‹ Œuvres illustrees d'Eugene Sue Le juif errantChapitre 49 sur 95 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Quelques minutes après la rencontre de la Mayeux et de la reine Hacchanal, les deux sœurs étaieut réunies dans un cabinet de la maison du traiteur.

« Que je t'embrasse encore ! — dit Céphyse à la jeune ouvrière ; — au moins maintenant nous sommes seules ; lu n'as plus peur? »

Au mouvement que fit la reine Bacchanal pour serrer la Mayeux dans ses bras, le manteau qui l'enveloppait toinlu. A la vue de ces misérables vêlements qu'elle avait à peine eu le temps de rerua r-

S er sur la place du àlelet, au milieu de la foule, Céphyse joignit les mains et ne put retenir une exclamation de douloureuse surprise. Puis, s'approchant de sa sœur pour la contempler de plus prés, elle prit entre scs mains potelées les mains maigres et glacées de la Mayeux, et examina pendant quelques minutes , avec uii chagrin croissant , celte malheureuse créature souffrante, pâle, amaigrie par les privations et par le* veilles, à peine vêtue d'une mauvaise robe de toile usée, rapiécée. «Ah 1 ma sœur, te voir ainsi ! >

Et, ne pouvant prononcer un mot de plus, b reine Baccliaoal se jeta au cou de h .Mayeux en fondant en larmes, et au milieu de ses sanglots elle ajouta : « lardon!

pardon ! — Qu'as-tu, ma bonne Céphyse?

dit la jeune ouvrière, profondément émue, et se dégageant doucement des étreintes de sa sœur. Tu me demandes pardon, et de quoi ? — De quoi ? reprit Céphyse eu relevant son visage inondé de larmes et pourpre de confusion ; n'éiait-11 pas honteux à moi d'étre vêtue de ces oripeaux, de dépenser tant d’argent en folies, lorsque tu es ainsi vêtue, lorsque tu manques de tout, lorsque lu meurs peut-être de miscre et de besoin, car je n'ai jamais vu ta pauvre ligure si pâle, si fatiguée? — Rassurc-

sa sœur qui, le visage caché dans ses mains, semblait écrasée de honte.

« Céphyse, — lui dit-elle, — je t'en supplie, ne l'afflige pas aiusi ; tu me ferais regretter le bonheur de cette rencontre, et j’en suis si hein reuse ! il y a si longtemps que je ne t'ai vue ! Mais qu'as-lu? dis-le-moi. — Tu me méprises peut-être, et tu as raison, — dit la reiue Bacchanal en essuyant ses yeux. — Te mépriser! moi, mou Dieu, et pourquoi ? — Farce que je uieue la vie que je mene, au lieu d'avoir comme toi le courage de supporter b misère. »

La douleur de Céphyse était si navrante, nue b Mayeux, toujours indulgeute et bonne, voulut avant tout consoler sa sœur, la relever un peu à ses propres yeux, et lui dit tendrement : « En la supportant bravement pendant une année, aiusi que lu l'as (ait, ma bonne Céphyse, tu as eu plus de mérite et de c ourage que je n’en aurai, moi, à la supporter toute ma vie. — Ab ! ma sœur, ne dis pas ceLa. — Voyons, franchement. — reprit 1a Mayeux, — à quelles leutalions une créature comme moi est-clic exposée? Lst-ce que naturellement je ne recherche pas l'isolement et la solitude aulaut que tu recherches la vie bruyante et le

plaisir ? Quels besoins ai-je , chétive comme je suis ? Bien peu me suffit. — El ce peu tu ne l'as pas toujours?

— Non, mais il e?.l des privations que moi, débile et maladive, je puis pourtant endurer mieux que toi ; ainsi 1a faim me cause une sorte d'engourdissement qui se termine par une grande faiblesse. Toi, robuste et vivaee, b faim l'exaspère. te donne le délire ! Hélas ! lu t’es souviens' combien de fois je t’ai vue en proie à ces crises douloureuses, lorsque dans notre triste mansarde, ensuite d'un chômage de travail, nous ne pouvions pas même gagner nos quatre francs par semaine , cl que nous n'avions rien, absolument rien à manger, car notre fierté nous empêchait de nous adresser aux voisins. — Celte lier— lé-là au moins tu l'as conservée, toi. — Et loi aussi ! N'as-tn pas lutte autant qu'il est douué à une créature humaine de lutter?

