CHAPITRE PREMIER
Bonheur de te revoir.
Avant d'apprendre au lecteur le dénoAmeut du drame qui se passait
iüos le bateau à soupape de Martial, nous retiendrons sur nus pus. Peu de niomeuts après que FIcur-de-Maric eut quillé Saint-Lazare avec madame Séraphin,, la Louve était aussi sortie de prison.
Jriee aux recommandations de madame Armand et du directeur, qui voulait b récompenser de sa bonne iction envers Mont- Saint -Jean, ou avait gracié b maîtresse de Martial de quelques jours de captivité qui lui restaient à subir.
Un chaugcuient complet s’était d’ailleurs opéré dans l’esprit de relie créature jusqu’alors corrompue, avilie, indomptée.
Ayant sans cesse présent à b pensée le tableau de la vie paisible, rude et solitaire, évoquée par FIcur-de-Mane, la Louve avait pris en horreur sa vie passée.
Se retirer au fond des forêts avec Martial,
»e\ était son but unique, son idée fixe, contre laquelle tous scs anciens elqpanvais iu- MinctA étaient en vain révoltés peudant que,
Wparée de la Gouaieiue , dont elle avait voulu fuir l’inlliicnce croissante, cette femme étrange s’était retirée (bus un autre quartier de Saint-Lazare.
Pour opérer cette rapide et sincère conversion, encore assurée, consolidée par b lutte nupubsautc des liabi- ■sucs perverses de sa compagne. Pleur -de- Marie, suivant l’impulsion de son naïf bon sens, avait ainsi raisonné :
La Louve, créature 'ioleoleel résolue, aime passionnément Martial;
die doit donc accueillir avec joie b possibilité de sortir de l'ignominieuse vie dont file a honte pour b première fois, et de se cousacrer tout «iticre a cet homme rude et sauvage dont die réfléchit tous les penchants, à cet homme qui recherche b solitude autant par goât qu'afin d'échapper h la réprobation dont sa détestable famille est poursuivie.
Aidee de ces seuls éléments puisés dans son entretien avec la Louve, Fleur-de-Marie, en donnant une louable direction à l'amour larouche et au caractère hardi de celle créature, avait donc changé une fille perdue eo honnête femme... Car ne rêver qu'à épouser Martial pour se retirer avec lui au milieu des bois cl y vivre de travail et de privations, n’cslee p as absolument le vusu d'une honn ête femme ? *
— T)|>. -t» *■* V. UunJ. j l'v.| r», ru* S'ul-lom», 40, »u
Confiante dans l’appui que Fleur-de-Marie lui avait promis au nom d’un bienfaiteur inconnu, la Louve venait donc de faire celle louable proposition à son amant, non sans la crainte amère d'un refus, car la Goualeuse, eu l'anienaul à rougir du passé, lui avait aussi donné la conscience de sa position envers Martial.
Une fois libre, b Louve ne songea qu'à revoir son homme, comme elle disait. Elle n’avait pas reçu. de nouvelles de lui depuis plusieurs jours. Dans l'espoir de le rencontrer à l’Ile du Ravageur, et décidée à l'y attendre s'il ne s'y trouvait pas, elle monta dans un cabriolet de régie, qu’elle paya largement, se Ut rapidement conduire au pont d' Asnières. quelle traversa environ un quart d heure avant que madame Séraphin cl Fleur-de-Marie, venant à pied depuis b barrière, lussent arrivées sur la grève près du four à plâtre.
Lorsque Martial ne venait pas prendre la Louve dans son bateau pour
U. mener dans flic, elle s'adressait à un vieux pêcheur, nommé le père Férot, qui habitait près du pont.
A quatre heures de l'après midi, un cabriolet s'arrêta donc à l'entrée d’une petite rue du village d'Asnières.
La Louve donna cent sous au cocher, d'un bond fut à terre, et se rendit en hâte à la demeure du père Férot le batelier.
La Louve, .ayant quitté ses habits de prison, portail une robe de mérinos vert- foncé, uii chàlc rouge à palmes façon cachemire, et un bonnet de tulle garni de rubans; scs cheveux épais, crépus, étaient à peine lissés. Dans sou ardeur impatiente de revoir Martial, elle s’était habillée avec plus de hâte que de soin.
