‹ Œuvres illustrees d'Eugene Sue Le juif errantChapitre 46 sur 95 · LE JUIF EH RAM · texte numérisé non relu

LE JUIF EH RAM

cela. .. Aussi je soi* toujours pour files comme un*; vraie poule pour ses poussiu», — ajouta-t-il eu ru ut pour égayer Françoise.

— El tu as raison de kt aimer... — Voyons, calme-loi , lu me couuais : avec ma pusse voix. , je suis bon hourm» au fond puisque tu es bien sûre de celle voisine, il n'y a que > emi-mal... mais dé»mmii>, vois-tu, tua botiue Françoise. ne fais j. mais riori â cct égard .-ans tue consulter... Ces enfants t'ont donc demandé à aller se promener un peu avec Rabat-Joie? — Non... mon ami... je... — Imminent, non?... Quelle est donc celle voisine à qui lu les a confiées? où les a-l-clle» menées? à quelle heure les ramencra-l-cllc? — Je... Dr sais pas.... — murmura ' Françoise d’une voix éteinte. — Tu ue sais pas! — s'écria Dagobert irrité ; puis , se contenant . il reprit d’un tou de reproche amical : — Tu ne sais pas... lu ne pouvais pas lui fixer une heure, ou, mieux, ne t'un rapporter qu'à toi... cl ne les confier à personne?... Il faut que ces enfants t'aient bien instamment demandé de s’aller promener. Elles savaient que j’allais rentrer d’un moment à l’autre : comment lie m'ontelles pas aiteudii, hein! Françoise?... Je te demande puurquoi elles ne m’ont pas attendu ? Mais réponds-moi donc... mordieu 1 lu ferais damner un saint!... — s’écria Dagobert eu frappant du pi ed , — réponds-moi donc... »

Le courage de Françoise était à Irnut : ces interrogations près -antes, réitérées, qui devaient aboutir à la découverte de la vérité» lui faisaient endurer nulle tortures lentes et poignantes. Elle prêtera eu tiuir tout d’un coup : elle se décida donc à supporter le pouls de la colère de son mari en victime humble et résigné'*. mai» opiniâtrement fidèle à la promesse qu’elle avait jurée devant Dieu à sou confesseur- N'avauUpas la force de se lever , elle baissa la tête . et , laissant tourner se» bras de chaque Côté de sa chaise, elle dit a son mari d'une voix accablée : a Fais de moi ce que tu voudras... mais ne mu demande plus ce que sont devenues ces enfants... je ne pourrais pas te répondre... »

La foudre serait tombée aux pieils du soldat qu'il u’eùt pas reçu une commotion plus violente, plus profonde il devint cale: sou front chauve se cou vi it d’une sueur hoirie: lu regai d fixe, hébété, il resta pendant quelques secondes immobile, muet, pétrifié.

Fuis, sortant comme eu sursaut ue cette torpeur éphémère, par un mouvement d'une énergie terrible ii prit sa femme par les deux épaules, et, l'enlevant aussi facilement qu'il eût eirk ré une plume, il la planta debout devant lui, et alors, penché vers elle il s'écria avec un accent à la fois e(1rayaul et désespéré : « Le» enfin ts! — Grâce!... grâce !... dit Françoise il' une voix éteinte. — Où sont les enfants?... répéta D>golx>rt en secouant entre sus mains puis-unies ce pauvre corps frêle, débile, et il ajouta d’une voix tonnante : — Répoudr.<s-tu? Les enfants!!!

— Tue-moi... ou pardonne moi... car je ne peux pas le répondre .. — répondit l’infortunée avec cette opiniâtreté a la foi* Inflexible et douce des caractères timides, lorsqu'ils sont convaincus d’agir selon le bien.

— Malheureuse !...» s’écria le soldat. Ft, fou de colère, de douleur, de désespoir, il souleva sa femme comme s’il eût voulu la lancer et la briser sur le carreau... Mais cet excellent homme était trop brave pour commettre un- lâche cruauté. Apre* cet dut de fureur involontaire, il Lissa Françoise.,.

