I.F.S MYSTÈRES DE PARIS
— Est-ce que vois avez besoin de me demander si je veux? répondit hrt' ijiu'.iK-ue b femme de Murti;il eii lmus»aul le» épjule&.
Puis, ôtant de son Cou mi diâlc de bourre de soie, elle le nloya en quatre, s'agenouilla, le posa sur le sable un peu humide de (allée, et dit à la Goualeuse :
— Mo lie x vos pieds là-dessus.
— Mais, la Louve, dit Flcur-de -Marie, qui s'était aperçue trop lard du dessein de sa compagne pour l'empêcher de l'exécuter ; mais, la Louve, vous allez abîmer votre châle.
— Pas tant de raison* !... la terre est fraîche, dit la Louve.
Et, prenant d'autorité les petits pieds de FIcur-dc-Marie, elle tes posa fur le châle.
— Comme vous me gâtez, la Louve....
— Durai... vous ne le méritez guère : toujours à vous débattre contre ce que je veux faire pour votre bien... Vous n'éles pas fatiguée? Voilà un bonne demi-heure que nous marchons... Midi vicut de sonner à Asnières.
— Je suis un peu lasse... mais je sens que cctlc promenade m'a fait du bien
— Vous voyez... vous étiez lasse. Vous ne pouviez pas me demander plus tôt de vous asseoir?
— Ne me grondez pas ; je ne m’apercevais pas de ma lassitude. C'est si bun de marcher quand on a été longtemps alitée... de voir le soleil, les arbres, la campagne, quand on a cru ne les res oir jamais !
— Le fait est que vous avez été dan- un état désespéré durant deux jour». Pauvre Goûteuse... oui, ou peu! vous dire cela malmenant... on désespérait de vous.
— Et puis figurez-vous, la Louve, que me voyant sou» l'eau... malgré moi je nu: suis rappelé qu'une iné< haute femme qui m'avait tourmentée quand j'étais petite me menaçait toujours de me jeter aux poissons. Plus tard elle avait encore voulu tue nover (11. Alors je me sui* dit : Je n'ai pas de bonheur... c'est une famille, je n v échapperai pas...
— Pauvre Goualeuse... ç'a été votre dernière idée quaud vous vous êtes crue perdue?
— Oh! non... dit Fleur-de-Marie avec exaltation. Quand je me suis sentie mourir... ma dernière pensée a été pour celui que je regarde comme mou Dieu; de même qu'en me sentant renaître, ma première pensée s'est élevée ver» lui...
— C'est plaisir de vous faire du bleu, à vous... vous n'oubliez pas.
— Oh ! non !... c'est si bon de s’eudonnir avec sa reconnaissance et de s'éveiller avec elle!
— Aussi on se mettrait dans le feu pour vous.
— Bonne Louve... Tenez, je vous assure qu'une des causes qui me rendent heureuse de vivre... c’est l'espoir de vous porter b m heur, d'accomplir ma promesse... vous savez nos châteaux en E ; agio de Saint- Lazare?
— Quant à cela, il y a du temps de reste. Vous voilà sur pied, j'ai fait nuis frais comme dit mon homme.
— Pourvu que M. le comte de Sainl-Remy me dise tantôt que le médecin me {icriiict décrire à madame Georges! Elle doit être si inquiète! et peut-être il. Rodolphe aussi! ajouta ncur-de-Marle en baissant les yeux et eu rougissant de nouveau à la pensée de sou Dieu. Peut-être ils int: croient morte!
— Comme le croient aussi ceux qui vous ont fait noyer, pauvre petite* Oh ! les brigands!
— Vous supposez donc toujours que cc n’est pas un accident, la Louve ?
~ Un accident! Oui, les Martial appellent ça des accidents... Quand Ir dis les Martial... c'est sans compter mou homme... car il n'est pas de la famille, lui... pas plus que n'en seront jamais François et Amaudiue.
* — Mais quel intérêt pouvait -on avoir à ma mort 1 Je n’ai jamais fait d mal à personne... personne ne me connaît.
— C'est égal.. . si les Martial sont assez scélérats pour noyer quelqu'un, ib ne sont pas assez bêles pour le faire sans y avoir un intérêt. Quelques umts que la veuve a dits à mon homme dans la prison... me le prouvent hi.ii.
— Il a donc été voir sa mère, cette femme terrible?
* — Oui. Il n’y a plus d’espoir pour elle, ni pour Calcbas-e, ni pour Niellas. On avait découvert bien des choses ; mais ce gueux de Nicolas, d ms l'espoir d’avoir la vie sauve, a dénoncé sa mère et sa sœur pour un amre assassinat. Ça fait qu’ils y {tasseront tous. L’avucat n 'espère plus fieu; les gens de la justice disent qu'il faut un exemple,
-*■ Ab ! c’est affreux ! presque toute une. famille.
— Oui, à moins que Nicolas ne s'évade. Il est daus la même prison qu'un monstre de bandit appelé le Squelette, qui m a chine un complot I |M>ur se sauver, lui et d'autres. C'est Nicolas qui a fait dire cela à 2Jariial I par on pri-oiuiier sortant ; car tnou homme a été encore assez faible j pi.nr aller voir son gueux de frère à la Forre. Alors, encouragé par celle visite, ce misérable, que l’enfer confonde! a eu le front de faire dire à ; mon homme que d'un moment à l'autre il pourrait s’échapper, et que Martial lui tienne prêt chez le père Micou de l'argent et des tuihils pour se déguiser.
— Votre Martial a si bon cœur 1
(t) Dnn* une de* «tes xubtnrrgêcf Kra«-Rooge, aux Champs- Ëlyaéua.
