CHAPITRE XIX
La dette.
Morel le lapidaire avait aouveut assisté à des scènes aussi tristes que celles que nous veuous de racouter ; pourtaut il s’écria, dans un accès de désespoir, en jetant son fouet sur son établi :
— Ob ! quelle vie ! quelle vie !!!
— Est-ce ma faute, à moi, si ma mère est idiote? dit Madeleine eu
pleurant.
— Est-ce la mienne? dit Morel. Qn’est-ce que je demande? de me tuer de travail pour vous tous. Jour et nuit je sois à l'ouvrage ; je ne me plains pas, tant que j'en aurai la force, j'irai; mais je ne peux pas non plus foire mon étal et être eu même temps gardien de fou. de malade et d eufonts! Non, le ciel n’est pas juste à la fin ! non, il n'est pas juste 1 c'est trop de misère pour un seul homme ! dit le lapidaire avec un accent décniranU
Et, accablé, il retomba sur son escabeau, la tâte cachée dans ses mains.
— Puisqu'on u’a pas voulu prendre ma mère à l’hospice, parce qu'elle n’était nas assez folle, qu est-ce que tu veux que j’y fosse, moi, b ? dit Madeleine de sa voix traînante, dolente Cl plaintive. Quand tu te tourmenteras do ce que lu ne peux pas empêcher, à quoi ça t'aranocra-t-il ?
— A rien, dit l'artisan: el il essuya scs yeux qu’une larme avait mouillés; à rien... tu as raison. Mais quand tout vous accable, on n’est quelquefois pas maître de soi.
— Oh ! mon Dieu, mon Dieu ! que j'ai soif! je frissonne, et la fièvre me brûle, dit Madeleine.
— Attends, je vais le donner à boire.
Morel alla prendre la cruche sous le toit. Après avoir difficilement* brisé la çlace qui recouvrait l'eau, il remplit une tasse de ce liquide gelé, et s approcha du grabat de sa femme, qui étendait vers lui scs mains impatientes.
Mais, après un moment de réflexion, il lui dit :
— Non, ça serait trop froid; dans un accès de fièvre, ça te fierait du mil
— Ça me fera du mal? tant mieux, donne vite alors, reprit Madeleine avec amertume; ça sera plus tôt fini, ça le débarrassera de moi, tu n'auras plus qu'à être gardien de fou cl d' enfants. La malade sera de moins.
— Pourquoi me parler comme cela, Madeleine? je ne le mérite pas, dit tristement Morel. Tiens, ne me fais pas de chagrin, c’est tout juste s'il me reste assez de raison et de force pour travailler ; je n'ai pas la tète bien solide, elle n’y résisterait pas ; et alors qu'est-cc que vous deviendriez tous? C'est pour vous que je parle ; s’il ne s'agissait que de moi, je ne m’embarrasserais guère de demain. Dieu merci ! la rivière coule pour tout le monde.
— Pauvre Morel ! dit Madeleine attendrie; c’est vrai, j'ai en tort de le dire d'un air fâché que je voudrais te débarrasser de moi. Ne m’en veux pas, mon intention était bonne ; oui, car enfin je vous suis inutile à toi et à nos enfouis. Depuis seize mois que je suis alitée... Oh ! mou Dieu ! que j’ai soif ! je t’en prie, donne-moi à boire.
— Tout à l'heure; je tâche de réchauffer la fosse entre mes mains.
— Es-tu bon 1 et moi qui te dis des choses dures, encore !
— Pauvre femme, tu souffres! ça aigrit le caractère. Dis-moi tout ce que tu voudras, ‘mais ne me dis pas que tu voudrais me débarrasser de toi.
— Mais à quoi le suis-je bonne?
— - A quoi nous sont bons nos enfants?
— A le surcharger de travail,
— Saus doute ! aussi, grâce à vous autres, je trouve la force d’èlre à l'ouvrage quelquefois vingt heures par jour, â ce point que j’eu suis devenu difforme cl estropié. Est-ce que tu crois que sans cela je ferais pour l'amour de moi tout seul le métier que je fois? Oh ! non, la vie u'est pas assez belle, j’en finirais avec elle.
— C’est comme moi, reprit Madeleine ; sans les enfants, il y a longtemps que je t’aurais dit : Morel, tu en as assez, moi aussi ; le temps d’allumer un réchaud de charbou, on se moque de la misère... Mais ces enfants - ces enfants !...
— Tu vois doue bien qu'ils sont bons à quelque chose, dit Morel avec
une admirable naïveté. Allons, tiens, bois, mais par petites gorgées, car c’est encore bleu froid.
