‹ Œuvres illustrees d'Eugene Sue Le juif errantChapitre 55 sur 95 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Los rencontre*.

A la vue de Dagobert et d* Agricol, La Mayeux était restée stupéfaite à quelques pas de b porte du couvent. Le Soldat n’apercevait pas encore I ouvrière; il s'avauçail i apidcmenl , suivant Rabat- Joie, qui, bien que maigre, eflbnqué, hérisse, crotté, semblait frétiller de plaisir, cl tournait de temps a autre 6a tète intelligente vers son maître, auprès duquel il était retuurué apres avoir caresse b Mayeux.

« Oui, oui, je t entends, mon pauvre vieux, — disait le soldat avec émotion, — lu es plus fidèle que moi, toi, tu ne les as pas abandonnées une minute , tue* «hères enfants: ’u les as suivies... tu auras attendu jour et nuit, sans manger... à b porte «le I « maison où on les a conduites. et, à la tin, lassé de ne pas les voir sortir... tu es accouru au lo- ! gis me chercher... Oui , pendant que je me désespérais comme un fou furieux... tu faisais ce que j’aurais dû faire. .. tu dé«*ouvrais leur re- 1 traite... Qu’est-ce que cela prouve? que les bêtes valent mieux que les j hommes? L'est connu... Enfin, je vais les revoir .... quand je pense que j c’est demain le 13, et que sans toi, mon vieux Rabat-Joie... tout était perdu... j’en ai le frisson. Ah çi ! arrivons-nous bientôt?... Quel quarj lier désert! et b nuit approche. »

j Dagobert avait tenu ce discours à Rabat-Joie tout en marchant et eu | tenant les yeux fixés sur sou brave chien, qui marchait d'un bon pas...

I Tout à coup, voyant le fidèle animal le quitter encore en bondissant , il leva b télé et aperçut à quelque pas de lui Rabat-Joie faisant de nouveau fête à I.i Mayeux et à Agricol, qui venaient de se rejoindre à quelques pas ; de la porte du couvent.

I « La Mayeux! ... — s’élafent écriés le père et le fils à b vue de b jeune ouvrière eu s’approchant d’elle et b regardant avec une surprise pro-' J fonde.— Bon espoir! monsieur Dagobert, — dit-elle avec une joie impos- | bible à rendre, — Rose et blanche sont retrouvées... — Puis be retour- I liant vers le forgeron : — Bon espoir! Agricol... mademoiselle de Car- | doviile n’est p:.s folle... je viens de 1 1 voir... — Hile n’est pas folle ! quel l bonheur! — dit le forgeron. — Les enfants! ! — s'écria Dagobert eu I prenant dans ses mains troublante» demotioi^les mains «le b Mayeux. — Vous les avez vues? — Oui, tout à l’heure... bien tristes... bien désolées... mais je n'ai pu leur parier. — Ah ! dit Dacobert eu s’aiTélaul comme suffoqué par cette nouvelle, Cl portant ses deux mains à sa poitrine, — je n'aurais jamais cru que mon vieux cœur pût battre si fort. Et pourtant... grâce à mon «‘bien , je m’attendais presque à ce qui arrive;... inais c’est égal... j’ai... comme uu éblouisserocul de joie... — Brave... père, tu vois, la journée esl bonne, — dit Agricol en regardant l'ouvrière avec reconnaissance. — Embrasses-moi , ma digue et chère fille , ajouta le soldat en .serrant la Mayeux dans ses bras avec eHèsiou ; puis, dévoré d'impatience, il ajouta : — Allons vite chercher les enfants. — Ah ! ma bonne Mayeux , — dit Agi icol ému , — tu rends le repos , put-êlre b vie à mon père... Et mademoiselle de Cardoville-, comment sais-tu? — Un bien grand hasard... Et loi-même... comment te trouvestu là? — Rabat-Joie s’arrête et il aboie, » s'écria Dagobert, «pii avait déjà f.iil quelques pas préeijiibtnment.

