‹ Œuvres illustrees d'Eugene Sue Le juif errantChapitre 61 sur 95 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Lri lient frère* de h Iwnne-anvre.

Faringhea, né dans l'Inde, avait, on l’a dit, beaucoup voyagé et fréquenté les comptoirs européens di s différcrHcs parties de V .•;««*; parlant bien l'anglais et le français, rempli d'intelligence et d« sagacité, il était parfaitement civilisé.

Au lieu de répondre à la question de Roditi. il attachait sur lui un regard fiie et pénétrant ; le socius, impatiente de ce silence, et pressentant avec une vague inquiétude que l’arrivée de Faringhea avait quelque rapport direct ou indirect avec la destinée de LijaUna, reprit en affectant le plus grand saog-lroid :

« A qui, monsieur, ai-je l’honneur de parler? — Vous ne me reconnaissez pas ? — dit Pai inphea faisant deux pas vers la chaise de Rodin. — Je ne crois pas avoir jamais eu l'honneur de vous voir, — répondit froidement celui-ci. — El moi, je vous reconnais. — dit Faringhea ; — je vous ai vu ail château de Cardoville le jour du naufrage du faîteau à vapeur et du trob-mftls. — An chateau de Cardoville? rest possible., . monsieur, j'y étais en effet un jour de naufrage. — Kl ce jmir-ià je vous ai appelé par votre nom. Vous m’avez demandé ce que je voulais de vous... je vo is »< répondu : « Maintenant rien, frère... plus lard beaucoup... » J jf. temps est venq... Je viens vous demander beaucoup. — Mon cher monsieur, — dit Rodin toujours impassible, — nv„nl de continuer ccl entretien, jmqu'ici passablement obscur, je désirerais savoir, j'' vous le répète, à qui j'ai fanolage île parier... VOUS TOUS Ct€S introduit ici sous prétexte d une commis-ion de, M. Josué Van ItoêL.. respectable négociant de Batavia, et... ■— Vous connaissez l'écriture de N. Josoé? — dit Faringhea en Interrompant Rodin. — Je la connais parfaitement. — Regardez.. » Et le métis, tirant de sa poche (H était assez pauvrement vém à l’européenne) la longue dépêche dérobée par lui A Mail 1 **- le contrebandier de Java, apres l’avoir étranglé sur la grève de "®L3'ia, mit ces papiers sous les vstix de. Rodin, sans cependant s'en

divteWr. 1 ’

« C est en effet récriture dcM. Josué. — dit Rodin: et il tendit la main vers in loltre, que Faringhci remit lestement et prudemment dans m poche. — Vous avez, mon cher monsieur, permette z-moi de vous !o dire, une singulière maniéré défaire les commissions... — dit Rodin. — t’cUt lettre étant à mon adresse... et vota ayant été confiée par M. Jostié vous devriez... — (elle lettre ne m’a pas été confiée par M. J«su< : . — dit Faringhea en interrompant Rodin. — Gomment l avei-rqn entre les mains? — Un contrebandier de Java m'avait trahi; Josué avait ■muré le passage de eet homme pour Alexandrie et lui avait remis eelln leure, qu'il démit porter h bord, pour h malle d'Europe J'ai étranglé le contrebandier, j’ai pris la lettre, j’ai lait la ira vertes.. .. et me Voici... »

î.’Rlr.mgieur avait prononcé ces mots avec une jactance farouche; sou i egard fauve et intrépide lie s’abaissa pas devant le regard perçant de Rodin, «ni, à cet étrange aveu, avait redresse vivement la tête pour observer ce personnage.

Faringhea croyait donner oa intimider Rodin par cette espèce de forfanterie féroce ; mais a sa grande surprise, le socius, toujours impassible comme un cadavre, lui dit simplement : « Ah f ... onétrangla ainsi... A Java? — Et ailleurs... aussi, — répondit Faringhea avec un sourire amer. — Je neveux pas vous croire j... mal* je vous limite d’une étonnante sincérité, monsieur. Votre nom?— Faringhea, — Fh bien! monsieur Faringhea, où voulez-vous en venir ? Vous vous êtes emparé, par u. i crime abominai//*, d’une lettre à moi adressée; maintenant vous hésitez à me la remettre... — Parce que je l’ai lue... et qu’elle peut me servir. — Ah l...vous l’avez lue? — dit Rodin uu lostanHroulilé. Fuis Il reprit: Il est vrai que d’après votre manière de vous charger de la correspondance d’nntrui, on ne peut s’attendre A une extrême discrétion de votre part... El qu’avez-vous appris de si utile pour tous dans celle lettre de M. Jomic? — J’ ai appris, frère... que vous eilez. comme mol, un Dis de la bonne-truvre. — lie quelle bonne œuvre youlex-tons parler? » demanda Rodin assez étonné.

