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CHAPITRE XIV

Bicétre.

Quinze jour* s’étalent passés depuis que Rodolphe en épousant Sarah in exiremit , avait légitimé la naissance de Fleur- j-Marfe.

C'était le jour de la nu-carême. CeUe date établie, nous conduirons le lecteur à Bicétrc. Cet immense établissement, destiné, ainsi que chacun sait, au traitement de* aliénés, sert aussi de lieu «Je refuge à sept ou huit cents vieillards pauvre*, qui sont admis à celte espèce de maison d'invalides civils (1p lorsqu'ils sont âgés de soixante-dix ans ou atteints d'infirmités très-grave».

En arrivant à fiicétre, on cuire d’abord dans une vaste cour plantée de grand» arbres, coupée de pelouses vertes ornées en été de platesbandes de Ikon. Rien de plus riant, «le plus calme, de plus salubre (pie ce promenoir spécialement destiné aux vieillards indigents dont uoui avons parlé ; il entoure les bâtiments ou se trouvent, au premier étage, de spacieux dortoirs bien aérés, garnis de bons lits, et au rea-dc-chaus* sée des réfectoires d'une admigmlc piopreté, où les pensionnaires de Ricètrc prémunit en commun une nourriture saine, abondante, agréable et préparée avec un soin extrême, grâce à la paternelle sollicitude des administrateurs de ce bel établissement.

Uu tel asile serait le rêve de IVli-an veuf ou célibataire qui. après une longue vie de privations, de travail et de probité, trouverait là le repos, le bien-être qu’il n’a jamais connus.

Malheureusement le favoritisme qui de nos jours s'étcud à tout, envahit tout, s’est emparé des bourses de Bicêtre, et ce sont en grande partie d'anciens domestiquas qui jouissent de ces retraite*, grâce à i'Jnfiucnce de leurs derniers maîtres.

Ceci noos Koblr un abus révoltant.

Rien de plus méritoire que les longs et honnêtes services domestiques, rien de plus rfigne dermwnpeuse que ces serviteurs qui, éprouvés par des année» de dévouement, l'mis-.iw .-ut autrefois parfaire presque partie de la famille ; mais, si louables que soient de pareils antécédents, c’est le maître «pii en a profité, et non l'Etat, qui doit les rémunérer.

Ne serait-il donc pas juste, moral, humain, que les places de Bicêtre et celles d'antres établissements semblabfi* appartinssent de droit à des artisans choisis parmi ceux qui justifieraient de la meilleure couduite et de h plus g ramie. infortune ?

Pour eux, si limité que fût leur nombre, ces retraite» seraient au moins une lointaine espérance qui allégerait un peu leurs misères de chaque jour. Salutaire espoir oui les encouragerait au bien, eu finir montrant dans un avenir éloigne sans doute, mais enfin certain, un peu «le calme, de bonheur pour récompense. Et, comme ils ne pourraient prétendre à ccs retraites que par une conduite irréprochable, leur moralisation deviendrait pour ainsi dire forcée.

Est-ce donc trop de demander que le petit nombre de travailleurs qui atteignent uu âge très-avancé à travers des privations de toutes sortes aient au moins Ta chance «l'obtenir un jour à Bicêtre du pain, du repos, un abri pour leur vieillesse épuisée ?

(1] Nou» ne savions trop répéter qu'à U session dernière une pétition buée sur I«m sentiments et le* vœux les plus honorables, tendant à demander U fonditin de ma lions d'invalide.» civils pour les ouvriers, a été écartés Ml milieu de I büsnté g&oénlc de la cbauiiM l V. U lfanùnir.)

LES MYSTERES DR PARIS

Il est vrai qu’une telle mesure exclurait à l'avenir de cet établissemeut les gens de lettres, les savants, les artistes d'un grand âge, qui n’out pas d’autre refuge.

Oui, de nos jours, des hommes dont les talents, dont la science, dont l'intelligence ont été estimés de leur temps, obtiennent à grand' peine une place parmi ccs vieux serviteurs que Je crédit de leur maître envoie à Bicêlre.

Au nombre de ceux-là qui ont concouru au renom, aux plaisirs de la France, de ceux-là dont la réputaliou a été consacrée par la voix populaire, est-ce trop demander que de vouloir pour leur extrême vieillesse une retraite mooeste mais digne?

