‹ Œuvres illustrees d'Eugene Sue Le juif errantChapitre 62 sur 95 · ISA · texte numérisé non relu

ISA

ranl le cordon de celte sonnette, — ajouta Rodin en le prenant en effet à l.i main. — N'ayez doue pas peur, — ajouta-t-il avec un soutire diabolique en voyant Faringhea faire un brusque mouvement de surprise et de : laveur ; — est-ce que je vous préviendrais, si je voulais agir de la M»rte?... Voyons, répondez... Une loisgarTOtté et mis en lieu de sûreté vendant vingt-quatre heures, comment pourriez-vous me nuire? Ne me erait-il pas alors facile de m'emparer des papiers de Josnc, de la mouille de Djalma, qui, plongé dans un assoupissement jusqu'à demain «oir, ne m'inquiéterait plus?... Vous le voyez donc bien, monsieur, vos jueuaces sont vaincs... parce qu'elles reposent sur des men- onges, parce qu'il n’csl pas vrai que le prince Djalma soit ici en votre pouvoir... Allez... sortez d'ici, et, une autre fuis, quand vous voudrez faire des dupes, adressez- vuus mieux. »

Faringhea restait frappé de stupeur : tout ce qu’il venait dVntendre lui semblait très-probable ; Hodin pouvait s'emparer de lui, de la lettre •le Josué, de la médaille; et, en le retenant prisonnier, rendre impossible le réveil de Djalma ; et pourtant Rodiu lui ordonnait de sortir, à lui, Faringhea, qui se croyait si redoutable. A force de chercher tes motifs de b conduite inexplicable du Métal, le métis s'imagina, cl en elTcl il uc pouvait penser autre chose, que Rodin, malgré les preuves qu'il lui apportait, ne croyait pas que Djalma fût en son pouvoir ; de la sorte, le dédain du correspondant de Josué s'expliquait naturellement. Hodiii jouait un coup d’une graude hardiesse ci d'une grande habileté. Aussi, tout en ayant l'air de grommeler entre ses dents d'un air courroucé, il observait en dessous, mais avec une anxiété dévorante, la physionomie de l'Etrangleur.

Celui-ci, presque certain d'avoir pénétré le secret motif de la conduite de Rooiu, reprit : « Je vais sortir... nuis un mot encore;... vous croyez que je mens. — J'cn suis certain, vous m’avez débité un tissu de fables: j'ai jn*rdu beaucoup de temps à les écouler, faites-moi grâce du reste... U est tard, veuillez me laisser seul. — Une minute encore... vous êtes un homme, je le vois, à qui l’ou ne doit rien cacher, — dit Fatinght-a. — A celle heure, je ne puis attendre de Djalma qu'uuc espèce d'aumône et un mépris écrasant, car, du caractère dont il esi, lui dire : Donnez-moi beaucoup, parce que, pouvant volts trahir, jenc l’ai pas bit... ce serait m’attirer son courroux et son dédain... J’aurais pu vingt fois le tuer... mais son jour u'esl pas encore venu, — dit FKlrangleur d’un air sombre, — et, pour attendre ce jour... et d’antres funestes jours, il me but de l'or, beaucoup d'or... vous seul pouvez m'en donner en payant ma trahison envers Djalma, parce qu’à vous seul elle profite. Vous refusez de m'entendre, parce que vous me croyez menteur... J’ai pris l'adresse de l'auberge où nous sommes descendus, la voici. Envoyez quelqu’un s'assurer de la vérité de ce que je dis, alors vous me croirez; ■nais le prix de ma trahison sera cher. Je vous l'ai dit, je vous demanderai beaucoup. »

Ce disant, Faringhea offrait à Rodin une adresse imprimée; le tociui, qui suivait du coin de l'œil tous les mouvements de Fariughea, fil semblant d'être profondément absorbé, de ne pas l’entendre, et ne répondit rien.

« Frenez cette adresse... et assurez-vous que je ne mens pas, — reprit Faringhea en tendant de nouveau l’adrefie à Hodin. — llein... qu’est-ce ?

— dit celui-ci en j-Hant à la dérobée un rapide regard sur l'adresse, qu’il lut avidement mais sans y toucher. — Usez cette adresse, — répéta le métis, — el vous pourrez vous assurer que... — En vérité, monsieur,

— s'écria Rodin en repoussant l'adresse île la main, — voire impudence me confond. Je vous répète que je lie veux avoir rien de muiinuu avec vous. Pour la derulere fois je vous somme de vous retirer... Je ne sais pas ce que c’est que le prince Djalma... Vous pouvez me nuire, ditesvous ; nuisez-moi, ne vous en gênez pas, mais, pour l’amour du ciel, sortez d’ici. »

Ce disant, Rodin sonna violemment. Farinçliea fit un mouvement comme s’il eût voulu se mettre en défense. Un vieux domestique à figure débonnaire ci placide se présenta aussitôt.

« Lapierre,... éclairez monsieur,» lui dit Rodin en lui mourant du geste Faringhea.