Après une si iougne séparation. toute *ilrc créature cAl sans doute pris le temps de se faire ocllc pour celle première entrevue; mais b Louve se souciait peu de ces délicatesse?!
et de ces lenteurs.
Avant tout, elle voulait voir son homme le plus tftt possible, désir impétueux , non - seulement causé par un de ces amours passionnés
La Louve lauvant Fleur- de- Marie. — uci 242.
S |ui exaltent quclque- W
lois ces créatures jusqu'à b frénésie, mais encore par le besoin de confier à Martial b résolution salutaire qu'elle avait puisée dans son entretien avec Fleur-de-Marie.
La Louve arriva bicntht à b maison du pécheur.
Assis devant sa porte. le père Férot, vieillard à cheveux blancs,
raccommodait scs filets. Du plus loin qu’elle l'aperçut, la Louve s’écria :
— Votre bateau... père Férot... vite... vite
— Ab ! c’est vous, mademoiselle ; bien le bonjour... D y a longtemps qu’on ne vous a*vuc par ici.
— Oui, mais votre bateau. . vite... et à file !...
— Ali bien ! c’est comme un sort, ma brave fille, impossible pour aujourd’hui.
— Comment ? ‘ '
— Mon garçon a pris mon baebot pour s’en aller à Saint-Ouen avec les autres jouter à b rame... Il oc reste pas un bateau sur toute b rive d’ki 'cs^u’a b gare..
LES MYSTÈRES DE PARTS
— Mordieu ! s'écria la 1, outre en frappant du |>iûd et en ferrant les poing*, c'est fait pour mut!
— Vrai! foi de père Férot... je fuis bien fiché de ne pas pouvoir vous conduire a ITIe... car sans doute qu'il est encore plu* mal...
— Flu* mal ! qui .' Martial ? s'écria la Louve en saisissant Je père Frérot au collet, mou homme est malado?
— Vous ne le savez pas?
— Martial?
— Sans doute; mais vous niiez déchirer ma blouse. Tenez-Vous donc tranquille.
— Il est malade ! El depuis quand?
— Depuis deux ou trois jours.
— C’est faux ! il me l’aurait écrit.
— Ali bien oui ! il est trop malade pour i> rire.
— Trop malade pour écrire! El il est à l’Ile? vous en êtes sûr?
— Je vas vous dire... Pigurez-voiis que ce malin j’ai reucoutréla veuve Martial. Ordinairement, quand je la vois d’uu côté, vous entendez bien, je m'en vas de l’autre, car je n aime pas sa société; alors...
— .Mais mou homme, mon homme, où est-il?
— Alterniez donc. Me trouvaut avec sa mere entre quatre-x-yeux, je liai pas om; éviter <!<• lui parier; elle a l'air si mauvais, que j'en ai toujours peur : c’est plus fort que moi. Voilà -deux jours que je D’ai vu voire Martial, que je loi dis; il est donc parti en ville? 1 j-tlessus elle tue regarde avec dis veux... mais des yeux... qui m'aiiraieul tué s'ils avaient été des («smlets, comme dit çel autre.
— Vous me faite> bouillir. Après? anrés?
Le père Férot garda un moment le silence, puis reprit :
— Tenez, vous êtes une bonne tille, promcltez-inoi le secret, et je vous dirai toute la chose, comme je la sais.
— Sur mon homme ?
— Oui, car, voyez-vous. Martial est bon enfant quoique mauvaise tête; et s’il loi arrivait malheur par sa vieille scélérate de inere ou par son gueux de frère, ça serait dommage.
— Mais que se passe-t-il? Qu'est -ce que sa mère et son frère lui ont fait? où est-il, heiu? parlez doue, mais parlez donc !
— Allons, bon, vous voila encore après ma blouse. Làchcz-moi donc! Si vous m’interrompez toujours en me détruisant mes effets, je lie pourrai jamais finir et vous ne saurez rien.
— Oh ! quelle patience ! s'écria la Louve en frappant des pieds avec colère.
— Vous ne répéterez à personne ce que je vous raconte?
