I.'infiuence d'on confesseur
A peine les orphelines curent-elles quitté la femme de Dagobert, que celle-ci, s'agenouillant, s'« lait mise à prier avec ferveur; ses larmes, longtemps contenues, coi èrent abondamment; malgré sa couviciiou siucere d’avoir accompli u<i religieux devoir en livrant les jeunes filles, elle attendait avec uoe cra.nte extrême le retour de son mari. Quoique aveuglée par son zèle pieux, elle ne se dissimulait pas que Dagobert aurait de légitimes sujets de plainte et de colère ; et puis, enfin, la pauvre mère devait encore, dans celte circonstance déjà si fâcheuse, lui apprendre l'arrestation d Agricol, qu'il ignorait. A chaque bruit de pas dans l'escalier, Françoise prêtait l'oreille en tressaillaut : puis elle se remettait à prier avec ferveur, suppliant le Seigneur de lui donner la force de supporter celte nouvelle et rude épreuve.
Lutin , elle entendit marcher sur le palier ; ne doutant pas celle fol* que ce ne fût Dagobert, elle s’assit précipitamment, essuya scs yeux à la hâte, et, pour se donner une contenance, prit sur ses genoux un sac d'une grosse toile grise qu’elle eut l'afi de coudre , car ses mains vénérables tremblaient si fort, quelle pouvait à peine teuir son aiguille.
Au bout de quelques minutes la porte s'ouvrit. Dagobert parut. La rude figure du soldat était sévère et triste; eu entrant il jeta violemment son chapeau sur la table, ne s'apercevant pas. tout d'abord, de la disparition des orphelines, tant il était péniblement préoccupé.
« l'auvre enfant... c’est affreux! — s’écria-t-iJ. — Tu as vu la Mayeux? tu l’as réclamée ? dit vivement Françoise, oubliant un moment ses craintes. — Oui, je l’ai vue, mais dans quel état! c’était à fendre le cœur : je l ai réclamée , et vivement . je l’en répouds: mais on m’a dit : Il faut, avant, que le commissaire aille chez vous pour... »
Puis Dagobert, jetant un regard surprb dans la chambre, s'interrompit et dit a sa femme : « Tien»... où sont donc les enfants?... » Françoise se sculil saisie d'un frisson glacé. Elle dit d une voix faible; « Mon ami... je... »
Elle ne put achever. «
«Rose et Blanche, ou sont-elles ? réponds-moi donc. .. Rabal-Jmc u’ect pas la non plus.— Ne te fâche pas. — Allons, dit brusquement Dagobert, — tu les auras laisser* sortir avec une voisine; pourquoi ne les avoir pas accompagnées toi-même, ou priées de m'attendre si elles voulaient se promener un peu?... ce que je comprends du reste... cetta chambre est si triste I... mais je suis étonné qu’elles soient parties avant de savoir des nouvelles de celte bonne Mayeux, car elles ont des cœurs d’auges... Mais... comme tu es pâle I — ajouta le soldat en regardaut Françoise de plus près.— Qifest-cc que lu as donc, ma pauvre femme?... est-ce que tu souffres ?»
Fl Dagobert prit affectueusement la malade Françoise. Celle-ci, douloureusement émue de ces jwroles prononcées avec une touchante bonté, courba la tête et baisa en pleurant la nraiu de son mari.
Le soldat, de plus en plus inquiet en sentant les larmes brûlantes couler sur sa nain, s’écria : «Tu pleures... lu na me réponds pas... mais dis-moi donc ce qui te chagrine, ma pauvre femme... Est-ce parce que je l'ai parle un peu fort en te demandant pourquoi lu avais laissé ces chères enfants sortir avec une voisine? Dame... que veux-tu?... leur mère me les a confire» en mourant... lu comprends... c’est sacre...