Fariugtiea répondit avec une expression d'ironie amère : « Dans sa lettre Jo>ué vous du :

« Obéissance et courage, seerel et patiaucc, ruse et audare, union en- « Ire nous, qui avons pour patrie le raoudr, pour famille ceux de notre « ordre, et pour reine ftoîne. ■

— Il est possible que M. Josué m’écrive ceci. Mais ou'en conciliezvous, monsieur? — Notre œuvre a , comme la votre, frère, le monde pour patrie: comme vous, pour famille nous avons mis complices, et pour reine Bobwauie. — Je ne confiai* pas celle sainte, — dit humblement Rodin. — C’est notre Rome, à nous. — répondit l'Etrangleur, et il poursuivit : — Josué vous parle eucore de ceux de votre œuvre qui, répandus sur toute fa terre, travaillent à fa gloire de Rome, votre reine... Ceux de notre œuvre travaillent ain«i dans divers pays k la gloire de Bohwanie. — Et quel* sont ces fils de Bobwauie, monsieur Fariopht*a? — Des hommes résolus, audacieux, patients, rusés, opiniâtres, qui, pour faire triompher fa iKmno-œuvre, sacrifient pays, père et mère, sœur cl frère, et qui regardent comme ennemis tous ceux qui ne sont pas des leurs. — Il me parait y avoir beaucoup de bon dans l'esprit persévérant et religicuscroeut exclusif de celte œuvre, — dit Rodin d'un air modeste et béat... — Seulement, il faudrait connaître ses fins et son but. — Comme vous, frère, nous luisons des cadavres. — Dos cadavres!

— r’ceria Rodh. — Dans sa lettre, — répondit Faringhea, — Josué vous dit : ■ la plus grande gloire de notre ordre est de Lire de « l'hom- « me un cadavre (1). ■ Notre œuvre Lit aussi de l’homme un cadavre... la mort des hommes est douce A Bohwanie. — Mais, monsieur!

— s’écria Rodin, — M. Josué parle de l'Ame... de la volonté, de la pensée, qui doivent être anéanties par fa discipline. — L’est vrai, les vôtres tuent l’âme... nous tuons les corps. Votre main, Irerc : vous êtes, comme nous, chasseurs d’hommes. — Mais, encore uue fois, monsieur, il s'agit de tuer fa volonté, fa pensée, — dit l'.odin. — Et que s. ml les corps privés d Ame, de volonté, de pensée, sinon dos cadavres?,.. Allez, allez , frère, les morts que fait notre licet ne sont pas oins inanimés, plus giicés. que ceux que Lit votre discipline. Allons, touchez fa, frère... Home et Bohwanie sont sœu^s. »

Malgré son calme apparent , Rodin ne voyait pas sans une seerète frayeur un misérable de l’espèce de Faringhea détenteur d'une longue lettre de Josué. ou il devait être nécessairement question de Djalma. A la vérité, Roditi se croyait certain d'avoir mis le jeune Indien dans l’ impossibilité d’élrr à Paris le lendemain ; m ais, ignorant les relations qui avaient pu se nouer depuis le naufrage entre le prince et le métis, il regardait Faringhea comme un homme probablement fort dang-'reux,

* Plus le fort’j* était intérieurement inquiet, plus il affecta de paraître calme et dédaigneux. Il reprit donc : « Suns doute, ce rapprochement eolre Rome et Bohwanie est fort piqmnt... mais qu’en concluez-vous, monsieur? — Je veux vous montrer, frère, ce que je sois, «e dont je soit capable, afin de vous convaincre qu'il vaut mieux m’avoir pour ami que pour ennemi. — En d'autres termes, monsieur. — dit Rodin avec ont jronie méprisante., — vous appartenez à une secte mem trière de l’Inde,

(I) Rappelons «a letleer que la éodrina de I oWissan*o passive et ifrofaa, pu*, j tipat levier de fa Comi-agnie de J -au*, s»; ri'swne par eti mots leiril-lc* de Loyola I n.ourant : Qu* tout * smlrt de ( ordre mit dam Je» raatn» de te* tupirieun cum rxomvzfc (rrmaok *ciâo»vt«).

