‹ Œuvres illustrees d'Eugene Sue Le juif errantChapitre 54 sur 95 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

loi Mayeux et mtilemoiaebe de Cordovilb. 1

La Mayeux, émue, attentive , inquiète , peo- Rote-Pompon. ebée à l'une des fenêtres

« . du couvent, suivait des

yeux les mouvements de mademoiselle de Cardoville et de Rose Simon, quelle s attendait si peu à trouver réunies dans cet endroit.

L'orpheline, s’approchant tout à fait de b claire-voie qui séparait le jardin de la communauté de celui de la maison du docteur Baleinier, dit quelques mots à Adrienne, dont les traits exprimèrent tout à coup l’élouncmenl, l'indignation et la pitié. A ce moment une religieuse accourut en regardant de ( ôte et d'autre comme si elle eût cherché quelqu'un avec inquiétude; puis, apercevant Rose, qui, timide cl craintive, se serrait contre b claire-voie, elle b saisit par le bras, eut l'air de lui

impossible de vous employer ainsi que je l’espérais... Cependant, si. par I faire de graves reproches, et, malgré quelques vives paroles que made-

moiselle de Cardoville sembla lui adresser, la religieuse emmena rapide» meul l'orpheline, qui, éplorée, se retourna deux du troi* fois vers Aérienne :celle-d, après lui avoir encore témoigné de son intérêt par des gestes expressifs, se retourna brusquement, comme si elle eût voulu cacher ses larmes.

l-e corridor où se tenait la Maycux pendant cette scène touchante était situé au premier étage, l'ouvrière eut la pensée de descendre au re*-de-chauss* ; e, de tâcher de s’introduire dans le jardin, alin de parler à l'eue belle jeune tille aux cheveux d'or, de bien s'assurer si elle était mademoiselle de Cardoville, et alors, si elle la croyait dans un moment lucide, de loi apprendre qu'Agricol avait à lui communiquer îles choses du plus grand intérêt, niais qu'il ne savait comment l'eu instruire

La journée s’avauçait, le soleil allait bientôt se coucher ; la Maycux, craignant que Flonne ue sc lassât de l'attendre, se bâta d'agir : marchant d'un pas léger, prêtant l’oreille de temps à autre avec inquiétude , elle gagna l’extrémité du corridor; là, uu petit escalier de trois ou mtre marches couuisait au palier de h lingerie, puis, formant une spirale étroite, aboutissait à l'étage inférieur.

L'ouvrière, entendant des voix, se hâta de descendre, et se trouva daus un long corridor du rezde-chaussée vers le milieu duquel s'ouvrait une porte vitrée donnant sur uue partie du jardin réservée à la supérieure. Une allée, bordée d'un côté par une haute charmille de huis, pouvant protéger b Maycux contre les regards, elle s’y glosa cl arriva jusiju a la clôture en ch ire-voie qui en <rt endroit séparait lr jardin du couvent de relui de la maiton du docteur flair-in ier. A quelques pas d’elle.rouvrière vit mademoiselle de Cardoville assise et n -coudée sur un banc rustique.

l.n fermeté du caractère <T Adrienne avait été uu moment ébranlée par la fatigue, par le saisissement, par l’effroi, par le désespoir, lors de cette nuit terrible où elle s’était vue conduite dans la maison de fous du docteur Baleinier ; enfin celui-ci, profilant avec une astuce diabolique de l'état d'afTaiblissemeut, d’accablement où sc trouvait la jeune fiUe, était même parvenu â la faire uu instant douter d’dle-méinc. Mais le calme qui succède forcément aux émotions les plus pénibles, les plus violeutes, mais b réflexion, mais le raisonnement d'un esprit juste et fin, rassurèrent bientôt Adrienne sur les craintes que le docteur Baleinier avait un instant pu lui inspirer. Elle ne crut même pas à une erreur du savant docteur ; elle lut < lairemeut dans la conduite de cet homme, conduite d'une détestable hypocrisie et d'une rare audace, servie par une uon moins rare habileté. Trop tard enfin elle reconnut dans M. Baleinier un aveugle instrument de madame de Sainl-Dizicr Dès lors elle se renferma dans un silence, dans un calme remplis de dignité ; pas une plainte, pas ur reproche ne sortirent de sa bouche... elle attendit... l'ourlant, quoi-