Sans doute c'est trop : et pourtant citons un exemple entre mille : ou a dépensé 8 ou 10 millions pour le monument de la Madeleine, qui n’est ni un temple ni une église ; avec cette somme énorme que de bien à faire ! fonder, je suppose, uue maison d'asile où deux cent cinquante mu trois mil- personnes jadis remarquables comme savants, poêles, musiciens, administrateurs, medreras, avocats, etc., etc. (car presque toutes ccs professions ont successivement leurs représentants parmi les pensionnaires de Bicêlre), auraient trouvé une retraite honorable.

Sans doute c'était là une que-tion d'humanité, de pudeur, de dignité nationale pour un pays qui prêt» nd marcher à la tête des arts, de i intelligence et de la civilisation ; mais l'on n'y a pas songé...

Car Hégésinpc Moreau et tant d'autres rares génies sont morts à l'hospice ou dans l'indigence...

Car de nobles intelligences, qui ont autrefois rayonné d’un pur et vif éclat, portent aujourd'hui à Bicêlre la houppelande des bons pauvres.

Car il n’y a pas ici, comme à Londres un établissement charitable (I) où un étranger sans ressource trouve au moins pour une nuit uu toit, .un lit et ua morceau de pain...

Car les ouvriers qui vont en Crève chercher du travail et attendre les embauebements n'ont pas même pour sc garantir des iutempérics des disons un hangar pareil à celui qui, dans les marchés, abrite le bétail en vente (2j. Pourtant b Grève est la Bourse des travailleurs sans ouvrage, et dans celte Bourse-là il ne se fait que d'bonnéles transactions. car elles n'ont pour fin que d'obtenir un rude labeur et nn salaire insudisaut dont l'artisan paye un pain bien amer...

Car...

Mais l'on ne cesserait pas si l'on voulait compter tout ce que Fon a sacrifié d’utiles fondations à cette grotesque imagination de temple grec, enfin destiné au culte catholique.

Mais revenons à Bicêlre et disons, pour complètement énumérer les differentes destinations de cet etablissement, qu'à l'époque de ce récit les condamnés à mort y étaient conduits apres leur jugement. C’est donc dans un des cabanons de cette maison que b veuve Martial et sa lille I .'ah- basse attendaient le moment de leur exécution, fixée au lendemain ; b mère et b fille n'avaient voulu se pourvoir ni en grâce ni en cassation. Nieobs, le •.quclette et plusieurs autres scélérats étaient parvenus à s’évader de la Force b veille de leur (ratisfereineut à Bicêtre.

Nous l’avons dit, rien de plus riant que l’abord de. cet édifice lorsqu’en venant de Paris on y entrait par b cour des Pauvres.

Grâce à uu printemps hâtif, les ormes et les tilleuls se courraient déjà de pousses verdoyantes ; les grandes pelouses de garou étaient d'uue fraîcheur extrême, et çà et là les pbtesdjandes s’émailbienl de perce-neige, de primevères, d’oreilles-d'ours aux couIcuts vives et variée^ ; le soleil dorait le sable brillant des allées. Les vieillards pensionnaires, vélos de houppelandes grises, se promenaient çà et là, ou devisaient, assis sur des bancs : leur physionomie sereine annonçait généralement le calme, b quiétude, ou une sorte d'insouebnee tranquille.

Onze heures venaient de sonner à l'horloge lorsque deux fiacres s'arrêtèrent devant b grille extérieure ; de b première voiture descendirent madame Georges, Germain et Rigolelle; de b seconde, Louise Morel et sa mère.

Germain et Rigolette étaient, on le sait, mariés depuis quinze jours. Nous laissons le lecteur s'imaginer b pétulante gaieté, le bonheur turbulent qui rayonnaient sur le frais visage de b g risette, dont les lèvres fleuries ne s ouvraient que pour rire, sourire, ou embrasser oudame Georges, quelle appelait sa mère.