et tou» voulez, par nue transparente att> gorie, me donner à réfléchir sur le sorlde l'homme à qui vous avez démbé des lettres qui m'étaient adressées : à mon tour , je dm* permettrai de vous taire observer en toute liuinilité, monsieur Faringliea, qu'ici ou n'étrangle personne, el que si vous aviez la fantaisie de vouloir changer quelqu'un eu cadavre pour l’ autour de Bohwaoie, voire divinité, ou vous couperait le cou pour I amour d'une autre divinité vulgair ment appelée la justice. — Et que rae fcrait-ou. si j’avais tenté deuipotsouner quelqu'un? — Je vous ferai encore liunibleuieut observer, monsieur Paringhea, que je n'ai pas le loisir de vous professer un cours de jurisprudence criminelle. Seulement, croyez-moi, résistez à la tentation d'étrangler ou d'empoisonner qui que ce soit. Du dernier mot : Voulez -tutus ou non me remettre les lettres de M. Josué? — Lc-t lelt.es relatives au prince Djalma? » dit le métis; et il regarda fixement ilodin, qui. malgré une vive et subite angoisse, demeura impénétrable, et répondit le plus simplement du monde: « Ignorant le coutcuu des lettres qu* vous retenez , monsieur, il m’est impofeiblc de vous répondre. Je vous prie , el au betokl je vous nv

a iliers, de tue remettre ces lettres... ou de sortir d'ici. — Vous allez, ans quelques miuutes, me supplier de rester, frère. — J’en doute. «— Quelques mots feront ce prodig»... Si tout à l'heure je vous parlais d'empotsonnrm ut, frère, c'est que vous avez envoyé un tuédeciu... au cluHeau de Cardoville, pour empoisonner... n>omeiitauément... le prince Djalnu. »

Ilodin, malgré lui, tressaillit imperceptiblement, et reprit : ■ Je ne comprends pas. — Il est vrai, je suis un pauvre étranger qui ai sam. doute beaucoup d'accent: pourtant je vais tâcher de piller mieux. Je sais, par les lettres de Josue, l'intérêt que vous avez à ce que le prince Dialma ne soit pas ici... demain, et ce que vous avez (ait pour cela. M’rulendez-vous? — Je n'ai rieu à vous répoodre. »

Deux coups frappés à la porte interrompirent la conversation.

« Entre/. — dit Rod n. — La lettre a été porté»' à son adresse, monsieur, — dit uo vieux domestique eu %‘iucliuanl ; — voici la réponse. » Ilodin prit le papier qi» on iui présentait, et avant de l’ouvrir ait courtoisemeul à Faringliea : « Vous permettez, monsieur? — Ne vous gênez pas, dit le métis. — - Vous etc* bien bon, — répondit Rodin, qui, après avoir lu. écrivit rapidement quelques mots au bas de la réponse qu'on lui apportait, et dit au domestique en la iui remettant : — Reu voyez ceci à b même adresse. »

Le domestique s’inclina et disparut.

