CHAPITRE V IL
Le Code péaal-
Dagobert, un moment épouvanté des machinations ténébreuses e| souterraines si dangereusement poursuivies par les robes noires, comme il disait, contre des personnes qu'il aimait, avait pu hésiter un instant à Miter la déllv rain e de Dose etde Blanche ; mais son indécision cessa aussitôt après la lecture de la lettre du maréchal Simon, qui venait si inopinément lui rappeler des devoirs sacrés. A rabattement |wssagrr du soldat avait succédé une résolution d’une énergie calme el pour air&j dire recueillie.
« Agricol, quelle heure esl-II ? — demanda-t-il â son fils. — Neuf heures ont sonné tout à l’heure, mon père. —Il faut me fabriquer tout de suite un crochet de fer solide... assez solide pour supporter moq poids, et assez ouvert pour s'adapter au chaperon d'un mur. Ce poète de fonte sera ta forge ctton enclume ; tu trouveras un marteau dans la maison... et... quant à du fer, — dit le soldat en hésitant el en regardant autour de fui, — quant à du fer... tiens, en voici... »
Ce disant, le soldât prit auprès du foyer une paire de pincettes & trèsfortes branches, les présenta à son fil», et ajouta: o Allons, mordieu 1 mon garçon, attise Ce leu, chauffe à blanc .. et forge-moi ce fer... a A C6S paroles, Françoise et Agricol se regardèrent avec surprise; le forgeron resta muet et interdit, ignorant la résolution de son père et le#
I,F. JUIF ERRANT
préparatif* que celui-ci avait déjà commencés avec fritte de la Mayenx.
4 Tu lie m'entends donc »;•», Agricol? — répéta ïlac«bert tenant toujours la paire de pincettes a la main, — il faut tout de suite rpe fabriquer un crochet avec cela!... — Un ciochel... mon père... et pourquoi faire ? — Pour mettre an bout d’une corde que j'ai là : il faudra le terminer par une espèce d’œillet assez large, pour qu’elle puisse y être anlideniriil attachée. — Mai» cette corde, ce crochet, à quoi lion? — A CM-iki<ter les murs du couvent, si je ne puis m'y introduire par une porte. — Quel couvent? — demanda Françoise à son fils. — l'ommenl, mon père’ — s’écria celni-d en se levant brusquement, — tu penses encore... à cela ? - Ah çû, à quoi veux-tu que je pense? — Mais, mou père... c'est impossible... tu ne tenteras pas une pareille entreprise. — Mai* quoi donc, mon enfant? — demanda Françoise avec anxiété. — où ton pore veut-il donc aller? — Il veut, cette nuit, s'introduire dans le couvent où sont renfermées les filles du maréchal Simon , rt les enlever. — Grand Dieu!.... mon pauvre mari!.... un sacrilège..., » s’écria Françoise toujours fidèle à ses pieuses traditions: et. soignant les mains, "die tit un mouvement pour se lever et se rappr ocher de Dagobert.
le soldat, pressentant qu’il allait avoir à subir des observations, des prières de toutes sortes, et bien résolu de n'y pas céder, voulut tout d'abord couper court à ces supplications inutiles , qui d'ailleurs lui faisaient perdre un temps précieux : il reprît donc un air grave , sévère, pi es que solennel, qui témoignait de l'inflexibilité de sa ne termina lion :
• Ecoute, ma femme, et loi anwi, mon fils : quand, à mon Âge, on se décide à une chose, on sait pourquoi ; .. et, une fois qu’on est déc idé il n'y a ni femme ni lils qui tiennent... on fait ce qu'on doit. . C’est à quoi je siiis résolu .. Kpnrgiiez-moi donc des paroles inutiles... D'est voire devoir de me parler ainsi, soit, ce devoir, vous l’avez rempli : n’en parlons plus. Ce snlr je veux être le maître citez moi... »
Françoise, craintive, effrayée, n'osa jus hasarder une parole; mais elle tourna ses regards suppliants vers son fils.
« Mon père... — dit celui-ci, — un mol encore... un mot Feulement.
— Voyons ce mot, — reprit Dagotorl avec impatience. — Je ne veux pas combattre votre résolution ; mais je vous prouverai que vous ignorez j quoi vous vous exposez... — Je n ignore rien, — dit le soldat d'un tou brusque. — Ce que je lente est grave... mais il oc sera nas dit que j'ai négligé un moyen, quel qu'il soit, d'aeromplir ce que j'ai promis d'accomplir. — Mon perc, prends garde, encore une fois... tune sais pas à quel danger tu t'exposes ! — dit le forgeron d'un air alarmé. — Allons, parlons du danger, parlons du fusil du portier et de la faux du jardinier,— dit Dagobert en haussant les épaules dédaigneusement, -parlons-en, et que cela finisse... Eh bien! après, supposons qtia je hisse ma peau dans ce couvent, est-ce que tu ne restes pas à ta inere? voilà vingt au» que vou avez l'habitude de vous passer de moi... ça vous rutilera moins...— El c'est moi. mon Dieu c'est moi qui suis cause de tous ces malheurs!... s'é< ri a la pauvre mere. — Ah ! Gabriel avait bien raison de me blâmer.
— Madame Françoise, rassurez- vous, — dit tout bas la Maycux, qui s’était rapprochée de la femme de Dagober l, — Agricol ne laissera pas son père s exposer ainsi. »
Le forgerou, après un moment d'hésitation, reprit d'une voix émue : Je te connais trop, mon père, pour songer A t’arrêter par la peur d'un danger de mort. — De quel dauger parles-tu alors? — D’un danger... devant lequel lu reculeras... toi si brave.... — dit le jeune homme d un ton pénétré qui frappa son père. — Agricol, — dit sévèrement et rudement le sollat, — vous dites une lâcheté, vous me faites u,.c insulte. — Mon père! — Une lâcheté, — reprit le soldat courroucé,
— narce qu'il est bhliedc vouloir détourner un homme de son devoir en l'effrayant :... une insulte, parce que vous me croyez capable d'être intimidé. — Ah ! monsieur Drgoberl, — s’écria la Mayenx, — Tons ne comprenez pas Agricol... — Je le comprends trop, • répondit durement le soldat.
