‹ Œuvres illustrees d'Eugene Sue Les mysteres de ParisChapitre 39 sur 174 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

Idylle.

Cinq heures animaient à l'église du petit village de Bouqueval ; le froid était vif, le ciel clair; le soleil, s'abaissaul lentisueut derrière les grands bois effeuillés qui couronnent les hauteurs d'Ecoueu, empourprait l'horizon, et jetait scs rayons pâles et obliques sur les vastes plainte dur des par b gelée.

Aux c lumps, chaque saison offre presque toujours des aspects charmants.

Tantôt b ucige éblouissante change la campagne en d'immenses paysages d'albâtre qui déploient leurs Splendeur» immaculées sur un ciel d uu gris rose.

Alors, quelquefois à b brune, gravissant la colline ou dcsceudanl la vallée, le fermier attardé rentre au logis : cheval, manteau, chapeau, tout c:t couvert de neige; âpre est la froidure, glaciale est la bise, sombre est b nuit qui s'avance ; mais là-bas, là-bas, au milieu des arbres dépouillés, les petites f u êtres de la ferme sont gaiement éebirée»; sa haute cheminée de briques jette au ciel une épaisse colonne de fumée qui dit au métayer qu'on attend : foyer pétillant, soutier rusîiauc ; puis apres, veillée babilla rdc, nuit paisible et chaude, pendant nue le vent siflle au dehors et que les chie us des métairies éparses dans la plaine aboient et sc répondent au loin.

Tantôt, dès le matin, te givre suspend aux arbres scs girandoles de cristal que te soleil d'hiver fait scintiller de l'éclat diamaulc du prisme ; b terre de labour humide cl grasse est creusée de longs sillon:, où gîte le lièvre fauve, où courent allègrement les perdrix grises

Çà cl là ou entend le tintement mélancolique de la clochette du mai tre-Mlier d’un crawl troupeau de montons répandu sur les petites vertes et gazonnées des chemins creux ; pendant que, bien enveloppe de sa manie giisc à raies noires le berger, as.-is au pied d'un arbre, chante en tressant un panier de joncs.

Quelquefois b scène & anime : l'écho renvoie les sons affaiblis du cor et les cris de la meute; un daim effaré franchit tout à coup b lisicru dé la forêt, débouche dans h plaine en fuyant d'effroi, cl va sc perdre à riiuri/un au milieu d'autres taillis.

Les trompes, les aboiements se rapprochait ; des chiens blancs et oraugés sortent à leur lotir de la futaie; ils courent sur b terre brune, ils courent sur ks gué ois en friche; le ucz collé à b voie, ils suivent, en ciiant, les traces du daim. A tour suite viennent les chasseurs vêtus de rouge, courbés sur l'cncolurc de leurs chevaux rapides, IL animent h meule à cor cl à cri! Ce tourbillon éclatant passe comme la foudre; le bruit s'amoindrit, peu à peu tout se bits chiens, chevaux, chasseurs di-paraissciit au loin dans le finis où s'est réfugié le daim.

Alors le calme reliait, alors le profond silence des grandes plaines, la tranquillité des grands horizons ne sont plus interrompus que par le chaut ntono<o;;c du berger.

Ces tab’eaux, ccs sites champêtre* abondaient aux environs du village de Bouqueval, situé, malgré sa proximité de Paris, dans une sorte de désert nuque! on ne pouvait arriver que par des chemins de traverse.

Cachée pétulant l’été au milieu des arbres, continu un util dans le feuillage, la ferme où était retirée la Uoualcuse apparaissait alors tout entière Ci sans voile de verdure.

Le cours de la petite rivière, glacée par le froid, ressemblait à un long ruban d'argent mal déroulé au milieu des prés toujours verts, à travers le>qiiok de belles vaches paissaient lentement en regagnant leur étable. Ramenées par les approches du soir, des volées de pigeons s'abattaient successivement sur le faite aigu du colombier; les noyers immenses qui. pendant l'été, ombrageaient la cour cl les bâtiments de Li ferme, alors dépouillés de leurs feuille», laissaient voir les toits de tuiles et de chaume velouté» de mousse couleur d’émeraude.

Une lourde charrette traînée par trois chevaux vigoureux, trapus, à crinière épaisse, à robe lustrée, aux colliers bleus garnis de grelots et de houpp. s oe bine ronge, rapportait des serbes do blé provenant d'une des meules de la plaiue. Celle pesante voilure arilvait dans b cour par la porte charretière, tandis qu un nombreux troupeau de moulons sc pressait à l une des entrées latérales.

