‹ Œuvres illustrees d'Eugene Sue Le juif errantChapitre 59 sur 95 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

La veille «l’un grand jour

Environ doux heures avant que les faits précthlenls sc fussent passés au couvent Sainte-Marie, Rodtu et le pcred'Aigrignv étaient réunis «t.m le cabiuet où ou les a déjà vus, nie du Milicu-dcs-Vrsins. Depuis Li révolution d«» juillet, le père d’ \igrigny avait cru devoir transporter mitlocntanéimmt «bus celle habitat i«j:t temporaire les archives sécrétés « t la correspondance «le son ordre : mesure prudente, car il devait c r;ii idre de x «*ir les révérends pères expuké* par I Ltat du magnifkitie éublLsemctit dont b Restauration le- avait liln râlement gralitié>(l).

Rodiu, toujours vêtu «l'une manière sordide, toujours sale et «'r.*sseux, écrivait modestement "à sou bureau, lidde à Min humble ride de secrétaire, qui cachait, on l'a vu, une fouriion bien :iulrem«*nl importante, « elle <!o tocius, foin lion qui, selon les constitutions de l' ordre, corniste à ne pàs quitter soq «.upéi ieur, à surveiller, à épier ses tnoio-

(1) Cette crainte était vaine, car on lit dans loC onttitutionml «lu l* r février 1832 (il J a Home an* de celaj;

a l,or* qu'en 1822. M de Corbière anéantit brutalement celle hrilbi.tc Ecole • irnule qui. m «pirlques aimées dVxitlcnce, a crié ou développé tant de talent* divers, il fut décidé que. pour faire cvmpcnsMioii. on achèlcrut I h6u I d* la rat de i Poilet, où elle «éceait, et qu'on en pr ilifiiT.iil la congrégation du Saint- Esprit. - la* gjiui'tre de. la manna (it tes fond» de ce*t«î aoqui»ition, et le local fut u*i» à la diapo>inon «b la flvciété qui régnait alors *ur la France. Depuis cette époque clic a paisiblement occupé ce poste, qui était devenu une sorte d'hôtellerie où le jésuitisme hébergeait et choyait les nombieui aihiiés qui venaient de toutes |i « part'ei du pay* se retremper auprès du P. Ronsin Les chose» en étaient là lorsque survint la révolution de juillet, qui semblait devoir débusquer la ofiigr'ïHtion «le ce local. Qui le murait f U n'c«i fut |«a ainsi ; «>n supprima I .(‘location, mais on laissa les jésuites en poisessiou do l'hôtel de L rue de* Poste* : et aujourd'hui, 31 janvier 1' 32. le* hommes du Sacré-Cœur tout A tberyt aux fruit d* fEtat, et pendant ce. tcapi-U l'Ecole normale est sans asile: l'Ecole normale, réorganisée, occupe un local inicct diu.» un coin étroit du collège l.ouis-k* Grand. »

Voilà ce qu'on lisait dan* le CwilitHliirnwI ce 1832. au sujet de l’hôtel de la nie de* Pintes ; nou* ignorons quelles sorte* de transaction* ont eu lieu depuis cette époque cidre les RK. I‘P. et le gouvernement, mai» nou* retrouvons dans un article publié récemment par un journal sur (organisation de Li Société de Jésus, — l hôtel de U rue des Poste* couune Oisant partie des immeubles de la congrégation.

Citons quelques fragment* de cet article :

« Voici la liste des biens qu’un connaît à cette partie de U Société de J«'*su*.

c La msiM>n de la rue «le* Poules, qui vaut peut-être 600,000 fr. — Cette d< la rue de Sèvres. <»tirnée 300, 00Ü fr. — Une propriété à deux lieues «te Paris, 1 50,000 fr. — l’nc maison rt une église à Bourres. 100,000 fr. — Notrc-Dainede-Üesso, donnait en 18-13, tiO.UOO tr. — Siint-Acheul, maison du noviciat, IQOjOOO fr. — Nantes, uu<* IWItWNI, 100, OUI If. — Quimp* r. iJtn,. 40,0(10 fr, — Laval, inai«on cl église, 100.000 fr. — Rennes, maison, 20.000 fr - Vannes, •dru», 40,000 fr. — Meta, idtm, 40,000 fr. — Strusbourg, idtm, 60 ÜU0 fr. — Rouen, idrm, 16,000 (r. •

« On voit que ces diverses propriétés forment, 1 peu do chose près, deux ujUioM. 0