— Non, non, uon !
— Parole d'honneur?
— Père Férot, vous aller me donner un coup de sang.
— Oli ! quelle fille ! quelle fille! a-t-elle une mauvaise tête ! Voyons, m'y voilà D'abord il faut vous dire que Martial est de pins en plus eu bisbille avec sa famille, et qu’ils lui ler.ticut quelque mauvais coup, que cela ne in 'étonnerait pas. C’est pour ça que je suis faelié de ne pas avoir mon bachot, car, si vous comptez sur ceux de l'ile pour y aller, vous avez tort. Ce n’est pas Nicolas ou celle vilaine Calebasse qui vous y conduiraient.
— Je le sais bien. Mais que vous a dit la mère de mou homme ? C’est donc à l’ile qu’il est tombé inahulc?
— Ne m’embrouillez pas: voilà ce que c’est : ce matin je d«à b veuve : Il y a deux jours que je n'ai vu Martial, son bachot est un pieu; il est donc en ville? Là-dessus la veuve me regarde d'un air mé< li.it»! : Il est malade à l’ile, et si malade qu'il n’en reviendra pas. Je me dis à pari moi ; Comment que ça se fait? 11 y a trois jours que... Kit bien ! quoi ! du le pere Féiot eu s’interrompant, eh bien! où allez-vous? Où uiahie court-elle à présent?
Croyant b vie de Martial menacée par les habitants de Hic, la Louve, éperdue de frayeur, transportée de rage, réécoutant pas davantage le pécheur, s’était encourue le long de la Seine.
Quelques détails topographiques sont indispensables à riutdiigcuce le la scéoe suivante.
L’ile du Ravageur se rapprochait plus de la rive gauche de la rivière que de la rive droite, où rlcur-de-Maric et madame Séraphin s’étaieut embarquées.
La Louve se trouvait sur la rive gauche.
Sans être très-escarpée, la hauteur d<s terres de Me masquait dans toute sa longueur la vue d'une rive sur l’autre. Ainsi la maîtresse de Martial n’avall pas pu voir rembarquement de la Goualeuse, et la famille du ravageur u’avait pu voir la Louve accourant à ce moment même le long de la rive opposée.
Rappelons enfin au lecteur qtie la maison do campagne du docteur CnfiiHi, où habitait temporairement le comte de Saint- Rémy, s’élevait à mi-rùte et près de la plage où la l ouve arrivait éperdu#
Elle passa, sans les voir, auprès de (Unix personnes qui, frappées de son air hagard, se retournèrent pour la suivre de loin. Ces deux personnes étaient le comte de Saiul-Rciuy et le docteur Griffon.
Le premier mouvement de la Louve en apprenant le péril de son amant avait été de courir Impétueusement vers l’endroit où elle le savait on danger. Mais, à mesure quelle approchait de Me» elle songeait à la ililliculié d'y aborder. Ainsi que le lui avait dit le vieux pêcheur.
die ne devait compter sur a aucun bateau étranger, et personne de la famille Martial ne voudrait la venir chercher.
Haletante, le leitit empourpré, le regard étincelant, elle s'arrêta donc en face do la pointe de l'ile qui, formant une courbe dans ccl endroit, se rapprochait assez du rivage.
A travers les branches effeuillées des saules et des peupliers, la Louve a|KTÇul le toit de la matsouoû Martial se mourait peut-être.
A celte vue, pouisaili un gémissement farouche, elle arracha sor bonnet, laissa glisser sa robe jusqu’à ses pieds ne garda que sou jupon, se jeta intrépidement dans La rivière, y marcha tant qu elle eut pied, puis, le perdant, elle se mit à nager rigoureusement vers Me.
Ce fut un spectacle d’une énergie sauvage.
A chaque brassée, l'épaisse et longue chevelure de la Louve, dénouée par la violence de ses mouvements, frémissait autour de sa tête comme une crinière double à reflets cuivrés.'