Douloureusement ému de la sévérité de son père, nnis ferme dans si résolution dictée par son amour et par son respect, Agricol reprit, non sans un violent traitement de cœur : « Pardonnez-moi si je vous désobéis, mon père ?... mais, dussicz-xons me haïr, vous saurez à quoi vous vous exposez, en escaladant. la nuit, les murs d'un couvent... — Mon fils!! vous oser... — s'écria Ib-oberl, le visage enflammé décolère. — Agricol... — B’dcila Françoise éplorée .. — mon mari! — Monsieur Dagobert, écoutez Agricol 1 .... c'est dans notre intérêt à tous qu'il parle,
— s’écria la Ma veux. — Pas un mot de plus... — répondit le solda en frappant du pied avec colère. — Je vous dis... mon père... que vous risquez presque sûrement... le* galères !! — s'écria le forgeron en devenant aune pâleur effrayante. — Malheureux ! — dit Dagobert en saisissant son fils par le bras. — tu ne pouvaLpas me cacher cela... plutôt que de nt 'exposer à être traître cl lâche! » Puis le soldai répéta rn frémissant :
« Les galère*!! »
Ht il baissa b tête, muet, pensif, et comme écrasé par ces mots foudroyant*.
«Oui, vous introduire dans un lien habité, la nuit, avec escalade et effraction... la loi est formelle... ce tout les galères! — s'écria Agricol, à b fois heureux et désolé de l’accablement de son père -, — oui, mon père... les galères... si vous êtes pris en flagrant délit - et il y a dix enances contre uue pour que eda soit, car. b Maycux vous l'a dit, le couvent est gardé... Ce malin, vous auriez tenté d’enlever en plciu jour ces deux
jeunes demoiselles, xro|is auriez été arrêté ; mais an moins e rite tentv t|ve, faite ouvertement, avait un caractère de loyale audace qui plus lard peul-étic vous eût fah absoudre... Mais vous introduire ainsi l i tarit avec escalade... je vous le répété, ce sont les galères... Maintenant... inoij père décidez-vous ;... ce que vous ferez, je le ferai... car j* 1 ne vous laisserai pas aller seul... dites un mot... te lôrge votre crochet*, j’ai J:i an bas de l’armoire un marteau, des tenailles... eldausunu heure nous parlons. »
Un profond silence suivit les paroles du forgeron, silence seulement interrompu par les sanglots de Françoise, qui murmurait avec désespoir : « Hélas... mon Dieu!... voilà pourtant ce qui arrive... parce que J'ai écouté l'abbé Dubois!...»
En vain la Mayenx consolait Françoise, elle se sentait elle-même épouvantée car le soldat était capable de braver l'infamie, et alors Agricol voudrait partager le* périls de son père. Dagobert, malgré son caractère énergique et déterminé, restait frappé de stupeur. Scion scs habitudes militaires, il n'avait vu dans son entreprise nocturne qu'une sorte de ruse de guerre autorisée par son hou droit d'abord, et aussi par (inexorable fatalité de sa position; mais les effrayantes paroles de son fils le ramenaient à la réalité, à une terrible alternative : ou il lui (allait trahir b confiance du maréchal Simon et les derniers vœux de b mère des orphelines, ou bien il lui fallait s’exposer à une flétrissure effroyable. . . et surtout y exposer son (Us... son fib !!! et eda même sans b t cc ; libido de délivrer les orphelines... .
Tout à coup, Françoise, essuyant scs yeux noyés de larmes, s'écria comme frappée d’une inspiration soudaine : « Mais, nion Dieu! j'y songe... il y a peut-être un moyen de faire sortir ccs chère* enfants ffu couvent sans violence.
— Gomment cela, ma mère? — dit vivement Agricol. — C'est M l'abbé Dubois qui les y a Tait conduire... mais, d’après ce que suppose Gabriel, probablement mon confesseur n’a agi que par les conseils de M. P.oilin...
— ht quand ceb serait, ma chère mère. on aurait beau s’adresser à M. Rodm, on n obtiendrait ricu de lui. — De lui, non, mais peut-être de CCI abbé si puissant qui est le supérieur de Gabriel, et qui l a toujours protégé depuis son entrée au séminaire. — Quel abbé, ma mère? — a. l'abbé d.Aigrigny. — En effet, chère mère, avant d'être prêtre il était militaire... peut-être serait -il plus accessible qu'un antre... et pourtant...
— DWigrifiny* — s'écria Dagobert avec une expression d Horreur et de bain?. — Il y n ici, mêlé à cos trahisons, un nomme qui, avaut d'être prêtre, a été militaire, et qui s'appelle d'Aigrigny? — Oui, mon père, le marquis d'Aigrigny... Avant la D estait ration... Il avait servi en liussic... cl, en 1815, les Konrhons lui ont douné un régiment... — C'est lui! — dit Dagobert d'une voix sourde. — Encore lui! toujours lui !!! comme un mauvais démon... qu'il s’agisse de b mère, du pere ou dcs cgfqnls.
— Que dis-tu, mon père? — Te marquis d'Aigrigny ! — s’écria Dago- I» rt. — Savez-vous quel est cet homme? Avant a être prêtes il a été le bour-eaii de b mère de Dose et de Blanche, qui méprisait son amour. Avant d’être prêtre... il s'est battu contre son pays, et s'est trouvé deux fois face à face à b guerre avec le général Simon... Oqi, pendant que le
néral était prisonnier à Lcrpsick , criblé de blessures à Watcrlpo* autre , le marquis renégat, triomphait avec les fitpfcs et les Anglais 1 Sous les Ihnrboiu, le renégat, comblé d'honneurs, s'est encore relrquvé en face du soldat Je l’Empire persécuté. Entre epx deux, cette fois, il y a eu un duel acharné... Le maronis a été blessé : mais le général Simon, proscrit et condamné à mort, s’est exilé... Maintenant le renégql est irêlrc... dites-vous? Eh bien! moi, maintenant* je suis certain qug c’t*l ui (lui a fait enlever Dose et Blanche, afin d’assouvir sur elle» la haine ii’il a toujours rue contre leur mère et contre leur père... Cet infâme
Aisrlgny les tient en sa puissance. Ce n'csf plus seulement L$ fortune de ces entants que j'ai à défendre maintenant... c’c.>t leur vie... pulen* dez-TOus? leur vie... — Mon père... croyez-vous cef homme capable de... — Un traître à sou pays, qui finit par être un préjre infime, est capable' de tout ; je vous dis que peut-être à et tic heure il tue CCS enfants à petit feu... — s’écria le soldat d'une voix ddt hirqntc, — cay le* séparer l’une de l'autre , c’est déjà commencer à Ie.> tuer... — Fui$ Dagobert ajouta avec une exaspération impossible à rendre : — J es fijfe* du maréchal Simon sont an pouvoir (lu marquis d'Aigrigny çt fie sa bande., et l'hésiterais à tenter du les sauver... par pair des galère»!... lès galères! ajouta-t-il avec qn éclat de rire convulsif, qu'es t-ge que ça nu* tait, à moi, les galères? Est-ce qu'au y met votre cadavre.’ i.sl-ce qu'apres ccülo dernière tentative je n'aurai pas le droit, sj elle avorte, de me brûler b cervelle ? Mets ton 1er aq feu, mon garçmj... Vite, lî temps presse, forge... foire le ter. — )]ais ton 1!|> raccompagne, — s'écria Françoise avec un cri de désespoir mateim J. — Puis, se kragl, elle se jeta
aux pieds de [bgobert en disant Si tu es arrêté... il le sera aussi,
Tour s'épargner les galères... il fera comme moi--- j'âi deifx pistolets. — Mais moi... — s'écria b malheureuse mère en bmibrff scs mains supplhntcs, — sans toi... s." ns lui... nue deviendrai je?... — Tu as ralsou... j'étais égoïste--- j'irai seul, — dit D.igohi rj. — Tp n iras pas seq|... mon ! père... — repri: Agricol. — Mais i.t mère!... — |*a Maycux voit ce qui f s.* passe, elle ira trouver M. Hardy, mon bourgeois . cl’ lui dira loqj... c'est je plus généreux des hommes mj pqerq mira un abri cl du prén jusqu'à la lin île sasiuurs. — El c'est moi... c’est moi qtii suis caiiso du tout !... — s'écria ! rançoise en sc tordant les mains avec désespoir. - - Punissez- moj, |ii«» ftipw... pimissez-moi... c'est ma faute... fai livré ce
ISO
!.r. JUIF KH fSA>T.