qu’on lui laissât une assez grande liberté de promenade et d'actions (en la privant toutefois de toute communication avec le dehors), b situation présente d’Adriennc était dure, pénible, surtout pour elle, si amoureuse d'un harmonieux et charmant entourage. Elle sentait néanmoins que cette situation ne pouvait durer longtemps. Elle ignorait l’action et la surveillance des lois ; mais le simple bon sens lui disait qu’une séquestration de quelques jours, adroitement appuyée sur des apparences de dérangement d'esprit plus ou moins plausibles, pouvait, à la rigueur, être tentée et même impuuémcnt exécutée ; mais à la condition de ne pas sc prolonger au delà de certaines limites, parce qu'apres tout une jeune fille de sa condition ne disparaissait pas brusquement du monde sans qu'au bout d'un certain temps l'on ift s’en infoi mât ; et alors un préleudu accès de folie soudaine donnait lieu à de sérieuses investigations.

Juste ou fausse, cette cooviction avait suffi pour redonner an caractère d’Adricone son ressort et sou énergie accoutumés.

Cependant , elle s'était quelquefois en vain demandé b cause de cette séquestration. Elle connais sait trop madame de Saiu(-Dizier pour la croire capable d'agir sans un but arrêté, et d’avoir seulement voulu lui causer un lourmeut passager.

En cela, mademoiselle de Cardoville lie se trompait pas; Icpèred’Aigrignyet b primasse étaient persuadés qu’Ailrienne , plus instruite quelle ne voulait le paraître, savait combien il lui importait de se trouver, le 13 février , rue Saint- François, et quelle était résolue à Dire valoir ses droits. En faisant enfermer Adriemie comme folle, ils portaient donc un coup funeste à son avenir; mais disons que C«tle dernière précaution était inutile, car Adrienne, quoique sur la voie du secret de famille qu'on avait voulu lui cacher, et dont on b croyait informée, uc I avait pas outil renient pénétré, faute de quelques pièces caenéi's ou égarées. Quel que fût le motif de la conduite odieuse des ennemis de mademoiselle de Cardoville, elle n’en était pas moins révoltée. Rien n’était moins haineux, moius avide de vengeance que l'âme de celte généreuse jeune tille ^ mais cil soDgeanl à tout ce que madame de Sainl-Dizier, l’abbé d'Aigrigny et le docteur Baleinier lui faisaient souffrir, elle se promettait, non des représailles, mais d'obtenir, par tous les moyens possibles, une réparation éclatante. Si on la lui refusait, elle était décidée à poursuivre, à combattre sans repos m trêve tant d'astuce, tant d’hypocrisie, tant de cruauté, non par ressentiment de scs douleurs, mais pour épargner les mêmes tourments à d'autres victimes, qui ue pourraient, comme elle, lutte r et se défendre.

Adrienne, sans doute encore sous la |>éniblc impression que venait de lui causer son entrevue avec ltose Simon, s’accoudait languissamment sur l’un des supports du bauc rustique ou elle ehtii assise, et tenait se*

Le réveille -nu lia. — ntt 111

Di

LK JUIF ERRANT

y fut cadus sous & maiu ^licite. Lite avait déposé son chaucuu à scs côtés, et Li position inclinée de sa t*'le ramenait sur ses joues fraîche* et polies, quelles cachaient presque eiiüereiiu-nl, le» louei.es boucles, de ses cheveux d ur. Dans celle attitude penchée, rempli» de grâce cl d'abandon, le cliartuanl et riche contour de sa foilk se dessinait sou- sa robe de inoire d’un vert d'émail ; un large col lixé par un uœud de salin rose et des manchette* plaies ou guipure magnifique empêt baieul que la couleur de sa robe tranchai trop viverueut sur l e blou s ante blancheur de son cou de ogne cl de scs mains raphâélc»qnci>, bu|tcrceptihlemçul veinées de | eût» sillons d’izur ; sur sou cou du-pied, lievbaut cl trèsnelleoi. ni détaché, se criSsai« nl les mimes cothurnes d un petit soulier de salin unir : car le docteur P.ileiui»i lui avait jx-riui* de s'habiller avec sou goût habituel ; et, nous l'avons dil, la recherche, l'élégance, ii cfoieut pas pour Adrieime coutume de coquetterie, mais devoir envers clfe-mémc que Pieu s'éfoit complu à faire si belle.