Société de bienfaisance . fondée à Londres par un de nos compatriotes, Il k comte d'Orsav. qui continue i celte noble et digne oeuvre son patronage «usai généraux <ju ccUirê.

jî, Nous connaissons l'activité, le li-lc de M. le prêf. I de U Seine et de M. le pr'fet de police, leur excellent vouloir pour les classes pauvres et ouvrit t es. K opérons que cette réclamation parviendra juvqa'i eux, et qne leur inilislive auprès du conseil muaicipil fera cesser un tel état de chose- 1,4 dépense serait minime et le bienfait serait praud. Il en serait de même pour le* prêts craluiU faits par le Mont-de-Piété, lorsque la somme empruntée serait au-dessous de 3 ou 4 fr . je suppose Ne devrait-on pas aussi, rép/twos le. abaisser le taux exorbitant de l'intérêt f Comment la ville de Paris, si puissamment riche, ne fait-elle s jouir les cbsws pauvres des avantages que leur offrent, ainsi que je l’ai dit, lucoiip de villes du nord et du midi de la France, en prêtant soit gratuitement, toit t 3 et 4 pour 100 d'intérêt? (Voir l'excellent ouvrage de M. Biaise, sur La SiiUuftyiu ci rOvpaniMfton du Monl-d»- Püii, ouvrage rempli de fada curieux, d appréciations sincères, éloquentes et élevées. )

Les traits de Germain exprimaient une félicité plus calme, plus réfléchie, plus grave... il s’y mêbil un sentiment de reconnaissance profonde, presque du respect pour cette bonne et vaillante jeune fille qui lui avait apporté en prisoo des consolations si secourantes, si charmantes... ce dont Rigolette n’avait pas l'air de se souvenir le moins du monde ; aussi, des que son petit Germain mettait l'entretien sur ce sujet, elle parlait aussitôt d'autre chose, prétextant que oes souvenirs l'aUristaieot. Quoiau’ellc fût devenue madame Germain et que Rodolphe l'edt dotée «i. ...crante mille francs, Rigolette n’avait pas voulu, et son mari avait ecé de cet avis, changer sa coilfore de «risette contre un chapeau. Certes jamais l'humilité ne servit mieux une innocente coquetterie ; car rien n était plus gracieux, plus élégant que son petit bonnet à barbes pbtes, un peu à b paysanne, orné de chaque côté de deux gros nœuds orange, qui faisaient encore valoir le noir éclatant de ses jolis cheveux, qu’elle portait longs et bouclés, depuis qu'elle avait le temps de mettre des papillottes ; un col richement brode entourait le cou charmant de b jeune mariée : une écharpe de cachemire français de b même nuance que les rubans du bonnet cachait à demi sa taille souple et fine, et, quoiqu'elle c'eût pas de corset, selon son habitude (bien qu’elle eût aussi le temps de se bcer), sa robe montante de taffetas mauve ne faisait pas le plus léger pli sur son corsage svelte, arrondi, comme celui de la Galatée de marbre.

Madame Georges contemplait son fils et Rigolette avec un bonheur profond, toujours nouveau.

Louise Morel, après une instruction minutieuse et l'autopsie de son enfant, avait été mise en liberté parla chambre d’accusation. Les beaux traits de b fille du lapidaire, creusés par le chagrin, annonçaient une sorte de résignation douce et triste. Grâce à b générosité de Rodolphe et aux soins qu'il lui avait fait donner, b mère de Louise Morel, qui l'accompagnait, avait retrouvé b santé.

Le concierge de la porte extérieure ayant demandé à madame Georges ce qu'elle désirait, celle-ci lui répondit que l’un des médecins des salles d'aliénés lui avait donné rendez-vous à onze heures et demie, ainsi qu’aux personnes qui l'accompagnaient. Madame Georges eut lé choix d'attendre le docteur soit dans un bureau qu'on lui indiqua, soit dans la grande cour plantée dont nous avons parle. Elle prit ce dernier parti, s’appuya sur le bras de sou fils, et, continuant de causer avec b femme du lapidaire, elle parcourut les allées du jardin. Louise et Rigoletie les suivaient à peu de distance.

— Que je suis donc contente de vous revoir, chère Louke ! dit b griseltc. Tool à l'heure, quand nous avons été vous chercher rue du Temple, à notre arrivée de Bouqucval, je voulais mouler chez vous ; mais mon mari n'a pas voulu, disant que c'était trop haut : j’ai attendu dans le fiacre. Votre voilure a suivi la nôtre ; ça rail que Je vous retrouve pour b première fols depuis que...