En effet, le chien, aussi impatient que sou maître de revoir les orphelines , mais mieux instruit qui* lui sur le lieu de leur renailc , était allé se poster à la porte du couveut , d'où U se mit à aboyer afin d'auirer l’attention de Dagobert.

Celui-ci comprit son chien, et dit à b Mayeux en lui faisant uu geste. indicatif: « Les entants sont là? — Oui, monsieur Dagobert. — J’en étals sûr... Brave chien... Oh ! oui , les bétes valeut mieux que les hommes ; sauf vous , ma bonne Mayeux , «jui valez mieux que les hommes et h , bêtes. Enfin, ces pauvres petites, je vais les voir, les avoir, j»

Ce disant, Dagobert, malgré son âge, se mit à courir pour rejoindre ! Rabat-Joie.

« Agricol , — s’écria b Mayeux , — empêche ton père de frapper à ceUe porte... ii perdrai! tout, à

Eu deux bond* le forgeron atteignit son père. Celui-ci allait mettre b main sur le marteau de la porte.

« Mon père, ne frappe pas. — s'écria le forgeron en sa h issu ul le bras de Dagobert. — (Jue diable me dis-lu ii ?... — La Maycux dit qu'eu frappant.... vous perdriez tout. — Continent?*... — Lue va vous l'expliquer. >

En effet, b Mayeux, moins alerte qu'Agricol, arriva bientôt, et dit au ; soldat : « Monsieur Dagobert, ne restons pas devant cette porte; on ' pourrait l'ouvrir, nous voir; cela donnerait des soupçons; suivons plutôt le mur... — Des soupçons!*.. — dit le vétéran tout surpris , mais saus s'éloigner de la porte, — quels soupçous ? — Je vous eu conjure... ne restez pas là... — dit la Mayeux avec tant d'instamc, qu’Agricol, se joignant à elle, dit à son père : — Mon père... puiMptc 1a Majeux dit ceb... c'est qu’elle a ses raisons ; écoulous-b... Le boulevard de l'Hôpital est à deux pas, il n'y pas-c personne ; nous pourrons parler sans être interrompus. — (Jue le' diable m'emporte si je comprends un mot à tout ceci! — s'écria Dagobert, mais toujours sans quitter la porte. — Ces enfants sont b, je les prends, je les emmène... c’est l'affaire de dit minutes. — Oh! ne croyez pas cela... monsieur Dagobert— dit b Mayeux,

— c'est bien plus difficile que vous lie pensez... Mais venez.... venez. Entendez-vuus ?... on parle dans la cour. »

En effet, on entendit un bruit de voix assez élevé.

« Viens.... viens, mon père.... » dit Agricol eu culminant le soldai presque malgré lui.

Rabat-Joie, para iss; ml très-surpris de ces hésitations, aboya deux ou trois fois, sans abandonner sou poste, comme pour protester contre cette humiliaule retraite; mais, a un appel de Dagobert, il se liât» de rejoindre le corps d'année. Il était alors cinq heures du soir, U Elisait grand vent : d'épaisses nuées grises et pluvieuses couraient sur le ciel. Nous l'avoué dit, le boulevard de l'Hôpital, qui limitait à cet endroit le jardin du couvent, u'élail presque pas fréquenté. Dagobert, Agricol et la Mayeux purent doue tenir solitaircmcuL conseil dans cet endroit écarté.