A l'aspect de celle jeune lilfc, dont elle admira naïvement la mise et la louruuio charmante, sans retour ainer sur les haillons qu'elle portait et sur sa difformité à elle, pauvre ouvrière, la .Mnyeux sc dil tout d'abord, avec aufout de bon sens que de sagacité, qu'il était extraordinaire qu'une folk sc vêtit si Mipnunt cl si gracieusement : aussi ce fut a* ce autant de surprfoe que d’émotion qu’elle s'approcha doucement de la claire-voie qui la séparait d A drienne, relié* lissant néanmoins que peut-être cette infortunée était véritablement insensée, mais qu'elle >e trouvait dans un jour Im iilc. Alors, d'une voix timide mai ns»cz éknée pour être entendue, la Mayeux, afin de s'assurer de l'kkulilé d’Adricmie, dil avec un grand liatt<*ment de cœur : « âl ad emo belle de Caidoville! — Oui m’appelle ? u dit Adrieiinc.

l'uis redi osant vivement la tôt. * cl apercevant b Mayeux, elle uc put retenir nu léger cri de surprise, presque d't ifroi.

à h rifol, celte pauvre créât u c, pâle. dilfonne, misérablement vêtue, lui appjiraissaut aussi brtisqucincut, devait inspirer à nia danoise! le de Ctuduville, si anoure-usé de la grâce cl de la beauté, une sorte de répugnance, de frayeur; et ce> deux sentiments trahirent sur sa j*hy>ionomie expressive. La Mayeux ne s'aperçut pas de l'impression qu'elle causait : immobile, les yeux fixes, les maiu? i sûtes avec une sorte d'adniiratiou ou plutôt d'adoration profond* -, elle lonteniplail I ehlouiv note beauté d’ Advienne, qu'elle avait seidancut * utre vue à travers le grillage de >a croisée'; ce que lui avait dit Agricol du charme de sa prntceir. c lui paraissait nulle fois au-dessous de la réalité; jamais la Mayeux, meme d.us ses sécrétés aspirations de poète, u'avail rêvé une si rare perléetiou. Par un rapprochement singulier, l'aspu l du beau idéal jetait dans une sorte de divine extase ces deux jeunes •tilles si dissemblables, ces deux types extrêmes de laideur et de beauté, d. n l»Cv.e et de misère.

Apres cel hommage pour ainsi dire involontaire l'eu *u à Adrieune, la Mayeux lit un mouvement vers la clair* -voie.

« Que voulez-vous?— s'écria luailc mufoelle de Onrdovllk eu se levant avec un sentiment de répulsion qui ne put échapper à b Mayeux; ausd, baissant timidement Us yeux, CCll-ddU de sa voix la plus douce: — l'ardou, mademoiselle, do me présenter aiu>i devant trous; mais les uiomcnis sont précieux : je viens de b part... d'Agrit ol... »

En pronom;;* ni ces mots, b jeune ouvrière releva les yeux avec iuuuiétnilf, craignant que madetuoL-clIe de tàudovillc n’eût oublié le nom uu forgeron ; mais, à sa grande surprise et à sa plus grande joie, l'ol— fr*'i d'Adriemie sembla diminuer au nom d'Agikol. Elle sc rapprocha de la cliirc-voiü, cl regarda la Mayeux avec une curiosité biciiveiiUnte.