enfants... je serai punie par la mon de mon enfant. — Agricol. . tu ue me suivras pas!! je le le défends, — dit Dagoliert en pressant son dis contre sa poitrint avec énergie. — Moi... apres l’avoir sigualé le danger... je reculerais... tu n’y penses pas, mon père! Est ce que je u’ai pas aussi quelqu'un à délivrer, moi? Mademoiselle de Eardoville, si bounc, si généreuse, qui m’avait voulu sauver de la prison, n’esl-clle pas prisonnière à son tour ? Je te suivrai, mou pere, ccsl mou droit, c’est mou devoir, c’est ma volonté. »
Ce disant, Agricol mit dans l’ardent brasier du poêle de tonie les pincettes destinées à faire un crochet.
« Hélas! mon Dieu ! ayez pitié de nous tous ! » disait la pauvre mère (il sanglotant, toujours agenouillée, pendant que le soldat se mblait eu ; proie à un violcui combat intérie ur.
■ Ne pleure pas ainsi, cbere mere, tu inc brises le cœur, — dit Agrj- I col en relevant sa mère avec l’aide de la May eus ; — rassure-toi. J’ai dû exagérer A mon (>ère les mauvaises chance» de l'entreprise ; mais à nous deux, en agissant prudemment, nous pourrons réussir presque sans •ien risquer, n’est-ce pas, mou père? dit Agricol en faisant un *igiie d'intelligence à Dagobert ; — encore une fois rassure-toi bonue mere... je réponds de tout... Nous délivrerons les tilles du maréchal Simon et mademoiselle de Cardoviiie... l a Mayeux, douue-uw/i les tenailles et le marteau qui sont au bas de celte armoire... »
L’ouvrière, essuyant ses larmes, obéit à Agricol, pendant que celui-ci,
A l'aide d uo soufilet. avivait le brasier ou chauffaient les pincettes.
« Voici tes outils... Agricol, v dit la Mayeux d une voix profondément altérée . en présentant , de ses main-, tremblantes, ces objets au forgeron, qui, A l’aide des tenailles, relira bientôt du feu les pincettes c ha a (lérs à blanc, qu’il commença de façouuer en crochet A grands coups de marteau, se servant du poêle de lente pour enclume.
Dagobert était resté silencieux cl peireif. Tout î coup il dit à Françoise en lui prenant les mains : «Tu connais ton fds : l’empêcher maintenant de me suivre, c’est impossible. .. Mais, rassure-toi. . chère femme... nous réussirons... je l'espère ... Si nous ne réussissons nas. .. si nous sommes arrêtés, Agricol cl moi, eh bien ! non... pas de lâchetés... pas de suicide... le père et le (ils s'en iront on prison bras dessus, bras dessous, le front haut, le regard fier, comme deux hommes de coeur qui ont fait leur devoir... jusqu'au bout... l.c jour du jugement viendra nous dirons tout... loyalement, franchement;... nous dirons que, poussés A b dernière extrémité... ne trouvant aucun secours, aucun appui dans la loi. nous avons é'C oblige* d'avoir recours à b violence..
A a, forge, mon garçon, — ajouta Dagobert en s’adressant à son fds, qdî martelait le fer rougi. — forge... foigc... sans crainte : les juges sout honnêtes gais, ils absoudront d'honnêtes gens. — Oui , brave père, tu as raison; rassure-toi, chère nièi les juges verront la différence qu'il y a entre des bandits qui escaladait I:* nuit de- mur- pour voler... et m; vieux soldat et *on fils qui, au péril de leur libellé, de leui vie, de l iuf.unie, ont voulu délivrer de pauvres victimes. — El si ce langage n’est pas entendu. — reprit Dagobert, — tant pis!... ce ne sera ni ton fils ni ioj mari qui seront déshonorés aux yeux des honnêtes gens... Si fou nous met au bagne... si nous avons le courage de vivre... eh bien! le jeune et le vieux forçat porteront fièrement leur chaîne... et le marquis renégat... le prêtre infatué sera plus honieax que nous. . Va, forge le for sans crainte, mon garçon ! Il y a quelque chose que le bagne ne peut flétrir : une bonne conscience et l’hoiincur... — Maintenant, deux mob, ma bonue Mayeux; l’heure avance et nous presse. Quand vous êtrv descendue daus le jardin, avez-vou* remarqué si les étages du couvent étaient élevés? — Non, pas très-élevés, monsieur Dagobert, surtout du côté qui regarde b maison des Tous, où est entamée mademoiselle de Cardoviiie. — Comment avez vous fait pour parler à cette demoiselle?
— Elle était de l’autre côté d'une claire-voie en planches qui sépare à cet endroit les deux jardins. — Excellent... — dit Agricol en conliuuaul de martelpr son fer, — nous pourrons brileru nt entrer de l'un dans l'autre jardin... peut-être sera-t-il plus facile a plus sûr de sortir par b maison des fous... Malheureusement lu ne sais pas où est b chambre de mademoiselle de Cardoviiie. — Si... reprit b Mayeux eu rassemblant scs souvenirs. — elle habite un pavillon carré, et il y a au-dessus de b fenêtre où je l’ai vue pour la première fois une espece d’auvent avancé! peint couleur de coutil bleu et bbne. — Bon... je ne l'oublie red pas. — Et vous ne savez pas, à peu près, où sont les chambres de mes pauvres eubnts ? • dit Dagobert.