Anéantie, elle tomba sur ses deux genoux, joignit les mains, et, au faible mouvement de ses lèvres, on vil qu’elle priait... Dagobert eut alors un moment d'étourdissement, de vertige; sa pensée lui échappait: tout ce qui lui arrivait était si soudain, si incompréhensible, qu'il lui fallut quelques iié-niiU'â pour sc remettre, pour bien se convaincre que sa femme, eel ange, de bonté dont la vie n'était qu'une suite d’adorables dévouements, sa femme, qui savait ce qu’élaienl pour lui les filles du maréchal Simon, vouait de lui dire : — Ko m'interroge pas sur leur sort, je ne peux le repondre. L’esprit le plus ferme . le plus fort, eût vacillé devant ce fait inexplicable, renversant, le soldat, reprenant un peu de calme, et envisageant les choses avec plus de sang-froid, fil ce raisonnement sensé : « Ma femme peut seule m'explique" ce mystère inconcevable... Je ne veux ni la battre ni ta tuer ... employons doue tous les moyens possibles pour la laire. parler, et surtout tâchons de me co.iteuir. »

OagoIxTl prit une chaise, eu inouira une autre à sa fournie, toujours agenouillée, et lui dit :

c Assieds-toi... »

Obéissante et abattue. Françoise s’assit.

« Ecoute-moi, ma femme, — reprit Dagobert d’uue voix brève, saccadée, et pour ainsi dire accentuée par des soubresaut* involontaires qui trahissaient sa violente impatiente à peine commue. — lu le comprends... cela uc peut se passer ainsi... lu le safc*... Je u'nserai jamais de violence envers toi... Tout à l’heure j'ai cédé à un premier mouvement... j’en suis fâché... je ne recommencerai pas .. sois-en sûre... Mais enfin... il faut que je sache un sont ce» enfants... leur mère tue les a confiées... et je ue les ai pas amenées du tond de b Siucrie ici... pour que tu viennes me dire aujourd’hui : ■ Ne ni interroge pas... je 11 e peux pas te dire ce que j'en ai lait !... » Ce uc sont pas île» raisons .. Suppose que | le maréchal Minou arrive tout à l’heure, et qu il me dise : « Tbgobcit, ! mes culanis !... » Que veux-tu que je lui réponde?... Voyons. . je suis 1 calme... lu le vols bien... je suis calme... mels-toi à ma place., encore une fois, que veux-tu que je loi réponde, au maréchal ?... hciu !... mais dis doue!... parle donc!... — Ildas!... mon ami. . — Il ne s’&glt pa§ d’hébs' — dit le soldat en essuyant son front, dont les veines étaient

gonflées et tcudut s à se rompre, — que veux-tu que je réponde au maréchal? — Accuse-moi auprès de lui... je supporterai tout. . — Une dlras-tu? — Que tu ut'avais confié deux jeune» lillu», que tu es sorti, qu i t«>n retour, ne les ayant pas retrouvées, lu m’as interrogée, et que je l'ai répondu que je ne pouvais pas le dire ce qu elles étaient devenues.

— Ab!... et 1 e maréchal se contentera de ces raisons-fa ?. . . — dit Llago bcrl en serrant convulsivement ses poings sur sus genoux. — Mallicureuseineut je ne pourrai fias lui eu donner d'autres... ni à lui ni à loi... non... quand la mort serait là, je ne le pourrais pas... h

Dagobert bondit sur sa chaise eu entendant cette réponse faite avec une résignation désespérante. Sa patience était à bout ; ne voulant cependant pas céder à de nouveaux emportements ou à des menaces dou: il sentait l'impuissance, il se leva brmqueinenl, ouvrit une des fenêtre», et exposa au froid et à l'air sou front brûlant; un peu calmé» il lit quelque* pas dans L chambre et revint s’asseoir auprès de sa fi aune. Celleci, les yeux baignés de (deurs, attachait 6ou regai d sur lu Christ, pensant qu'à elle aussi on avait imposé uue lou. du croix.