• Vous venez de I » part de Si. Agricol Kau'oiu ! — lui dit-elle. — Kl' qui êtes-vous ? — ib sœur adoptive, mademoiselle une pauvre ouvrière qui demeure dans sa maison. » *

Advienne parut ra-semhk r scs snuvculrs, sc rassurer tout à bit, et dit en souriant avec bordé apres uu «n ornait de silence : «Ce>! vous qui avez engagé M. Agricol à s'adresser à moi p<Hir sa caution, u'est-co pas? — Comment, ma danois* Ile, vous vous Muvu-ez... — Je n'oobiic jamais ce qui est généreux et noble . M. Agrhol m a parlé avec attendrissement de votre dévouement pour lui... je m’en souviens, rien de plus simple... Mais comment êtes-vous ici, dans ce couvent ? — - Ou m'avait dit que peut-être Ton m'y procurerait de l'occupation, car je me trouve sans ouvrage. Malheureusement j'ai éprouvé un relus de la part de la supérieure.— El comment m'avez- vous reconnue? — A votre grande h anté, mademoiselle, dont Agricol m'avait parlé. — Ne m'av* /.-vous pas plutôt reconnue à ceci? — dil Adrieune : et, souriant, elle

E ril du bout do se» doigts r*»sé> l'extrémité d'nne des longues et «amuses oncles de sut cheveux dorés. — H faut pardonna à Agricol, mademoiselle, — dil la Mnyeux avec uu 'le ces demi-sourires qui efllcuraieut si raivment ses lèvres, — il est poète, et en me faisant, avec une respectueuse admiration, le portiail de sa protectrice, il u’a omis aucune de ses rares perfections. — tt qui vous a donné l'idée de venir me parler ? — L'espoir de pouvoir peut-être vou* servir, mademoiselle... Nous avez accueilli Agricol avec tant de bouté, que j’ai o^ê pai lager sa reconuaiv-uice divers vous. — Osez, osez, ma obère enfant, — dit Ad. tenue avec une grâce imlénuissable, — - ma lêcnutpcntje sera double, quoique jusqu'il! je u'aic pu être utile que d'iuUntiou à votre digne frere adoptif, h

fondant l'échange de ccs paroles. Adrieime et b Mayeux s’étalent tour à four regarnies avec une surprise croissante. IVabord la Mayeux ae comprenait pas qu une ici umc qui passait pour folle s’expr unât comme

s’exprimait Adrieune : puis elle s'étonnait ellc-tnêjuo de la liberté ou plutôt de l'améiûtéxIVstirit avec laquelle elle venait de répondre ^ mad moiselle de Cardovirfe, ignorant que celle-ci partageait ce pré< i*-u\ privilège des natures élevees et bienveillantes, — de mettre eu valeur fout ce qui les approche avec sympathie.

lie son côté, mademoiselle de Cardo ville était à la fois profondément émue et étonnée d'eulendre (elle jeune tille du jieople, vêtue comme une mcmliaute, s’exprimer eu termes choisis avec un à-propos partait.

A mesure qu'elle considérait la Mayeux, l'impression désagréable que celle-ci lui avait f il éprouver >e transfoi niait en un sentiment tout contraire. Avec ce Uct de rapide et minutieuse observât ion naturel aux (Vînmes, elle remarquait sous le mauvais bonnet de crêpe noir de Sa Mayeux une belle chevelure clukfoioc, lisse et brilknle. Ene murqtuft encore que scs mains blanches, longues et maigres, quoique sortant des manches d'une robe en guenilles, étaient d'une netteté parfaite , preuve que le soin, (a propreté, le respect de soi, luttaient du moins contre u uc horrible de tresse. Adrieune trouvait enfin daus b pâleur des traits mélancoliques de la jeune ouvrière, (Lins l’expression à b fois inicifigente, douce et timide de ses yeux biens, un charme touchant et triste, une dignité modiMe, qui faisaient oublier sa difformité. A drienne aimait pas'.ioiinéinrnL la beauté physique ; mais elle avait l’esprit trop supérieur, l'âme trop noble, le cœur trop sensible, pour ne pas savoir apprécia la beauté morale qui rayonne souvent sur une ligure humble et souffrante. Seulement cette appréciation était toute nouvelle notrr mademoiselle de t.’ardov ille : jusqu'alors sa' haute forluuc,- scs habitudes élégantes, l'avai eut tenue éloignée des personnes de b classe de la Mayeux. * 1

