiétude i idélinissahle.

Ainsi, s'étant approchée du foyer éteint, elle vit avec surprl-,e*qu'il était fermé par un treillis de fer qui condamnait complètement l’ouverture de b cheminée, et que les pincettes et la pelle étaient attachées par des chaînettes de fer. Déjà assez étonnée de celle bizarrerie, elle voulut, par un mouvement mac hinal, attirer à elle un faute ud placé près de la boiserie. I!e fauteuil resta immobile.

Adrienne s'aperçut alors que le dossier de ce meuble était, comme celui dos autres sièges, attaché à l'uu des panneaux par deux petites pattes de 1er.

Ne pouvant s’empêcher de sourire, elle se dit : « Aurait-on assez peu de confiance dans l'homme d’Etat chez qui je suis, pour attacher les meubles aux murailles ? b

Adrienne avait pour ain-i dire fait cette plaisan'erie un peu forcée, afin de lutter contre sa pénible préoccupation, qui augmentait de plus eu plus, car le silence le plus profond, le plus morne, régnait dans cette demeure, où rien ne révélait le mouvemeul, l'activité quï entourent ordinairement un grainl centre d'affaires.

Seulement , de temps à autre la jeune fille entendait les violentes rafales du vent qui souillait au dehors. Plus d'un quart d'heure s'était passé, M. Baleinier ne revenait pas.

Daus son impatience inquiète, Adrienne voulut appeler quelqu’un afin de s'informer de M. Baleinier et du ministre : elle leva les yeux pour chercher uu cordon de sonnette aux côtés de la glace ; elle n'en vit pas ; nia» elle s’aperçut que ce qu’elle avait pris jusqu'alors pour une glace, grâce à la demi-obscurité do cette pièce, était une grande feuille do forblanc très-luisant. En s'approchant plus près, elle heurta un flambeau de bronze... ce (lambeau était, comme la pendble, scellé au marbre dû la cheminée.

Dans certaines dispositions d’esprit, les circonstances les plus insignifiantes prennent souvent des proportions effrayantes; ainsi ce flambeau immobile, ces meubles attachés à la boiserie, cette glace remplae e par une lenille de fer-blanc, ce profond silence, l'absence de plus eu plus prolongée de M. Raleinier, impressionnèrent si vivement Adrienne, quelle commença de ressentir une sourde frayeur.

Telle était pourtant sa confiance absolue daus le médecin, qu'elle en vint à se reprocher son effroi, » disant qu'après tout, ce qui le causait n'avait aucune importance réelle, et qu’il était déraîsounable de se préoccuper de si peu de chose.

Quant à Inlrsence de M. Baleinier, elle se prolongeait sans doute pare qu’il attendait que les occupations du ministre le laissassent libre de recevoir.

Néanmoins, quoiqu’elle lâchât de se rassurer aipsi, la jeune fille , dominée par sa frayeur, se ficnnit ce qu'elle n’aurait jamais osé sans cette occurrence; elle s'approcha peu à peu de la petite porte par laquelle avait disparu le médecin, et prêta l’oreille. Elle susfieudit sa respiration, écoula , et n ‘entendit rien.

Tout à coup un bruit à b fois sourd et pesant, comme celui d'un corps qui tombe , retentit au-dessus de sa tête ; il lui sembla même entendre un gémissement étouffé.

Levant vivemeut les yeux, elle vit tomber quelques parcelles de peinture écaillée , détachées saus doute par l'ébranlement du plancher supérieur.

Ne pouvant résister davantage à son effroi, Adrienne courut à b porte par Laquelle elle était entrée avec le docteur, afin d apfielcr quelqu'un. A sa grande surprise, elle trouva celte porte fermée en dehors.

Pourtant, depuis son arrivée, elle n'avait entendu aucuu bruit de clef dans b serrure, qui du reste était extérieure. De plus en plus effrayée, b jeune fille se précipita vers b petite porte par laquelle avait dispirii le médecin, et auprès de laquelle elle venait d'écouter. Cette porte était aussi extérieurement fermée. Voulant cependant encore lutter contre la terreur qui 1a gagnait in iuciblemcnt, Adrienne appela à son aide b fermeté de son caractère , cl voulut , comme on dit vulgairement , se raisonner.

« Je me serai trompée, ■ — dit-elle; — je n'aurai entendu qu'une chute, le gémissement n'existe que dans mon imagination. Il y a mille raisons pour que ce soit quelque chose el non pas quelqu'un qui soit

LE JpIF ERRANT.

tombé. Mai» cm portes formées. Peut-être on ignore que je suis ici, on ■On cru qd’il n’y aval! personne dans cette chambre. »

En disant ces mots, Adriennc regarda autour d’elle avec anxiété; puis , elle ajouta d une voix ferme : « Pas de faiblesse , il ne s’agit pas de chercher à m’étourdir sur ma situation, et de vouloir me tromper moi- | même ; il faut au contraire la voir bien «n face, évidemment je ne suis , pas ici cliez nu ministre... mille raisons mole prouvent maintenant... U. Baleinier m’a dode trompée... Mais alors dans quel but, pourquoi n, 'a-t-il amenée ici, et où suis-je? »

Ces deux questions semblèrent à Adrien ne aussi insolubles l’une que l’autre seulement il loi resta démontré qn’èllé était victime de la perfidie de M. Baleinier. Pour cette àroc loyale , généreuse, une telle certitude était si horrible qu’elle voulut encore e sayer de la repousser en songeant à la confiante amitié qu’elle avait toujours témoignée à cet homme ; aussi Advienne se dit avec amertume ; J Voilà comme la faiblesse, comme la peur, vous conduisent souvent à des suppositions injustes. odieuses; oui, car il n’est permis de croire 21 une tromperie fci infernale qu'à la dernière extrémité... et lorsqu’on y est forcé par l’évidence : appelons quelqu’un, c’est le seul moyen de m’éclairer complètement. »

Puis , se souvenant qu’il n’y avait pas de sonnette, elle dit : « fl n’importe, frappons, on viendra sans doute. »

Et , de son petit poipg délicat , Advienne heurta plusieurs fois à la porte. Au bruit sourd et mat que rendit cette porte, ou pouvait deviner qu elle était fort épaisse. Bien ne répondit à ja jeune fille. Elle courut à 1 autre porte. Même appel de sa part, même sifen; c profond, interrompu çà et là au dehors par les mugissements du vent.

« Je ne suis pas plus peureuse qu’une autre, — dit Adriennc en treî— saillant; — je ne sais si c’est le froid mortel qu’il lait ici, mais je frissonne malgré moi : je là< he bieu de me défendre de toute faible.- se , cependant il me semble que tout le monde trouverait comme ynoi ce qui se passe ici étrange, effrayant.

Tout à coup des cris, ou plutôt des hurlements sauvages, affreux, éclatèrent avec furie dans la pièce située au-dessus de celle où elle se trouvait, et peu de temps après une sorte de piétinement sourd, violent, saccadé, ébranla le plafond, comine si plusieurs personnes sc fussent livrées à une lutte énergique.