Celui-ci, épouvanté du calme de îlodin. hésitait & sortir.

« Mais, monsieur, — loi dit Rodin remarquant son trouble et son hésitation, — qu’attendez-vous? Je désire être seul. — Ainsi, monsieur, — lui dit Faringhea en se retirant lentement et à reculons, — vous refusez mes offres? Prenez garde... demain il sera trop lard. — Monsieur, j'ai l'honneur J'êlre voire très-humble serviteur.»

Kt Rodia s’inclina avec courtoisie. L’Etrangleur sortit. — La porte se referma sur lui... Aussitôt le père d'Aigrigny parut sur le seuil de la pièce voisine. Sa figure était pâle et bouleversée.

« Qu'avez-vous tait? — s’éoria-l-il en s'adressant à Rodin. — J’ai tout entende... Ce misérable, j'en suis malheureusement certain, disait la vérité... l'Indien est en son pouvoir; il va le rejoindre. — Je ne le pense pas, — dit humblement Rodiu en s’inclinant cl reprenant sa physionomie morne el soumise. — F.t qui empêchera cet homme de rejoindre le prince? — Permettez... lorsqu'on a introduit ici cet affreux scélérat, je lai reconnu-, aussi, avant de m'entretenir avec lui, j'ai prudemment écrit quelques lignes à Morok, qui attendait le bon loisir de Votre Révérence dans la salle basse avec (îolialh : plus tard, pendant le cours de j .conversation, lorsqu’on m’a apporté la réponse de Morok, qui attendait mes ordres, je lui ai donné de nouvelles instructions, voyant le tour

que prenaient les choses. — Et à quoi bon tout ceci, puisque cet homme vient de sortir de celle maison? — Votre Révérence daignera peut-être remarquer qu’il n'est sorti qu’après m’avoir donné l’adresse de Fhôlcl où est l’Indien, grâce à mon innocent stratagème de dédain... S'il eût manqué. Faringhea tombait toujours entre les mains de tioliath el do Morok, qui I attendaient dans la rue à deux pas de la porte. Mais nous eussions été très-embarrassés car nues ne savions pas où habitait le prince Djalma. — Encore de la violence! — dit le père d’Aigrigny avec répugnance. — L'est à regretter,... fort ?» regretter, — reprit Rodin, — mais il a bien fallu suivre le système adopté jn-qu’ici. — Est-ce un reproche que vous m'adressez? — dit le père d Nigrigny, qui commençait a trouver que Rodin était autre chose qu'une machine' à écrire. — Je ne me permettrai» pas d’en adresser à Votre Révérence, — dit Rodin en s’inclinant presque jusqu'à terre; — mais 11 s’agit seulement de retenir cet homme pendant ving -quatre heures. — Et ensuite?. . Ses plaintes ?

— lin pareil bandit n’osera pas se plaindre ; d'ailleurs il c*t sorti librement d ici. Morok cl Goliath lui banderont les veux après s'être emparés de lui. l.a maison a une entrée dans la rue VieilIc-dcs-Ursins. A cette heure et par ce temps d'ouragan II ne passe personne dans ce quartier désert, le trajet dépaysera complètement ce misérable; on le descendra dans une cave du batiment neuf, cl demain, la nuit, à pareille heure, on lui rendra la lilrcrlé avec les mêmes précautions... Quant à l'Indien, ou sait maintenant où le trouver ..il s’agit d’envoyer auprès de lui une personne de confiance; et s’il sort de sa torpeur... il est un moyen trèssimple el surfont aucunement violent, selon mon petit jugement, — dit modestem ni Rodin, — de le tenir demain éloigné toute la journée de la rue SsriaFfmçris. »

Le même domestique à figure débonnaire, qni avait introduit et éconduit Faringhea, rentra dans le cabinet après avoir discrètement fr.ip; é; il tenait à la main une espèce de gibecière en peau de daim, qu'il remit à Rodin en lui disant : « Voici ce que M. Morok vient d'apporter : il est entré par la rue Vieille. »

Le domestique sortit. Rodin ouvrit le sac et dit au père d’Aigrigny en hii montrant ces objets : « l a fnétlaille... et fci lettre de Josué... Morok ■ été habile et expéditif. — Eucure un danger évité, — dit te marquis;

— il est fichent d'en venir à de tels moyens. — A qui les reprocher,

stn“n au misérable qui nous met dans la nécessité d’y avoir recours?... Je vais à l'instant dépêcher quelqu'un à l’hôtel de l'Indien. — Et à sept heures du matin vous conduirez Gabriel rue Saint-François : c’est là que j'aurai avec lui l’entretien qu i) me demande si instamment depuis trois jours. — Je l’en ai fait préveuir ce soir ; il se rendra à vos ordres. — Enfin, — dit le père d'Aigrigny, — après tant de luttes, tant de craintes, tant de traverse», quelques heures maintenant nftus séparent de ce moment depuis si longtemps attendu. » . .

Nous conduirons le lecteur à la maison de la nie Saint-François.

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