‹ Œuvres illustrees d'Eugene Sue Les mysteres de ParisChapitre 110 sur 174 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Murpb et Polidori.

La figure de sir Walter Murpb était rayonnante.

Ko descendant de voiture, il remit à un des gens du prince un paire

Madame d'Orbigny châtiée par ton mari — rtci 200.

■— v* n*p4ay-Do|.fV. S»i*t-Loiii, 4A,- «a ■«

LES MYSTÈRES DR PARIS

de pistolets, ôta sa longue redingote de voyage, et, sans prendre le lumps de changer de vêtements, il suivit Rodolphe, qui, iinpaiicul, l'avait pré' cédé daus son appariement.

— Bonne nouvelle, monseigneur, bonne nouvelle [ s'écria le squire lorsqu'il se trouva seul arec Rodolphe; les misérables sont démasqués, M. dOrbigny est sauvé... vous m'avez Lit partir à temps... Une heure de retard... un nouveau crime était commis !

— Et madame d’Uar ville?

— Bile est tout à la joie que lui cause le retour de l'affection de son père, et tout au bonheur d'être arrivée, grâce à vos conseils, assez à temps pour l'arracher à une mort certaine.

— Ainsi, Polidori...

— Etait encore cette fois le digne complice de la belle-mère de madame d'IIarville. Mais qui-l muuxlrc que celle belle-mère !... quel sangfroid ! quelle ambre !... et ce Polidori !... Ab ! monseigneur, vous avez bien voulu quelquefois me remercier de ce que vous appeliez mes preuves de dévouement...

— J'ai toujours dit les preuves de ton amitié, mon bon Murpli...

— Eh bien! monseigneur, jamais, non jamais cette amitié n'a été mise à une plus rude épreuve que dans celte circonstance, dit le. squire d’un air moitié sérieux, moitié plaisaut.

— Comment cela ?

— Les déguisements de cbarbounier, les pérégrinations dans la Cité, cl tutti quanti, cela n'a rien été, monseigneur, rien absolument, auprès dit voyage que je viens de taire avec cet iuferuâl Polidori.

— Que dis-tu? Polidori...

— Je l'ai ramené...

— Avec toi?

— Avec moi... Jugez... quelle compagnie... pendant douze heures côte à côte avec l'homme que je méprise et que je hais le plus au monde. Autant voyager avec un serpent... ma bêle d antipathie.

— El où est Polidori, maintenant ?

— Dans la maison de l'allée des Veuves... sous bonne et «ûre garde...

— Il n'a donc fait aucune résistance pour le suivre?

— Aucune... Je lui ai laissé le choix d'être arrêté sur-le-champ par les autorités françaises ou d’être mon prisonnier allée des Veuves : il n’a pas bâMi

— Tu as eu raison, il vaut mieux l'avoir ainsi sous la main. Tu es un homme d’or, mon vieux Murph; mais raconte-moi ton voyage... Je suis impatient de savoir comment celle femme indigne et son indigne complice ont été enfin démasqués.

— Rien de plus simple ; je n’al eu qu'à suivre vos instructions à la lettre pour terrifier et écraser ces Iflllinct. Dans CCtlt circonstance, monseigneur, vous avez sauvé, comme toujours, des gens de bien, et puni de* méchants. Noble providence que vous êtes!.,.

— Sir ''aller, sir Waller, rappelez-vous les flatteries du baron de Gratin... dit Rodolphe en 90 uri.ini.

— Allons, soit, monseigneur. Je commencerai donc, on plutôt vous voudrez bien lire d'abord cette lettre de madame la marquise d llarville, qui vous instruira de tout ce qui s est passé anffl que mou arrivée ait confondu Polidori.

— Une lettre?... donne vite.

Murph, remettant à Rodolphe la lettre de la marquise, ajouta :

— Ainsi que cela était convenu, au lien d accompagner madame d'tl.irville citez son père, j’étais descendu à une auberge servant de tournebride, S denx pas du château, où je devais attendre que madame la marquise inc fit demander.

Rodolphe lut ce qui suit avec une tendre èl impatiente sollicitude :

« Monseigneur,

« Après lotit ce que je votas dois déjà, }é vous devrai la vie de mon

père!..

« Je laisse parler les faits : ils vous dièoht mieux que moi quels nouveaux trésors de gratitude envers vous je vieus d’amasser dans mon c«tr.

« t’omprenant tonte l’imporiabce des conseils une tons m’avez fait donner par sir Walter Murph, qiii tn'a rejolhte sur la route de Normandie, presque â ma sortie de Paris, je suis arrivée eh toute haie aQ èl»âleati des Aubiers.