Après un moment de réflexion, la Mayeux reprit : « Elles sont en face du pavillon occupé par mademoiselle de CareJoville, car elle leur a fait depuis deux jours des signes de sa fenêtre; et je me souviens maintenant qu'elle m’a dit que leurs deux chambres, placées à des étages différents. sc trouvaient, l’une au rrat-de-ohaus*ée, l’autre au premier. — Et ces fenêtres sont-elles grillées? — demanda le forgeron. — Je l'iguore. — Il n'importe, merci, ma bonne fille ; avec ces indications nous pouvons marcher, — dit Dagnlvert: — pour le reste j'ai mon pbn.
— Ma petite Mavrux, de l’eau, — dit Agricol, — que je refroidisse mon frr. — Puis s'adressant à son père : — Ce crochet est-il bien? — Oui, mon garçon; des qu'il sera refroidi nous ajusterons la corde... »
Depuis quelque temps, Françoise Baudoin sciait agenouillée pour prier avec ferveur : elle suppliait Dieu d’avoir pitié d’Agricol et do Dagobert, qui, dans leur malheureuse ignorance, allaient commettre un grand crime ; elle conjurait surtout te Seigneur de Jaire retomber sur
die seule sou courroux céleste, puisqu'elle seule était b cause de U fuueste résolution de son Ülsti de son mare
Dagobert et Agricol lerniiuaienl en sileuce leurs préparatifs: tous deux étaient très-pale? et d une gravité solennelle ; ils seutaicut tout « qu’il y avait de dangereux dans leur entreprise désespérée. Au bout de quelques minutes, dix heures sonnèrent à Sainl-Merrv. Le tiuienieul d*
I horloge arriva faible et à demi couvert par le grondement des râble, de vent et de pluie, qui n’avaient pas cessé.
« Dix heures... — dit Dagobert en Iressailbul. — il n'y a pas ut? minute à perdre... Agricol promis le sic. — Oui, mon père. »
En allant chercher le sac, \gricol s'approcha de la Mayeux. qui * soutenait à peine, et lui dit tout bas cl rapidement : « Si nous ne som> mes pas ici demain matin... je le recommande ma mère. Tu iras chez M. Hardy; peut-être sera-t-il arrivé de voyage. Voyous, sœur, Ju courage, embrasse-mol. Je le laisse ma pauvre mere;. »
It le forgerou, profonde ment ému, serra cordialement dan; ses L*r.‘ b Mayeux, qui se sentait défaillir.
« Allons, mon vieux Habat-Joie, eu route, dit Dagobert.—- tu non. serviras de vedette... — Fuis, s’approchant de sa femme, qui, s’étaut relevée, serrait contre sa poitrine la tête de son fils, qu'elle couvrait il.* baisers en fondant en larmes, le soldat lui dit, a)Te< tant autant de calme que de séréuilé : — Allons, ma chère femme, sois raisonnable, faisnous bon feu... dans deux ou trois heures nous ranimerons Ici deuv pauvres enlauls et une belle demoiselle... Embrasse-moi... cela me portera bonheur. »
Françoise se jeta au cou de son mari sans prononcer une parole. Ce désespoir muet, accentué par des sanglots sourds et convulsifs, était déchirant. Dagobert fut obligé de; s'arracher des bras de sa femme, et, cachant son émotion, i! dit à son fils d'une voix altérée : « Partons... parlons... elle me fond le cœur... Ma bonne Mayeux, veillez sur elle.. Agricol... viens. »
El le soldat, glissant scs pistolets dans la poche de su rediugote, K précipita vers b porte suivi Je Uubat-Joie.
«Mon lüs... encore!... que je l'embrasse encore une fois! bêlas., c’est peut-être la dernière, — s'écria la malheureuse mère, incapable de se lever et tendant les bras à Agricol. — Pardoune-moi .... c’est ma faute, a
Le forgeron revint, mêla ses bnnes A celles de sa mère,- car il pleurait aussi, et murmura d'une voix étouffée :« Adieu, chère mere... lUissure-loi... A bientôt... »
Fuis, se dérobant aux étreintes de Françoise, il rejoignit son père sur F escalier. Françoise Baudoin poussa uu long gémissement et tomba presque’ inanimée entre les bras de la Mayeux. Dagobert et Agricol sortirent de b rue Brise-llielie au milieu de la tourmente, et se dirigèrent à grands pas vers le bohlevard de l'Hôpital, suivis de Aabal-Joie.
CHAPITllE IX.
ExaU.le et effraction.
Onze heures et demie tonnaient lorsque Dagobert et son fils ai rivèrent sur le boulevard de l’IlûpiiM. le vent était vident, la pluie batlaiite; tuais, malgré l'épaisseur des nuées pluvieuses, la mut paraissait assez claire, grâce au lever tardif de b lune. Les grends arbres noirs êt le* murailles blanclr/s du jardin du couvent sc distinguaient au milieu de cette pôle clarté. Au loin, un réverbère agité par lèvent, et dont on apercevait A peine b lumière rougeâtre à travers la brume et b pluie, sc balançait au-dessus de la chaussée boueuse de ce boulevard solitaire A de rares intervalles ou cincuduit, au !ain... bien au loiu, le sourd roulement d’une voilure attardée ; puis tout retombait daus un morne silence.
Dagobert et son fils, depuis leur départ de la rue Brise-Miche, avaient à peine échangé quelques paroles. Le but de tvs deux boni rue? de cœur était noble, généreux ; cl pourtant, résolus, nris pensifs, ils si* gHssaient dans l'ombre coiunc des bandits à l'heure de* crimes nocturnes. Agricol portait sur ses épaules un sac renie i maut ta corde, le crochet et b barre de fer; Dagobert s’appuyait sur le bras de son li*s, cl Kabai-Jo*' suivait son maître.