Dans son saisissement, Adriennc poussa un grand cri d’effroi , devint

r tàle comme une morte, resta un moment immobile de &tu|icqr, pois s'éauça à l’une des fenêtres fcrnvées par des volets, et l’ouvrit brusquement. Une violente rafale île vent mêlée de neige fondue fouetta le visage d’.\drienne, s'engouffra dans le salon, et, après avoir fait vaciller et flamboyer la lumière fumeuse de la lampe, I éteignit.

Ainsi plongée (Luis une profonde obscurité, les mains crispées aux barreaux dont la fenêtre était garnie, mademoiselle de Lardovitle, cédant enfin à sa frayeur si longtemps contenue, allait appeler au secours, lorsqu’un spectacle inattendu la reudit muette de terreur pendant quelques minutes.

Un corps de logis parallèle à celui où elle 6e trouvait, s’élevait à peu de distance.

Au milieu des noires ténèbres qui remplissaient l’espace, une large fenêtre rayonnait, éclairée.

A travers ses vitres sans rideaux , Advienne aperçut une figure blanche, hâve, décharné -, traînant après soi une sorte de linceul, et qui sans cesse passait et nrp.Tss.xit précipitamment devant la crottée, mouvement à la fois brusque et continu.

\a regard attaché sur celte fenêtre qui brûlait dans l’ombre, Adriennc resta comme fascinée par cette lugubre vision ; puis ce spectacle imitant sa terreur à son comble, elle appela au secours de toutes scs forces sans quitter les barreaux de h fenêtre où elle se tenait cramponnée. Au bout de quelques secondes, et pendant qu elle appelait ainsi à sou aide, deux grandes femmes entreront tlaitWIltlMûl dans le salon où se trouvait mademoiselle de Cardoville, qui, tonjnurs cramponnée à la fenêtre, ne put les apercevoir.

(.‘es deux femmes , âgées de quarante à quarante-cinq ans, robustes, viriles, étaient négligemment et sordidement vêtues, comme des chambrières de basse condition ; par-dessus leurs babils, elles portaient de grands tabliers de toile qui, montant jusqu’au cou où ils s'ér-hancruient, tombaient jusqu'à leurs pieds. L’une, tenant une lampe, avait une large lace rouge et luisante, un gros nez bourgeonné , de petits yeux verts et des cheveux couleur de filasse ébouriffes sous son bonnet d’en blanc sale. L'antre, jaune, sèche, osseuse, portait un bonnet de déüll qui encadrait étroitement sa maigre figure terreuse, parcheminée, marquée de petite vérole et durement accentuée par deux gros sourcils noire ; quelque* longs poils gris ombrageaient sa lèvre supérieure.

Cette femme tenait à la main, à demi déployé, une sorte de vêtement de forme étrange eu épaisse CoBé grise.

Tobtes deux étuiwt donc silène nu sèment entrées par la petite porte au moment où Adriennc, dan> sou épouvanté, s'attachait an grillage de la fenêtre en criant : Au secours?...

O’un signe ces femme* sc montrèrent la jeune fille, et. pendant que ' l'une posait la lampe sur la cheminée, l'autre Icelle qui portail le bonnet [ de deuil), s’approchant de ta croisée, appuya sa grande main osseuse ! sur l'épaule de mademoiselle de Cardoville. Se retournant brusque- i

ment, celle-ci poussa un nouveau cri d’effroi à la vue de cette sinistre figure.

Ce premier mouvement de stupeur passé. Advienne se rassura presque ; si rtpowantc que lût cette femme, c’était du moins quelqu’un à qui elle pouvait parier; elle s’écria duuc vivement d’une voix altérée : « Où est M. iialciuier? »

Les deux femmes se regardèrent, échangèrent tvn 6igne d intelligence et ne répondirent pas.

« Je vous demande, madame, — reprit Adriennc, — où est M. Baleinier, qui m'a amenée ici? je veux le voir à l’instant. — il est parti, — dit la grosse femme. — Parti ! — s'écria Adricune, — parti sans moi.... Mais qu’est-ce que cela signifie ? mon llveul »

l'nifc, après uu moment .le réllexion, elle reprit : « Allez me chercher une voiture, u

Les deux femmes se regardèrent en haussant le* épaules.

« Je vous prie, madame, — reprit Adrienne d’une voix contenue, — de m'aller chercher une voiture, puisque M. Baleinier est parti sans moi: je veut sortir d’ici. — Allons, allons, madame, — dit la grande femme (on l'appelait la Thomas} n’avant pas l’air d entendre ce que disait Adriennc, — voilà l’heure... il faut venir vous coucher. — Mc coucher!

— s’écria mademoiselle de Cardoville avec épouvante. — Mais, mon lieu! c’est à en devenir folle... — Puis, s'adressant aux deux femmes :

— Quelle est cette Inaison? où suis-je? répondez. — Nous êtes dans une maison, — dit la Thomas d’une voix rude, — où il ne faut pas crier par la fenêtre, connu • tout à l’heure. — Lt où il nu faut pas non plus éteindre les lampes, comme voua venez de le faire... sans ça, — reprit l’autre femme appelée (îervaise, — nous nous fâcherons. ■>

Adricune, ne trouvant pa-. une parole, frissonnant d épouvante, regardait tour à tour ces horribles femmes avec stupeur; sa raison s'épuisait en vain à comprendre ce qui se passait. Tout à coup eUc crut avoir deviné et s’écria :

« Je le vois, il y a ici méprise... je ne me l’explique pas. Mais enfin, il y a une méprise... vous inc prenez pour une autre. Savez-vous qui je suis? Je me nomme Adrienne de Cardoville! Ainsi, vous le voyez... je suis libre de sortir d’ici; personne n’a le droit de me retenir de force... •Ainsi, je vous l’ordonne, allez à fiustaul me chercher nne voilure. S’il n’y en a pas dans ce quartier, donnez-moi quelqu'un qui m'accompagne et me conduise chez moi, rue de Babylone, à i’hôlcl Saint-llizier. Je récompenserai généreusement cette personne, et vous aussi. — Ah çà, aurons-nous bientôt fini? — dit la Thomas; — à quoi bon lions dire tout ça ! — Prenez garde, — reprit Adrienne. qui voulait avoir recours à tous les moyens, — si vous me reteniez de force ici... ce serait bien grave... vons ne savez pas à quoi vous vous exposeriez ! — Votdez-rous venir vous coucher, oui ou non? — dit la Genraüo d’un air impatient et dur. — Ecoulez, madame, — reprit précipitamment Adrienne, — laissezmoi sortir, et je vous donne fTcbacuno deux mille francs. N’est-co pas assez? je vous en donne dix... vingt... ce que vous vomirez; je suis riche... mais que je sorte... mon Dieu!.» que je sorte... je ne veux pas rester... j’ai peur ici, moi... — s’écria la malheureuse jeune fille avec un accent déchirant — Vingt mille francs!... comme c’est ça, dis doue, la Thomas! — Labre donc tranquille, G moite, c’est toujours leur même chanson à toutes. — Eh bien ! puisque raisous, prières, menaces soûl vaines, dit Adriennc puisant une grande énergie dans sa position désespérée, —je vous déclare que je veux sortir, moi, et à l’instant. Sous al* ion* voir si l’on a l'audace d employer la force contre inoi ! »

Et Adrienne lit résolument un pas vers la porte.

