CRÉDIT
Fr. 150,000 reçus de M. de Rcnnepont, en 168*2, par Isaac Samuel, mon grand-pere. et pfarés successivement par lui , mon père et moi, à l’inteict fis 5 0/0, avec règlement de compte nar semestre et en capilalirant les intérêts, ont produit . suivant les comptes ci-joints ,
ci Fr., 225, 950,0 JO
Mais il faut eu déduire, suivant le détail ciannexé , pour pertes épiouvées dans des faillites , pour commissions et courtages payés à divers, et aussi pour appointements * des trois générations de gérants. <5,775,000
Paris, le 12 février 1852.
■ C’est bien cela, — reprit Samuel après avoir vérifié les lettres eBfermees dans la cassette de cèdre. — Il resteen caisse» A la disposition desbet iüersde la famille Kennepont, la somme de dekx cent doizbmiluüws cent soixante-quinze mille francs. »
Et le vieillard regarda sa femme avec une expression de bien légitime orgueil. ... .
« Cela n'est pas croyable! — s’écria Betbsabee frappée de stupeur ;
je gavais que d'immenses valeurs étaient cuire vos mains, ma b je
n'aurais jamais cru que 150,000 francs laissés il y a cent cinquante ans fussent la seule source de celte fortune incroyable. — Et c’est pourtant ta seule, Betlisabée... — répondit fièreinepl le vieillard. Bans doute, mon grand-père, mon nère et moi nous avons toujours m» autant de tidéJité que d’exactitude dans la gestion de ces fonds ; sans doute il nous a fallu beaucoup de sagacité dans le choix des placements à faire lors des temps de révolution et de crises commerciales ; mais cela nous était facile, grâce à nos relations d'affaires avec nos coreligionnaires de tous les pays; mais jamais ni moi ni les miens nous ne nous sommes peitnis de faire un placement, non pas usuraire, mais qui ne fût pas même un peu au-dessous du taux légal... Les ordres formel» de M. de Rennepont, recueillis par mon grand-père, le voulaient ainsi, et il n'y a pas au monde de fortune plus pure que celle-ci... Bans ce désintéressement, et en profitant seulement de quelques circonstances favorables, ce chifTre de deux cent Üonze millions aurait peut-être de beaucoup augmenté. — Est-ce possible ? mou Dieu ! — Bien de plus simple, Reihsabéc... tout le monde sait qu'eu quatorze ans un capital est doublé par la seule accumulation et composition de ses intérêts à 5 pour 160; maintenant, réfléchisses qu'eu cent cinquante ans il y a dix fois quatorze ans... que ces cent cinquante premiers raille francs ont été ainsi doublés et martingales ; ce qui vous étonne vous paraîtra tout simple : En 1682, M. de Rennepool a coulié à mon grand-père 150,000 fr.; celte somme, capitalisée ainsi que je vous l’ai dit, a dû produire en 1696, quatorze années apres,
500.000 ir. — Ceux-ci, doubles en 1710. ont produit 600,000 fr Lors de la mort de mon grand-pere, en 1710, fa somme à faire valoir était
' déjà de près d uo million ; en 172 s elle aurait dû mouler à 1 million
200.000 fr.; en 1758, à 2 millions 400.000 fr.; en 1732, deux ans apres ma naissance, à 4 millions BOO.üOU fr.; en 1760, à 9 millions 600,00') fr.; en 1780, à 19 millions 200,000 fr.; en 179), douze ans apres la mort de mon père, à 58 millions 4' K), 000 fr. : eu 1808. à 76 millions 800,000 fr. en 1822, à 155 million.-, 600.000 fr. Et aujourd'hui, en composant les intérêts de dix anuées, el'e devrait être au moins de j 25 millions environ. Mais des pertes, des non-valeurs et des frais inévitables dont le compte est d'aill urs ici rigoureusement établi, ont réduit celte somme à 2t2 millions 175,000 francs en valeurs renfermées dans celle caisse. — M.iinlcn.iiil. je vous comprends, mon ami, — reprit Itthsahêe pensive, — mais quelle incroyable puissance que celle de l'accumulation ! et que d'admirables choses on pourrait faire pour l’avenir avec de faibles ressources ail temps présent! — Telle a été, sans dente, Li pensée de M. de Hennepout ; car, au dire do mon père, qui le tenait de mon aïeul, M. de Reunepoui cuit un des plus grands esprits... de sou temps, répondit Samuel en refermant b cassette de bois de cèdre. — Dieu veuille que ses descendant» soient dignes de cette fortune de roi, et en fassent un noble emploi ! » dit Bethsabée eu se levaut.