Le suidai ne dissimul.il pas la violente impatience que lui causaient ces tempéraments ; aussi, à peine l’angle de la nie fut-il tourné, qu'il dit à b Mayeux : « Voyons, ma fille, explique!- vous... je suis sur des charbons ardeuls. — La maisou où sout renfermées les filles du maréchal Simon... est un couvent... monsieur Dagobert. — Un couvent! — s'écria le soldai. — je devais m'eu douter... — puis H ajouta : — Eb bien, apres * j'irai les chercher dans uu couvent comme ailleurs. Une fois n C't pas coutume. — Mais , inobsleur D: gobort , (lies sont enfermées là contre leur gré. contre le vôtre ; on ne vous les rendra pas. — On ne me les rendra pas ; oh ! mordieu , nous allons voir ça... — Et U fil un pas vers la roc. — Mon pèrfc» ait Agricol en le retenant , un moment de patience, écoutez la Mayeux. — Je n écoute rien... Comment! ces enfants soûl là... à deux puédfe Itliil... je le satt... et je ne les aurais pas. Je gré ou de force, à tintant même? ah! pardieu! ce serait curieux! bkséz-moi. — Monsieur Dagobert, Je vous un supplie, écoutczmoi, — dii 1a Mayeux en prenant I autre main de Dagobert; — il y a un autre moyen d’avoir ces pauvres demoiselles ; et cela, sansviolenee: mademoiselle île Cardovttfe me l’a bien dit. la violence perdrait tout...

— S’il y n un autre moyen.... a la bonne heure.... vite.... voyons le moyen.*—' Voici une bague que mademoiselle deCardoville...— (JuVsi-ce que c’est que mademoiselle de Cardovlllr ? — Mon père, c’est celtcjeube personne remplie de génorositèqui voulait être ma caution... et à qui j'at des choses si importantes à dire... — Bon, bon, reprit Dagobert, — tout à l'heure nous prtleronsdc cela... Eh bien, ma bonne Mayeux, celle, bague ? — Vous allez la prendre, monsieur Dagobert, vous Irez aussitôt trouver M. le comte de Mnntbron, place Vendôme, n® ?. Cest un homme, a ce qu’il parait, très-puissant; Il est aiv.l de mademoiselle de Cardovillc, cette bague lui prouvera quevousteüezde ta part. Vous lui direz quelle est retenue comme folle dans une maison de santé voisine de ce couvent. et .lue dans ce couvent sont renfermées, contre leur gré, les filîcs du maréchal Simon. — Bien... ensuite... ensuite ! — Alors lu. le comte de Moulbron fera, auprès de personnes haut placées, les déniai cites nécessrifcs pour faire rendre b liberté à mademoiselle de Cardmillcel aux files du général Simon, et peut-être ... demain ou après-demain... — Demain ou aprVdemaln t —s’écria Dagobert, — peut-être M nuis c’est aujourd'hui, à l’instant, qu'il me les faut... À prés-demain... et peutêtre encore... Userait bien temps... Merci toujours, ma bonne Mayeux; mais gardez votre bague... J’aime mieux faire mes affaires mol -meme... Attends-moi la, mon garçon. — Mou hère... que voulez-vous faire f...

— s'écria Agricol en retenant encore le soldat, — c'est .:u couvent... pensez donc t — Tu n'es qu’un conscrit ; Je connais nia théorie du couventstirle Donule mon doigt. En Espagmrier.il pratiquée cent fuis. ..Voilà ce qui va arriver... je frappe, une lourlère ouvre ; elle me demande ce une Je veux, je ne réponds pas ; elle veut m’arrêter, je passe ; une fois dans le couvent, j’appelle mes er.fan'sde toutes met forces, en le parcourant Ou haut ou lias. — Mais, monsieur Dagobert, les religieuses î — dit la Mayeux en lâchant toujours de retenir Dagobert. — lais religicu- 50* se nietteutà mes trousses et me poursuivent eu criant comme des p.es déflldtées ; Je connais ça. A Séville, J’ai été repêcher de h sorte une Audabuse que des beguines retenaient de force. Je les laisse crier ; je ■

parcours donc le couvent en appelant Rose et Blanche... Elles tn'enlcn* dent, me ré. o'.idenl; si elles soûl renfermées, je prends la première chose venue et j'cnfoucc leur porte. — .liais, monsieur Dagobert, les religieuses... les religieuses? — Les religieuses avec leurs cris ne m'empêchent pas d'enfoncer la porte, de prendre mes enfants dans mes bras et de liler : si on a refermé la (>orte de dehors, second enfoncement... Ainsi,