A ce moment, le* cri* sauvages et rauques qui avaient précédé le bruit de lutte dont Adrienne avait été si effrayée retentirent de nouveau; mais, cette fois, ces hurlements affreux ne furent accompagnés d'aucun piétinement.

a Oh ! quels cris! — dit Adriennc en s’arrêtant; et, dans sa frayeur, elle se rapprocha des deux femmes. — Ces cris... le* entendez -vous?... Mais qu'est-ce don»' que cette maison, mon Dieu, où l’on entend cela? Kl [mis là-bas? — ajouta l-clle presque avec égarement en montrant l'autre corps de logis, dont une fenêtre brillait éclairée dans l'obscurité, fenêtre devant laquelle la figure blanche passait et repassait toujours.

Là-bas! voyez-vous? Qu est-ce que cela — Eh bien ! dit la Thomas, — c’est des personnes, qui, comme vous, n’ont pas été sages. — Que ditesvous? — s'écria mademoiselle de Cardoville en joignant les mains avec terreur. — Mais, mon Bieu! qu’est-ce donc que celle maison? qu’est -ce qu’on leur fait donc? — On leur fait ce qu’on vous fera si vous clés méchante et si vous refusez de venir vous coucher, — reprit la (ïervaisc.

— On leur met... ça, — dit la Thomas en montrant l'objet qu’elle tenait sous son bras, — oui, on leur met la camisole. — Ali ! 3 » lit Adr ienn en cachant son visage dans ses mains avec terreur.

Une révalalton terrible venait de l'éclairci*. En lin , clic comprenait tout. r

Après le» vives émotions de la journée, ce dernier coup devait avoir iiuc réaction terrible : la jeune tille se sentit défaillir; ses main* retombèrent, son visage devint d'une effrayante pâleur, tout son corps trembla. et die eut à peine la force de dire d’une voix éteinte en tombant à genoux, et désignant la camisole d’un regard terrifié : « Oh J non... par pitié, pas cela... grâce... madame... Je ferai... ce... que... vous voudrez... »

Puis, les forces lui manquant, elle s'affaissa sur cjle-raémc, et, sans

rfs femmes, tpii coururent à elle et la reçurent évanouie dans leurs bras, | elle retombait sur le parquet.

r Dn évanouissement, ça n'est pas (langèrent... — dit la Thomas, — portous-la sur son lit... nous la déshabillerons pour la coucher, et ça no sera rien. — Transporte-la, toi, — dit la Gervaise. — Moi, je vais prenére la lampe. »

El la Thomas, grande et robuste, souleva mademoiselle de Cardoville

•u'irnc- fil <'iJt soulevé un enfant endormi, l'emporta dans ses braset suivit sa compagne dnns la chambre par laquelle M. Baleinier avait disparu.

Cette chambre, d’une propreté parfaite, était d’une nudité glaciale; nn papier verdâtre couvrait les murs, un petit lit de fer très-bas, à chevet formant tablette, te dressait à l'un des angles: un poêle, placé dans la cheminée, était entouré d’un grillage de fer qui en défendait l'approche: une table attachée au nmr, une chaise placée devant celte table cl aussi fixée au parquet, une commode d'acajou et un fauteuil de naillc composaient ce triste mobilier; la croisée, sans rideaux, était intérieurement garnie d'un grillage de fer destiné à empêcher le bris des carrelât. C’est (lahs ce sombre réduit, qui offrait un si pénible contraste avec NB ravissant petit palais de la rue de Babylone, qu'Adrienne fut apportée par la Thomas, qui, aidée de Cervaise, as- il sur le lit mademoiselle de Cardoville inanimée. I.a lampe fut placée sur la tablette du chevet.

Pendant que l’une des gardiennes la soutenait, l'a utre dégrafait cl ôtait b robe de drap de la jeune fille; celle-ci penchait languissamment sa tête sur sa poitrine. Quoique évanouie, deux grosses larmes coulaient lentement de sers grands yeux fermés, dont les longs cils noirs faisaient ombre sur ses joues d'une pâleur transparente. Sou cou et son sein d’ivôire étalent inondés des Ilots de soie dorée de Sa magnifique chevelure dénouée lors de sa chute. Lorsque délaçant le corset de salit* moius üikix, moins fiais, moins blanc que ce corps virginal et charmant qui, souple et svelte, s'arrondissait sous b dentelle et la batiste comme une ttatne d'albâtre légèrement rosée, l'horrible mégi t e loucha de scs grosses mains rouges, calleuses et gercées, les épaules et les bras nus de b jeune fille... celle-ci, sans revenir complètement à elle, tressaillit involontairement à ce contact rade et brutal,

■ A-t-elle des petits pieds ! — dit la gardienne, qui, s'étant ensuite agenouillée, déchaussait Adrienne; — ils tiendraient tous deux clins le creux de ma main. »

En effet, nn petit pied vermeil et satiné comme un pied d'enfant, et çi et là veiné d'aznr, fut bientôt mis à nn, ainsi qn'une jambe à cheville tt à genou roses, d'un contour aussi lin, aussi pur que relui de b Diane antique.

« El ses cheveux, sont-ils longs! — dit la Thomas, — snnl-ils longs et doux!... elle pourrait marcher dessus... ça serait pourtant domm ge de les couper pour lui mettre de b glace BUT le crâne, *

El ce disant, la Thomas tordit comme elle le put cette magnifique «tavelure derrière b tète d’ Adrienne.

Hélas! ce n'était plus 1a légère et blanche main de Ccorgctle, de Florine ou d’Hébé, qui coiffaient leur belle maltre-.se avec tant d'amour et d orgueil ! ,

Aussi, en sentant de nouveau le rude contact des mains de la gardienne, le même tressaillement nerveux dont la jeune ÛJle avait déjà été saisie se renouvela, mais plus fréquent et plus lori. Fut-ce, pour ainsi dire, une sorte de répulsion instinctive, magnétiquement perçue pendant son évanouissement, lut -ce le froid de b nuit... bientôt Adrienne frissonna de nouveau, et peu à peu revint à elle...