— Depuis que vous êtes venue roc consoler en prison... Ah ! mademoiselle Rigolette, s'écria Louise avec attendrissement, quel bou cœur ! quel...

— D'abord, ma bonne Louise, dit b grisette en interrompant gaiement b fille du lapidaire alin d'échapper à ses remerctmeuis, ic ne suis plus mademoiselle Rigolette, mais madame Germain : je ne sais pas si vous le savez... et je tiens i mes titres.

— Oui... je vous savais., mariée... Mais bissez-moi vous remercier encore de...

— Ce que vous Ignorez certainement, ma bonne Louise, reprit madame Germain en interrompant de nouveau 1a fille de Motel, afin de changer le cours de ses idées, ce que vous Ignorez, c'est que je me suis mariee grâce à b générosité de celui qui a été notre providence à tous, à vous, à votre famille, à moi, à Germain, à sa mère !

— M. Rodolphe! Oh! nous le bénissons chaque jour!... Lorsque je suis sortie de prison, l’avocat qui était venu de sa part me voir, me conseiller et m'encourager, m'a ait que grâce à M. Rodolphe, qui avait déjà tant fait pour nous, M. Ferrand... et b malheureuse ne put prononcer ce nom saus frissonner... M. Ferrand, pour réparer ses cruautés, avait assuré que rente à moi et une à mon pauvre père, qui est toujours ici, lui... mais qui, grâce i Dieu, va de mieux en mieux...

— Et qui reviendra aujourd'hui avec vouBà Paris... si l'espérance de ce digne médecîu se réalise.

— Plût au ciel!...

— Cela doit plaire au ciel... Votre père est si bon, si honnête! Et je suis sûre, moi, que nous l'emmènerons. Le médecin pense maintenant qu’il faut frapper uu grand coup, et que b présence imprévue des personnes (pie votre père avait l'habitude de voir presque chaque jour araut de perdre 1a raison... pourra terminer sa guérison... Moi, dans mon petit jugement... ceb me parait certain...

— Je n'ose encore y croire, mademoiselle.

— Madame Germain... madame Germain... si ça vous est égal, ma bonne Louis»- .. Mais, pour en reveair à ce que je vous disais, vous ne savez pas ce que c'est que M. Rodolphe ?

— C’est b providence des malheureux.

— D'abord.. . et puis encore ? Vous l'ignorez... Eh bien ! je vais vom le dire ...

Puis, s’adressant à son mari, qui marchait devant elle, donnait le bru à madame Georges et causait avec b femme du lapidaire, Rigolette s'écria :

— Ne va donc pas si vile, mon ami... Ta fatigues notre bonne mère... et puis j'aime à t’avoir plus près de moi.

Germain se retourna, ralentit uo peu sa marche et sourit à Rigoleltc, qui lui envoya furtivement un baiser.

— Comme il est gentil, mon petit Germain ! N’est-ce pas, Louise? Avec ça l'air si distingué:... nne ai jolie taille! Avais-je raison de le trouver mieux que mes autres voisins, M. Giraudcau, le commis-voyageur, et M. Cabrion?... Ab ! mon Dieu ! à propos de Cabrion... M. Pipelet et sa femme, où sont-Hs donc ? Le médecin avait dit qu'ils devaient venir aussi, parce que votre père avait souvent prononcé leur nom...

— Ils ne larderont pas. Quand j’ai quitté b maison, Us étaient partis depuis longtemps.