* Je ne safc pourquoi b physionomie des gens qui me reçurent me parut sinistre ; je uc vis parmi eux aucuu des anciens serviteurs de notre maison : personne ne me connaissait; je fus obligée de me nommer. J’âpprit que depuis quelques jours mon |»ère était ircs-souiTrunt, et que ma Mle-mère venait de ramener un médecin de Paris.

« Plus de doute, il s agissait du docteur Polidori.

• Voulant me Lire conduire à l’instant auprès de mon père, je demandai où était un vieux valet de chambre auquel il était ires-attaché. Depuis quelque temps cet homme avait quitté le château ; ces renseignements m’étaient donnés par un iiilcudaiil qui m'avait conduite dans mon appartement, disant qu’il allait prévenir ma belle- mere de mon arrivée.

« Ktaii-ce illusion, prévention? il nu; semblait que ma venue était même importune aux gens de mon père. Tout dans le château me paraissait morne, sinistre. Daus la disposition d’esprit où je me trouvais, oo cherche à tirer des Inductions des moindres circonstances. Je remarquai pat tout des marques de désordre, d'incurie, connue si on avait

trouvé inutile de soigner une habitation qui devait être bientôt abandonnée...

«Mes inquiétudes, mes angoisses augmentaient à chaque instant. Après avoir établi ma fille et sa gouvernante dans mon appartement, 'j'allais me rcudre chez mou père, lorsque ma belle-mère entra.

« Malgré sa fausseté, malgré l'empire nu’elle possédait ordinairement 6ur clic-même, elle parut atterrée de ma Jusque arrivée, j « — M. dOrbigny ne s’attend pas à votre visite, madame, me dit-elle.

I II est si souffrant qu'une pareille surprise lui sentit funeste. Je crois donc convenable de lui laisser ignorer votre présence ; il ne pourrait aucunement se l’expliquer, et...

« Je ne la Lissai pas achever.

« — Un grand malheur est arrivé, mtWame, lui dis-je. M. d’Harville est nort... victime d'une funeste imprudence. Après un si déplorable événement, je ue pouvais rester â Paris citez moi, et je viens {tasser auprès de mon père les premiers temps de mou deuil.

« — Vous êtes veuye!... ah! c'est un bonheur insolent! s'écria ma bellc-incre avec rage.

o D'après ce que vous savez du malheureux mariage que cette femme avait tramé .pour se venger de moi, vous comprendrez, monseigneur, l'atrocité de son exclamation.

a — C’est parce que je crains que vous ne vouliez être aussi inâotanmeut heureuse que moi, madame, que je viens ici, loi dis-je, peut-être imprudemment. Je veux voir mon pere.

« — Cela est impossible en ce moment, me dit-elle en pâlissant ; votre aspect Ini causerait une révolution dangereuse.

« — Puisque mon père est si gravement malade, m'écriai-je, comment n'eu suis-je pas instruite ?

« — Telle a été Ja volonté de M. d’Orbigny, me répondit ma bellemère.

« — Je ne vous crois pas, madame, et je vais m'assurer de la vérité, lui dih-je en faisant un pas pour sortir de ma chambre.

« — Je vous répète que votre vue inattendue peut faire un mal horrible à votre père, s'écria-t-elle en se plaçant devant moi pour me barrir le passage. Je ne souffrirai pas que vous eut riez c liez lui sans que je 1 ale prévenu de votre retour avec les ménagements que réclame sa position.

a J'étais dans une cruelle perplexité, monseigneur. Une brusqoe simprise pouvait, en effet, porter un coup dangereux à mon pere ; mais cette femme, ordinairement si froide, si maîtresse d'elle-même, me semblait tellement épouvantée de ma présence, j'avais taul de raisons de douter de la sincérité de sa sollicitude pour la santé de celui qu'elle avait épfftisé par cupidité, enfin la présence du docteur Puüdori, le meurtrier de ma mère, me causait une terreur si grande, que, croyaut la vie de mon père menacée. Je n’ hésitai pas entra "espoir de le sauver et la cravate de lut causer une émotion facli use.

« — Je verrai mon père à l'instant, dis-je à ma belle-mère.

« F.t. quoique celle-ci m'eût saisie par le bras, je passai outre...

« Perdant complètement l'esprit, celte femme voulut, une seconde fors, presque par force, m'empêcher île sortir de ma chambre... Cette incroyable résistance redoubla ma frayeur, je me dégageai de ses mains Connaissant l’appartement de mou pere, J'y courus rapidement ; j'entrai...

v 0 monseigneur! de ma vie Je n 'oublierai celte scène et le tableau qui s'nfrril à ma vue...