Dagobert reprit :

« A b manière dont lu m’as parlé, j’ai vu tout de suite qu’il n’était arrivé aucun accident qui coaipr»m< Ue la suite du ces enfants. — Non... oh!... non... grâce à Dieu, elles se portent bien... c’est mal ce que je puis dire... — Sont-elles sorties seules? Je ne puis rien te dire. — Quelqu'un les a-t-il emmenées? — Hélas! ntoii ami. à quoi bon m'interroger ? je ne peux pas répoudre. — Reviendront-elles ici? — Je ne sais pas... »

Dagobert se leva brusquement : «lu nouveau la patiimcc était sur le point du lui échapper. Après quelques pas daus la chambre, il revint s'asseoir.

• Mais enfin, — dit-il à sa femme, — tu n'as aucuu intérêt, toi, à me cacher ce que sont devenues ces enfants p«iiinjuoi refuser de m’eu instruire? — Parce que je nu peux Taire autrement. — Je crois que si... lotsquc lu sauras une chose que je tu m'obliges à le dire: écoule-moi bien, — ajouta Dagobert d'une voix émue : Si ces enfauU nu me soi.:

pas rendue» b veille «lu (A février, «•! tu vois que le temps presse... lu mu met-, envers les liili» du maréchal Minou, dans ja position d'un homme qui les aurait volées, dépouillée», eulcuds-iu bicnr oépouill. . ...

— «lit le soldat d'une voix profoudéoti-iil alléree; puis, avec uu an. eut de désolation qui brisa le co*ur de Françoise, il ajouta: — El j'avab pourtant fût tout ce qu'uu hounélu homme peut faire... pour ann ucr ces pauvres enfants ici... Tu ue sais pas, toi, ce que j’ai eu a endurer «1 route : tues soins, me* inquiétudes. . car enfin... uioi Mifibl, chargé de deux jeunes filles... ce reit qu’à force de «unir, du dévouement, que j'ai pu m'en tirer... et lorsque, pour ma récompense, je croyais pouvoir dire à leu.- pere : Voici vos enfants... »

le soldat s'interrompit... A la violence «lu ses premiers emportement.. succédait uu attendrissement douloureux . il pleura. — A lu vue d«* larme» qui coulaient lentement sur b moustache grise 4e Dagobert, Françoise sentit uu moment si résolution défaillir : mats, sou-eaut au serment qu'elle avait fait à son confesseur, et »u «h»a!ii «ju'apre» tout il s’agissait du salut éternel dus orphelines, elle s'accusa mentalement «k cette lenL.iiou mauvaise que l’abbe Dubois lui reprnchuiait auvci einenL.

Elle tcprildonc d une voix craintive :

« Muniiieut peut-on t’accuser d’avoir dépouille ces enfants ainsi «pie tu «lisais ? — Apprends donc, • — reprit Dagobert eu passant ia main sur ses yeux, — que si ces jeunes filles ont bravé tout de targues et d«: iraver-es |»our venir ici «lu fond du la Sibérie, c'est qu’il s'agit pour elle» de grands intérêt», d'une fortune immense peut-être... et que *r elles ne « prex utent pa* lu 13 février... ici... à Paris, rue Sainl-Frauçtds... tout e»l perdu... et ccb par ma faute... car je suis responsable de ce que tu as fait. — l.e 15 février... rue Sainl-Frauçois, — dit FrançoLe jeu regardant son mari avec surprise, — comme Gabriel... — ; Que dî— tu... de Gabriel? — Quand je l'ai recueilli... le pauvre petit abandonné, il portait au c<'U une médaille... de bronze ... — Une médaille «le bronze,

— s’écria lu •'«ildal Irappé du «stupeur, avec ces mots : «A î’aris. vous serez, le 15 février 1*32, rue Sainl-Frauçois? » — Oui... Comment sais-tu?... — Gabriel aussi ! — dit le soldai en se parlaul à lui-mumu; puis II ajouta vivemeut : — Et Gabriel sait-il que lu a» trouvé celle médaillé sur lui? — Je lui en ai parlé daus le temps; il avait nus* dans sa poche, quand je Fai recueilli, un portefeuille 1 mpB de papier» écrits en laugu»* étrangère ; je les ai remisa M. l’abbé Dubois, mou coufe&seur, pour qu’il pût le» examiner, il m’a «lit plus lard «lue ce» papier* étaleiiL du [>ru d'importance. Quelque temps après, quand UGC persouuc bien charitable. uomiuéu Bl. Bodin, s’est chargée de l‘ éducation de (**bruT, et de le faire entrer au séminaire, M. 1 abbé Dubois a remis cet papiers et celle médaille à Bl. Bodin; depui» je u’en ai plus cutcuda parler. »