— Oh ! alors Us ne manqueront pas au rendez-vous ; pour l’exactitude, M. Pipelet est une vraie pcudule... Mais revenons à mon mariage et a M. Rodolphe. Figurez-vous, Louise, que c'est d'abord lui qui m’a envoyée porter à Germain l'ordre qui le rendait libre. Vous pensez notre joie eu sortant de celle maudite prison ! Nous arrivons chez moi, et là, aidée de Germain, je fais une diuette... mais une dtoeue de vrais gourmands. n est vrai que çà ne nous a pas servi à grand’ebose ; car, quand elle a été Unie, nous n'avons mauge ni I un ni l'autre, nous étions trop contents. A onze heures, Germain s’en va ; nous nous donnons rendezvous pour le lendemain malin. A cinq heures, j'étais debout et à l'ouvrage, car j'étais au moins de deux jours de travail en retard. A huit heures, ou frappe, j'ouvre : qui est-ce qui entre? M. Rodolphe... D'abord, je commence a le remercier du foud du cœur pour ce qu’il a fait pour Germain; B ne me laisse pas finir. Mi voisine, me dit-il, Germain va venir, vous lui remettrez cette lettre. Vous et lui prendrez un fiacre ; vous vous rendrez tout de suite à un petit village appelé Bouqueval, près d'Ecoucn, route de Saint-Denis. Une fois là, vous demanderez madame Georges... et bien du plaisir. Monsieur Rodolphe, je vais vous dire; c'est que ce sera encore une journée de perdue, et, sans reproche, ça fera trois. Rassurez-vous, ma voisine, vous trouverez de l'ouvrage chez madame Georges; c'est une excellente pratique que je vous donne. Si c'est comme ça, à b bonne heure, monsieur Rodolphe. Adieu, ma voisine. Adieu et merci, mon voisin II part, et Germain arrive; je lui coûte la chose, M. Rodolphe ne pouvait pas nous tromper ; nous montons en voiture, gais comme des fous, nous si tristes la veille... Jugez... nous arrivons... Ah! ma bonne Louise... tenez, malgré moi, les larmes m’en viennent encore aux yeux... Cette madame Georges que voilà devant nous, c'était la mère de Germain.

— Sa mère!!!

— Mob Dieu, oui... sa mère, à qui on l'avait enlevé tout enfant, et qu’il n’espérait plus revoir. Vous pensez leur bonheur à tous deux. Quand mudame Georges a eu bien pleuré, bien embrassé son (ils, ç’a été mou tour. M. Rodolphe lui avait sans doute écrit de bonnes choses de moi, car elle m'a dit, en mesermul dans ses bras, qu’elle savait ma conduite pour sou fils. El si vous le voulez, np mère, ait Germain, Rigolette sera votre fille aussi. Si je le veux ! mes enfants, de tout mon cœur ; je le sais, jamais lu ne trouveras une meilleure ni une plus gentille femme. Nous voila dooc installés dans une belle ferme avec Germain, sa mère et mes oiseaux, que j'avais fait vedir, pauvres petites bêles ! pour qu’ils soient aussi de b partie. Qoolque je n'aime pas la campagne, K* jours passaient si vite que c'était comme un rêve; je ne travaillais que peur mon plaisir . j’aidais madame Georges, je me promenais avec Germain, je chantais, je sautais, c’était à eu devenir folle...

que j’ai fait c’est par plaisir : B me répond : C*esl égal, M. Rodolphe est immensément riche ; votre dot est de sa part un cage d'estime, d'amitié; votre refus lui causerait m» grand chagrin ; il assistera d'ailleurs à votre mariage, et il vous forcera bien d'accepter.

— Quel bonheur que b ni de richesse tombe à une personne aussi charitable que M. Rodolphe 1

— Sans doute il est bien riche, mais s'il n'était que cela. Ab ! ma bonne Louise, si vous saviez ce que c'est que M. Rodolphe!... Et moi qui lui ai fait porter mes paquets!! ! Mais patience... vous allez voir... La veille du mariage... le soir, très-tard, le grand monsieur chauve arrive en pO’le; M. Rodolphe ne pouvait pas venir... il était souffrant, mais le grand mousieur chauve venait le remplacer... C'est seulement alors, ma bonne Louise, que nous avons appris que votre bienfaiteur, que le nôtre, était... devinez quoi?... un prince!

— Un prince?

— Qu 'est-ce que je dis, un prince... une altesse royale, un grandduc régnant, un roi en petit... Germain m’a expliqué ça.

— M. Rodolphe!

— Hein ! ma pauvre Louise! El mol qui lui avais demandé de m'aider A cirer ma chambre !

— Uu prince... presque un roi! C’est ça qu'il a tant de pouvoir pour faire le bien.