« Mou père, presque méconnaissable, pâté, amaigri, la souffrance peinte Mit tous les traité, la tête renversée sur un oreiller, était étendu dans uù grand fauteuil...

« Au coin de la cheminée, debout auprès de lui, le docteur Polidori s'apprêtait â verser dans une lasse que lui présentait une garde-malade quelques gouttes d'une liqueur contenue dans un petit tlacon de cristal qu'il tenait à b main...

« Sa longue barbe rousse donnait une expression plus sinistre encore à sa physionomie. J'entrai si précipitamment, qu'il fit un geste de surprise, échangea un regard d'intelligence avec ma belle-mère qui me suivait en hâte, et, au lieu de faire prendre â mon père la potion qu'il lui avait préparée, il pu-,» brusquement IC flacon sur la cheminée.

« Guidée par un instinct dont il m'est encore impossible de me rendre compte, mon premier mouvement lut de m'emparer de ce llaron .

« item.irqu.int aussitôt la surprise et la i'raveur de ma belle mère et de Pnlldiri, je inc félicitai de mon action. Mon pere, stupéfait, semblait irrité de ine voir, je m’y attendais. Polidori me lança un coup j d'œil lérocc ; malgré la présence de mon père et celle dé la garde-malade, je craignis que ce misérable, voyant son crime presque découvert, ne se portât contre moi a quelque extrémité

« Je sentis le besoin d’un appui dans ce moment décisif, je sonnai : un «les gens de mon père accourut ; je le priai de dire à mou valet de I chambre fil était prévenu) d’aller chercher quelques objets que j ava» i laissés au lournebride ; sir Waller Murph savait que, pour ne pas éveil lcr les soupçons de ma belle-mère, dans le cas où je serais obligée de donner mes ordres devant elle, j emploierais ce moyen pour le mander auprès de moi...

« la surprime de mon père, de ma belle-mère, était telle, que le domestique sortit avant qu’il D 'eussent pu dire un mot ; je fus rassurée; au bout de quelque» instante sir Waller Murph serait auprès de moi

• — Qu'est-ce que cela signifie ? me dit enfin mon père d une voix faible, mais impérieuse et courroucée. Voos ici, Clémence... sans que je vous y aie appelée?... Puis à peine arrivée vous vous emparez du ftacon qui contient la potion que le docteur allait me donner .. m'expliq ocrez-vous celte folie?

« — Sortez, dit ma belle-mère à b garde-malade.

« Cette femme obéit.

c — Calmez-vous, mon ami, reprit ma belle-mère en s'adressant à mon père ; vous le savez, la moindre émotion pourrait vous être nuisible. Puisque votre fille vient ici malgré vous, et que sa présence vous est désagréable, donnez-moi votre bras, le vous conduirai dans le petit salon ; pendant ce temps-là notre bon docteur fera comprendre à madame d Harville ce qu’il y a d’imprudent, pour ne pas dire plus, dans sa conduite...

« Et elle je la un regard significatif à son complice.

« Je commis le dessein de ma belle-mère. Elle voulait emmener mon père et me laisser seule avec Polidori, qui, dans ce cas extrême, aurait sans doute employé la violence pour m'arracbcr le flacon qui pouvait 1 fournir une preuve évidente de ses projets criminels.

« — Vous avez raison, dit mon pere à ma belle-mère. Puisqu’on vient me poursuivre jusque chez moi, sans respect pour mes volontés, je laisserai la place libre aux importuns...

« Et se levant avec peine il accepta le bras que lui offrait ma bellemère, et fu quelque* pas vers le peut salon.

« A ce moment, Polidori s'avança vers moi ; mais, me rapprochant aussitôt de mon père, je lui dis :

« — Je vais vous expliquer ce qu’il y a d'imprévu dans mou arrivée et d’étrange dans ma conduite... Depuis hier je suis veuve... Depuis hier je sais que vos jours sont menacés, mon père.

■ Il marchait péniblement courbé. A ces mots, il s’arrêta, se redressa ■vivement, et, me regardant avec un étonnement profond, il s’écria :

« — Vous êtes veuve... mes jours sont menacés!... Qu’est-ceque cela signifie ?

« — El qui ose menacer les leurs de M. d'Orbigny, madame ? me demanda audacieusement ma belle-mère.

« — Oui, qui les menace?... ajouta Polidori.

« — Vous, monsieur ; vous madame, répondis-je.

« — Quelle horreur!... s'écria ma belle-mère en faisant un pas vers moi.

vi — Ce qoe je dis, je le prouverai, madame... lui répondis-je.