— Oh ! merci, Morel, dit Madeleine en buvant avec avidité.
— Assez, assez...
— C’était trop froid ; mon frisson redouble, dit Madeleine en lui rendaut la tasse.
— Mon Dieu, mon Dieu ! je te l'avais bien dit, tu souffres.. .
— Je n'ai plus la force de trembler. Il me semble que je suis saisie de tous les côtés dans un gros glaçon, voilà tout...
Morel ôta sa veste, la mit sur les pieds de sa femme, et resta le tursc nu. Le malheureux n’avait pas de chemise.
— Mais tu vas geler, Morel !
— Tout à l’heure, si j’ai trop froid, je reprendrai ma veste un moment.
— Pauvre homme!... ah! lu as bien raison, le ciel n'est pas juste. Qu'esl-cc que nous avons fait ponr être si malheureux, tandis que d’autres...
— Chacun a ses peines, les grands comme les petits.
— Oui, mais les grands ont des peines qui ne leur creusent pas l’estomac et qui ne les font pas grelotter. Tiens, quand je pense qu'avec le pra d'un de ces diamants que lu polis nous aurious de quoi vivre dans l'aisance, nous et nos enfants, ça révolté. Et à quoi ça leur sert-il, ces diamants?
— S’il n’y avait qu'à dire : A quoi ça scrt-il aux autres? ou irait loin. C’est comme si tu disais *■ A quoi ça sert-il à ce monsieur* que madame Pipelet appelle le commandant, d'avoir loué et meublé le premier étage de celte maison, où il ne vient jamais? A quoi ça lui sert-il d'avoir là de bons matelas, de bonnes couvertures, puisqu'il loge ailleurs?
— C’est bien vrai. Il y aurait là de quoi nipper pour longtemps plus d'un pauvre ménage comme le nôtre... sans compiler nue tous les jours madame Pipelet fait du feu pour empêcher scs meubles d’être abîmés par l'humidité. Tant de bonne chaleur perdue, tandis que nous et nos enfants nous gelons ! Mais tu me diras à ça : Nous ne sommes pas des meubles. Üb ! ces riches, c’est si dur !
— Pas plus durs qmrd’autres, Madeleine. Mais ils ne savent pas, voistu, ce que c’est que la misère. Ça naît heureux, ça vil heureux, ça meurt heureux : à propos de quoi veux-tu que ça pense à nous ? El puis, je te dis... ils ne savent pas... Comment se feraient-ils une idée des privations des autres? Ont-ils grand'faim, grande est leur joie, ils n'en dînent que mieux. Fait-il grand froid, tant mieux, ils appellent ça une belle gelée : c’est tout simple; s'ils sortent à pied, ils rentrent ensuite au coin d’un bou foyer, et la froidure leur fait trouver le feu meilleur ; ils ne peu vent donc paj nous plaindre beaucoup, puisqu'à eux la faim et le froid leur tournent a plaisir. Ils ne savent pas, vois-tu, ils lie savent pas !... A leur place nous ferions comme eux.
— Les pauvres geus sont donc meilleurs qu’eux tous, puisqu'ils s’entr’aidcnl ! Cette bonne petite mademoiselle RigolcUe, qui nous a si souvent veillés, moi ou les enfouis, pendant nos maladies, a emmené hier Jérôme el Pierre pour partager son souper. Et son souper, ça n’est guère: une tasse de. bit et du paia. A son âge on a bon appétit ; bien srtr elle se sera privée.
— Pauvre fille! Oui, elle est bien bonne. Et pourquoi? parce quelle connaît la peine. Et, comme je dis toujours : Si les riches savaient! si les riches savaieùt !
— Et celle petite dame qui est venue avant-hier d’uu air si effaré nous demander si nous avions besoin de quelque chose, maintenant elle sait, celle-là, ce que c'est que des malheureux... ch bien! elle n'est pas revenue.
— Elle reviendra peut-être; caT, malgré sa figure effrayée, elle avait l'air bien doux et bien comme il fout.
— Oh ! avec toi, dès qu'on est riche, on a toujours raison. On dirait que les riches sont faits d’une autre pâle que nous.
— Je ne dis pas cela, reprit doucement Morel ; je dis au contraire qu'ils ont leurs défauts . nous avons, nous, les nôtres.