— ajouta Dagobert en se dégageant des ina>us de la Mayeux, — attendez-moi là , d.ms dix minutes je suis ici... Va toujours chercher un fiacre. mon garçon. »

Plus calme que Dagobert , et surtout plus instruit que hli en matière de rode pénal , Agricol fut effrayé des conséquences que pouvait avoir l'étrange façon de procéder du vétérau. Aussi , se jetant au-devant de lui. il réélis : • Je l'en supplie, uu mot encore... — Morbleu ! voyous, dépêche-toi. — Si lu veux pénétrer de force dans le couvent, lo perdras tout! — Comment! — D’abord, monsieur Dagobert, — dit la Mayeux,

— il y a des hommes daus le couvent :... en sortant, tout à l'heure, j'ai vn le portier qui chargeait son fusil. le jardinier parlait d'une faut aiguisée et de rondes qu'ils faisaient b nuit... — Je me inuque pas mal d’un fusil de portier et de b faut d’un jardinier! — Soit, mon père ; mais, je l’en conjure, écouic-moi uu moment encore : Tu frappes; li’estce pas? b porte s’nuvrc, le portier te demande ce nue tu veux... — Je dis que je veux parler à la supérieure... et je Ole daus le couwtlt. — Mai?, mon Dieu, monsieur Dagobert, — dit la MayeUt, — litie fois fa cour traversée, un arrive à une seconde porte fermée par un guichet : IA une religieuse vient voir qui sonne, et □ ouvre que lorsqu'on lui a dH l’objet de Ta visite qu’on veut faire. — Je lui répondrai : Je veux vclr la supérieure. — Alors, mon père, comme tu u’(S pas un habitué du couvent, on ira prévenir b supérieure. — Bon... après? — Elle viendra. — Après?...

— Elle vous demandera ce que vous voulez , monsieur Dagobert. — Ce que je veux... mordieu, mes enfants!... — Encore une minute de patience. mon père... Tu ne peux douter, d'après les précautions que l’on a prises, que Ton ne veuille retenir là mesdemoiselles Simon malgré elle?, malgré toi. — Je ti en doute pas... jeu suis sûr... c est pour en arriver là qu’il» ont tourné la tète de ma pauvre femme... — Alors, mon porc, la supérieure te répondra qti’tflc ne sait pas ce que tu WM dire, cl que mesdemoiselles Simon ne sont pas au c usent. — Et je lui dirai, moi, qu elles y sont ; témoin b Mayeux, témoin Rabat-Joie. — La supérieure te dira qüelte ne le connaît pas, qu’elle n’a pas d’expli rations à te donner... et elle refermera le guichet. — Alors j'enfonce la porte... lu vois bien qu'il faut toiçohvs en arriver b .. Laisse-moi... mordieu! l.iisse-mol.... — El le portier» à ce bruit, à cette violence, court clu*rcher la garde, oti arrive et l'un commente par l'arrêter. — Et vos pauvres enfants .. que deviennent-elles alcr.s monsieur Dagobert? » (lit la Mayeux.

I.c pète d’ Agricol avait trop de bon stus pour ne pa; sentir toute la justesse des observations de son fils et de la Mayeux; mais 11 savait aussi qu'il reliait qtt'à umt prix le* orphelines fissent libres avant te lendemain. Celte a!lcrn.v.l\è éifut terrible, sî terrible, que, portant se» deux tanins à sou front brûlant. Dagobert tomba assis sur un banc de pierre, cutnmc anéanti p.tr lïneXiii .ddu fatalité de sa position.