— Vous comprenez ma confusion, ma bonne Louise. Au^si, voyant que c'était presque un roi, je n'ai pas osé refuser b dot. Nous avons été mariés. Il y a huit iours, M. Rodolphe nous a fait dire, à nous deux Germain et à madame Georges, qu'il serait très-content que nous lui fissions une visite de noce : nous y allons. Dame, vous comprenez, le cœur me battait fort; nous arrivons rue Plumet, nous entrons dans un palais :

nous traversons des salons remplis de domestiques galonnés, de messieurs en noir avec des chaînes aargent au cou et l'épéc au côté, d'officiers en uniforme; que sais-je, moi? et puis des dorures, des dorures

partout, qu’on en était ébloui. Enfin, nous trouvons le monsieur chauve dans uu salon avec d'autres messieurs tout chamarrés de broderies; D nous introduit dans one grande pièce, où nous trouvons M. Rodolphe... c'est-à-dire le prince, vêtu très-simplement et l'air si bon, si franc, si peu fier... enfin l'air si M. Rodolphe d’autrefois, que je me suis sentie tout de suite à mon aise, en me rappelant que je lui avais fait m’attacher mon ehàle, me tailler des plumes et me donner le bras dans la nie.

— Vous o’avez plus eu peur? Oh ! moi, comme j’aurais tremblé !

— F. h bien ! moi, non Après avoir reçu madame Georges avec une bonté sans pareille et ofTert sa main à Germain, le prince m a dit en souriant : — Eb bien! ma voisine, comment vont papa Crélu et Ramoactte? (C’est le nom de mes oiseaux; faut-il qu’il s»oît aimable pour s'en être souvenu!) Je suis sûr, a-t-il ajouté, que maintenant vous et Germain vous luttez de chants joyeux avec vos jolis oiseaux? — Oui, monsei-

gneur. (Madame Georges nous avait bit b leçon toute b route, à nous deux Germain, nous disant qu'il fallait appeler le prince monseigneur.) Oui, monseigneur, notre bonheur est grand, et il nous semble plus doux

phe, une corbeille de mariase. Figurez-vous, Louise, ungrand coffre de Dois de rose, avec ces mots écrits des- us en lettres d'or sur une plaque de

porcebioe bleue : Travail et sagesse, amour et bonheur. J’ouvre le cof- 1 ire, qu'est-ce que je trouve? des petits bonnets de dentelle comme celui que je porte, des robes en pièces, des bijoux, des gants, cette écharpe, on beau châle : enfin, c'était comme un conte de fees.

— C’est vrai au moins que c'est comme un conte de fées , mais voyez :omrne ça vous a porté bonheur... d’étre si bonne, si laborieuse.

— Quant à être bonne et laborieuse... ma chère Louise, je ne Fa! pas ait exprès... ça s’est trouvé ainsi... tant mieux pour moi. .Mais ça n'est pas tout : au fond du coffret je découvre un joli portefeuille avec ces mots : Le voisin à sa voisine. Je l’ouvre : il y avait deux enveloppes, l'une pour Germain, l’autre pour moi ; dans celle de Germain, je trouve un papier qui le nommait directeur d’une banque pour les pauvres, avec 4.000 fr. d'appointements; lui, dans l'enveloppe qui m'était destinée, trouve un bon de 40,000 fr. sur le... sur le Trésor... oui... f c’est cela, c’était ma dot... Je veux le refuser; mais madame Georges, nui avait causé avec le grand monsieur chauve et avec Germain, me dit : Mon enbnt, vous pouvez, vous devez accepter ; c’est la récompense de votre sagesse, de votre travail... et de votre dévooement à ceux qui souffrent... Car c'est en prenant sur vos nuits, au risque de vous rendre malade et de perdre ainsi vos seuls moyens d'existence, que vous êtes allée consoler vos amis malheureux...

— Ob ! ça, c’est bien vrai, s’écria Louise; U n’y en a pas une autre comme vous au moins... mademoi... madame Germain.

— A la bonne heure!... Moi, je dis au gros mousieur chauve que ce

et plus grand encore parce que nous vous le devons. — Ce n est pas à moi que vous le devez, mon enfant, mais & vos excellentes nuuliés et à «elles de Germain. Et cæten, et caetera, je passe le reste de se* compliments. Enfin nous avons quitté ce seigneur le cœur un peu gros, car nous ne le verrons plus II nous a dit qu’il retournait en Allemagne sous peu de jours, peut-être qu'il est déjà parti ; mais, parti ou non, son souvenir sera t uni ours avec nous.