Mais les forces ont un terme. Je te connais bien, Céphyse : c'est surtout devant la faim que lu as cédé, devant b faim et cette pénible obligation d'un travail acharné qui ne te donnait pas même de quoi subvenir aux plus indispensables besoins. — Mais toi.

ces privations, tu les endurais, tu lès endures encore. — Est-ce que lu peux me comparer à toi? — Tieus, — dit b Mayeux eu prenant sa sœur par b main et la conduisant devant une glace posee au-dessus d'un canapé, regarde-toi... crois-tu que Dieu, «u te faisant si belle, en te douant d’un sang vif et ardent, d'un caractère joyeux, remuaut, expansif, amoureux du |>bisir, ait voulu que toi, ma bonne sœur . je ne me porte pas mal, j'ai uu peu veillé cette ta jeunesse se passât au fond d'uue man-ardc glacée, sans jamais voir

La visite du docteur Baleinier à M L * de Cardoville. — face

nuit, voilà pourquoi je suis pile. Mais, je t'eu prie, ne pleure pas, tu me désoles. »

La reine Bacchanal venait d'arriver radieuse au milieu d'une foule enivrée, et c était la Mayeux qui la consobit. Un incident vint encore rendre ce contraste plus frappant. On entendit tout à coup des cris joyeux dans b salle voisine, et ces mots retentirent prononcés avec enthousiasme : Vive b reine Bacchanal ! vive la reine Bacchanal ! »

La Al a y eux tressaillit, et ses yeux se remplirent de brutes eu voyant

le soleil, clouée sur U chaise, vêtue de haillons, et travaillant sans cesse ■ et sans espoir? Non, car Dieu nous a donné d'autres besoins que ceux de boire et de manger. Même daus notre humble condition, la beauté n'a-t-dlc pas besoin d'un peu de parure ? La jeunesse na-i-elle pas besoin de mouvement, dé pbisir et de gaieté? Tous les âges n’ont-ils pas besoin de distractions et de repos ? Tu aurais gagné un sabire suffisant pour manger à la faim, pour avoir un jour ou deux d'amusements par semaine ; après uu travail quotidien de douze ou quinze heures, pour

LF. JLW ERRANT.

te procurer la fraie he loiletle que réclame si impérieusement Ion charmant visage, tu n'aurais rien demandé de plus, j eu suis certaine, lu nie l’as dit ceut fois : lu as donc cédé à «.ne nécessité irrésistible, parce que les besoins sont plus grands que les miens. — C'est vrai, — répondu la reine Baccbaual d un air pensif, — si j'avais scutemcul trouvé à gagner quarante sous par jour, ma vie aurait été tout autre, car dans les commencements, vois-tu, nu sœur, j’étais cruellement humiliée de vivre aux dépens de quelqu'un. — Au»si as-tu été iuviurihlcuicnl eulraluée, nu bonne Ccpbyse ; sans cela je le blâmerais au lieu de le plaindre, lu n'as pas choisi ta destinée, tu l'as subie, comme je subis la mienne.

— Pauvre sœur, dit Céphyse eu embr.iSs.tiil tendrement b Mayeux, toi si inallieureuse, tu m encourage», tu me consoles, et ce serait a moi de te plaindre. — Bassure-toi, — dit b Mayeux, — Ueo est juste et bon : s'il m'a refusé bien des uvaulagcs, U m'a donné mes joies comme il ta donne les lieunes. — Tes joies'.' — Oui, et de grandes. Sans elles, b vie me serait trop lourde, je u aurais pas le courage de la supporter. — Je le comprend*, — dit Céphyac avec émotion, — tu trouves encore rnoven de te dévouer pour les autres, et cela adoucit tes chagrins. — Je fais du moins tout mon pos»ihlc pour ceb, quoique je puisse bien peu; nuis aussi quand je réussis, — ajouta la Mayeux en souriant doucement,— je suis heureuse et tiere comme une pauvre petite fourmi qui, apres bien des peines, a apporté un gros brin de paille au nid commun. Mais ne parlons plus de moi. — Si, parlons-en, je t’en prie; et, au risque de le beher, — reprit timidement b reine llucchanal, je vais le faire une proposition que tu as déjà repoussée. Jacque$(l ) a, je crois, encore de l'argent ; uous le dépensons en folies, donnant çà et là à de pauvres geus quand l’occasion se rencontre ; je t’en supplie, laisse-moi venir à tou aille. Je h' vois à la pauvre figure, tu as beau vouloir me le cacher, tu t'épuises à force de travail. — Merci, ma chère Céplivse... je connais ton bon cœur; ruais ic n’ai besoin de rien. Le peu que je geigne mesuflit.— Tu me refuses, dit tristement la reine Bacchanal, — parce nue tu sais que mes droits sur cet argent ne sont {vas honorables. Soit... Je i oui prends ton scrupule. Mais du moins accepte un service de Jacques; il a été ouvrier comme nous. Entre camarades on s'aide. Je t'en supplie, accepte, ou je croirai que lu m dédaignes. — El «uni, je croirai que tu me méprises si tu insistes, ma bonne i.éphyse, » dit b Ma) eux d'un ton à la fois si ferme et si doux que la reine Bacchanal vit que toute résistance serait mutile.