Il est impossible de peindre son épouvante, son horreur, son indignation chastement courroucée, lorsque, écartant de ses deux mains les nombreuses boucles de cheveux qui couvraient son visage baigné de larmes, elle se vit, eu reprenant tout à fait scs esprits, elle se vit deminue cuire ces deux affreuses mégères. Adrienne poussa d'abord un cri de bonté, de pudeur et d'effroi ; puis, afin d'échapper anx regards de ccs deux femmes, par un mouvement plus rapide que la pensée, elle renversa brusquement b lampe qui était placée sur la tablette du chevet de son lit, et qui s'éteignit en se brisant sur ie parquet.

Alors, au milieu des ténèbres, b malheureuse enfant, s’enveloppant dans ses couvertures, éclata en sanglots déchirants...

les gardiennes s'expliquèrent le cri et b violente action d'Adrieunc CD les attribuant à un accès de folie furieuse.

« Ah ! vous recommencer à éteindre et à briser les lampes... il paraît Nt c’est là voire idée, à vous ! — s'écrb la Thomas courroucée en marchant à tâtons dans l’obscurité. — Bon... je vous ai avertie... vous allez avoir celle nuit b camisole tomiue b fulfe de là-haut. — C’est ça, — dit l’autre, — tic ii s-la bien, b Thomas, je vais aller chercher de la lumière... à tutus lieux nous en viendrons à bout. — {lépêchc-toi... car avec sou prtit air doucereux... U parait quelle est tout bonuemeut furieuse... et qu il faudra passer la nuit à côté d'elle... »

Triste et douloureux contraste.

le malin Adrienne s'était levée libre, souriante, heureuse an milieu de toutes les merveilles du luxe et des ails, entourée des soi us délicats et empressés de trois charmantes jeunes filles qui b servaient... dans sa généreuse et folle humeur die avait ménagé à un jeune prince indien, sou purent, une surprise d une magnifu cucu splendide et téerique; elle avait pris b plut noble résolution au sujot des deux orphelines ramenées

I par Dagobert... Dans son entretien avec madame de Saint-Dizicr, elle s'était montrée tour à tour lière et sensible, mélancolique cl gaie, ironique et grave... Iqvalc cl couragettse.,, Enfin, si elle venait dans celle maison maudite, c elait pour demander b grâce d'un Imanète et laborieux artisan...

El le soir... mademoiselle de Cardoville, livrée par une trahison infâme aux mains grossières, de deux ignobles gardiennes de folles, sentait ses membres délicats durement emprisonnés dans cet abominable vêtement des tous, appelé b camisole.

Mademoiselle de Cardoville passa une nuit horrible, en compagnie

des deux mégères.

Le lendemain matin, à neuf heures, quelle fut la stupeur de la jeune fille lorsqu elle -il entier dans sa chambre le docteur Baleinier toujours souriant, toujours frcuvciUant, toujours paterne !

Eh bien, mon enfant, — lui dit-il d'une voix affectueuse et douce, — comment avons-nous passé b nuit ? » v

CDAPITBE m.

La mite.

Les gardiennes de mademoiselle de Cardoville, cédant à ses prières et surtout à ses prqpiesscs d'élic «g *, ne lui avaient laissé la camisole qu'une partie «fe b nuit; au jour, elfe. s’était levée cl habillée seule sans qu'on I cù tût empêchée.

Adrienne se tenait assise sur le bord de son lit; sa pâleur effrayante, la profonde Altération de ses traits, ses yeux brillant du sombre feu do b lièvre, les tressaillements convulsifs qui l’agitaient de temps à autre, montraient déjà les funestes conséquences de celle unit terrible sur cette organisation iiuproâiunuable el nerveuse. A b vue du docteur Baleinier, qui d’tiu signe ht soi tir Gervaise et la Thomas, mademoiselle de Cardi*vjlle resta pétrifiée. Elle éprouvait une sorte de vertige en songeant à l’audace do cet homme... il osait se présenter devant die!...

Mais lorsque le médecin répéta de sa voix doucereuse et d'un ton pénétré d’affectueux intérêt :

« Eh bien, ma pauvre enfant.... comment avons-nous passé la nuit?... »

Adrienne porta vivement ses mains à son front brûlant comme pour se demander si elle rêvait. Tuin, regardant lu médecin, ses lèvres s'entr 'ouvrirent... mais elles tremblèrent si fou, qu’il lui fut impossible d'articuler un mot... La colère, ( indignation, fe mépris, et surtout ce ressentiment si atrocement douloureux que cause aux nobles cœurs b confiance lâchement trahie, bouleversaient tellement Adricune, qu interdite, oppressée, elle ne put, malgré elle, rompre le silence.

« Allons!... allons: je vois ce que c'est, — dit le docteur en secouant tristement b tète, — vous m'eu voulez beaucoup... n'est-ce pas? Kh mon bien!... je m’y attendais, nu chère enCmt ... »

Ce» mots. prononcés avec une hypocrite effronterie, firent bondir Adrienqe ; die se leva, ses joncs pâles s'enflammèrent, son grand ceil noir étincela, elle redressa fièrement son beau visage; sa lèvre supérieure sc releva légèrement par un sourire d'une dédaigneuse amertume; puis, silencieuse et courroucée, b jeune fille passa devant M. Baleinier, toujours assis, cl se dirigea vers la porte d’un pas rapide et assuré, licite porte, à laquelle on remarquait lin petit guichet, était fermée extérieurement. Adrienne se retourna vers le docteur, lui montra la porte d 'un geste impérieux et lui dit :

« (Juvrez-moi cette porte ! — Voyons, ma chère demoiselle Adrienne,

— dit le médecin, calmez-vous... causons en bons amis... car, vous le, savez.. . je suis votre ami... »

Et il aspira lentement une prise de ubac.

« Ainsi... monsieur. — dit Adrienne d'une voix tremblante de colère,

— je ne sortirai pas d'ici encore aujourd’hui ? — Uéias ! non... avec des exaltations pareilles... Si vous saviez comme vous ave* fe visage enflammé... les yeux ardents ... votre pouls doit avoir quatre-vingts pulsations à il minute... je vous en coujure, ma chcreenfanl. n'aggravez pas votre état par cette lâcheuse agitation... »

Après avoir regardé fixement le docteur, Adrienne revint d'un pas lent se rasseoir au bord de son lit.