Après un moment de silence, pendant lequel la belle patricienne et l'on*; 1ère misérable' s' étaient ntuiuellement examinées avec une surprise croi&itile, Adrieune dit a la Mayeux : « La cause de notre étonnement à toutes deux est, je crois, facile à deviner : vous trouvez sam doute que je parle assez raisonne! dément jiotir une folle, si l'on vous a dit que je l’ék'is. El moi, — ajout:* mademoiselle de tiardoville d'un ton de comniiséretioB p*>ur ainsi dire respectueuse, — et moi je trouve que la délicatesse de votre Lugage et «le vos manières contraste si douloureusement avec b posltfon ofi vous seuddez être, que ma surprise doit encore surpasser la vôtre.— Ah! madeuioiselk, — s’écria la Mayeux avec une expression de bonheur follement sincère et profond que ses yeux mj voilèrent de larmes de joie, — il est donc vrai! ('n m'avait trompée : ausû tout à l'heure , en vous voyant si belle, si bienveillante, eu entendant votre voix si douce, je ue pouvais croire qu'un lel in dheur vous eût frappée. Mais, hélas ! comment se fait-il, niadein'>is4.!i< , que vous soyez ici?— Pauvre eufonl! — dit Adrieune, tout cnrac de 1 afkcikm niic lui témoignait cette excellente créature. — ht comment sc fait-il quavec font de cœur, qu’avec un esprit si distingué, vous soyez si malheureuse? Mab rassurez-vous, je ne serai pas toujours ici... c'est \ o u s dire que vous et moi reprendrons bientôt la place qid nous Convient. Croyez-moi, je n’oublierai jamais que, malgré la pénible préoccupation où vous deviez être ai vous voyant privée de travail, votre seule ressource, vous ira soofé à venir h moi, pour lâcher >! : m'être utile. Vous pouvez eu eflci me servir beaucott]*, ce quîme ravit, parce que je vous devrai beaucoup. Au»ti vous verrez combina j'abuserai de nia reconnaissance, — dit Adrieune avec un sourire adoreUe.— Mais, — reprit-cBc. — avant de penser â moi. pensons aux autres; votre frere adoptif n'est-il pas en prison? — N celte heure, sans doute, mad luoSclk, il n’y est plus, grâce à b générosité d'un de s*?s camarades : s'a» jm re a pù aller hier ollrtr une caution, cl on lui a promis qu’ai joui a hui il serait libre- Mats de sa prinm U m’avait écrit qu'il avait h s choses les plus importante!» à vous révéler. — A moi? — Oui, mademo selle... Agrieol sera, je l'espère, libre aujour*!’hui. l'ur quels muyei s p- urra-t-u sous eu instruire ? — Il a des révélation* à me taire, a moi ! — répéta madcMtoketk' de CanluviHe d'un air pensif. — Je cherche en vain ce que cela peut être ; mais, font que je serai eufennée dans < ol c BüNob, jwiti'e de toute comuiuuicaiiou avec le dehors, M. Agricol r.» p* ut songer à s’adresser Jhtifmmt ou indirectement à moi : il doit doue atlendre que je sois hors d'ici. Ce u\>4 jus tout : il faufo.ussi aariu lu i d*‘ ce couvent deux pauvres enfouis bien plus à plaindre que moi... La hiles du maréchal Simon sont retenues ici malgré elles. — Vous sayei leur nom, mademoiselle ? — M. Agricol, cil m'apprenant leur arrivée à Pari-, m'avait dil qu’elles avaient quinze ans et qu elles se ressemblaient d'une manière frappante. Aussi, lorsque avant-hier, fohunl ina promenade accoutumée, j’ai remarqué deux pauvres petites ligures eplmécs venir de temps à autre se coller aux croisées des cellules qu'eRis balû* tout séjiarei iicut, l une au rez-de-chaussée, l'aube au premier étage, uu secret presseulitucul m’a dit que je voyais eu elles les orpheliu>s dont M. Agricol ui’avail pailé, et qui déjà m’iutéressaieul vivement, car elles sont mes paieute--. — Etiez, vos parentes, undemoiselle ? — Sans doute. Aussi, ne pouvaul faire plus, j'avais tâché de four exprimer par i signes eombieu leur s<*rt me tou* (Mit; leurs larmes, l'altération de leurÿ | charmants visages, me disaient assez qu elles étaient prisonnières dans I le couvent comme je le suis moi-mènie dam> cette nui-oo. Ah ! je | ( ompraub, madeiouiseUe. .. victime de l'ouiniosilé de votre famille jtcutt'ire? — Quel que soit mon sort. j«* suis bien um»uis à pbiinlr*- que ces ! deux entants. d*mt le désespoir est alarnmrt. Leur séjraration est surtout ce qui les accable davantage; d’après .quckjucs mots que Pua»