Elle baissa tristement la tète, et une larme roula de nouveau dans scs yeux.

n Mou refus l'afflige, — dit la Mayeux en lui prenant la main, — j’en suis désolée, niais relléchis et lu me comprendras. — Tu as raison, — dit la reine Bucchuual avec amertume apres uu moment de silence, — tu ne peux pas accepter de secours de mon amant : c'était t'outrager que de te le. proposer. Il y a des positions si humiliai îles qu'elles souillent jusqu’au bien qu'on voudrait faire.-— Céphyse, je d'jI pas voulu te blesser, tu le sais bien. — Oh ! va, « rois-umi, — reprit b reiue Ban luttai, — si étourdie, si gaie que je sois, j'ai qucKiueloîs des tiimiicnls de réllexion, ineme au milieu de mes joies les plus ibltes ; et ces nioinentslà saut rares, beureiisemeut. — Et à quoi pcnsc-i-lu alors? — Je pense que la vie que je mène n'est guère hunmUe; alors je mil demander a Jacuues une petite soutane d'argent, seuleinen' île quoi a&suicr ma vie pétulant un an ; alors je fais le projet d'aller te rejouidre, et de tue remettre peu à peu à travailler. — Eh bien ! celle idée est bonne, pourquoi ne b suis- tu pas?— l'ai ce qu’au moment d'exécuter ce projet je m'interroge sincèrement, ci |e courage me manque. Je le sens, jamais je ne pourrai reprendre l'iiahiiudc du travail, et renoncer à celle vie, tantôt riche comme aujourd'hui. Lui tôt précaire, mais au moins libre, oisive, joyeuse, insouciante, et toujours mille luis préférable à telle que je mènerais en gagnant quatre francs par semaine. Jamais, d'ailleurs, Viulérêt ne m'a guidée : plusieurs fois j ai refusé de quitter un amant qui u'ayail pas graud ehose pour qm bpi'un de riche que je u aimais iu , ; jamais je n'ai rien demandé pour moi. Jacques a peut-être dépense dix mille francs depuis trois ou quatre mois, et uous n’a vous que deux mauvaises chambre» à peine meublées, car nous vivons toujours dehors. comme des oiseaux : heureusement, quand je l’ai aimé il ne possédait rien du tout ; j'avais vendu pour cent francs quelques bijoux qu'on m'avait donnés, et mis cette somme à la loterie ; comme les fous ont toujours du bonheur, j'ai gagné quatre mille francs. Jacques était aussi gai, aussi fou, aussi en traiu que moi, nous nous sommes dit : Nous nous aimons bieu : tant que l'argent durera, nous irons : quand nous n'en aurons plus, de deux choses l'une, ou nous serons las l'un de l'autre, et alors nous nous dirons adieu, ou bien nous nous aimerons encore ; alors, pour rester ensemble, nous essayerons de uous remettre au travail ; si nous ue le pouvons pas, et que uous tenions toujours à ne pas nous séparer... un boisseau de cliarbon fera notre albire. — Crand Dieu ! — s'écria la Maycux en palissant. — Bassure-toi donc, nous u'avons pas à en veuir b : U nous restait encore quoique chose lorsqu'un agent d' affaires qui m'avait fait la cour, nui» qui était si laid que ça m'empochait de voir qu'il était riche, sachaut que je vivais avec Jacques, m'a engagée à... Mais pourquoi l'eutiuyer de ces détails? Eu deux mots, on a prété de l'argent a Jacques sur quelque chose comme

(l) Non» raroetiMS an leeeur «lue fouràt-towf-.Vii *e sommait Jacques iteit&e-

goi.t . et faisait partie de la lieaceadaiicu de la «mr du Juif errant.