« L'enseignement «5*1, en outre, pour les jésuites une source importante dî revenus. Le seul collège de llrugi-1. tte leur rapporte 200,000 fr. Les deux provinces «te France Ile général d«*s jésuites à Rome a partagé la France en deux circonscriptions, celle «te Lvon et celle de Paris possèdent en outre en bons sur le Trésor, en sciions sur les métalliques d'Autriche, plus de gt >0,000 fr «te rente : chaque année la Propagation d«; la foi fournit au moins de 40 à Ô0.C0U fr ; hr* prédicateurs récoltent bien de leurs sermon* lô*> 000 fr ; les aumônes pour un- bonne onivre ne montent pas à un chiffre moins élevé. Voilà donc un revenu de 510.000 fr ; eh bien! à ce revenu il faut sj«M»ler le produit «te la vente des ouvrâtes de la Société, et le bénélire que l'on retire «lu commerce des gravuie*.

t Chaque planche revient, «tessin et gravure compris, â 600 Ir, , et peut tirer dis mille exemplaires qui coûtent, tirage et pap« er * AU fr le mille Or, on peut paver à l'éditeur responsable *2b0 fr j donc, »ur chique mille, béuéiice uct : 2l0 fr ITest-re pas bien opérerp et l'on peut imaziner «vec quelle rapidité tout cela s'écoule. 1^* nèic* sont eux -mêmes les commis-voyageurs de 1a maison, et il serait «Jiffieilc det trouver do plus zélés et déplus persr v«Vant*. >!cux-!à »üitt toujours reçus, Bs ne connaissant pa* les eimm* du refus. Il «*t bien entendu eue l’éditeur est un homme • eux. I^Î premier qu'lis ciurisirent pour ce rôle •l'intermédiaire fut le *<xiu« «lu procureur N.-V. J..,., Ce «octua avait quelque fortune, cependant il* furent obligé» «le lui Lira des avance* pour le* frai» du premier l'tahliswm-'nt. Quand ils virent s'assurer la priva péri le do cette industrie, il* réclamèrent tout à coup leur* annees; i 'éditeur u était pas en mesura do reiiib«>ur*er : il* Ir savaient bien; nui* il* avaient è lui Jivnnçr un *ur<e*seux riche, avec Isqtcl »(« ivouvaicnl traiter i de* coalitions plus avantageuses, ut ils ruinèrent «an* pitié leur socitu en brisant L position dont ils lut svaicut moralement garanti la durée. »

dres actions, ses pins légères impressions, et à eo rendre compte à Rome. Malgré son habituelle impassibilité. Rodin semblait visiblement inquiet et préiKicupé; il répondait d'une maniéré encore plus brève que de coutume aui ordres ou aux questions du pere d’Aigrigny qui venait •le rentrer.

■ Y a-t-il eu quelque chose de uouveau pendant mon absence ? — dnnanda-t il à Rodin, — les rapports se sont-ils succédé favorables ? — Très-favorables. — Usrz-tas-inoi. — Avant d’en rendre compte à Votre Révéreuce, — dit Rodiu. — je dois b prévenir que depuis deux Jours Moruk est ici.— Lui! — dit l'abbé d'Aigrigny avec surprise. — Je croyais qu'en quittai* fAlt UMM et b Suisse il avait reçu de Fribourg l'ordre de se diriger vers le Midi. A Mmes, à Avignou, dans ce moment, il aurait pu être un iulei médiaire utile... car les protestants s agiteut, et l’on craiul une réaction contre les catholiques. — J'ignore, — dit lîodta, si Morok a eu des raisous particulières de changer son itinéraire. Quant a ses raisons apparente', il m'a appris qu'il allait donner Ici des repréftciitaltauft. — t.ommeul ccb?— In agent dramatique l'a engagé, à sou uassage à Lyon, lui et sa ménagerie, pour le lliéitre de b Porle-Saiut- Mar 'tm, à un prix très-élevé. Il n'a pas cru devoir refuser cet avantage, a-t-il ajouté. — Soit, — dit le père d'Aigrigny en haussant les épaules; nuis, par la propagation -'es petits livres, p.irla veule des di.q>del> et des gravures, ainsi que par 1 influence qu'il aurait certainement exercée sur des populations religieuses et peu avancées, telles «pie celles du Midi ou de la Bretagne, il pouvait rendre des services qu’il ne rendra jamais à Paris. — Il est en lus avec une espèce de géant qui l'accompagne : car, en sa qualité d'ancien serviteur de Votre Révérence, Morok espérait avoir l'honneur de vous baiser la main ce soir. — Impossible... impossible... Vous savez comment cette soirée est occupée... Esl-on aile rue Saint-François? — On y est allé. Le vieux gardien juif a été, dit-il, prévenu par le notaire. Demain, à six heures du matin, des maçons ah: liront la porte murée, et pour b première fois depuis ccut cinquante ans cette maison sera ouverte. »