« A la bonne heure, reprit M. Baleinier, — soyez raisonnable... et je vous le dis encore : causons en bons amis. — Vous avez raison, monsieur, — répoudit Adrienne d'une voix brève, contenue et d’on ton parfaitement t^lrne, — causons en amis . Vous voulez nie faire passer pour fedle... u’éw-ce pas? — Je veux, ma chère enfant, qu'un jour vous ayez pour moi amant de reconnaissance que vous avez diversion... el cette aversion, je l'avais prévue... mais, si pénibles que soient certains devons, il but se résigner à les accomplir, — dit M. Baleinier en soupirent, ut d'uu tou si naturellement convainc*, i pi 1 Adrienne ne put d'abord retenir un mouvement de surprise. . Puis un rire amer effleurant ses lèvres : — Ah!... décidément... tout ceci est pour mon bien?... — Franchement, ma chère demoiselle... ai-je jamais en d'autre but que celui de vous être utile? — Je ne sais, monsieur, si votre impudence

n’est pxx encore plus odieuse que votre lâche trahison !... — Une tr.ihisnii ! — c lit M. Baleinier en haussant les épaules d’un air peiné, — une trahison! mais réfléchisse* donc, ma pauvre enfant... croyez-vous que si je n'agissais pas loyalement, consciencieusement, dans votre intérêt, je reviendrai' ce matin affronter votre indignation, à laquelle je devais m'attendre?... Je suis le médecin en chef ue celle maison de santé qui ! m’appartient... mais... j'ai ici deux de mes élèves, médecins comme moi, qui me suppléent... je pouvais donc les charger de vous donner leurs s«ins... I.h bien, non,... je n'ai pas voulu eeb... je connais votre caractère. votre nature, vos antécédents... et meme, abstraction bile de l'intérêt que je vous porte... mieux que personne, je puis vous traiter com diablement. s

Adricnne avait écouté M. Baleinier sans l'interrompre elle le regarda fixement, et lui dit : c Npnsieur... combien vous pave-l-on. . pour me taire passer pour folle? — Mademoiselle... — s’écria fl. Baleinier, blessé malgré lui — Je suis riche... vents le nvex, — reprit Adricnne aveu un dédain écrasant, — je double la somme... qu'on vous donne... Allons, monsieur, au itoin lie. . l'amitié, comme vous dites... aceordezHUoi du moins la faveur d'enchérir. — Vos gardiennes, dans leur rapport de cette nuit, m ont appris que vous leur aviez lait la même proposition, — dit M . Baleinier en réprimant tout sois sang-froid. — Pardon.. . monsieur.. . Je leur avais offert ce que l’on peut offrir à de pauvres femmes sans éducation, que le malheur force d'accepter le pénible emploi qu'elles occupent. . . Mais un homme du monde comme vous ! un homme de graud savoir comme vous! un homme de beaucoup d'esprit comme vous', c'est différent cela se paye plus cher; il y a de la trahison à tout prix... Ainsi, ne basez pas votre refus... sur b modicité de mes offres à ce* malheureuses Voyons, combien vous faut -il? — Vos

gardiennes, dans leur rapport de celte nuit, m'ont aussi parlé de menaces, — reprit M. Baleinier toujours très-froidement; — nen avezvous pas à m'adresser également? Tenez, ma chère enfant, croyez-moi, épuisons tout de suite les tentatives de corruption et les menaces de vcngeafice.. nous retomberons ensuile dans le vrai de la situation — Ah ! mes menaces sout vaincs! — s'écria mademoiselle de CardoviOe, en laissant enfin écbter son emportement Jusqu’alors contenu. — Ab ! vous croyez, monsieur, qu'a ma sortie d'ici, car celle séquestration aura un terme, je ne dirai pas à haute voix votre indigne trahison ! Ah ! vous croyez que je ne dénoncerai pas au mépris, à r horreur de tous votre infatué complicité avec madame de Saiut-I'izier !.. Ah ! vous croyez que je tairai les affreux traitements que j'ai subis ! Mais, si folle que je sois, je sais qu’il y a des lois, monsieur, et je leur demanderai réparation éclatante pour mai, honte, flétrissure et châtiment pour vous et pour les vôtres !.. Bar, entre nous... voyez-vous, ce sera désormais une naine... une guerre A mort... et je mettrai à la soutenir tout ce que j'ai de forces, d'intelligence et do... — Permet le*-*OOi de vous interrompre, ma chère mademoiselle Aérienne, — dit le docteur toujours parfaitement calme et all. i im iix, — rien ne serait plus nuisible à votre guérison que de folles espérances; die* vous entretiendraient dans un élat d'exaltation déplorable : donc nettement posons les bits, £fln que vous envisagiez clairement votre position : 1*11 e t impossible que vous sortiez d'ici; 2* vous ne pouvez avoir aucune communication avec le dehors; 5° il u'entre dans cette maison que des gens dont je suis extrêmement sûr ; 4* je suis Complètement à l'abri de vos menaces et de n otre vengeance, et cela parce que toutes les circonstances, lotis les droits sont en ma faveur.

— Tous les droits! ! m’enfermer ici... — Ou ne s'v serait pas déterminé sans une Ibulc «le motifs plus graves les uus que les autres. — Ali ! il y a des motifs? — Beaucoup, malheureusement. — Et on me les fera connaître, peut-être ? - llébs ! ils ne sont que trop réels, et si un jour vous vous adressiez à b justice, ainsi que vous m'en menaciez tout à l'heure, eh! mon itieu, à notre grand regret, nous serions obligés de rappeler :

— l'exccnlririté plus que bizarre de votre manière de vivre; — votre manie de costumer vos femmes; — vos dépenses exagérées; — l'Iiistoire du prince indien, à qui vous offrez une hospitalité royale- — votre résolution, moine A dix-huit ans, de- vouloir vivre seule comme un garçon ;

— l’aventure de l'homme trouvé caché dans votre chambre à coucher ;

— enfin I on exhiberait le procès- veibal de votre interrogatoire d'hier, qui a été fidèlement recueilli par une personne chargée de ce soin. — Comment... hier... — s'écria Adricnne avec autant d indignation que de Surprise. — Mon Dieu, oui, afin d'être un jour en règle, si vous méconnaissiez l’intérêt que nous vous portons, nous avons fait sténographier vos réponses par un homme qui se tenait dans une pièce voisine derrière une portière... et vraiment, lorsque, l'esprit plus reposé, vous relirez un jour (le sang-froid CCI iu 1er rogi luire... vous ne vous étonnerez plus de b résolution qu’on a été force de prendre. — Poursuivez, monsieur,— dit Adricnne avec mépris. — Les faits que je viens de voi^citcr étant dune avérés, reconnus, vous devez comprendre, ma chère mademoiselle Adricnne, que b responsabilité de ceux qui vous aiment est parlai- UiiMjt à couvert : Us ont dû chercher à guérir ce dérangement d’esprit, qui ne se manifeste encore, il est vrai, que par des manie- , mais qui compromettrait gravement votre avenir s'il se développait davantage... Or, a mou avis, on peut en espérer 1a cure radicale, grâce à nu traitement à b fois moral et physique... dont b première condition est de vous éloigner d'un bizarre entourage qui exalte si dangereusement votre imagination tandis nue, vivant ici d ois b rclraile, le calme bienf ikmt d’une vie simple et solitaire... tues soins empressés, et, je puis le dire, pu lcr*