« Le banc où nous nous sommes assis tantôt doit être par ici, — d» Dagoliert en s’arrêtant. — Oui, — dit Agricol en cherchant des yeux. — le voilA, mon père — Il n’est que onze heures et demie, il but ni* tendre minuit, — reprit Dagobert. — Asseyons-nous uu instant pour nous reposer cl convenir de nos faits.... •
Au bout d’uu moment de silence, le soldat reprit avec émotion ex serrant les mains d»; sou fils entre le* siennes ; * Agricol, mon enfant., il en est temps encore*... je t’en supplie... laisse-moi aller seul., je saurai bien me tirer d'affaire;... plus le tuomcul approche... plus je crains de te compromettre dins celle entreprise dangereuse. — El moi, brave père, plu* le moment approche, plus je crois que *e le serai utile a quelque chose; bon ou mauvais, je partagerai ton sort., notre but est louable... c'est une dette d’honneur une tu dns acquitter... j eu veux
LR Jl'IF F.RIJAIXT.
p. v.'r b moitié. Ce nVsl pas maintenant que je me iliidbi... Ainsi jobe, brare père... tongtons à notre plan de campagne. — Alton*, tu militas, — «lit Dagobert en étoullant un soupir. — Il but donc, brave pt-re, — reprit Agrieol, — réussir «ms em-ombro. et nous réunirons... Tu avais remarqué tantôt la petite porte de ce jardin, là, près île l aneliï «ta unir... c'e.t déjà excellent. — Par là, nous entrerons dans le jardm, et nous chercherons des batiments que sépare un mur terminé par une clair e-vuti. — Oui-., car d’uu cfiié de celte claire-voie Cst le pavillon habité par mademoiselle de L'ardoville, et de l’autre la partie du couvent où sont enfermées les tilles du général, w \ a* moment Rabat-Joie, qui était accroupi aux pieds de Dagobert, sc leva brusquement en dressant les oreilles et semblant écouter.
« (b dirait que Rabat-Joie entend quelque chose, — dit Agrieol, — écoutons. »
Uu nVntendil rien que le bruit du vent qui agitait les grands arbres du boulevard .
« .'lab. j’y pense, mon père :aino fois h porte du jardin ouverte, emmenons-nous Rabat-Joie? — - Oui... oui ; 8 U y a un chien de garde, il s e» chargera ; cl put», il nous avertira de rapproche des gens de ronde, et qui sait?... il a tant d intelligence, il est si attaché à Rose et à Manche, qu'il nous aidera peut-être à découvrir l'endroit où elles sont; je l’ai vu vingt fois aller les rejoiudte dans les bois avec un instinct extraordinaire. »
I n iiuo-meiit leut, grave, sonore, dominai les sifflements de la bi e. commença «le sonner minuit, t'.c bruit sembla retentir dou!oui> uscincut dans l’iine d’ Agrieol et de sou père; muets, émus, ils tressaillirent... fer un mouvement spontané, ils se prirent et se serrereut énergiquen*al la main, .Malgré eux, chaque battement de leur cœur se réglait sur chacun des coups de rein- horloge, dont la vibration si' prolongeait au milieu du monte silence, de la nuit... An dernier linienieul, I •;.« .1,» r : dit à sou lils (J’ime voix ferme : « Voilà minuit... eiubrasse-moi... et en avau! ! *
U* père et le fils s’embrassèrent. Le moment était décisif et solennel. « .lijintciuiiil, mou père, — dit Agrieol, — agi-sous avec autant de rose et d'audace que des bandits ulbul piller un coflYe-furl. »
Ce dUaul, le forgerou prit daus le Sac la corde et le crochet. Dagobert s’arma de la piuce de fer, et tous «leux, s’avançant le long du mur avec précaution, se dirigèrent vers la petite porte située non biiu de l'angltr formé par b rue et par le boulevard, s'arrêtant de temps à autre pour prêter I oreille avec attciiliou. Lu haut de distinguer les bruits «pii ne seraient causés ni par la pluie ni par le grand vent, t a nuit continuant d'ètre assez claire pour que l’un pût parfaitement distinguer les objets, le forgeron et le soldat ai teignirent b petite porte ; les ais paraissaient vermoulus et |h:u solides.
• Bon, — dit Agrieol à son père, — d’un coup elle cédera. »
Et le forge rt>n allait appuyer vigoureusement son épaule contre la porte en s’arc-boutant sur scsrjurneis, lorsque tout à coup Rabat-Joie C rugnn sourdement en se mettant pour aima dire en arrêt. D’un mot Robert lit taire le chien, et saisissant son bis par le bras, il lui dit tout bas : a Ne bougeons pas... Rabat- Joie a senti quelqu’un... dans le jwtfm!... ■
Agrieol et son père restèrent quelques minutes immobiles, l’oreülc •vguet, et suspeudaut leur respira tiog... Ij« chien, obéissant à son maître, ne grognait plus; mais son inquiétude et sou agitation se mauiièstaieui de plu?, eu (Jus. Cependant on n entendait vieil.
«Le chien se sera trempé, mon père, — dit tout bas Agrieol. — Je >ui» sdr que non ;... ne bougeons pas... »
Après quelques secondes d'une nouvelle altcule, Rabat-Joie se courite brusquement et allongea autant qu'il le put son museau sous la traverse inferieure de b porte en sont lia ut avec force.
■ On vient... — dit vivement Dagoliert à s >n (ils. — Eloignons-noc-j,
— reprit Agrieol. — Non, — iui dit sou ivre, — écoutons; H sera temps d«* fuir si l’on ouvre la porte... Ici, Rabat-Joie, Ici... «
! e chien, obéissant, s'éloigna de la porte, et vint -e coucher aux pieds de son maille... (Ji elques secoudes apres un entendit sur la terre, détrempée par la pluie, une espèce de pataugeuu-ut causé pur des pas l'Kirds dans des (laques d’eau, puis uu bruit de parole* qui, emportée* par b veut, D*arrivèrent pas jusqu'au soldat et au forgeron.
« Ce sont les gens de ronde dont uot» a parlé la May eux, — dit Agrtwl à son père. — Tant mieux... ils inoltruut un intervalle «:ntrc leur seconde tournée, cela nous assure au moins deux heures de tranquillité... Maintenant, notre affaire est sûre. »
En effet , peu à peu, le bruit des pas devint moins distinct, puis il se perdit tout a fait...
« Allons, vite, ne perdou* pas de temps, — dît Dagobert à son fils au bout de dix minutes; ils sont loin ; maintenant tâchons d'ouvrir cette porte. »
Agrieol v appuya sa puissante épaule, poussa vigoureusement, et la porte ne coda pas maigre sa vétusté.
* Malédiction! — dit Agrieol, — elle est barrée en dedans, j’en suis sûr; ces mauvaises planches naîtraient pas, sans cela, résiste au choc.
— Comment faire? — Je vais monter sur le mur à l’aide de b corde et du crochet.. . et aller l'ouvrir eu dedans. *
Çe disant, Agrieol prit la corde, le minium; et, apres plusieurs tentatives, il parvint à biner le crochet sur le chaperon du mur.