Le père d’Aigrigny resta nu moment pensii; puis U dît à Bodin : « A la veille d'un moment si décisif, il faut ne rien négliger, se remettre tout en mémoire. Beltsez-moi Li copie de cette note, insérée dans les archives de la Société il y a un siècle et demi , au sujet de M. de Rennepont. »

Le secrétaire prit une note dans un casier, et lut ce qui suit :

a Cejoord'bui, 19 février I6H-2, le révérend père provincial Alexandre « Bourdon a envoyé l’avertisseiueut suivant, avec ces mots en marge : c Extrêmement eonsitUrnbte pour l'avenir.

« On vient de découvrir, par les aveux d un mourant qu'un de nos « pères a assisté, une chose fort secrète.

« M. Marins de Rennepont, l’un des chefs les plus remuant - cl les plus « redoutables de la religion réformée, l’un des ennemis les plus achar- « liés de notre sainte compagnie, était apparemment rentre dans le gi- « rou de notre maternelle Eglise, à b seule et unique fin de sauver ses a biens menacés de la confiscation à cause de ses déporteimrts irréli- « gieux et (Lmuublcs ; les preuves ayant été fournies par difleientes « p«TsoniK*s de notre compagnie, comme quoi La conversion ou sieur « de Rem: pont n’était pas sincère et cachait un leurre sacrilège, les « biens dudit sieur, des lors considérés connue rebps, ont été, ci* pour- « quoi, conlistniés par S. >1. notre roi Louis XIV, et ledit sieur de Rcn- « nenont condamué perpétuellement aux galères (IJ, auxquelles il a « échappé par une mort \oloiitaire, ensuite duquel crime abominable il « a été traîné sur b ebie, et son corps abandonné aux chiens de b « voirie.

« Ces prémisses exposées, l'on arrive à b chose secrète, si extrême- « ment mnsidérjhta pour l’avenir et l’intérêt de notre Société

c S. M. Louis XIV, dans sa paternelle et catholique bonté pour l’E- « glise, et en particulier pour notre ordre, nous avait accordé le profil « de celte confiscation, en gratitude de ce que nous avions concouru « à dévoiler le sieur de Rcnncpont comme relaps, infâme et sacrilège?..

■ Nous venons d'apprendre av-crxnbnt qu’à celle couliscatinn, et eon- « séquenuuent à notre Société, ont été soustraites une maison sise à * Paris, rue Saint-François, n* S, et une somme de cinquante mille écus s en or.

■ l a maison a été cédée avant b < onlis' ation, moyennant une vente

< simulée, à un air.i du sieur Rcnncpont, ircs-bou catholique cependant a et bien malheureusement, car on ne peut sévir contre lui.

« licite maison, grâce à b connivence coupable mais inattaquable de « cet ami, a été murée, et ue doit être ouverte que dans uu siècle et ■ demi, selon les dernières volontés du sieur fie Rcnncpont.

« Quant aux cinquante mille écus en or, ils ont été placés en mains « malheureusement inconnues jusqu'ici , à celte lia d'être capitalisés et « exploités durant cent cinquante ans, pour être partagés, à I expiration « desdites cent cinquante années, entre les descendants alors existauts c du sieur de Rennepout; somme qui, moyennant tant d'arnunublions,

< sera devenue énorme, et atteindra nécessairement ta chillre de qua-

< rente ou ciuquaule millious de livres tournois.