«Telles m’a dits tout i l’heure, je vois qu’elle» sont comme moi victime» d’une odieuse machination. Mai», grâce à vuus, il sera iiossiblc de les sauver. Depuis que je suis dans telle maison, ütu'u été impossible, je von» l’ai dit, d'avoir la moindre communication avec le dehors. On ne m'a laissé ni plume ni papier, il m’esi donc impossible d'écrire. Maintenant, éc o u lez-moi attentivement, et nous pourrons combattre une odieuse persécution. — Oh ! parlez, parlez, mademoiselle. — Le soldat qui a amené les orphehnes en Fiance, le perc de M. Agricol, est ici ? — Uni, mademoiselle. Ah ! si vous saviez sou désespoir, sa fureur, lorsqu’à son retour il n’a pas retrouvé les curants qu une mère mourante lui avait confiés ! — Il iaul surtout qu'il sc garde «l’agir avec h moindre violence, tout serait perdu. Prenez celle bague, — cl Adricnnc tira une bague de son doigt, — rcmellez-la-lui. Il ira aussitôt... Mais êtes-vous sOie de von* rappeler un nom et une adresse? — Oh: oui, mademoiselle, soyez tranquille : Agricol m’a dit votre nom une seule fois, je ne l’ai pas oublié ; le cœur a sa mémoire. — Je le vois, ma chère enfant... Rappelez-vous doue le nom du comte de Montbmn... — Le comu* «le Montbroc... je ne l’oublierai pas. — C’est un de mes bons vieux amis ; il demeure place Vendôme, n a 7. — Place Vendôme, n* 7. Je retiendrai cette adresse — l.e pere de M. Agricol ira chez lui ce soir s’il n’y est pas, il l'attendra jusqu’à son retour. Alors il le demandera de ma part, en lui faisant remettre celle bague pour preuve de ce qu’il avance : une f ois auprès de lui, il lui dira tout, I enlèvement des jeunes filles, 1 adresse du couvent où elles sont retenues ; il ajoutera que je suis moi-même renfermée comme folle dans la maisou de sauté du docteur Baleinier... La vérité a un atccul que M. de Moulbmu reconnaîtra. C’est un bomme d’infiniment d'expérience t *i d'esprit, dont l’influence est grande : à l’instant il s’occupera des démarches nécessaires, et demain ou âpre» demain, j’en suis certaine, ccs pauvres orphelines et moi nous serons libres... cela, grâce à vous. Mais les moments sont précieux, ou pourrait nous surprendre, llaiez-vous, ma chere enfant. »

Puis, an moment de se retirer, Adrieiuie dit à la Maycux, avec un sourire si touchant et avec un accent si pénétré, si affectueux, qu’il fut iaipo-.sible à I ouvrière de ne pas le croire sincère :

« M. Agricol m’a «lit que je vous qpkis par le cœur... Je comprends maintenant tout cc qu’il y avait pour moi d'honorable. . de flatteur dans se» paroles... Je vous eu prie... donnez-moi vite votre main... » ajouta mademoiselle de C.mloville, dont les yeux devinrent humides puis. pa*>anl sa main charmante à travers deux des a b de la claire-voie, elle L tendit à la Ma yeux. Les mots et le geste de la belle patricienne furent empreints d’une cordialité si * raie , que l'ouvrière, mus fausse honte, oui eu tremblant dans U ravissante nuit» d‘ Adricnnc sa pauvre main amaigrie... Alors mademoiselle de Cardoville, par un mouvement de pieux respect, la porta spontanément à scs le v res en disant : « Puisque je ne pu» vuut embrasser comme ma sœur, vous qui me sauvez... qu«ï je baise au moins celle uuble main glorifiée par le travail. ■