« Maintenant, mon porc, fai.vtr.oi b courlc-dcbeRc! Jt» in'ahJ: r..i de la corde; une lois a cheval mr b mnrallk, j«* rel u tter. i l« crampon, et il me •*cra facile de des< nuire dans le jardin. »
Le soldat s’adossa au mur, joignit scs deux main*, dans le creux desquelles sou (ils posa un pied, puis, montant de là sur les robustes épaules de son père, où il prit uii point d appui, à l’aide de b carde cl de quelques dégradations de h muraille, il en atteignit b crête. Mulheureuseuient le forgeron lie. s était pas aperçu que le chaperon du mur , était garni de morceau «le verre de bouteilles cassées qui le blessèrent aux geuoux et aux mains; mais, de peur d'alarmer Dagobert, il retint un premier cri de douleur, replaça le crampon comme il fallait, se laissai glisser le long de b corde, et atteignit le sol; b porte était proche, il y « oui ut : mie forte barre de buis b maintenait, en rflèi, intérieurement; la serré ie était en si mauvais état, qu’elle lie résista pas à un violent effort d’ Agrieol; b porte s'ouvrit, Dagobert entra daus le jardin avec Rabat-Joie.
« Maintenant, — dit le soldai à son (ils. — gràrx» à loi, le plus fort est 'bit. Voici un moyen de fuite assuré pour mes pauvres enfants et pour mademoiselle de i ardoville. Le t«Kit, a : i-tlo heure, est de les trouver... sans faire do mauvaise rem ontre... Rabat -Joie va marcher (levant en < < butor. Va, va, mou chien, — ajouta l agubert,— et surtout sois muet, lais-loi. »
Aussitôt l'inl» Urgent animal s'avauça de quelque* |< is, flairant , écoulant, éventant, et marc hant avec la prudence et l'attention circonspecte d’uu limier eu quête. A b demi-clarté de la lune voilée par les nuages, Dagobert cl son bis aperçurent autour d'eux un q'iiuconce d’arbres énormes, auquel aboutissaient plusieurs allées. Iudc< i> sur celle qu’ils 'levaient suivre, Agiiioi dit à son pere : ■ h étions l’allée qui côtoie le mur, elle nous nu-uera sûrement a un bAlimeul. — L'est juste, allons, et marebous sui les bordures d>- gazon , au lieu de utart Iut dans l'allée boueuse: nos pas feront mono de bruit. »
Le père et le lib. précédé* de Rabat-Joie, parcoururent pendant quelque temps une sorte «( allée tournante, qui * ebiigmot peu «!«• b muraille ;
iis s’arrêtaient çà et là pour écouter noilr se rendre ptiiticmmcnl
compte, avant «b* continuer leur marche, «les nudùks aspects des arbres et «les breussailks, qui, agile 1 * par le veut et éclairés par la pale clarté delà Imie, aflertaieutvouvi-ul de* fuîmes eblgulii-res. Minuit «*t demi sonnait lorsque 'grirol et son père arrivèrent « une large grille de fer <|ui servait ik clôture au jaidj* réservé de la supéi i«* re du couvent; c’est dans cette réserve que la Maycax s était introduite le matin, après avoir vu Rose Simon senUvti uir au'C Adrien ne de (brdovîDe. A travers le> barreaux «le celle gtille, Afilrol et smi pere aperçurent, à [>cu di; distance , une ferme ttiro en plaurhca à c laire voie uhcnitissml à une chape-lie en coiu-iruc liuti, et au delà un petit pav illmi carré.
« Voilà sans doute le pavillon de b maison de fou* occupé par maderooi-elle de Larduvillc, — dit Ag i«ol. — Kt le h.ttimcul où sont les* chambres de Rose et de lllaitche . niais que* nous lie pouvons apercevoir d’ici, lui bit face «ms doute , — dit Ibgobcrt. — Pà titres eubnLs , elles' >out là. iNnirlanl, daus les brutes et In désespoir, — ajouta-t-il avec une émotion proloude. — Pourvu que celte grille soit ouveite?— dit Agrieol. — Elle le sera proliablcment... elle est située à l'intérieur. — Avançons doucement. »
Eu quelques pas Dagobert et ion fils atteignirent la grille, seulement fermée* par le pêne de la serrure.
Dagnuert allait l'ouvrir, lorsque Agrieol lui dit :
« Prends garde d«* b faire citer s«:r s»‘* gond*... — Faut-il lu pousscT douccmoul uu bru>queim ni ? — Laisse % moi, Je m’en charge, » dit Agrieol.
El il ouvrit si brusquement le battant de la mille, qu’il ne grinça que bibtement: mais cepembni ce bruit fut asscr di*lliul pour être exiteudu, au milieu du *ilente de b nuit, pendant un «ks inter v: Iles que les rafales du veut laissaient entre elles. Agrie ol rt son ju re restèrent un inouieut immobiles, inquiets, prêtant roreflk... n'osant franchir le seuil de celte grille afin de se ménager uno retraite. Rie» ne bougea, tout d. mettra calme, tranquille, tgi ic ol et son p«'re, rassurés, péné'.rê enl date le jardin ré ervé. \ p cilié le chien fut il rntré dons cet endroit, qu'il di ma I tous les signes d une joie extraordinaire : les oreilles dre^ è. s . la queue battant ses liants . bondissant plutôt que courant , Il eut bientôt atteint I l.i séparation en c laire-voie où le matin Rose Simon s ébit un in-tant entretenue avec madciiHiisrlk de l’aidoville; puis il s’arrêta un instant en cet endroit , inquiet cl a faire, tournant et virant comme ntt ci tien qui cherche cl démêle une voie. Dagoliert cl son fils, hissant Rabat Joie ob« : ir à son htstin- 1 . suivaient ses moiiuJrc* mouvements arec un intérêt, avec une anxiété indicibles . espérant tout de son intcUtgcuéc cl de son attachement |Hiur les orphelines.
■ C’est sans doute près de cette claire-voie que Rose sc trouvait lorsque la Ma yeux la vue, — * dit Dagobert. — Rabat-Joie est sur scs traces, bisse »n*rk faire, a
Au bout de quelques secondes, le chien tourna la tête du « ôté de Dagoliert . et partit au galop, se dirigeant vers une porte située au r» z-dccbaussée du bâtiment qui taisait bec au paviiLin occ upc par Adrimuc; put*, arrivé à cette porte, le chien se coucha, semblant altcudie Dagobert.
n l'in» do doute, c’est bi*-:» dans ce bâtiment cpie sont hs enbnt* , — dit Dagoliert en allant rejoiudic Rabat-Joie, — c f e»t la qu'ou aura taulut
renfermé Rose. — Nous allons voir si les Tendres sont ou non grillées, » dit Agricol en suivant son père.
Tous deux arrivèrent auprès de Rabat-Joie.