• Puis-je continuer? — demanda le métis à fiodîn. — Parfaitement. — Je continue donc, — dit Faringliea... — Avant-hier, au rnument où, tout blesté qu'il était, le prince allait, par mon conseil, partir pour Paris, est arrivée une bdle voiture avec de superbes présents desliués à Djalma par un ami inconnu. Dans celte voilure il y avait deux liomnu-s : l’un envoyé i«ir l'ami inconnu ; l'autre était un médecin... eovoyé par vous pour donner des secours à Djalma et l’accompagner jusqu'à sou arrivée à Paris... L'était charitable, n'est-ce pas, frère? — Continuez votre histoire, monsieur. — Djalma e-l parti hier... En déclinant quel.i blessure du prince empirerait d'une manière Urs-gravc «.'B ne restait [ as étendu dans b voilure |>endaul tout le voyage, le médecin s'est ainsi débarrassé de l'euvoyé de l'ami inconnu, qui est repai li pour Paris, de son côté ; le médecin a voulu ni cinigner à mon tour mais Djalma a si fort insisté, que nous sommes partis, le médecin, le prince et moi. Hier soir, nous arrivons à moitié c loin in : le médecin trouve qu il but passer la luit dans une auberge : nous avions, — disait-il, — tout le temps d'être arrivés à Paris ce soir, le prince ayant annoncé Mil lui fallait alrsoliiment être à Paris le t*2 au soir. !<e médecin avait beaucoup insisté pour partir seul avec le prime. Je savais, par la lettre de J-i>uc, qu’il vous importait beaucoup que Djoliun ne frit pas ici le 13; des soupçons uw* sont venu* ; j'ai demandé à ce médi'ciu s il vous connaissait ; il m’a répnndu avec embarras... alors, au lieu de soupçons, j’ai eu des certitudes... Irrivé à luuhcigc. icudaut que le médecin était auprès de Djalma, je suis monté à la chambre du docteur, j'ai examiné une boite remlie de plusieurs (laçons qu’il avait apportés : l'un d eux contenait de opium... J’ai deviné. — Qu’avez- vous deviné, monsieur? — Vous allez le savoir..'. Le médecin a dit à Djalma. avant de sc retirer : « — Votre blessure est eu bon état, mais la fatigue du voyage pourrait l'enflammer : il sera bon, demain «bus la journée, de prendre une potion calmante que je tais préparer ce soir, alm de l’a voir toute prêle dans la voiture... * la; calcul du médecin était simple. — ; jouta i'aringhea : — le lendemain (qui est aujourd'hui), le prince prenait b potion sur les quatre ou ciuq heures du soir... bientôt il s'endormait profondément... Le médecin, inquiet, faisait arrêter b voiture daus b soirée... déchirait qu’il y avait du danger à continuer la route. . passait la nuit daus une auberge, et sélablLsail auprès du prince, dont I assoupissement u’aurail cessé qu'à l' berne qui vous convenait. Tel était votre dessein ; U m'a paru habilemeul projeté; j'ai voulu tu en servir pour moi-même, et j'ai réussi. — Tout ce que vous dites là. mou cher moosieur, — dit Rodin en rongeant s»*- ongles. — est de l'hébreu pour moi. — Toujours, suis doute, a cause île mou accent. . mais, diles-moi... connaissez-vous l’ar* ray-mo\c ? — Non. — Tant pis : c’est une admirable production de l'ile de Java, si fertile en poisons. — 1 h ’ que m'importe! — dit Ilodin d'une voix brève et pouvant à peine dissimuler sou anxiété croissante. — Lela vous importe l>eaucoüp. .Vous autres lils de Bohwanie, nous avons horreur de répandre le saug, — reprit Faringliea ; — niais, pour nas>er im-

t muéinenl le lacet autour du cou ae nos victime», noos attendons qu'eL es soient endormies... Lorsque leur sommeil n’est pas a •.*«■/ prof U. nous l'augmentons à notre gré : nous sommes très-adroits dons notre œuvre : le serpent n’est pas plus subtil, le lion plus audacieux. Djahur porte uos marques... Varruy-motc est une poudre impalpable ; «m ta taisant respirer quelques parcelles (tendant le sommeil, ou en le un hui au tabac d'une pipe (tendant qu'on veille, on jette sa victime dans on 1 assoupissement dont rieu ue peut b tirer. Si l'on craiut il.; donner une dose trop forte à la fois, ou en fait aspirer plusieurs lois durant le sommeil, et ou le prolonge ainsi sans danger autant de lemits que I Immu* ucut rester sans boire ni manger... trente ou quarante Heures envinm . Vous voyez combien l'usage de l'opium est grossier auprès de ce divin narcotique... J en avais apporté de Java une certaine quotité . par simple euriosilé... sans oublier le contre -poison. — Ah ! ri v a uu « -ae Ire poison? — dit machinalement Rodiu. — Comme il y a des gens qui sont tout le contraire de ce que nous sommes, frère de b bonne-œuvre-. la*s Javanais appellent le suc de cette racine le toubne: il dissipe l'engourdi»s<‘Dieut causé par Vanay im te, comme le soleil dissipe les nuages... Or, hier soir, étant certain des projets de votre émissaire sur Djalma, j'ai attendu que ce médecin fût couché, endormi... Je me suiv introduit eu rampant ibns si chambre... et je lui ai bit aspirer une tel* d<*e d'ornty-nou,.. qu’il doit dormir encore... — Malheureux ! — s’écrin Rodiu de plus en plus effrayé de ce récit, car Faringliea portait ci coup terrible aux machinations du toci ** et de ses ar.ûs; — tuais vu» risquiez d'empoisonner ce médecin? — Frère, comme il risquait dVmpoisouuer Djalma. Ce matin nous sommes doue partis, laissant votre né* deein dans l'auberge, plongé dans un profond sommeil. Je nie son trouvé seul dans b voiture avec Djalma. Il fumait, eu véritable Indien Quelques parcelles d 'array-mow, mélangées au tabac donlj ai rompit u longue pipe, l’ont d'abord assoupi... lue nouvelle dose au’il a aspiré? l’a endonni profondément, et à celte lieure il est dans l'auberge où now sommes descendus. Maintenant, frère. .. il dé|tcod de moi de laisser Djalma plongé dans son assoupissement, qui durera juequ’à demain soir... ou de l'eu faire sortir à l'instant... Ainsi, selon que vous satisferez oo uon à ma demande, Djalma sera ou ue sera pas demain rue Saint-François, n* 3 »