nels, vous amèneront peu à peu à une guérison complète. — Ainsi, — dît Adricnne avec un rire amer, — l'amour d une noble i|u“ 'pendante, la générosité, le culte du beau, l'aversion de ce qui est odieux et lâche, telles sont les maladies dont vous devez me guérir ; je trains d'étre incurable, monsieur, car il y a bien longtemps que ma taule a essayé celle houuélc guérison. — Soit, nous ne réussirons peut-être pas, mais au moins nous tenterons: vous lu voyez donc bien... il y a une masse de faits assez graves pour motiver notre détermination, prise d’ailleurs eu conseil de la mille : ee qui me met complètement à l’abri de vos menaces... car c 'était là que j’en voulais revenir: un homme de mon âge, de ma considération, n’agit jamais légercmeut dans de telles circonstances: vous comprendrez donc maintenant ce que je vous di-ais tout à l'heure : en un mot, n'espérez pas sortir d'ici avant votre complet»* uérison, cl persuadez-vous hieu que je suis et que je serai toujours a abri de vos menaces... Ceci bien établi, parious de votre état actuel avec tout l'intérêt que vous m'inspirez. — Je trouve, monsieur, que si je suis folle vous me parlez bien raisonnablement. — Vous, folle!., grâce à Dieu... ma pauvre enfant... vous ne l'êu» pxs encore ., et j'espère bien que, par mes soins, vous ne le serez jamais. . Aussi, pour vous empêcher de le devenir, il but s'y prendre à temps... et, croyez-moi, il est plus que temps... Vous me regardez d'un air tout surpris... tout étrange. ..voyons.. .quel intérêt puis-je avoir à vous parler ainsi? Est-ce la haine de votre tante que je favorise? mais dans quel but? Que peutelle pour ou contre moi ? Je pense délie à celte heure ui plus ni moins de bien qu hier. Est-ce que je vous tiens à vous-même un langage nouveau? . Ne vous ai-je pas hier plusieurs fois parle de l'exaltation dangereuse de voire esprit, de vos inauics bizarres? J’ai agi de ruse pour vous amener ici... Eh ! sans doute! ! j'ai saisi avec empressement l'occasion que vous m'offriez vous-même. . . c'est encore vrai, ma pauvre chère enfaut... car jamais vous no seriez vcuue ici volontairement : un jour ou l'autre, il eût fallu trouver un prétexte pour vous y amener... et, ma foi, je vous l'avoue, je me suis dit : Son intérêt avant tout... Fais ce que dois, advienne que pourra, b

A mesure que M. Baleinier parlait, b physionomie d’ Adricnne, jusqu'alors allernativcincut empreinte d'indignatiou et de dédain, ^reuait une singulière expression d'angoisse et d'horreur... Eu eutcndanl cet homme s'exprimer d'une manière en apparence si naturelle, si sincère, si convaincue, et pour ainsi dire si juste et si raisonnable, elle se senLait plus épouvantée que jamais... Une atroce trahison revêtue de telles formes l'effrayait cent fois plus que la haine franchement avouée de madame de Saint-Di zier... Elle trouvait enfin cette audacieuse hypocrisie tellement monstrueuse, quelle b croyait presque impossible. Adricnne avait si peu l'art de cacher ses ressentiments que le médet in. habile et profond physionomiste, s'aperçut de l'impression qu’il produisait.

• Allons, — se dil-il, — c’est un pas immense... au dédain et à la colère a succédé b frayeur... le doute n'est pas loin.. Je tic sortirai pas d'ici sans qu’elle n’ait dit affectueusement : — Revenez bientôt, mon bon monsieur Baleinier, b

Le médecin reprit donc d une voix triste et émue qui sem' lait partir du plus profond de son rouir : « Je le vois... vous vous défiez toujours de moi... ce que je dis u'e&l que mensonge, fourbe, hypocrisie, haine, n’est-ce pas ? vous haïr .. moi... et pourquoi ? mon Dieu ! que m'avezvous fait? ou plutôt... vous accepterez peut-être celte raison comme plus déterminante pour un homme de ma sorte. ajouta M. Baleinier avec amertume, — ou plutôt, quel intérêt ai-je à vous haïr? Comment vous. . vous qui u'éles dans l'état lârlumx où vous vous trouvez que par suite de l'exagération des plus généreux instiucls... vous qui n avez pour ainsi dire que b maladie de vos qualités... vous pouvez froidement, résolûmes, accuser un honnête homme qui ne vous a donné ju-qinci que des preuves d'affection... l’accuser du crime le jdus lâche, le plus noir, le plus abominable dont un homme puisse se souiller. .. Oui, je dis crime, parce que l'atroce trahison dont vous m'accusez ne mériterait pas d’autre nom. Tenez, ma pauvre enfant... c'est mal... bien mal, et je vois qu'un esprit indépendant peut montrer autant d'injustice et d'intolérance que les esprits les plus étroits. Cela ne m'irrite pas... non... nuis cela me fait souffrir... oui, je vous l'assure... bien souffrir, b

Et le docteur passa la main sur ses yeux humides. N faut renoncer à rendre l'accent, le regard, la physionomie, le geste de M. Baleinier en s'exprimant ainsi. L'avocat le plus habile et le plus cxcreé, le plus graud comédien du monde n'aurait pas mieux joué celte scène que le docteur... cl encore non. personne ue l'eût jouée aussi bien... car M. Baleinier, emporté malgré lui par 1a situation, était à demi eouvaincu de ce qu'il disait. F.u un mot, il sentait toute l'horreur de sa perfidie : mais il savait aussi nu'Adrietme ne pourrait y croire ; car il est des combinaisons i horribles jjue les âmes loyale! et pures ne peuvent jamais les accepter comme jx»ssibles ; si, malgré soi, un esprit élevé plonge du regard dans l'ablme du mal, au delà d'uue certaine profondeur, il est pris de vertige, et ne distingue plus rien. Et puis enfin les hommes les plus |>erx'ers oui un jour, une heure, un moment où ce aue Dieu a mis de bel au cœur de toute créature se révèle maigre eux. Adrtennr était trop intéressa un-, elle se trouvait dans une position trop cruelle |»our que le docteur ne ressentit pas au fond du cœur quelque pitié pour celte infortunée : l'obligation où, il était depuis longtem|* de paraître lui témoigner de la sympathie, b charmante coniuuce que b jeune fille avait es lui, éUteui

devenu» pour cet homme de douce» et chères habitudes... mai» sympathie i t habitude* devaient céder devant une implacable nécessité..'.

Ainsi le marquis d'Aigrigny idolâtrait sa mère... mourante, elle l’ap- , peint... et U était parti malgré ce dernier vœu d'une mère à l'agonie...

Après un tel exemple, comment .M. Beleinier n eût-il pas sacrifié Aiirieuue? Les membres de l'ordre dont il taisait partie étaient à lui... nuu il était à eux peut-être phw encore qu'ils n’étaient à lui ; car une Iivichc complicité dans le mal crée des liens indissolubles et terribles.