Lorsque Françoise avait parlé de sou confesseur uu éclair soud/iu avait Irappé Fespril «lu soldat; quoiqu'il fût loin de se douter de* machina lions depuis longtemps ourdies autour «le Gabriel et. dus orpheline», il pressentit vaguement que sa fcuunu «levait «*l*éir à qu. Ique secrète iufliicucc «le coufusàiuuuat : ulluenee dont il ne comprenait, U est n ui, ni fi* but ni I i portée, mais qui lui expliquait du moiii» eu partie Finconcevable opiniâtreté de Françoise à »c taire au sujet d« orplufiiws.

Après un moment de rénexiou, il sc leva et dit sévèrement a sa fournie en b regardant fixement.

LR JUIF ERRANT.

« Tl y du prêtre... dans tout ceci. — Que veux-tu dire, mon and ?...

— Tu n as au* un intérêt à tue cacher h 1 * enfants : tu c* la meilleure des femim-s; tu vois ce que je soutire, si tu agissais de toi-même tu aurais pitié de moi... — Mon ami... — Je le dis que tout ça sent le confessionnal !

— reprit Dagobert. — Tu sacrifies moi et ces enfants à tou confesseur t mais prends bien girdo... je saurai où il demeure... et, mille tonnerres!... j'irai lui demander qui de lui ou d«* moi est le maître dans mon ménage, et s'il sc lait... - ajouta le soldat avec une expression .menaçante, — fe saumi bien le foirer à parler... — Grand Dieu ! — s’écria Françoise en joignant les mains arec épouvante en entendant ces paroles sacrilèges,

— nu prêtre!. . songes-y... un prêtre! — Un prêtre qui jette h discorde, b» trahison et le malheur dans mon ménage, n’est qu'un misérable iMimine un autre... à qui j’ai le droit de demander compte du mal nu'il (ail à moi et aux miens... Ainsi dis-moi à l'instant où wml les entants... ou. sinon, je t’avertis que c’est à ton confesseur que je vais aller le demander. 'I se trame ici quelque indgnilé dont lu es complice sans le ravoir, malheureuse femme... du reste..; j'aime mieux avoir à m’en prendre à un autre qu'à toi. — Mon ami, — dit Françoise dune voix douce et ferm f \ — tu t’abuses si tu crois par la violeu e Imposer à un homme vénérable qui, depuis vingt ans, s’e*t chargé de mon salut ; c'est un vieillard respectable. — 11 ny a pas d’Ise qui tienne... •— Grand Dieu {...où vas-tu? lu es effrayant! — Je valsa t>m église... tu «lois être connue... je demanderai ton confesseur, et nous verrons. — Mon ami... j«* t’en supplie, s'écria Françoise avec épouvante «ni se jetant au-devant de Dagobert, qui se dirigeait vers la porte; — songe à quoi lu t'exposes... Mon Dieu ! .. outrager un prêtre... Mais tu ne sais doue pas que c’est un cas réservé ! ! ! »

G es derniers mots étaient ce que, dans sa candeur, la femme de Dng«»hert croyait pouvoir lui dire de plus i«‘dout*bfe ; mais le Soldat, sans tenir compte de ces paroles, se dégagea des étreintes de sa femme, et il albit sortir tête nue, tant était violente son exaspération, lorsque la porte s’onvrlt. C’éunt le commissaire de police, suivi de la May eux cl de ragent de police portant le paquet saisi sur h jeune filfe

m Le commissaire î— dit Dagobert en h* reconnaUs.iut à son écharpe,

— ali ! tant mieux, U ne pouvait venir plus à propos, a

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