Sans l'ardente fixité de scs yeux incessamment attachés snr la maison de Martial, sans la contraction de ses traits crispés par de terribles angoisses, on aurait cru que la maîtresse du braconnier se jouait dans l'oude, tant cette femme nageait librement, fièrement. Tatoués en souvenir de son amant, scs bras blancs et nerveux, d'uue vigueur toute virile, fendaient l'eau qui rejaillissait et roulait en perles humides sur ses larges épaules, sur sa robuste cl ferme poitrine, qui ruisselai' comme un ruarhre à demi submergé.
Tonl à coup de l’autre eftté de l ile retentit un cri de détresse, un cri d’agonie terrible, désespéré.
La Louve tressaillit et s’arrêta court.
Puis, se soutenant sur l’eau d une main, de l’autre clic rejeta eu arrière Min épaisse chevelure et écouta. ’
Un nouveau cri se lit entendre, mai» plus faible, mais suppliant, convuli.il. expiraut.
Et tout retomba d.ms un profond silence.
— Mon homme!!! cria la Louve ensc remettant à nager avec fureur
Dans son trouble, elle avait cru reconnaît re la voix de Martial.
l.c comte et le docteur, auprès desquels la Louve était passée ro courant, u’avaieut pu la suivre daiscz près pour s’opposer à sa témérité.
Us arrivèrent en face de Me au moment où venaient de retentir le.» deux cris effrayants.
Ils s'arrêtèrent aussi épouvantés que la Louve.
Voyant celle-ci lutter inirépiJcmcul contre le courant, ils s'écriÔreut :
— La malheureuse va se uoyer !
■ Ces craintes furent vaines.
l a maîtresse de Martial nageait comme une loutre; en quelques brassées, l'intrépide créature aborda.
Elle avait pris pied, et s'aidait, pour sortir de l'can, d'un dos pieux qui formaient a l’extrémité de l'ile une sorte d'cslacaJe avancée, lorsque tout à coup, le long de ccs pilotis, emporté par le cuniaut, passa lentement le corps d'uue jeune idlc vêtue en paysanne; ses vêlements la soutenaient encore sur I eau.
Se cramponner d'une tnain à l'un des pieux, de l'autre tÿsir brusquement au passage h femme par sa robe, tel fut le inouvemeuMdc la Louve, mouvemétit aussi rapide que b pensée.
Seulement elle attira si violemment à elle et en dedans du pilotis b malheureuse qu elle sauvait, que celle-ci disparut un iiisiaul sous l'eau quoiqu'il y eût pied à Cet endroit.
flouée d’une force et d’une adresse peu communes, la Louve souleva la (ioualciise ic’était elle), qu’dle n’avait pas encore rccouuue, la prit entre ses bras robustes comme ou prend un enfant/, lit encore quelques pas dans ta rivière, et la déposa eutio sur la berge gazon née de l'ile.
— Murage! courage ! kii cria M de Saiut-llemy. témoiu comme le docteur ÜrilTou de ce hardi sauvetage. Nous allons passer le poul d’Asniercs et Venir à voire secours avec un bateau.
Puis lotis dtux,se dirigèrent en hâte vers le pont.
Ccs paroles u 'arrivèrent pas jusqu’à b Louve.
Répétons que de b rive droite de la Seine, où se trouvaient encore Nicolas, Calebasse et sa mère, apres leur détestable crime, on ne pouvait absolument voir ce qui se passait de l’autre coté de 1 lie, grâce a sou escarpement.
Fleur-de-Marie, brusquement attirée par la Louve en dedans de l’cstacadc, ayant un moment plongé pour ue plus reparaître aux yeux de »cs meurtriers, ceux-ci durent croire leur victime noyée et engloutie.
Quelques minutes apres, le courant emportait un autre cadavre cuire deu x eaux, sans que b Louve l'aperçût.
L'était le corps de b femme de charge du notaire.
Morte, bien morte, cetle-b.
Nicolas et Calebasse (avaient autant <1 intérêt que Jacques Ferrand à faire disparaître ce t'-moin, ce complice de h au - nouveau crime : aussi, lorsque le hate.ni à soupap- s ’él^jt enfoncé avec Fleur-do- Marte, N'holas, s cfançant dans le bachot conduit par sa tueur, et dans lequel se trouvait madame Séraphin, avait imprimé une violente secousse à cette embarcation, et saisi le moment où la femme de charge trébuchait pour b précipiter dans la rivière et l'y achever d'un rtwip «le croc.