Le jour était complètement venu ; sep heures du malin sonnèrent.
« Les maçons ne vont pas larder à arriver, — dit Samuel en replaçant la boite de cèdre dans sa caisse de fer, dissimulée derrière b vieille armoire de chêne. — Comme vous, Bethsabée, — reprit-il, — je mucurieux et inquiet de savoir quel» sont les descendants de M. de Rennepont qui vont se présenter ici...»
Deux ou trois coups vigoureusement frappés avec le marteau de fer de l'épaisse porte cochère, retentirent dans h maison. L'aboiement des chiens de garde rcpppdit à ce bruit. Samuel dit à sa femme : « Le sont saus doute les maçons que le i.otaire envoie avec un clerc ; je vous en prie, réunissez toutes les clefs en trousseau avec leurs étiquettes, je vais revenir les prendre. » .
Ce disaut, Samuel descendit assez lestement l’escalier, malgré son âge, s'approcha de la porte, ouvrit prudemment un guichet, et vit trois manoeuvres en costume de maçon, accompagnés d’une jeune homme vêtu de noir.
«Que voulez-vous, messieurs? — dit le juif avant d’ouvrir, afin de s'assurer encore de l'identité de ces personnages. — Je viens de la part de U* Dumesnil, notaire, — répondit le clerc, — pour assister à I <,i«verture de la porte murée ; voici une lettre de mou patron pour M . Samuel, gardien de la maison. — C’est moi, monsieur, — dit le juif; — veuilles jeter celle lettre dans la boite, je vais fa prendre.»
Le clerc fit ce que désirait Samuel, mais il haussa les é|iaules. Rien ne lui semblait plus ridicule que cette demande du soupçonneux vieillard.
Le gardien ouvrit h boite, prit la lettre, alla à l'nmnllé de fa voûte : afin de la lire au grand jour, compara soigneusement fa signature à ( elle d'une autre lettre du notaire qu’il prit dans la poche de sa houppe hude ; puis, après ces précautions, ayant mis ses dogues à b chaîne, il reviul enfin ouvrir le battant de 1a porte au clerc et aux maçons.
« Que diable ! mon brave homme, — dit le clerc en entrant, — U s'a-
! ;lrail d’ouvrir fa porte d’un château fort, qu'il n'y aurait pas plus de ormalités... » Le juif s'ioclioa sans répoudre.
I « Est-ce que vous êtes sourd/ mon cher? — lui cria le clerc aux oreilles. — Mm, monsieur, — dit Samuel eu souriant doucement el faisant quelques pas en dehors de la voûte ; il ajouta en montrant la raison : — Voici, monsieur, la porte roaçounée qu'il faut dégager; il faudra aussi desceller le châssis de fer et de plomb de fa seconde crottée*
LF. JUIF ERRANT.
droite. — l’onrquoi ne pu ouvrir toute* les fenêtre» ? — demanda le di re. — Parce que tels sont les ordre» que j’ai reçus comme gardien de celte demeure, monsieur. — Et qui vous les a donnés, ces ordre»? — Mon père, monsieur, à qui son pi re les avait transmis de b part du nui ire de celte maison... Une fois que je u'ea serai plus gardien, qu'elle sera en possession de m>ji nouveau propriétaire, celui-ci agira connue bon lui semblera. — AL bonne heute, dit le clerc assez su: pris. l’uU, s'adressant aux maçons, il ajouta : — l.e reste vous regarde, mes braves, dégages la parte cl descellez le châssis de fer seulement delà secoude i misée à droite. »
l'endaul que les maçons se mettaient à l'ouvrage sous l'inspection du clerc de notoire, une voiture s’arrêta devant la porte co< hère, et lloiliu, accompagné «le Gabriel, entra dans la maison de ta rue Saint-François.