— Puisqu’il a des sujets, ils doivent être bien heureux !

— Jugez! il nous a fait tant de bien, à nous qui ne lui sommes rien J’oubliais de vous dire que c’était à celte forme-b qu'avait habité une de mes anciennes compagnes de prison, une bien bonne et bien honnête petite fille qui, pour son bonheur, avait aussi rencontré .M. Rodolphe ; mais madame Georges m’avait bien re* ommandé de n'en pas parier au prince, je ne sais pas pourquoi . sans doute parce qu'il n'aime pas qu'on lui parle du bien qu U fait. Ce qui est sûr, c’est qu’il paraît que cette chère Gouakuse a retrouvé ses parents, qui l'ont emmenée

‘ avec eux, bien loin, bien loin ; tout ce que je regrette, c’cst de ne pas l’avoir embrassée avant son départ.

— Allons, tant mieux, dit amereraent Louise; eBe est heureuse aussi, elle...

— Ma bonne Louise, pardon... je suis égoïste ; c’cst vrai, je ne vous parie que de bonheur. . à vous qui avez tant de raisons d’étre encore chagrine.

— Si mon enfant m’était resté, dit tristement Louise en interrompant Rigoleltc, cela m’aurait consolée; car maintenant quel est l'honnête homme qui voudra de moi, quoique j’aie de largcni?

— Au contraire, Louise, moi je dis qu'il n’y a qu’un honnête homrr.r capable de comprendre votre position : oui, lorsqu'il saura tout, lorsqu'il vous connaîtra, il ne pourra que vons plaindre, vous estimer, et il sera bien sûr d'avoir en vous une bonne et aigue femme.

— Vous me dites cela pour me consoler.

— Non, je dis cela parce que c'est vrai.

— Enfin, vrai ou ntm. ça me fait du bien, toujours, et je vous en remercie Mais qui vient donc là? Tiens, c'est M. Pipelet et sa femme! Mon l ieu, comme il a l'air content ! lui qui, dans les derniers temp -, était toujours si malheureux des plaisanteries de M. Cabrion.

En effet, M. et madame Pipelet s'avançaient alb grtmeut. Alfred, tou-

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jours coiffé de son inamovible chapeau tromblon, p riait uu magnifique babil vert- pré encore dans toul son lustre; sa cravate, À coins brodés, laissait dépasser uu col de chemise formidable qui 'ui cachait la moitié des joues ; un grand gilet fond jaune vif, à large bandes marron, un pantalon noir nn peu co urt, des bas d'une éblouissante blancheur et des souliers cirés à l'œuf complétaient son accoulrvn^nl.

Anastasie se prélassait dans une robe de mérirx s amarante sur laquelle tranchait vivement un châle d'un bleu foncé. Elle exposait orgueilleusement à tous les regards sa perruque fraîchement bouclée, et tenait son bonnet suspendu a son bras par des brides de ruban vert en manière de ridicule.

La physionomie d’Alfred, ordinairement si grave, si recueillie et dernièretiH ut si abattue, était rayonnante, jubilante, rutilante; du plus loin

'il aperçut Louise et Rigolelle, il accourut en s'écriant de sa voix de

ssc :

— Délivré... parti !

— Ah ! mon Dieu ! monsieur Pipelet, dit nigolettc, comme vous avez l'air joyeux ! qu'avet-vous donc ?

— Parti... mademoiselle, ou plutôt madame, veux-jc, puis-je, dois-je dire, car maintenant vous êtes exactement semblable à Anastasie, grâce au cnnjungo, de même que votre mari, M. Germain, est exactement semblable à moi.

— Vous êtes bien honnête, monsieur Pipelet, dît Rigolelle en souriant; mais qui est dmic parti?

dabrion ! s'écria M. Pipelet rn respirant et en aspirant l’air avec ■:ne indicible satisfaction, c- mine s’il eût été dégagé d'un poids énorme. !i quitte la France â jani-ife, à toujours... à perpétuité... enfin il est parti.

— Vous en êtes bu n sûre ?

— Je l’ai va... de mes yeux vu monter hier en diligence... route de Strasl»ourg. lui, tous ses bagage?... et tous ses eflétt, c’est-à-dire un étui à chapeau, un appuie-maras et une boite à couleurs.