■ Eb bien ! mou vieux, — lui dit tout bas le soldat en lui montrant le bâtiment, — Rose et Blanche sont donc là ? »
Le chien redressa la tète et répondit par un grognement de joie , accompagné de deux ou trois jappements. Pagohcrl n'eut que le temps de •aisir la gueule du chien entre scs nains.
Agricol se dirigea en hâte vers b grille, tandis que Dagobert, te glissant le long du mur, arriva devant les fenêtres du rez-dc-c hmm de ; qfa
U docteur et Atlrienoc. — Page 87.
Le docteur Baleinier .
étaient au uombre de quatre : deux d'entre elles n'étaient pas grilko il regarda au premier étage, il était peu élevé. Cl aucune de scs fenêtre
« Il va tout perdre!... s'écria le forgeron. On l'a entendu peut-être... — Non, — dit Dagobert. — Mais, plus de doute... les enfants sont là »
A cet instant, la grille de fer par laquelle le soldat et son fils s’étaient introduits dans le jardin réservé, et qu’ils avaient bissée ouverte, se referma avec fracas.
x On nous enferme, — dit vivement Agricol, — et pas d'autre issue ! » Pendant un instant le père et le (ils se regardèrent atterrés-, mais Agricol reprit tout à coup : « Peut-être le battant de la grille se sera-t-il Inrmé en roulant sur ses gonds par son propre poids : je cours m’en asiurcr, et la rouvrir... si je pu». — Va vite, j'examinerai les lenêtrcs. »
n 'était garnie de barreaux : celle des deux sœurs qui habitait cet éUf pourrait donc, une fois prévenue, attacher un drap à la barre dipp»
Le portier et Rabal-Joi<\. —
Page 103.
i ( h feoêirc cl se laisser glisser, comme l'avaient fait les orphelines pour s'évader de l'auberge du Faucon blanc: mats il fallait, chose difficile, savoir d'abord quelle chambre elle occupait. Dagobert pensa qu'il pourrait en être instruit par celle des deux sœurs qui habitait le rezde-cluus-ée ; mais là, autre difficulté : parmi ces quatre, fenêtres, à laquelle des ait-il frapper? AgricOl revint précipitamment « C'était te vent sans (toute qui avait fermé la grille, -dit-il, — l'a! oumt de uouveau le battant et je l'ai calé avec une pierre... mais il fuit nous hâter. — lit comment reconnaître les fenêtres do ce- pauvres enunis?- dit Dagobert avec angoisse.— C'est vrai;— dit Agricol inquiet, — que faire ?— Appeler au hasard, — dit Dagobert,— c'eut donner I éveil si uoojt nous adressons mal... — Mon Dieu ! mon Dieu ! — reprit Agricol atec une angoisse croissante, — être arrivés ici, sous leurs fenêtres... d ignorer.. — le temps presse, — dit vivement Dugobcrt en interrompant son (ils, — risquons le tout pour le tout. — Comment, mon père ? — Je vais appeler Rose cl Ül.uiehc à liante voix: désespérées rumine dits le sont, elles ne dorment pas, j'en suis sAr... elles seront debout à mon premier appel. Au moyen de son drap attaché à la barre d'appui, cd cinq minutes celle qui habile au premier sera dans uosbras. Huant j celle du rez-de-chaussée, si sa fenêtre n'est pas grillée, un une m— cuude elle cal à nous... sinon nous avons bien vite descellé un barreau.
— Mais, mon nère, cet appel à voix haute? — Peut-être ne l'entendrol'iu pas... — Mais si on l'entend tout est perdu. — Qui sait! avant fi on ait eu le temps d'aller chercher les hommes de ronde et d'ouvrir plusieurs portes, les enfants peuvent être délivrées, nous gagnons I’»soe du boulevard et nous sommes sauvés... — Le moyeu est dangereux, mais je n'en vois pas d'autre. — S’il n'y a que deux hommes, moi et Rabat-Joie noos noos chargeons de les maintenir s’ils accourent avant que l'évasion ne soit terminée ; et pendant ce temps-là tu enlèves J« enfauls. — Mou père, un moyen... et un moyen sAr, — s’écrb tout à coup Agricol. — D'après ce que noos a dit la Ma yeux, mademoiselle de Cardoville a correspondu par signes avec Rose et blanche. — Oui. — Elle sait donc où elles habitent, puisque les pauvres enfants lui répondaient de leurs fenêtres. — Tu as raison... il n’y a donc que cela à fore ; .. allons au pavillon. Mais comment reconnaître ?... — La Mayeux me l'a dit : U y a une espèce d'anvent au-dessus de la croisée oe la chambre de mademoiselle de Cardoville. — Allons vite, ce ne sera rien que de briser une claire-voie en planches.. . As-tu la pince?— U voilà. — Vite, allons...»
En quelques pas Dagobert et son fils arrivèrent auprès de cette faible
séparation; trois planches arrachées par Agricol lui ouvrirent un facile passage.
« Reste là, mon père, et fais le guet, » dit-il à Dagobert en s'introduisant dans le jardin du dorteur Baleinier. "
La Icnétre signalée par la Mayeux était facile à reconnaître : elle était liante et large : uue sorte d'auvent la surmontait, car cette croisée avait été précédemment une porte, murée plus tard jusqu'au tiers de sa hauteur; des hameaux de fer a'scz espacés la défendaient. Depuis quel nues instants la pluie avait cessé ; la lune, dégagée des nuage* qui 1 obscurcissaient naguère, éclairait eu plein le pavillon: Agricol, s'approchant des carreaux, vil la chambre plongée dans l'obscurité, mais au fond de cette pièce une porte entrebâillée laissait échapper une assez vive clarté, la* forgeron, espérant que mademoiselle de Cardoville veillait encore, frappa légèrement aux vitres.
La Gomiae.
Au bout de quelques instants, la porte dn fond s’ouvrit tout à fait mademoiselle de Cardoville, qui ne. s'était mis encore couchée, entra dans la seconde chambre, vêtue comme elle l'était lors de son entretien avec la Mayeux : une bougie qu’Adriennc tenait à la main éclairait ses* traits enchanteurs; Us exprimaient alors fa surprise cl l'inquiétude... La
LE Jl’IF ERRANT.
ir.t
jeune fille posa sou bougeoir sur une l:il>le, cl pjrui écouler atlonlhcmcul eu s avaiir.mt vers la ftuétre..- Mais tout a coup elle tressaillit «.‘t s'arrêta brusquement. Elle vuuail tic distinguer vaguement la ligure d'un homme regardant à travers scs carreaux. Agricol, craignait que maderiiohclle de Cardoville, effrayée, ne se réfugiai dans la pièce voisine, frappa de nouveau, et, risquant d'être entendu au dehors, il dit d’une voix assez liante : «C*e»l .'àricol Baudoin. » tics mots arrivèrent jusqu'à A arienne. Se rappelant aussitôt son entrctiin avec la Ma yeux, elle pensa qu’ Agricol et Dagobert s'éljient in- Irnthrls dans le couvent enlever llosc et Manche ; courant alors vers la croisée, elle rerouiiut patfaitemeiU Agricol à la brillante clarté de la lune, et ouvrit sa fenêtre avec prccautiou.