des droits assez douteux, dst-on, qu’il avait à une succession, c'est avec cet argeut-b que nous nous amusons ; tant qu'il y en aura, ça ira. — Mais, nu bonue Céphyse, au lieu de dépenser si follement cet argent, pourquoi ne pas le placer... et te marier avec Jacques, puisque tu l'aimes? — Oh ! d'aboi d, vois-tu, — répondit en riant la reine Bacchanal, dont le caractère insouciant cl gai reprenait le dessus, — placer de l’argent, ça ne vous procure aucun agréineut : on a pour tout amusement a regarder uu petit morceau de papier qu’on vous donne en échange de ces belles petites pièces d'or avec lesquelles on a mille plaisirs. Qiianl à me marier, certainement j'aime Jacques comme je n'ai jamais aimé personne ; pourtant il me semble que si j'étais mariée avec lui tout uotre bonheur s'en irait : car enfin, comme mon amant, il n'a rien à me dire du passé . mais, comme mon mari, il me le reprocherait tôt ou tard, et, si nia conduite mérite des reproches, j'aime mieux me les adresser mot-mémo, j'v mettrai des formes. — A la bonue heure, folle que tu es. Mais cet argent ne durera pas toujours... après, comment fercz-vou* ?

— Après! ah, bah! après... c'est dans b lune. Demain me parait toujours devoir arriver dans ceut ans. S il fallait se dire qu'on mourra un jour, ça ne serait pas la peine de vivre. »

L'entretien de Céphyse et de b Mayeux fut de nouveau iuicrrompu par □n tapage eflroyahle que dominait le bruit aigu et perçant de la crécelle de N mi -Moulin"; puis a ce tumulte succéda un 'chœur de cris inhumain» au milieu duquel on distinguait ces mots qui firent trembler les vitre» : « La reine Bacchanal, b reine Bacchanal:! » Lu Mayeux tressaillit à ce bruit soudain.

« C’e»t encore ma cour qui s'impatiente, — lui dit Céphyae en riant cette fois. — Mon Dieu ! — s'écria la Mayeux avec effroi ," si on allait venir le chercher ici? — Non, non, rassure-loi. — Mais si... entends-tu ces pas? on marche dans le corridor... on approche. Oh! je l'en conjqre. ma sœur, bis que je puisse m'en aller seule, mus être vue de tout ce inonde. »

Au moment où la porte s'ouvrait . Céphvsc y courut. Elle vit dans le corridor une députation à b tète de laquelle marchaient Niai -moulu», armé de sa lurnniLthle c é. elle , Rose-Pompon et Couche-toul-Nu.

« La reine Bacchanal ! ou je m’empoisonne avec un verre d’eau ! — cria Niui-Mouhu. — La reine Baci banal! ou j'aftiehe mes bans à b mairie avec Niui-Miiuliu! — cria b petite Rose-I’umpon d'un air déterminé.

— La reine Havtlunal! ou sa cour s’insurge et vient l'enlever! — dit uue autre voix. — Oui, oui, eulevous-ia, — répéta un chœur formidable.

— Jacques... cuire seul, — dit b reine Bacchanal malgré ces sommations pressantes . puis, «adressant à sa cour d un Ion majestueux Dans dix minutes, je suis à vous, cl alors tempête infernale ! — Vive la reine Baeclunal! — Cria hunivmliu eu agitaul sa crécelle et en se retirant, suivi de la députation, pendant que Coucho-tout-Nu entrait seul dans le cabinet. — Jacques, c’est ma .bonne sœur. — lui dit Ccnhysc. — Enchauté de vous voir , Ui-id- moiselle , — dit Jacques cordialement , — et doubl nient cuchanfé, car vous allez me donner des nouvelles du camarade Agriiol... Depuis que je joue au millionnaire, nous ne uous voyons plus, mais je l’aiiue toiyuipr# comme un bon et brave compagnon... . Vous demeurez «luis sa uuuou- Comment va-t-il? — Hélas ! monsieur... il est arrivé bien des malheurs à lui et à sa famille... il est eu prison.— tn prison ! — s'écria Céphyse. — Agricol !... en prison !... lui ! et pon r quoi? — dit Couchc-luul-ftu. — Pour un délit politique qui n’a rien «le "rave. On svpil espéré le faire maire en liberté sou* caution... — San.»

ouïe .. pour éiOO fr.,' je coûtais ça... — dit Couche-toul-Nu. — Malheureusement ceb a été impossible ; b personne sur laquelle on comptait-. - »