— Qu'c-a-cc qnll vous chante là, ce vieux chéri? dit Anaslasie en arrivant essoufflée, car elle avait difficilement suivi la course précipitée d’Alfred. Je parie qu’il vous parle du départ de Cahrion? il ira fait qu’en rabâcher toute La route.

— C’est-à-dire, Anaslasie, que je ne liens pas sur terre. Avant, il me semTd.dt que mon chapeau était doublé de plomb ; maintenant on dirait que l’air me soulève vers le firmament ! Parti... enfin... parti ! et il ne reviendra pins I

— Ilcureuscmcnl, le gredin !

— Anaslasie.. ménagez les absents... le bonheur me rend clément ; je dirai simplement que c’était un iniUgne polisson.

— Et comment avez-vous su qu’il allait en Allemagne ? demanda Rigolette.

— Par un ami de mon roi des locataires. A propos de ce cher homme, vous ne savez pas ? grâce aux bous ri nscignements qu'il a donnés de nous, Alfi cd est nommé conciergc-gardicu u'iiu mont-de-piété et d une banque charitable, fondé? dans notre maison par une bonne âme qui me fait joliment fc* fei d être celle dont 31. Rodolphe était le coimuigvoyageur en bonnes actions!

— Cela se trouve bien, reprit Rigolelle, c’e-t mon mari qui est le directeur de celle banque, aussi par le crédit de M. Rodolphe,

— Et ailliez donc... s’écria gaiement madame Pipelet. Tant mieui ! tant mieux! mieux vaut dis* connaissances que des intrus, mieux vaut des anciens visages que des nouveaux. Mais, pour en revenir à Cabrion, figurez-vous qu'un grand gros monsieur chauve, en venant nous apprendre la nomination d Mm d comme gardien, nous a demandé si uu peinti e de beaucoup de talent, nommé Cabrion, n ‘avait pas dcmetiré chez nous. Au nom de Cabrion, voilà mon vieux chéri qui lève sa botte on l’air, cl qui a la petite mort. Heureusement le gros grand chauve ajoute: Ce jeune peintre va partir pour F Allemagne; une pei-sonue riche l’y emmène pour des travaux qui l’y retiendront peudaut des années... peut-être ‘m'aie se fixera-t-il tout à fait à l’étranger. Eu foi de quoi le particulier donna à mou vieux chéri la date du départ de Cabrion et l'adresse des Messageries.

— Et j’ai le bonheur inespéré de lire sur le registre : « M. Cabrion, artiste peintre, départ pour Strasbourg et l’étranger par correspondance. •

— Le départ était fixé à ce matin.

• — Je me rends dam la cour avec mon épouse.

— Nom voyons le grediu monter sur fimpé riale à côté du conducteur.

— Et enfin, uu moment où la voiture s'ébranle, Cabrion m'aperçoit, me reconnaît, sc retourne et me cric : Je pars pour toujours... à toi pour la vie! Ueureusenicut la trompette du conducteur étouffa presque ces derniers mots et ce tutoiement indécent que je méprise... car eulrn, Dieu soit loué, il est parti.

— Et parti pour toujours, croyez le, monsieur Pipelet, dit Rigolelle en comprimant une violente envie de rire. Mais ce que vous ne savez pas, et ce qui va bien vous étonner... c’est que M. Rodolphe était...

— Etait?

— Un prince déguisé.. . une altesse royale.

— Allons doue, quelle farce! dit Anaslasie.

— Je vous le joro sur mon mari... dit très-sérieusement Ri golette.

— Mon roi des locataires... une altesse royale ! s’écria Anaslasie. Ailliez donc !... Et moi qui l’ai prié de garder mi loge !!... Pardon... par-

été plus convenable pour parler d’un prince.

Par une matii feslaüon diamétralement opposée quant à la forme, «ait toute semblable quant an fond, Alfred, contre son habitude, se décoilh complètement, et salua profondément le vide en s’écriant ; — Un prince, une altesse dans notre loge I ... Et il m'a vu sous le linge quand j etais an lit par suite des indignités de Cabrion !

A cc moment madame Georges se retourna, et dit à son fils et à Rigolette :

— Mes eufants, voici le docteur.

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