Le disant. Faringliea lira de sa poche b médaille de Djalma, et dit à Rodiu en b lui ■outrant : ■ Voua le voyez, je vous dis b vérité... Pendant le sommeil de Djalma, je lui ai enlevé cette médaille, b seule indication qu’il ait de l’endroit où il doit se trouver demain ... Je finis donc par où j’ai commencé, cil vous disant : — Frère, je viens vous demander beaucoup ! *

Depuis que'ques moments. Rodiu, seJou son habitude lorsqu’il était es proie à un accès de rage muette et concentrée, se rongeait les ongle» jusqu’au sang. A ce moment, le timbre de b loge du portier sonna trots coups espaces d’une façou particulière. Ilodin ne parut pas faire attention à ce bruit, et pourtant tout à coup une étincelle bnlb dans ses petits yeux de reptile, peudant que Faringliea, les bras croisés, le regardait avec une expression de supériorité triomphante el dédaigneuse l.e «o tu.» baissa b trie, garda le silence, prit machinalement une p unie, sur son bureau, et en mâchonna 1a barbe pendant quelques secondes, en avant l’air de réfléchir profondément à ce ^ue venait de lui dire Faringbea. Enfin, jelaut b plume sur le bureau, il se retourna brusquement vers le métis, el lui dit d’uu air profondément dédaigneux a Ab çà. monsieur Faringliea, est-ce que volts prétendes vous moquer du monde, avec vos histoires ? »

Le métis, stupéfait, malgré sou audace*, recula d'un pas.

« Comment , monsieur, — reprit Rodin, — vous venez ici, dao» oc* maison respectable, vous vanter d'avoir dérobé une correspondance, étranglé celui-ci, empoisonné celui-là avec un narcotique ! Mais c'est du délire, monsieur ; j'ai voulu vous écouler jusqu'à la liu, pourvoir jusqu'où vous pousseriez l’audace... Car il n'y a qu'un monslruéux Mêlerai qui puisse venir se Liguer de si épouvantables forfaits; maisjt veux bien croire qu'ils n'cxbîciil que dans votre imagiuuliou. a Eu prononça ut ces mots avec une sorte d'animation qui ne lui i Lut pas habituelle, Rodin se leva, et, tout en marchant, s'approcha peu à heu de b cheminée, pendant entre Farmghea, ne reveuaul pas de sa surprise. le regardait en silence. Pourtant, au bout de quelques instants, il reprit d’un air sombre et farouche : « Preue/ garde, frère... ne uie forret pas à vous prouver que j'ai «lit la vérité.— Allons donc, monsieur ! il but venir des antipodes (mur croire les Français si faciles à duper. Voosavct. dites-vrus, b ni'idence du serpent et lu courage du liou. J 'ignore m vous êtes un lion courageux; mais pour serpent prudent... je le oie. Comment ! vous avez sur vous nue lettre de M. Josué qui peut me com- I promettre i en admettant que tout ceci ne soit pas une fable); le prituf j Djalma est plongé daus une torpeur qui sert mes projets et dout vote seul le pouvez faire sortir; vous pouvez enfin, dites- vous, porter m coup terrible à mes intérêts, et vous ne réfléchissez pas, liou terrible, serpent snbti , qu’il ne s’agit pour moi que de gagner vingt-quatre !» n res? Or, vous arrivez du tond de l’Inde à D'iris; vous êtes etranger ri inconnu à tous; vous me croyez aussi scél rat que vous, puisque vous m’appelez frère, el v ous ne songez pas que vous êtes ici eu mon pouvoir, querelle rue est solitaire, celle maison écartée, que j« puis avwr ici sur-le-champ trois ou quatre personnes capables de vous garrotter en une seatude, tout étrangleur que vous êtes!... et cela seulement en u-

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