« — Mais une telle accusation est épouvantable ! s’écria mon père.

a — Je quitte à l'instant celle maison, puisque j’y suis exposé à de si atroces calomnies ! dit le docteur Polidori avec l'indignation apparente d'un homme outragé dans son honneur. Commençant à sentir le danger de sa position, il voulait fuir sans doute.

« Au moment où il ouvrait la porte, il se trouva face à face avec sir Walter Murph... s

Rodolphe, s'interrompant de lire, tendit b main au «nuire, cl lui dit :

— Tres-bien, mou vieil ami, la présence a dû foudroyer ce misérable.

— C’est le mot, monseigneur... il est devenu livide... et a fait deux pas eu arrière en me regardant avec stupeur; il semblait anéanti... Me retrouver au fond de la Normandie, dans un moment pareil!... il croyait faire un mauvais rêve... Mais continuez, monseigneur, vous allez voir que celle infernale comtesse d'Orbigny a eu aussi son tour de foudroie ment, grâce à ce que vous m’aviez appris de sa visite au charlatan Bradamanli-PoUdori dans k maison de la rue 'du Temple. .. car, apres tout, c'est vous qui agissiez... ou plutôt je n'étais que rinstrunieut de votre pensée. .. {aussi, jamais, je vous -le iurc, vous ne vous êtes plus heureusement et plus justement substitué a l'indolente Providence que dans cette occasion.

Rodolphe sourit et continua ta lecture de la lettre de madame d’Uar* vifle :

« A la vue de sir Walter Murph, Polidori resta pétrifié ; pia bellemère tombait de surprise en surprise; mon père, ému de cette scèue, affaibli parla maladie, fut obligé ue s'asseoir dans uu fauteuil. Sir Walter ferma à double tour b porte par laquelle il était entré ; cl se pLçatii devant celle qui conduisait à un autre appartement, afin que le docteur Polidori ne pût s’échapper, il dit à mon pauvre père avec l'acecu; du plus profond respect ;

« — Mille pardons, monsieur le comte, de la licence que je prends ; mais une impérieuse nécessité, dictée par votre scul intérêl (et vou> allez bientôt le reconnaître), m'oblige à agir ainsi... Je me nomme sir Walter Murph, ainsi que peut vous l'affirmer ce misérable, qui a nia vue tremble de tous scs membres : ie suis le conseiller intime de S. A R. monseigneur le grand-duc régnant de Gcrolslein.

« — Cela est vrai, dit le docteur Polidori en balbutiant, éperdu de fraveur.

• — Mais alors, monsieur... que venez-vous faire ici? que voulezvous ?

« — Sir Walter Murph, rcpris-jc en m adressant a mon pere, vient se joindre à moi pour démasquer les misérables dont vous avez failli être victime. » .

« Puis, remettant à sir Walter le flacon de cristal, j ajoutai : J ai etc bien inspirée pour m’emparer de ce flacon au moment où le doc-

teur Polidori allait verser quelques gouttes de la liqueur qu’il contient dans uoe potion qh'il offrait à mon père.

« — Uu praticien de la ville voisine analysera devant vous le contenu de ce flacon, que je vais déposer entre vos mains, monsieur le comte ; et s'il est prouvé qu'il renferme un poison lent et sûr, dit Walter Murph à mon père, il ne pourra plus vous rester de doute sur les dangers que vous couriez, et que la tendresse de madame votre fille a heureusement prévenus.

« Mon pauvre père regardait tour à tour sa femme, le docteur Polidori, moi et sir Walter d'un air égaré ; ses traits exprimaient une an-

S oisse indéfinissable. Je lisais sur son visage navré la lutte violente qui échirail son cœur. Sans doute il rôi&iail de tout son pouvoir à dcroissants et terribles soupçons, craignant d'être obligé de reconnailie la scélératesse de ma belle-mère ; enfin, cachant sa tête dans scs mains, il s’écria :

« — 0 mon Dieu, mon Dieu !... tout cela est horrible... impossible. Est-ce un rêve que je fab ?

« — Non, ce n’est pas an rêve... s’écria audacicuscineut nia bcllemère, rien de plus réel que cette atroce calomnie concertée d'avance pour perdre une malheureuse femme dont le seul crime a été de vous consacrer sa vie. Venez, venez, mon ami, ne restons pas une seconde de plus ici, ajouta-t-elle en s’adressant à mou père ; peut-être votre fille naura-elle pas l'insolence de vous retenir malgré vous...

« — Oui, oui, sortons, dit mon père hors de lui, tout cela n est pas vrai, ne peut pas être vrai, je ne *■;.«» nas eu entendre da vannage, ma raison n’y résisterait pas . „ épouvantables méfiances s’élèveraient dans mon cœur, empc!*ouoeraienl le peu de jours qui nie restent i vivre, et rien De pourrait me consoler d’une si abominable découverte.