— Bon cœur tant que vous voudrez, la Goualeuse; mais que le diable me brûle si je laisse mon homme aider un assassin qui a voulu le tuer ! Mai liai ne dénoncera pas le complot d'évasion, c’est déjà beaucoup... D’ailleurs, maintenant que vous voilà en santé, la Goualeuse, nous allons partir, moi, mou homme et les enfants, pour notre tour de France; nous ne remettrons jamais les pieds à Paris : e 'était bien assez pénible à Martial d'être appelé lils du guillotiné. Qu'est-cc que cela serait donc lorsque mère, frère et sœur y auraient passé ?
— Von» attendrez au moins que j aie parlé de vous à M. Rodolphe, si je le revois. Vous êtes revenue au bien, j’ai dit que je vous en ferais réeoiii|ien»er, je veux tenir tna parole. Sans cela comment m'acquitteraisje envers vous? Vous m’avez sauvé la vie ... et pendant ma maladie vous m'avez comblée de Mips.
— Justement ! maintenant j’aurais l’air intéressée, si je vous laissais demander quelque chose pour moi à vos protecteurs. Vous êtes sauvée... je vous répété que j’ai fait mes frais.
— Bonne Louve... rassurez-vous... ce n’est pas vous qui serez intéressée, c’est niui qui serai reconnaissante.
— Ecoutez donc ! dit tout d'un coup b Louve en se levant, on dirait le bruit d'une voiture. Oui... oui, elle approche; tenez, la voilà; Pavezvous vue passer devant la grille? il y a une femme dedans.
— OU ! mou Dieu ! s'écria Flcur-de-Marie avec émotion, il m’a semblé reconnaître...
— Qui donc ?
— Üue jeuue et jolie dame que j’ai vue à Saint-Lazare, et qui a été bien bonne pour moi.
— Elle sait doue que, vous êtes ici?
— Je l'ignore ; mais elle connaît la personne dont je vous parlais toujours, et qui, si elle le veut, et elle le voudra, je l’cspcrc, pourra réaliser nos châteaux en Espagne de la prison.
— Une place de garde-chasse pour mon honunc, avec une cabane pour nous au milieu des bois, dit la Louve en soupirant. Tout ça c’est des féeries... c’est trop beau, cela ne peut pas arriver.
Un bruit de pas précipités se fit entendre derrière la charmille ; François et Amandine, qui, grâce aux boutés du comte, de Sa tut- Rem y, n'avaienl pas quitté la L mve, arrivèrent essoufflés en criant :
— La Louve, voici une belle dame avec M. de Sainl-Remy ; ils demandent à voir tout de suite Fleur-de-Marie.
— Je ne tu 'étais pas trompée ! dit la Goualeuse.
Pre-que au même in 'tant parut M. de Saiut-Rcmy, accompagné de madame d'ihirvillc.
A peine celle-ci eut-elle aperçu Fleur-de-Marie. qu'elle s'écria en courant à elle cl en b serrant tendrement entre ses bras :
— Pauvre chère enfant... voua voilà .. Ah! . sauvée!... sauvée niin- n!eusi ment d'une horrible mort... Avec quel bonheur je vous retrouve... moi qui, aiusi que vos amis, vous avais crue perdue... vous avais tant regrettée !
— Je suis aussi bien heureuse de vous revoir, madame : car je a’ti jamais oublié vos butté* pour moi, dit Flcur-de- Marie en répondant aux tendresses de madame d'ihirvillc avec une grâce, et une modestie charmantes.
— Ab ! vous ne savez pis quelle sera b surprise, la f ille joie de vos amis qui à cette heure vous pleurent si amèrement...
Fleur-de-Marie, prenant par 1a main 1a Louve, qui s’était retirée à l'écart, dit à madame d’QarvilIc en b lui présentant :
— Faisane mon salut est »i » ht r à mes bienfaiteurs, madame, permettcz-moi de vous demander ieurs bontés pour nu compagne, qui m'a sauvée en risque de sa vie...
— Soyez tranquille, mou fiifant... vos amis prouveront à la brave Louve qu’ils savent que c'est \ elle qu'ils doivent le bonheur de vous revoir.
La Louve, rouge, confuse n'osant ni répondre ni lever les veux sur madame d'Uarviile, tant b présence d'une lèinmc de celle dignité lui imposait, n'avait pu cacher son étonnement en entendant Clémence prononcer son nom.
— Mais il n’y a pas un rr mient à perdre, reprit la marquise. Je meurs d'impaliemc (le vous emmener. Fleur-de-Marie; j'ai apporté dans tua voiture un châle, un manteau bien chaud ; venez, venez, mon enfant... Puis, s'adressant au courte : Serez-vous assez lion pour donner mon adresse à celte courageuse femme, afin qu’elle puisse demain faire ses adieux à Fleur-dc-Marie? De b porte vous serez bien forcée de venir itou» voir, ajouta madame d lhirvillc en s'adressant à la Louve.
— Oh ! madame, j'irai bien srtr, répondit celle-ci, puisque ce sera pour dire adieu à b Gouahi se; j aurais trop de chagrin de ue pouvoir pas l'embrasser encore une fois.
Quelques miuutcs apres, madame d'Ilar ville et b Goualeuse étaient sur la roule de Pari*.
Rodolphe, apres avoir assisté à b mort de Jacques Ferrand si terriblement puni de ses crimes, était rentre chez lui dan* un accablement inexprimable.
Ensuite d'une longue et pénible nuit d'insomnie, il avait. mandé pré» de lui sir Walter Murph. pour confier à ce vieux et fidèle ami l'écrasante découverte de b veille au sujet <]<• Fh ur-de-Marie.