« Mademoiselle, — lui dit préclpltanunenl le Forgerou, — il u'y a pas uu iustaul à perdre; le comte de Moulbron n'est pas à Paris, mon livre et moi nous venons vous délivrer. — Merci, merci, monsieur Agricol, — li t mademoiselle de fordoviQe d'une voix accentuée par b plus touchante reconnaissance ; — tuais songez d abord aux tilles du général Simon... — Nous y pensons, mademoiselle: je venais aussi vous demander où sont leurs fcn< très. — L'une est au rez-de-chaussée , c’est la dernière du côté du jardin : l'autre est située absoluincut au-dessus de edl -ci... au premier éloge. — Maintenant elles sont sauvées! — s’écria le forgeron. — Mais, j'y pense, reprit vivement Adrienne, — le premier étage est assez éle\e ; vous trouverez là, près de celle chapelle cm construction, de très-longues perches provenant des échu(iiu«lug>'s : cela pourra peut-être vous servir — Cela me vaudra une échelle polir arriver à I » fenêtre du premier; maintenant il s’agit de vous, mademoiselle. — Ne songez qu'a ces chères orplulines, le temps presse, l’ourvti ou elles soieut libres cette nuit, il m’est iudilTérent de rester uu jour ou deux de plus dans «“elle maison. — Non, mademoiselle, — s'écria le forgeron ; — jl est au contraire pour vous de b plus gr-.mde importance de sortir d'ici cette nuit : il s'agit d'intérêts que vous ignorez, je n'eu doute phm maintenant. — Que voule*- vous dire? — Je uni mole temps d.m’expliquer davantage ; mais, je vous en conjure, mademoiselle... venez, je puis desceller deux barreaux de celle fenêtre... je cours chercher une pince. — C’est inutile. On se contenir de fermer et de verrouiller eu dehors b porté de ce pavillon, que j'lubilc seule ; il vous sera donc facile de bri>er la serrure — Et dix minutes après nous se rons sur le boulevard, — dit le forgeron. — Vite, mademoiselle, apprêtez-vous ; prenez un cible, un chapeau, car b nuit est bien froide. Je rcvicus à I instant. — Monsieur Agrtcol, — dit Adrienne les Li mes aux I yeux, — je sais ce que vous risquez pour moi. Je prouverai, je l’espère, que j'ai aussi bonne mémoire que vous. Ali ! vous et votre seeur adoptive, vous êtes de nobles et vaillantes créatures. Il m'est doux de vous devoir tant à tous «leux... mais ne revenez me chercher que lorsque les tilledu maiéchal Simon seront délivrées. — Eriec à vos indications, c*esl « luise bile, mademoiselle ; je cours chercher mon père, et nous revenons vous chercher. »
Agricol. suivant l'excellent conseil de mademoiselle de fbrdoville, alla prendre le long du mur de la chapelle une de ce» longues et fortes perches servant aux constructions, l'enleva sur ses robustes épaules t*l rejoignit lestement sou père. A indue Agricol avait-U dépassé la claire-voie pour se diriger vers b chapelle, Doyen d'ombre, que madtsnoiseUe de (brdoville crut apercevoir une forme humaine sortir d'un des massifs du jardin du couvent, traverser rapidement l'allée et disparaître derrière une I taule rlianniiie de huis. Adrienne, effrayée, appela en vain Agricol à voix basse aliu de ( avertir. II ue pouvait plu.-, l'entendre déjà il avait rejoint son père, qui, dévoré d'impatience, allait, écoulant, d une fenêtre a l'autre, avec une angoisse croissante.
« Nous sommes sauvés! — lui dit Agricol à voix basse, — voici les fenêtres de tes pauvres enfants : rcltc-ci an rct-de-chaussée... celle-là au premier. — Enfin ! » dit Dagobert avec un élan de joie impossible à rendre.
Et il courut examiner les fenêtres.
« Elfes ne sont pas grillées ! — s'écria-t-il. — Sssurons-nous d’abord si l'une des enfants est là, — «lit Agricol, — ensuite, eu appuyant celle pendu: h* long du mur, je me bisserai jusqu'à b fenêtre du premier... qui n’esl pas haute. — bien mon garçon ! une fois ià, tu frapperas aux carreaux, tu appelleras Rose ou Blanche : quand elle t’aura repondu, tu redescendras ; nous appuierons b perche à la barre d'appui de b fenêtre, et b pauvre enfant sc bissera glisser : elles sont lestes ci barî hies... Vite, vite à l'ouvrage. — El ensuite nous irons délivrer madetiioisellc de fai d<> ville. »
Pendant qn’ Agricol. soulevant b perche, b plaçait convenablement c» se disposait a y monter, Dagiibert, frappant aux carreaux do h- dernier® fenêtre «lu rez-«le-« haussée, dit à voix haute :
« C'est moi .. Dapoberl. »
Rose Simon habitait en effet celte chambre. La malheureuse enfant, désespérée d'être séparée de sa sieur, était en proie à une fièvre brûlante. ne dormait pas, et arrosait son chevet de scs larmes. Au bruit que fil Dagob«‘rt ou frappant aux vitres, elle tres-aillit d'abord de frayeur: puis, entendant b voix «lu soldat, cette voix si chère, si connue. b jeune fille se dressa sur son séant, passa set mains sur son front comme pour s'assurer qu elle n était pas le jouet d'un songe; puis, enveloppée de nu long peignoir blanc, elle courut à b fenêtre <-n poussant uu cri de joie. Mais tout à coup, cl avaul qu'elle eût ouvert sa
crui éc, deux coups de feu ret**ul i root, accompagnés de ecs cris réj»cté- : « A b garde:... au votent !... «
L’orpheline re>la pétrifiée «fépouvante, les yeux mactiinnlcmcut fixé* sur b fenêtre, à travers laquelle tüc vit cooiiisétneDt* i b clarté di la lune, plusieurs hommes lutter avec a« lurm ■ment, tandis que les aboiements furieux de Rabat-Juie dominaient ces cris incessamment répétés : « A b garnie !... au voleur !... à l'assassin !... »