• moment où >1. Baleinier Unissait de parler si chaleureusement à mataAokelle de Ctfdovflle, la planc he qui fermait extérieurement le guiiM de U porte gitan doucement dans sa rainure, et deux yeux regardri.'Uallenlivcmeut daus la chambre. M. Baleinier ne s eu aperçut pas.

\d:ieuue ne pouvait détacher ses yeux du docteur, qui semblait la hfJuer ; muette, accablée, saisie d'une vague terreur, incapable de péii è* t dans les profondeurs ténébreuses de l'Ame de cet homme, émue iikisré elle par la sincérité moitié feinte, moitié vraie de son accent umf'. it et douloureux... la jeune tille eut un momeul de doute, l’our la premiers ibis il lui vint à lesprit M. Baleinier commettait une erreur iiriease... mais que peut-être il la . >m mettait de bonne foi. .. D’ailleurs, ks angoisses de la nuit, les danger; de sa positiou, son agitation fébrile. Unit tuiN Ourail à jeter le (rouble et l'indécision dans l'esprit de la jeune tille; die contemplait le médecin avec une surprise croissante ; puis, fa<>ant an violent effort sur elle-même pour ne pas céder à une faiblesse duitlelle entrevoyait vaguement Us conséquence» effrayantes, elle s'écria: i Non... non, monsieur... je ne veux pas... je ne puis croire... MHbavex trop do savoir, trop d'expérience pour commettre une pareille erreur. — Une erreur... — dit M. Baleiuicr d'un tou grave cl triste, -une erreur... laissez-moi vous parler au uom de ce savoir, de cette ( ■ipérience que vous m'accorde/ : écoule/.-moi quelques instants, ma tbre eufant, et ensuite je n’en appellerai qu'à v «.us- inclue ! — A moiu«*rac, — reprit la jeuue tille stupéfaite, vous voulez me persuader que... — l’iùs, s'interrompant, elle ajouta en riant d'un rire convulsif : — Il ne ■oomuit, en effet, à votre triomphe que do in 'amener à avouer que je suis ioMc.j. que ma pbee est ici... que je VOUS dois. . — De U TtCOD- BÛunce... oui, vous m'eu devez, ainsi que je vous l’ai dit au commcutomal de cet entretien. Ecoulez-moi donc ; mes parole» seront cruelles, ans il est des blessures que I on ne guérit qu'avec le for (A le fou. Je vous en conjure, ma chère enfant, réfléchissez , jetez un regard impartial sur votre vie passée. Ecoulez-vous penser, et vous aurez peur. Souveuez-vous de ccs moments d’exaltation étrange, pendant le. quels, diùa-vous, vous n’apparteniez plus à la terre... et puis surtout, je vous « conjure, [ enduit t qu'il en est temps encore, à celte Itcore où votre «prit a conservé assez de lucidité pour comparer... comparez votre vie a celle des a u très jeunes filles de votre Age. hu est-il une seule oui vive ('«me vous vivez? qui pense comme vous pensez? à moins de vous mire si souveraincniont siqtérieure aux autres femmes que vous puisart taire accepter, au uom de cette supériorité, une vie et des habituas uniques dan» le inonde. — Je n'ai jamais eu ce stupide orgueil, monsieur. vous le savez bien , — dit Adrionne eu regardant le docteur avec '■"iffroi crobrant. — Alors, ma pauvre eufaut, à quoi attribuer votre n.-.ufc-re de vivre si étrange, si inexplicable? Pourriez-vous jamais vous f'-RUüder à vous-même qu’elle est sensée? Ah! mon eufant, prenez fe '•*. Vous en êtes encore à des originalités cliarmuutcs, à des excenic» poétiques, a des rêveries douces et vagues; mais la pente est irffefetible, fatale. Prenez garde... prenez garde ... la partie saiue, gracieuse, spirituelle de votrivintelligence, ayant encore le dessus, imprime cachet à vos étrangetés. Mai* vous ne savez pas. voyez-vous, avec •< violence effrayante la partie insensée se développe elélouife l’autre i un moment donné. Alors ce ne soûl plus des bizarreries gracieuses comme les vôtres, ce sout des insanité* ridicules, sordides, li.den- . — Ab ! j'ai peur, — dit la malheureuse entant eu passnut ses mains l'isiblaules sur son front brûbnl. — Alors, — continua M. Baleinier <f «e voix altérée, — alors les dernières lueurs de l'inU lligeuce s etei- Pieot: alors... la folie... il faut bien prononcer ce mot épouvantable...

folie prend le dessus! tantôt elle éclate en transports furieux. Sauvaf — '.oniiue lu femme de la-haut... » mm mura Sdrionnc.

Et, le regard brûlant, fixe, elle leva lentement son doigt vers le ph- Lsd.

* Tantôt , — dit le médecin, effrayé lui-même de l’effroyable consé- 'l > »'Qi:ede ses parole», mais cédant a la fatalité de sa rituatiou, — lan- ■ri ta folie est stupide , brutale ; I infortunée créature qui eu est atteinte t-v rnuserve plus rien d'humain, elle n'a plus que les instinct» des anikmux; comme eux, elle inange avec voracité, et puis comme eux elle va t. vient dans la cellule où l’un est obligé de la renfermer. C’est là tonte ** vie, toute... — domine la femme de là-bas. n M Aérienne, le regard de plus en plus égaré, étendit lentement son tras vers b fenêtre du bâtiment que l'on voyait par la croisée de sa Cambre.

« Eh bien ! oui... — s’écria M. Baleinier, — comme vous, maliieureu.se

• ifjal... ces femmes étaieut jeunes, belles, spirituelles ; mais, comme

* ih, bébs ! elles avaient en elles ce germe fatal de l'inanité qui, n ayant H été détruit â temps... a grandi... grandi... et pour toujours a étouffé

iuldligence... — Oh! grâce... — s’écria mademoiselle de Cardavlif, b tête bouleversée par l.i terreur, — grâce... uc ine dites pas ces inows-b... Encore une fois... j'ai peur... tenez... emmenez-moi d'ici, je

vous dis de m'emmener d'ici I — s’écria-t-elle avec un accent déchirant,

— je Unirais par devenir folle... »