(tj XIV, le grand roi, punirait des galères perpétuelles l-s proleslanta qui, «pré» s’êlrc converti», souvent forcêuunt , rev.'iuie-.t à leur première croyance. <Ju ml aux protestants qui restoient en France, malgré la rigueur de* édita, iis étaient privé» «b sépulture, traînés sur ta claie et livrés aux duras.

i Par des motifs demeurés inconnus cl qu’il a consignés dans tm tes- « tameut, le sieur de Reimepout a caché à sa f.unil'e, que les édits con- « tre les protestants ont chassée de France et exilée eu Europe, a caché « le plaremeut des cinquante mille écus ; eonviaul seulement ses pa- « n uis à perpétuer dans leur lignée, de génération en géncraliou, b re- « cummaudalioii aux dernier*. survivants de se trouver réunis à Paris, a daus cent cinquante ans, rue Saint-François , le 13 rivant* 1833 : et, « pour que celle recmnniand lion ue s'oubliât pas.il a cLugé un homme, « dont I étal e-l imoiiuu, m.iU dout le signal* nient est connu, de faire « fabriquer des médaille» de brouu* où ce vœu et cette date sont gravé», « et d'en faire parvenir une à eliaque personne du sa famille ; mettre « d’autant plus nécessaire que, par un autre motif egalement ignoré, et « que l'ou suppose aussi expliqué dans le testament, le» héritiers seront « tenus de se présenter ledit jour, avant mid-, eu personne et non par « représentant, bute de quoi ils seraient exclus du partage.

■ L'homme inconnu, qui est parti pour distribuer ces médailles aux « membres de b famille Ueuucpunt . est mi homme de trente à trente- « six ans, de mine Itare et triste, de haute stature ; il a les sourcils noirs, « épais et singulièrement rejoiuts; il se fait appeler Jo&cpli ; on soup- « çonne fort c«* voyageur d’être on actif et daugereux émissaire de ces t forcenés républicains et réformés deB sept Proviuces-Unies.

« De ce qui précède il résulte que celte summe, confiée r ar ce relaps « à nue main inconnue, d'une façou subreptice, a échappé à b coulis- « cation à nous octroyé** par notre bien-aimé roi , c’est donc un d»nt- « mage énorme, uu vol monstrueux, dont nous sommes tenir* de nous ■ récupérer, sinon quant au préami, du ruoiu.» quant à l’avenir.

« Notre compagnie ét.mi , pour b plus grande gloire de Dieu et de « notre saint-pere, impérissable, il sera bcik‘ 4 gràce aux relatious que « nous avons par toute la terre au moyen des misions et autres établis- « senumts. de suivre dès à présent b filiation de cette famille Rcnncpont a de génération en génération, de ne jamais b perdre de vue, afiu que « dans cent cinquante ans, au moment du partage de celte immense « fortune accumulée, notre compagnie puisse rentrer dans ce bien qui « lui a été traîtreusement dérobé, et y rentrer fat aut wtfai, par quelque « moyen que ce soit, même par ruse ou par violence, notre compagnie < n'étant tenue d’agir autrement à l'encontre des détenteurs futurs de « nos biens si malicieusement larronnés par ce relaps infâme et sacric lége... pour ce qu’il est enfin légitime de défendre, conserver et ré- « cupércr son bien par tous les moyens que le Seigneur met entre nos « mains.

« Jusqu'à restitution complète, cette famille de Rennepout sera donc « damnable et réprouvée, comme une lignée maudite de ce Caïn de rt- « bps, et il sera bon de la toujours furieusement surveiller.

« Four ce faire, il sera urgent que chaque aimé*, à partir de cejour- « d’hui, l’on établisse une sorte d'enquête sur b position successive des « membres de cette famille. »

Rodin s’interrompit . et dit au père d'Aigrigny : c Suit le compte rendu, année par année, do b position de celle famille depuis 1(183 jusqu'à nos jours. Il est inutile de ta lire à Votre Révérence?