Halelaoie, épuisée, 1a Louve, agenouillée sur l'berbc à cùlé de Fleur-
LES MYSTÈRES DR PARIS
fc-Marfe. r<T>rt*ttafo scs fur ers, et examinait le» tnriti de eeHe quelle venait d’ivrr.icluT à h mort.
Qu'on juge de m siujm ur en reconnaissant sa compagne de pri on.
Sa compagne qui avait en sur sa d est indu une influence si rapide, si bieiibkinliv..
Pans sou saisissement» h Louve un moment oublia Maniai.
— La tinu. ileusc’. s'écria-l-olle.
Et. le corps peurlté, appuyé sur ses gênons et sur tes mains, U tête ddicTi'kV, ses vêlements ruisselant* d am, Hfe contemplait la malheureuse enfmt étendue, presque expirante, sur le gazon. l'ale, inanimée, li*» \e 411 demi-ouverts et sans regards, ses beam cheveux blonds collés à ses iihnpes, les lèvres bleues, ses petites mains déjà roidies, glacées, on Ni crue morte.
— La Louai ruse ! répéta b Louve ; quel hasard ! moi qui venais dire j mon homme le bien et le mal qu'elle m’a fait* avec ses paroles et «s*
romesses, ta résolution que j avais prise î Pauvre petite, je la retrouve ,'i morte ! Mais non, non ! s'écria b Louve en s’approchant encore plus de Fleur-de-Blaric. et sentant uu souffle imperceptible s'échapper dru bouche. Non! Mon bien! mon Dieu ! elle respire encore, je lai sauvée de la mort... Ça ne m'était jamais arrivé de sauver quelqu'un. Ah! ça Tait du bien, ça réchauffe. Oui, mais mon homme, il faut le sauver aussi, lui. Peut-être qu'il raie à cette heure, ha mère cl son frère sont capahh s de l'assassiner. Je ne peux pas pourtant laisser là ceUe pauvre petite, je vais Remporter tiret b veuve : il faudra bien qu’elle b secoure et qu'elle me montra Martial, ou je brise tout, je tue tout. Oh ! il n’y a ni uière, ni soeur, ni frère qui tieuneul quand je sens mon homme là !
Et, se relevant aussitôt, la Lôjive emporta Fleur-de-Mane dans scs bras.
Chargée de ce léger fardeau, elle courut vers b maison, ne boutant (tas que b veuve cl sa fille, malgré leur méchanceté, ue donnassent les première secoure à Ffeur-de-Muric.
Lorsque h maîtresse de Martial fut arrivée au point culminant de l'Ilc, d'où elle pouvait découvrir les deux rives de b Seine, Nicolas, sa mère et CaMusse s'étaient éloignés.
Certains de l'accomplissement de leur double meurtre, Ut se rendirent eu toute hâte chez Bras-Bouge.
A ce moment aussi un homme qui, embusqué dans un des' enfoncements du rivage caches par le four à plâtre, avait iu visiblement assisté à cette horrible scène, disparaissait, croyant, ainsi que les meurtriers, le crime exécuté.
Cet homme était Jacques Ferrand.
Un des bateaux de Nicolas se balançait amarré A «n pieu dn rivage, à Tcndroit où s'étalent embarquées la Gouafeuse et madame Séraphin.
A peine Jacques Ferrand quittait-il le four à plâtre pour regagner fa ris, que M. de Sa'mt-Remy et le docteur Griffon passaient en bile le at d'Asnières, accourant vers Nie, comptant s’y rendre à l aide du leau de Nicolas qu’ils avaient aperçu de loin.
A sa grande surprj»e, en arrivant auprès de b maison des ravageurs, la I. ouve trouva la porte fermée.
Déposant sous la tonnelle Ffeur-de-Marie toujours évanouie, elle s’approcha de la maison. Elle connaissait U croisée de la chambre de Martial; quelle fut sa surprise de voir les volets de cette fenêtre couverts de plaque* de lofe, cl assujettis au dehors par deux barres de fer!
heviuaut une partie de la vérité, la Louve poussa un cri rauque, retentissant, et se mil à appeler de toutes ses forces :
— Martial! mou homme!...