I'uis, se débattant contre les redoutables angoisses qui venaieul l'assaillir malgré elle, Adrienne reprit « Non ! oh ? non... ne l'espérez pas ! je ne deviendrai pas folle, j'ai toute ma raison, moi; est-ce qui je suis assez aveugle pour croire ce que vous me dites là!!... Sans doute, je uc vis comme personne, je ne pense comme personne, je suis choquée de ebusei qui ne choquent personne; mais qu'est-ce que cela prouve? Que je ne ressemble pas aux autres... Ai-je mauvais cœur? suis-je en vicu>ef égoïste? Nies idées sont bizarres, je l’avoue, mon Dieu, je l'avoue; unis enlin, monsieur Baleinier, vous le savez bien, vous... leur but est généreux, élevé... — Et la voix d’ Aérienne devint émue, suppliante; scs brmes roulèrent abondamment. — De ma vie je n'ai fait une action méchante ; si j’ai eu des torts, c’est à force de généro-ilé ; parce qu on voudrait voir tout le monde trop heureux autour de soi, ou n'csl pas folle pourtant... et puis, on sent bien soi-même si l’on est folle, et je sens que je ne le suis pas, et encore, maintenant est-ce que te le sais ? vous me dite» des choses Si effrayantes de CCS deux femmes de cette nuit .. vous devez savoir cela mieux que moi... nais alors, - ajouta mademoiselle de L’ardoville avec un accent de désespoir, — il doit y avoir quelque chose à faire ; pourquoi, si vous m'aimez, avoir attendu si longtemps aussi ? vous ue pouviez pas avoir pitié de moi plus tôt? U ce qui est affreux, c’est que je ue sais pas seulement si je dois vous croire, car c'est peut-être un piège... mais non... non... vous pleurez, c’est donc vrai, alors, pui-qui' vous pleurer, — ajouta-t-elle en regardant M. Baleinier, qui. en effet, malgré son cynisme et sa dureté, m* pouvait retenir ses larmes à b vue de ces tortures sans nom. — \ ous pleurez sur moi... mais, mon Dieu! alors, il y a quelque chose à faire, il ' est-ce pas? Oh ! je ferai tout ce que vous voudrez... oh ! tout. . . pour ne pas être comme ce» femmes... connue ces femmes de celte nuit et s’il était trop tard? oh ! non, il n'est pas trop tard, n’est-ce pas. mon bon monsieur Baleinier ? Oh ! m.dn tenant, je vous demande pardon de t e que je vous ai dit quand vous êtes entré.... C’est qu'a lors vous concevez.... moi , je ne savais pas...

A ces paroles brèves, entrecoupée» de sanglots et prononcées avec une sorte d'égarement fiévreux, succédèrent quelque» miuutes de silence, pendant lesquelles h: médecin, profondément emu, essuya ses larmes. Ses forces étaient à bout.

Adrienne avait caché sa ligure dans scs mains : tout à coup elle redressa la tête : ses traits étaient plus calmes, quoique agiles par un tremblement nerveux. « Monsieur Baleinier, — dit-elle avec une dignité louriuntc, —je ne rais pascequeje vous ai dittoutàl'beure : b crainte me Élisait délirer, trois; je viens de me recueillir. Ecoutcz-moi : je suis en votre pouvoir, je le sais; rien ne peut ni eu arracher... je lésais; êtes-vous pour moi un ennemi implacable?... êtes-vous un and? je l'ignore ; ci. lignez-vous réellement, ainsi que vous me 1 assurez, que ce qui n'est chez moi que bizarrerie à cette heure oc devienne de l.i folie plus lard, ou bien êtes-vous complice d'une machination infernale?... vous seul savez cela .. Malgré mou courage, je me déclare vaincue. Quoi que ce soit qu'on veuille de moi... vous enleitdci?... quoi que co soit... j'y souscris d’avance... j'en donne ma parofe, et elle est loyale, vous le savez... Vous n'aurez doue plus aucun intérêt à me retenir [ci... Si, au contraire, vous croyez sincèrement ma raison en danger, et, je vous l'avoue, vous avez éveillé dan» mon esprit des doutes vagues, mais effrayants... alors, dilcs-lc-moi, je vous croirai... je suis seule à votre Merci, sans amis, sans conseil.. Eh bien! je me confie aveuglément à vous... Est-ce mon sauveur ou mon bourreau que j'implore ?... je li en rais rien... mais je lui dis Voilà mou avenir... voilà iim vie... prenez... je n'ai plus la force de vous la disputer... >

Ces paroles d oue résignation navrante, d une confiance désespérée, portèrent le dernier coup aux indécision» de M. baleinier.

Déjà cruellement ému de celte scène, sans réfléchir aux conséquences de ce qu'il allait faire, il voulut du moin» rassurer Adrienne «il les terribles et injustes craintes qu il avait su éveiller en elle. Les sentiments de repentir et de bienveillaue qui animaient M. Baleinier se lisaient sur sa physionomie. Us s'y lisaient trop.. Au moment où il s'approchait de mademoiselle de Cardoville pour lui prendre b main, une petite voix tram liante et aiguë se fil entendre derrière le guichet et prouimça ces seuls nuits : « Mou rieur Baleinier... — Bodin .. — murmura le docteur edi-ayé, — il m'épiait ! ! — Qui vous appelle ?... — demanda b jeune fille à M. Baleinier. — Quelqu un à qui j ai donné reudez-vous ce matin... pour aller dans le couvent de Sainte- Marie, qui est voisin de cette maison, — dit le docteur avec accablement. — Maintenant, qu’avezvous à me répondre? n dit Adrienne avec une angoisse mortelle.

A près un moment de silence solennel, (tendant lequel B tourna la tête vers le guichet, le docteur dit d’une voix profondément émue : a Je suis... ce que j’ai toujours été... un ami... incapable de vous tromper. »

Adrienne devint d’une pâleur mortelle. Fuis elfe, tendit la main a M. Baleinier, et lui dit d*une voix qu'elle lâchait de rendre calme : « Merci... J'aurai du courage... El ce sera-t-il bien long? — Un moi» peut-être... la solitude... b réflexion, un régime approprié, mes soin» dévoues... Rassurez-vous , tout ce qui sera compatible avec votre «liai... vous sera permis , on aura pour vous toutes sortes d'égards... Si cette chambre vous déplaît, ou vous en donnera une autre... — Celle-ci ou

une autre... peu importe, répondit Adrienne arec un accablement morue et profond. — Allons! courage... rieu n'csl désespéré. — Peut-être... vous me flattez, — dit Adricnue avec un sourire sinistre. — Pub elfe ajouta : — A bientôt doue... mon bon monsieur baleinier ! mon seul espoir est eu vous maintenant. »

Et sa tête se pencha sur su poitrine; ses mains retombèrent sur scs

genoux, et elle resta assise au bord de son lit, pôle, immobile

écrasée...

« Folle, — dit-eDc lorsque M. Baleinier eut disparu, — peut-être folle... »

Nous nous sommes étendu sur cet épisode, beaucoup moins romanesque gnon ne pourrait le penser.

Plus u une fois des intérêts, des vengeances, des machinations perfides ont abusé de 1 imprudente facilité avec laquelle ou reçoit quelquefois de la main de leurs familles ou de leurs amis des pensionnaires d..iïs quelques maisons de santé particulières destinées aux aliénés.

Nous dirons plus lard notre pensée au sujet de la création d'une sorte d'inspection ressortissant de l’autorité ou de la magistrature civile, gui aurait pour but de surveiller périodiquement et fréquemment les établissements destinés à recevoir les aliénés... ci d’autres établissements non moins importants, et encore plus en dehors de toute surveillance... nous voulons parier de certains couveras de femmes, dont nous nou» occuperons bientôt.

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