Agricol et b Mayeux, profondément touchés de ce muet désespoir, échangèrent un triste regard. Le forgeron, s’asseyant à côté du soldat, lui dit : «Mais, mon père, raxsurc-tol donc;... songe à ce que b Msÿeux vient de te dire en allant avec cette bngdc de mademoiselle de Cardovllle chez ce monsieur qui est Irèx-lnlînent, tu le vols, ces demoiselles peuvent êirelihresd*‘maln... suppoècmènie, au pis-aller, qu’elles ne le soient rendues qtl’aprrvdeinaîn... — Tonnerre et sang! vous voulez donc me rendre fou ? — s'écria Dagobert en bondissant sur son banc et en regardant son fils et la Mayeux avec une expression si sauvage, si désespérée, qu’Agricol et l’ouvrière se reculèrent avec autant de surprise que d'inquiétude. — Bardou, mes enfants, — dit Dagobert en revenant à lui après Un long silence, — j’r.l tort de m'emporter, car nous ne pouvons nous entendit»* Cê que vous dites est Juste.*, et pourtant, mol, j’ai raison de parler comme je parle... Ecoulez moi.. . tu es un honnête homme, Agricol ; vous, une honnête fille, laMaviux... Cequejevafa vous dire est pour vous seuls... J'ai amené ces enfants du fond 'de h Sibérie, savez-vous pourquoi? Pour qu’elles se trouvent demain matin rite Saint-François... Si elles ne s'y trouvent pas. l’ai trahi le dernier vomi de leur mère mourante. — Rite Saint-François, n* 3? — s'écria Agricol en interrompant son père. — Oui... comment sais-tu ce numéro? — dit lbgohert. — Cette date ne se trouve-t-elle pas sur une médaille en bronze? — Oui... — reprit Dagobert de plus en plus étonné. — Qui t'a dit cria ? — Mon père. . .uni nstant. . .—s’écria Açrtvol . — Laissoz-moi réfléchir... le crois deviner:... oui... et loi, ma nonne Mayeux, tu m’as dit que mademoiselle deCardoville n’était pas folie... — Non, on la relient maigri elle dans cette maison, sans la laisse/ communiquer avec personne ; elle a ajouté qu’elle ce croyait, ainsi que les filles du m.«m-li.il Simon, victime d'une odieuse machination. — Plus de doute, — s'écria le forgeron, — je comprends tout maintenant.., mademoiselle de Cardovilf*» a le même Intérêt que mesdemoiselles Simon à se trouver demain rue Saint-François... et el!e l’ignore peul-éL-e. — Comment? — Encore un mot, ma bonne Mayeux... mademoiselle de Cardovitle t’at-ellcdit qu'elle avait un intérêt puissant à être libre demain? — Non... car, en me donnant celte bague pour le comte de Montbron, clic m'a dit : « Grâce à lui, demain eu uprês-dcmuio, moi et les lillcsdumarécha