Tout à coup des pas se firent enteudre dans le jardin du docteur Baleinier ; Adrienue se redressa brusquement et disparut derrière les arbres verts, eu disant à ta Maycux : « Courage, souvenir... et espoir! » Tout ceci s’était passé si rapidement, que la jeune ouvrière n'avait pu lairc uo pas; de» larmes , mais d«*s larmes celte fois bien douces , coûtaient abondamment sur ses joues pâles. Une jeune fille comme Ailrienne de Ça rdo ville la traiter de sœur, lui baiser b main, et m* dire Acre «le lui ressembler par le cœur, à elle, pauvre créature végétant au plus profond de l'abîme et de b luisere, c'était montrer un sentiment de fraternelle égalité aussi divin nue b parole évangélique. Il est des mots, des impressions qui font oublier à une belle âme des année* de souft. ance», et qui -semblent, par un éclair fugitif, lui révéler à elle-même sa propre g rat. (leur ; il eu fut ai isi de b Maycux : grâce à de généreuses paroles, elle < ut un moment la conscience «le sa valeur... Ht quoique ce ressentiment fil: aussi rapide qn'm.fable, elle joignit les mains et leva les veux au « lel avec une expression de fervente reconnaissance; «ar si l’ouvrière ne pratiquait pas, pour noos servir de l’argot ultramontain, personne pins qu elle n était doué de ce sentiment profondément, sincèrement religieux , qui est au dogme ce que Pniiueusilé de 3 cieux étoilés

e»l au plafond d'une égli-e a

Cinq minuU's après a » oir quitté mademoiselle de Cardoville, la Maycux, sortant du jardin sans tire aperçue, était remontée au premier étage et happait discrètement à b porte de la liugerie. Une soeur vint lui ouvrir.

« Mademoiselle Florine, qui m a amenée, n est-elle pas ici, ma sœur? — demanda-t-elle. — File n’a pu von* attendre plus longtemps; vous venez sans doute de chez madame notre mère la supérieure? — Oui... oui, ma soeur... — répondit l’ouvrière en baissant les yeux ; — auriezvous la bouté de me «lire par où je dois sortir. — Vouez avec moi... » La Mayeux sirvil b sortir, tremblant à chaque pas de reucontrer la supérieure, nui se fût i bon droit élmméc et informée de h cause de ton loog séjour «Lus le couvent. Hulin, b première porte du couveut se referma sur la Ma veux. Après avoir traversé rapidement la vaste cour, s'approchant de la loge uu portier, afin de densnder qu'on lui ouvrît la porte extérieure, l'ouvrière entendit ccs mois prononcés d'uue voix rude :

« Il prait, mon vieux Jérôme, q /il faudra cette nuit redoubler de surveillance... pliant à moi, je vas mettre deux balles de plus dans mon fusil: madame b supérieure a ordonné de faire deux rondes au lieu d’une... — Moi, Nicolas, je n'at p» besoin d* fusil, — dit l'autre voix,

— j’ai ma faux bien aiguisée, bien trauchante, emmanchée A revers .. C’es» une arme de jardinier ; elle n’en est pas plus mauvaise. » Involontairement inquiété de ces proies, qu’elle n’avait pas cherche A entendre, L» Mayeux s’approcha de la loge du concierge et demanda le cordon. . . . , , ,

« D'où venez-vous comme ça? — dit le portier en sortant à demi de sa loge, tenant à b maiu un fusil à deux coups qu'il s'occupait de char ger, et en examinant l’ouvrière d’un regard soupçonneux. — Je viens do parler à madame la supérieure, — répondit timidement b Mayeux. -- Bicn vrai?... — dit brutalement Nicolas ; — c'est qne vous m'avez l’aii d'une mauvaise pratique ; enfin, c'c*sl égal... filez, «*t plus vite que ça. » La porte cochère s'ouvrit, b Mayeux sortit. \ peine elle avait tii. quelques pas dans b rue, qu à sa grandi* surprise elle vit Rabat-Joie accourir à elle, et plus loin, derrière lui, Dagobert arrivant aussi précipitamment. La Mayeux allait au-devant du soldat, lorsqu une voix pleine et sonore , criant de loin : ■ Hh ! ma bonne Maycux ! s fit retourner la jeune fille... Du côté opposé d'où venait Dagobert, elle vil accourir Agricol.

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