« Mou père semhbil si souffrant, si désespéré, ou a tout prix j'aurais voulu mettre fin à cette Bcène si cruelle pour lui. Sir Waller devina ma pensée ; mais, voulant faire pleine et eutière justice, il répondit à mon père :

c — Encore quelques mots, monsieur le comte ; vous allez avoir le chagrin, sans doute bien pénible, de reconnaître qu'une femme que vous vous croyiez attachée par la reconnaissance a toujours été un monstre hypocrite; mab vous trouverez des consolations certaines dans l'affection de votre fille, qui ne vous a jamais manqué.

« — Ce U passe toutes les bornes! s'écria ma belle-mère avec rage; et de quel droit, monsieur, et sur quelles preuves osez-vous baser de si effroyables calomnies? Vous dites que ce flacon confiait du poison ?... Je le nie, monsieur, et je le nierai jusqu’à preuve du contraire ; et lors même que le docteur Polidori aurait, par méprise, confondu un médicameut avec un autre, est-ce une raison pour m'accuser d’avoir voulu... de complicité avec lui... Oh! uon, non, je n'acheverai pas... Dne idée si horrible est déià uu crime ; encore uue fois, monsieur, je vous délie de dire sur quelles preuves, vous et madame, osez appuyer cette affreuse calomnie... dit ma belle-mère avec uoe audace incroyable.

« — Oui, sur quelles preuves ? s'écria mon malheureux père. Il but que la torture que l'on m'impose ait un terme.

« — Je ne suis pas venu ici sans preuves, monsieur le comte, dit sir Walter ; et ces preuves, les réponses de ce misérable vous les fourniront tout à l'heure. Puis sir Walter adressa la parole en allemand au docteur Polidori, qui semblait avoir repris un peu d'assurance, mais qui la perdit aussitôt. »

— Que lui as-tn dit? demanda Rodolphe au squire en s'interrompant de lire.

— Quelques mots significatifs, monseigneur; à peu près ceux-ci : Tu as échappé par la fuite à la condamnation dont tu avais été frappé par b justice du grand-ducbé ; tu demeures rue du Temple, sous le faux nom de Bradamanii ; on sait à quel abominable métier tu te livres ; lu as era-

r obonné h première femme du comte ; U y a trois jours, madame d'Origny est allée le chercher pour t'emmener ici empoisouner son mari ; S. A. R. est à Paris, elle a les preuves de tout ce que j avauce. Si tu avoues b vérité, afin de confondre cette misérable femme, tu peux es--, pércr, non ta grâce, mais un adoucissement au cliâtimeol que tu mé-i rites . tu me suivras à Paris, où je te déposerai en lieu sûr jusmi'à ce quet S. A. ait décidé de toi. Siuou, de deux choses l’une, ou S. A. u. bit de-T mander et obtient ton extradition, ou bien à l’instant même j'envoici chercher à b ville voisine un magistral; ce flacon renfermant du poison) lui sera remis, on t'arrêtera sur-le-cbamp, on fera des perquisitions chez’ toi, rue du Temple; tu sais combien elles le compromettront , et la justice française suivra sou cours... Choisis donc...

Ces révélations, ces accusations, ces mcoaces qu’il savait fondées, se succédant coup sur coup, accablèrent cet infâme, qui ne s'attendait pas â me voir si bien instnat. Dans l’espoir d’adoucir la position qui Pattcml .it, il u'hésila pas à sacrifier sa complice, et me répondit : — Inlerroffcz-nioi, je dirai b vérité en ce qui concerne cette femme.

— Picn. bien, mon digne Murph. je n 'attendais nas inouïs de loi.

— Pend.. ut mou entretien avec Polidori, les traits de la belle-mère de madame d’Harville se décomposaient d'une maoière effrayante, quoiqu'elle ne comprit pas l'allemand. Elle voyait, à l'abattement croissant de on complice, à son altitude suppliante, que je le dominai*. Dans une anxiété terrible, elle cherchait à rentoulrer les yeux de Polidori, afin de lui donner du courage ou d’implorer sa discrétion, mais il évita il constamment son regard-

— El le comte?

— Son émotion était inexprimable ; de ses doigts érispés il serrait convulsivement les bras de son fauteuil, la sueur baignait son front, il respirait à peine, ses veux ardents, fixes, ne quittaient pas les miens. Ses angoisses égalaient 'celles de sa femme. La suite de la lettre de madame d'fLrville vous dira la fin de cette scène pénible, monseigneur.

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