La reine Bacclaoal interrompu b Mayeux, en disant à Courhe-tout- Nu : « Jacques... lu euteads... Agricol... en prison, pour Ô00 fr — Pardieu ! je t’eiitcuds et je te comprends, tu n'as pas besoin de me faire de signes. l'autre guiçui»! a il fait vivre sa mère! — Hélas! oui, monsieur , et c'est daulaul plus pénible que son perc est arrivé de Russie , et que sa mère... — Tenez, ityadcmaisclta, — dit Couehe-lout-Nu en interrompant encore la M.iyeux et lui donnant une bourse, — preneztout est payé d’avance ici, voilà le restant de mon sac; il y a ià-dedau» vingt-cinq ou trente napoléons; je ne peux pas mieux les finir qu’eu tu «u servant pour un camarade dans la peine. Donuez-lcs au perc u Agricol ; il fera les démarches nécessaires, et demain Agricol sera à sa forge, où j'aime mieux qu i! soit que moi. — Jacques, embrasse-moi tout de suite, dit la reine Bacchanal. — Tout de suite, et encore, et toqjours, » dit Jacques en embrassant joyeusement b reine.

La Mayeux hé>ila un moment; mais songeant qu'après tout celle somme, qui allait être follement dissipée, pouvait rendre la vie et l’espoir à la famille U’ Agricol , songeant enfin que ces 5»>0 fr., remis plus lard a Jacques, lui sciaient peut-être alors d'une utile ressource, la jeune filk accepta, et, les yeux humides, dît en prêtant b bourse : ■ Monsieur Jacques, j'accepte .. vous êtes généreux et bou ; le père d' Agricol aura du moins aujourd'hui celte consolation à de bien cruels chagrins... Merci, oh ! merci. — Il u'y a pas besoin de me remercier, mademoiselle-- on a de l’argeut, c’est pour les autres comme pour soi... a

Les cris recommenceront plus furieux que jamais , et la crécelle de Niui-Mouliu grinça d'uue façon déplorable.

* Lephy&c, ils vont tout lu iser là -dedans si tu ne viens pas. et main- 1 tenant je n ai plus de quoi payer la casse. — dit Coucbe-tout-Nu -

LE JUIF ERRAÏHT.

Pardon, mademoiselle, — ajouta-t-il en riant, — mais, vous le voyea, la rovauté a ses devoirs... 2

Céphyse , émue, tendit les bras à la Mayeux , qui s'y jeta en pleurant de douces larmes. « El maiuleuanl , — dit-elle à sa sœur, — quaud te reverrai-je? — Bientôt, quoique rien ue me lasse plus de peine que de le voir dans une misère une lu ne veux pas me permettre ne soulager...

— Tu vieudras? lu me le promets? — C’est moi qui vous le promets pour elle , — dit Jacques, — nous irons vous voir , vous et votre voisin Agricol. — Allons , retourne à la fêle, Cépbyse, amuse-toi de bon cœur, lu le peux, car M. Jacques va rendre une famille bien heureuse. »

Ce disant , et après que Couche-loul-Nu se fut assuré qu'dle pouvait descendre sans être vue de ses joyeux et bruyants compagnons, la Mayeux descendit furtivement, bien empressée de porter au moins une bouue nouvelle à Dagobert, mais voulant auparavant se rendre rue de Bubylone, au pavillon naguère occupé par Aérienne de Cardoville. On saura plus tard la cause de la détermination de la Nayeux. Au moment où la jeune fille sortait de chez le traiteur, trois homme» bourgeoisement et confortablement vêtus parlaient bas et paraissaient se consulter eu regardant b maison du traiteur, Bientôt un quatrième homme des tendit précipitamment P escalier du traiteur.

« Eli bien ? — dirent les trois autres avec anxiété. — Il est b. — Tu en es sûr? — Est-ce qu’il y a deux Couchc-lout-Nu sur la terre? — répondit l'autre: — je viens de le voir; il est déguisé en fort; ils sont attablés pour trois heures au moins. — Allons... allcudez-moi là, vous aunes... dissimulez-vous le plus possible... Je vas chercher le chef de fde, et l'affaire est dans le sac. b Et, disant ces mots , l'on des hommes disparut eu courant dans une rue qui aboutissait sur la place. A ce moment, la reine Bacchanal entrait dans b salle du banquet, accompagnée de Coucbc-tout-Nu , et fut saluée par les acclamations les plus frénétiques.

« Maintenant , s'écria Céphjrsc avec une sorte d'entrainement fébrile et comme si elle eût cherché à s’étourdir , — maintenant . mes amis , tempêtes, ouragans, bouleversements, déchaînements et autres tremblemenLs... — Puis, tendant son verre à Nini-Moulin, elle dit : — A boire l

— Vive la Reine ! » cru-t-on tout d'une voix.

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