LE JlllE ElUtANT

Simon nous serons libres...* — Mail explique-toi donc! dit Dagobert à [ son tils avec Impatience. — Tantôt, — reprit le forgeron, lorsque tu es venu me chercher u la prison, mou père* je t'ai dit que j’avaîs uu devoir sacre a remplir et que je le i «joindrais à la maison... — Oui... et j’ai été do mou oùté tenter de nouvelles démarchés dont je vous parlerai tout 3 l’heure. — J’ai couru tout do suite au pavillon de la me de Uabylonc, ignorant que mademoiselle de Cardoville fut folle, ou du moins passât pour folle... un domestique m'ouvre et me dit que celte demoiselle a éprouvé un soudain actes de folie... Tu conçois* mon père, quel coup cela me porte... je demande ou elle est, et on me répond qu'on n’en sait rien ; je demande si je peux parler à quelqu'un de scs parents. Comme ma blouse n'inspirait pas grande confiance, on me rv|H>nd qu’il n’y a ici personnelle sa famille... J 'étais désole; une idée me vient,., je me dis ; laie est folle; son médecin doit savoir où ou l'a conduite ; si cite est en élut de m'eu tendre* il me conduira auprès d’elle; sinon, a defaut de ses parents, je parierai a ton médecin ; souvent, un médecin, c’est un ami... Je demande donc à ce domestique s'il pourrait m’indiquer le médecin de mademoiselle* de Cardoville. On ne doune son adresse sans difficulté : M. le docteur baleinier, rue Taraune, t*. J'y cours. Il était sorti ; mais on me dit chez lui que sur les cinq heures je le trouverais sans doute à sa maison d * saule : cette maison est voisine du couvent... voilà pourquoi nous nous sommes rencontrés. — Mai . cette médaillé... «lis médaillé, — dit Dugobert inipati "inineut, — ou l'as-tu vue ?— C’est à propos de cela, et d'autres choses encore que j'avais écrites n la Mayeux.qtic je desirais faire à mademoiselle de Cardoville des révélations importantes... — Kl ces révélations? — Voici, mon père: jetais aile chpz elle le jour de votre départ, pour la prier de me foui air une caution ; on m'avait suivi ; elle l'apprend par nue de ms femmes do cltambrt ; pour me mettre à l'abri île l’arrestation, elle me fait conduire dans une libelle de son pavillon ; c’était une sorte de petite pièce voûtes qui ne recevait de jour que par uu conduit fait comme une cheniinrc , au bout de quelques instants j'y voyais trèsclair. N’ayant rien de mieux à faire qu’à regarder autour de moi, je regarde; les murs étaient recouverts de boiseries; l’eutrce de cette cachette se composait d'un panneau glissant sur des coulisses de fer, au moyen de contre-poids et d’engrenages compliques admirablement travailles ; c’est mon clat, ça m’intéressait : je me mets à examiner ces ressorts avec curiosité maigre mes inquiétudes ; je me rendais bien compte de leur jeu, mais il y avait un boulon de cuivre dont je ne pouvais trouver l’emploi: J’avais oeau le tirer à moi, à droite ou à gauche, rieu dans le ressort ne fonctionnait. Je me dis: Ce boulon appartient sans doute à un autre mécanisme , alors l'idée me vient, au lieu de tirer i moi, de le pousre*r fortement ; aussitôt j eutends un petit grincement, et je vois tout I coup, au-dessus de l'entrée de la cachette, un panneau de deux pieds carres s’ahnisrer de la boiserie comme la tablette, d’un secrétaire ; ce panneau était façonné en forme de boîte ; comme j’avris sans doute pousse le ressort trop brusquement, la secousse f.t tomber

F ar terre une petite médaillé en bronze avec sa chaîne. — Où lu as vu adresse... de la rue Saint- François? — s’étala Dagobert. —Oui, mon pire, et avec cette médaille était tombée par terre une grande enveloppé cachetée... En la ramassant, j’ai tu , pour ainsi dire maigre moi. engrosse écriture : — « Pour mademoiselle de Cardoville. Elle doit ■ prendre connaissance de res papiers à l’instant même où ils lui seront ■ remis. » — Puis, au dessous de ces mots, je vois les initiales II. etC., accompagnées d un paraphe et de celle date: Paris, n novembre tsao,