-Très-inutile, — dit î’abbé d’Aigrigny, celte note résume parfaitement les faits... — Fois, après uu moment de silence, il reprit avec une expression d’orgueil triomphant : — Combien est grande la puissance de l’assocblion, appuyée sur b tradition et sur b perpétuité!... Grâce à celte note insérée dans nos archives depui- uu siècle et demi... celle famille a été surveillée de génération en génération:... toujours notre ordre a eu les yeux lixés »ur die, b suivant sur tous les puiuis du globe où l’exil l’avait disséminée... Enfin demain nous rentrerons dans celte créa rire peu con»idérablc d’abord, et que cent cinquante aus ont changée eu une fortune ravale... Oui... n' u$ réussirons, car je ChiÊ avoir prevu toutes les éventualités... L'ne seule chose pourtant me préoccupe vivement. — laquelle? — demanda Rodin. — Je songe à ces rcusciguemcnls que l'on a déjà, mais en vain, essayé d’obtenir du gardien de b maison dé b rue Saiut-Frauçois. A-t-on tenté encore une fois ainsi que j’cu avais donné l’ordre! — On l'a tcuté ... — Eb bien? — Celle fois, comme les autres, ce vieux juif est resté impénétrable 11 est d'ailleurs jn-esque eu enfance . et sa termite ne vaut guère mieux que lui. — Quand je songe, — reprit le père d'Aigrigny, — que depui- un siècle et demi que celte maison de b rue Saïut-François a été murée ci fern»ée. sa garde s'est perpétuée de génération en génération dans celte famille ùc Samtâls , ie ne pais croire qu'i's aiem tous ignoré qui ont été et qui soûl les dépositaires sur ces» ifs de ccs fond» devenus immenses par leur accumulation. — Vous l'avez vu, — dit Rodin. par les notes du dossier de celle affaire, que l'ordre a toujours Irès-.-oigncusemeut suivie depuis 10S3. A diverses époques on a tcuté d obtenir quelque» renseignements à ce sujet, que la note du père Bourdon n’éclaircissait pas. Mais celle race de gardiens juifs est restée muette, d’où I on doit conclure qu’ils ne savaient rien. — C’est ce qui m'a toujours semblé impossible... car enfin... l’aieul de tousses Samueha assisté à b fermeture de cette maison il y a cent cinquante ans. Il était, dit ta dO!v.ier, l’homme d<* ( onliauce ou domestiuue de M. de Remieponl. ’1 es* impossible qu'il n’ait pas été instruit de bien des choses dout b tradition sc sera sans, doute perpétuée dans sa famille. — S il m était permis de liasarder une pet i le observation, — dit humblement Rodin. — Parlez... — Il y a très-peu d'année? qu'un a eu la certitude, par une confidence de confessionnal, que les fonds existaient et qu'ils avaient atteint un chiffre

no

énorme. — San» doofc : c’est ce qui a rappelé vivement l'attention du révérend pire général car cette affaire... — On sait donc, ce que pro - 1 Laidement tous les descendants de la famille Reonepont ignorent, l'iin- ■ ntense valeur de crt héritage? — Oui, — répondit le père d’ Mgrigny, — ! la personne qui a certifié ce fait à son confesseur est digne de toute croyance... Dernièrement encore, elle a renouvelé ectie déclaration;... mais, malgré toutes les instances de son directeur, cBc a refusé de faire connaître cuir* les maies de qui étaient les fonds, affirmant toutefois qu’ils ne pouvaient être placés en des mains plus loyales. — Il me semble alors, — reprit Rodin, — que I on est certain de ce qu’il y a de plus important à arndr — Kl qui sait si le détenteur de celte somme énorme se présentera demain, malgré to loyauté nu'oti lui prêle? Ma’gré moi. plus le moment approche, plus mon anxiété augmente... Ah ! — reprit le porc d’Aigrigny apres un moment de silence, — cVst qu’il s’agit d'intérêts si immenses, que les conséquences du succès s raer.t incalculables... Knfiu, du moins... tout ce qu’il était possible de faire auta été tenté. »

A ces mots, que le père d’Algrigny adressait à Rodin, comme s’il eût demandé son adhésion, le «ont#* ne répondit rien...

L'abbé, le regardant avec surprise, lui di( : « N’éles-vnus pas de ret avis? p ouvait-on oser davantage ? u est-on pas allé jusqu’à l'extrême limite do pocdbte? »

Rndin s'inclina respectueusement, mais re$la muet.

« Si vous pensez que l'on a omis quelque précaution, — s’écria le père d’Aigrigny avec une sorte d’impatience inquiète, — dites-lc... il est temps encore... Encore une fois, crovez-vous que tout ce qu’il était possible de faire ait été Tait? Tous les ifcscendants enfin écartés, l. abri il en se présentant demain rue Saint- François ne sera-t-il pas le seul représentant de celle famille, eti par consi qurnt, le seul possesseur de celle immense fortune? Or, d’après sa renonciation , et d'apres nos statut*, ce n'est pas lui, mais notre ordre qui possédera. Pouvait-on agir mieux ou autrement? Parlez franchement. — Je ne puis me permettre d'émettre une opinion à ce sujet , — reprit humblement Rodin en s’inclinant de nouveau , — le bon ou le mauvais succès répondront à Vqlrc Révé-’ rente... a

Le père d’ Mgrigny haussa les épaules et se reprocha d’avoir demandé quelque conseil à cette machine à érrire qui lui servait de secrétaire, et qui D'avait, selon lui, que trois qualités : la mémoire , la discrétion et (exactitude

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