Rien ue lui répondit.
Epouvantée de ce silence, la Louve se mit à tourner, à tourner autour du logis comme une bêle sauvage qui flaire ci cherche en rugissant Centrée de la lauiere où est enfermé sou male, lie temps eu temps elle criait :
— Mou homme, es-td là '( mon homme ! ! !
Et, dans rage, elle ébranlait les barreaux de b fenêtre de b cuisine, elle frappait la muraille, elle heurtait a b porte.
Tout à coup un bruit sourd lui répoudil de l'inléiieur de b niaUon. La Louve tressaillit, écouta.
Le bruit cessa.
— Mon homme m’a entendue, il faut que j'entre, quand je devrais ronger la porte avec mes dents.
Et elle se mil de nouveau à pousser sou cri sauvage.
Plusieurs coups frappés, maU faiblement, à 1'loléricur des volets de Martial, répondirent aux hurlement» de b Louve.
— Il est là ! s’écria-t-elle eu s'arrêtant brusquement sous b feuctre de son amant, il est là t S'il le faut, jarnuiterai b tôle avec mes 00 gfes, mais j'ouvrirai ces volets.
O disant, elfe a tua une grande échelle à demi engagée derrière on des contrevents de la salle liasse ; en attirant violemment ce contrevent à elfe, b Louve Ut tomber b clef cachée par Li veuve sur le bord de b Croisée.
— Si cile ouvre, dit b Louve en essayant la clef dans b serrure de la porte d’eotrée, je pourrai monter à sa chambre. Ça “ouvre, s‘t criat-elle avec joie, mon homme est sauvé I
llue fois dans la cuisine, elle fut frappée des cris des deux eubuU
qui. renfermé» «Lin* le caveau et culciubul un bruit extraordinaire» appelaient à leur secourt.
La veuve, croyant que personne ne viendrait dans l'Ilc nu dans U maison pendant son absence, s 'était contentée d'enfermer François et Amandine à double tour, laLsaui la clef à la wjmire.
Mis en liberté par la Louve, lu frère cl b sœur sortirent précipitamment du carreau.
— U la Louve ! sauvez mon frère Martial, ils veulent le faire mourir 1 s’écrb François; depuis deux jours ils l’ont muré dans sa chambre.
— Il» ne lui ont pas lait de blessures?
— Non, non. je ne crois pas.
— J'arrive à temps! s'écria b Louve en courant à l’escalier; puis, s’arrêtant après avoir gravi quelque* marches :
— El la GouaVti-c que j'oublie ! dit-elle. Amandine, du feu tout de suite: toi et tou frère, apporte* ici près de b cheminée une pauvre tille.
ui«e noyait: je l'ai sauvée. Lite est sou» la tonnelle. François, uu nier* n. une hache, une barre de fer, que j'enfonce b porte do mon homme !
— Il y a b le merlin à fendre le bots, mais c’est trop lourd pour vous, dit le jeune p.irçou eu traînant avec peine un énorme jnaric.iu.
— Trop louid ! s'écria la Louve; et die enleva sans peine cette ma>$e de fer qu'en toute autre circonstance elle ciU peut-être dilUcilemcat soulevée.
Puis, montant l'escalier quatre à quatre, elle répéta aux deux enfants ; *
— Courez chercher b jeune tille et approchez- la du feu.
En deux bonds b Louve fut au fond du corridor, à b porte de Martial .
— Courage, mon homme, voilà la Louve! s'écria-t-elle ; et, lovant le marteau a deux mains, d'un coup furieux elle ébranla b porte.
— Elle est clouée eu dehors. Arrache les clous, s'écria Martial d'une voix bible.
Se jetant aussitôt à genoux dm» le corridor, à l'aide du bec du merlin Cl de ses Ougfe* qu'elle meurtrit, de ses doigts qu'elle déchira, b Louve parvint à arracher du plancher et du chambranle plusieurs clous énormes qui condamnaient la porte.
Euliu celle porte s'ouvrit.
3Iarti.il, pâle, les mains ensanglantées, tomba presque sans mouvement dans les bras de 1a Louve.