Bêtes et gens semblaient impatients d'échapper à b froidure de b nuit cl de goûter les douceurs du repos; les chevaux hennirent joyeusement à la vue de l'écuric, les moulons bêlèrent en a&ic caut la porte de: chaudes bcrgciics. les laboureurs jetèrent un coup d'œil affamé à travers les feut-ues do b cuLine du rez-de-chaussée, où l'on préparait un souper pantagruélique.

Il régnait dans celle ferme un ordre rare, extrême, une propreté minutieuse, inaccoutumée.

An lieu d’être couverts de boue pèche, çà et b épars et exposés aux intempéries des saisons, les herse», charrues, rouleaux et autres instruments aratoires, dont quelques-uns étaient d invention toute nouvelb, s'aU-

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paient, propres cl peints, ?ntis un vaste hangar où les charretiers ve- I naieui aussi ranger avec symétrie les harnais de leurs chevaux; vaste, • nette, bien plantée, la cour sablée n’nfi'ralt pas à la vue ces monceaux | de fumier, ces flaques d'eau i roupissante qui déparent les plus belles ex- J ploitations de la Beauce ou de la Brie la basse-cour, entourée d’un treil- ' Lffe vert, renfermait et recevait toute la gent emplumée qui rentrait le j soir par une petite porte s’ouvrant sur les champs.

Sans nous appesantir sur de plus grands détails, nous dirons qu’eu toutes choses celte ferme passait à bon droit dans le pays pour une fermc-ntodèfe, autant par I ordre qu’on y avait établi et l'excellence de sou agriculture et de ses récoltes, que par le bonheur et la moralité du nombreux personnel qui faisait valoir ccs terres.

Nous dirons tout à l'heure la cause de cette supériorité si prospère; en attendant, nous conduirons le lecteur A b porte treilbgée de b bassetour. qui ne le cédait en rien à la ferme par i'élégance champêtre de ses nchoirs. de ses poulaillers et Je son polit canal encaissé de pierres de roche où coulait incessamment une eau vive et limpide, alors soigitcujpment débarrassée des glaçons qui pouvaient l’obstruer.

Une espèce de révolution se ht tout à coup parmi les habitants ailés de cette basse-cour ; les poules quittèrent leurs perchoirs en caquetant, les dindons gloussèrent, les pintack s glapirent, les pigeons abandonnèrent le toit du colombier et s'abat tirent sur le sable en roucoulant.

I.’arrivéc de Fleur-de-Harie causait toutes ecs folles gaietés.

Greuze ou 'Vatican if auraient jamais rêvé un aussi charmant modèle, si les joues de la pauvre Goualcm.c eussent été plus rondes et plus vermeilles; pourtant, malgré sa pâleur, malgré l'ovale amaigri de sa ligure, l'expression de scs traits, l'ensemble de sa porsonue, la grâce de son attitude, cus-ent encore été d : gncs d'exercer les pinceaux des grands peintres que nous avons nommes.

Le petit bonnet rond do Fleur-de-.Marie découvrait son front et son bandeau de cheveux blonds ; comme *. roque toutes les paysannes des environs de Paris, par-dessus ce bonnet, dont on voyait toujours le fond et les barbes, elle portait posé A plat, cl attaché derrière sa tétc avec deux épingles, un large mou hoir d indienne rouge dont les bouts f.ottants retombaient carre ment sur ses épaules ; coiffure pittoresque et gracieuse, que la Suisse et l'Italie devraient nous envier.

Un fichu do bnüste blanche, croi.é sur ;on sein, était à demi caché par h* h.tol vf large ba volai de son tablier de toile bise ; un corsage en gros dre p bleu A manches justes dessinait sa taille fine, et tranchait sur son épaisse inpo de futaiuo grise rayée de l*nin; des bas bien blancs et des souliers a cothurnes cachés dans des petits sabots noirs, garnis sur le cou de -pied d ur» carré de peau d'agneau, complétaient ce costume d'une -implicite msilque, auquel le charme naturel de Fleur- dc-Ma rie donnait une grâce extrême.

Tenant d’une main son tablier relevé par les deux coins, elle y puisait des poiguées de grain qu’elle distribuait à la foule ailée dont elle était entourée.

Un joli pigeon d’une blancheur argentée, au bec et aux pieds de pourpre. plus audacieux et phi« familier que ses compagnons, après avoir voltigé quelque temps autour de Flenr-dc-Maric, s’abattit enfin sur sou

épaule.

La jeune fille, sans doute accouiumée à ces façons cavalières, ne discontinu ■ pas de jeter son en in à pleines mains; mais, tournant A deuil son doux vl âge d’un profil cuchanteur, clic leva on peu la tête et lendit en souriant ses lèvres roses au petit bec rose de son ami.

Les demi r rayons du soleil couchant jetaient ou rellet d’or-pâlc sur ce tableau uaif.

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