— - Je retourne l’enveloppe , je vois, sur deux cachets qui la scellaient, les thème* initiales H. tl C., surmontées d’une couronne. — El ce* cachets étaient intacts?— demanda la Mayeux. — Parfaitement intact*. — Plus de doute, alors; mademoiselle de* (Cardoville ignorait l’existence de res papiers, — dit l’ouvrière. — C'a été ma première idée, puisqu’il lui était recommandé d'ouvrir tout de suite celle enveloppe, et que, maigre celle recommandation, nui datait de près de deux ans, les cacheta étaient restes intacts. — C'est évident, — dit Dagobert; et alors qti'as-lu fait? — J’ai replacé le tout dans le secret, me promettant d’en prévenir mademoiselle de Cardoville ; mais, quelques instants après, on est entré dans la cachette, qui avait été decouverte; je n’ai plus revu mademoiselle de Cardoville : j'ai seulement pu dire h une de ses femmes de chambre quelques mots à double entente sur ma trouvaille, espérant que cela donnerait l’éveil a sa maîtresse. Entin, aussitôt qu'il in’a été possible de t'écrire, ma bonne Mayeux, je l'ai fait pour te prier d’aller trouver mademoiselle de Cardoville... — Mais cotte médaille... — dit Dagobert, — est pareille à celle que les filles du général Simon possèdent; comment cela fait-il?— Dieu de plu* simple, mon père... Je me le rappelle maintenant, mademoiselle de Cardoville est leur parente, elle me l’a dit. — Elle... parente de Dose et de Manche?— Oui, sans doute, —ajouta ta Mayeux ; elle me l’a dit aussi tout à l’heure. — Eh bien, maintenant. — reprit Dagobert en regardant son (ils avec angoisse, — comprends-'.ii qtte Je veuille avoir mes enfanta aujourd'hui même? Coni prends-tu. ainsi que u;e l’a dit leur pauvre mère en mourant, qu’un jour de retard peut tout perdre ? Comprends-tu enfin que le ne peux nas me contenter d'un peut-être demain ? quand je viens du fond de la Sibérie avec ces enfants... pour les conduire demain rue Saint-François... Comprenda-lu enfin qu’il nie Lsfaut aujourd'hui, quand le devrai* mettre le feu au couvent ? — Mata, mon père, encor.* une fois, la violence... — Mais, mordieu, sais-tu ce que le commissaire dd

[ police m’a répondu ce malin, quand j'ai été lui renouveler ma plainte contre le confesseur de ta pauvre mère? — Qu'il n’y a aucune preuvu; qile i on ne pouvait rieu faire. — Mais maintenant il y a des preuve», mm père, ou du moins on sait où sont les jeunes tille*.. . Avec relie certitude ou est fort... Sois tranquille. L» loi est plus puissante que tontes les supérieures de couvent du monde. — Et le comte du Moulin ou, à qui mademoiselle de Cardoville vous prie du vous adresser. — du I • Maveux, — u est-il pas uu homme puissant? Vous lui direz pour quelles raisons il est si important quw ces demoiselles soient en liberté ce soir, ainsi que mademoiselle île Cardoville... qui» vous le voyez, a aussi un grand intérêt à être libre demain... Alors, certainement, le comte de Montbrou bâtera les deun reluis de la justice, et ce soir... vus cotante vuus seront reudus. — La Mayeux a raison» mon père... Va chez le comte; moi je cours chez U: commissaire, lui dire que l'o.i sait maintenant où sont retenue* ces jeunes biles. Toi. ma bonne Mayeux, retourne à ta maison nous attendre, n’est-ce pas mon, père?..* Donnons-nous rendez-vous chez nous.»

Dagobert était resté pensif; toal à coup il dit â Agricol : • Soit... Je suivrai vos conseils... Mais supposé que le commissaire le dise: On ne

J Hiut pas agir avant demain. Suppose que le comte du Montbron me dise a mémo chose... Crois-tu que je resterai le* lira* croise* jusqu'à domain malin. — .Mon père... — Il suffit, — reprit le soldat d une voix brève, —je m'entends... Toi, mon garçon, cours chez le commissaire... Vous, ma bonne Mayeux, allez nous attendre; moi. Je val» chez ta coulé... Donnez-moi la bugue. Maintenant l’adresse?— Place Ven dôme, 7» le comte de Mouthron... Vous renez de la part de mademoiselle do Cardoville, — dit ta Maveux. — J'ai bonne mémoire, — dit le soldat, — ainsi le plus tôt possible à la rue Hrise-MIche. — Oui, mon père; bon courage... Tu verras que la lui del'rml et protège lit* honnêtes gens... — Tant mieux, dit le soldat, — parce que sans cela les honnêtes gens seraient obliges de su protéger et de se défendre eux-

inémes... Ainsi, mes enfant.'., à bientôt rue Brise- Miche. »

Lorsque Dagobert, Agricol et la Mayeux su séparèrent, la nuit était complètement venue.

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