— Le malheur est qu'ils ne savent pas... Le malheur est qu’il y a, par exemple, beaucoup d’agents pour découvrir les gueux qui ont commis des crimes, cl qu'il n'y a pas d'agents pour découvrir les honnêtes ouvriers accablés de fomilic qni sont dans la dernière des misères, et qui, faute d'un peu de secours donné à point, se bissent quelquefois tenter. C’est bon de punir le mal (| ça serait peut-être meilleur de l'empêcher. Vous êtes resté probe jusqu’à cinquante ans ; mais l'extrême misère, b foim, vous poussent au mal, et voilà un coquin de plus ; tandis que si on avait sa... Mais à quoi bon penser à cela ?... le monde est comme U est. Je su» pauvre el désespéré, je parle ainsi ; je serais riche, je parlerais de fêtes et de plaisirs.
— Eh Dien ! pauvre fienimc, comment vas-tu ?
— Toujours b même chose... Je no se us plus mes jambes. Mais ldi, tu trembles : reprends donc ta veste, et souille celle chandelle qui brûle pour rien ; voilà le jour.
En effet, une lueur blafarde, glissant péniblement à travers b neige dont était obstrué le carreau de b lucarne, commençait à jeter une triste cbrt£ dans l'intérieur de ce réduit, et rcudait son aspect plus affreux encore. L'ombre de b nuit voilait au moins une partie de ces misères.
— Je vais attendre qu'il fosse assez clair pour me remettre à ira-
HS
vnlllcr, dit le lapidaire cn s'asseyant sur le bord «le la paillasse de sa femme et cn appuyant son front «Lus ses deux mains.
Après quelques numieuts de silence, Madeleine lui dit :
— Quand madame Mathieu doit-elle reveuir chercher les pierres auxqurl'es tu travailles?
— Ce matin. Je nui plus qu'une facette d’un diamant faux à polir.
— Un diamant faux ! .. toi qui 11 e tailles que des pierres fines, malgré ce qu'on croit dans la maison !
— Comment! tu ne sais pas!... Mais c'est juste, quand l'autre jour madame Mathieu est venue, lu dormais. Elle m'a douné dix diamants faux, dix cailloux du Rhin à tailler, juste de la même grosseur et de la même manière que le même nombre «le pierres fines qu'elle m'apportait, celles qui sout là avec des rubis. Je li ai jamais vu des di.« niants ; d’une plus belle eau; ces dis pierreséà valent certainement plus de soixante mille francs.
— Et pourquoi te les fait-elle imiter eu faux?
— Une grande, darne à nui ils appartiennent, une duché >se.. je crois, a i harpe M. Baudoin le joaillier de vendre sa parure, cl île lui faire faire à la place une narurc eu pierres fausses .Madame Mathieu, la courtière en pierreries de M. Baudoin, m'a appris cela eu m'apportant les pieiics vraies, afin nue je donne aux fausse-, la même coupe et la même tornie; madame Mathieu a chargé de la même besogne «]uatrc autres lapidai- , rcs, car il V a quarante ou cinquante pierres à tailler. Je ne pouvais pas tout faire, cela devait être prêt ce malin; il faut à M. Ituudoiu le temps de remonter les nierres fausses. Madame Mathieu dit que sou- ' veut des dam. s lotit ainsi en cachette remplacer leurs diamants p.,r des cailloux du Rhin.
— Tu vois bien, les fausses pierres font le même elTet que les vraies, cl les grandes dames, qui niellcut st-ufr-im-nt ça pour se parer, n*aulaiciil jamais l'idée de sacrifier un diamant au soulagement de malheureux comme nous!
— Pauvre femme ! sois donc raisonnable, le chagrin te rend injuste. ! Qui esl-cc qui sait que nous, les Morel, sommes malheureux?
— Oh ! quel homme , quel homme! Ou te couperait en morceaux, toi, que lu dirais merci.
.Morel haussa lc> épaules avec compassion.
— Combien te devra ce matin madame Mathieu? reprit Madeleine.
— Ricu, puisipn: je suis eu avance avec elle de cent vingt francs.
— Rien ! Mais nous avons fini hier nos derniers vingt sous.
— Oui, dit More) d'un air aluttu.
— Et VomuK'Ut allons-nous faire ?
— Je ne sais pas.
— El le boulanger ne veut plus nous fournir à crédit...
— Nou, puisque hier j'ai emprunte le quart d'un pain à madame Pi-
jitlel. •
— I.a mi re Burette ne nous pi ê ternit rien?
— Nous prêter!... Maintenant qu'elle a tous nos effets cn gage, sur quoi nous prêterait-elle?... sur nos en faut*? dit Morel avec un sourire amer.
— Mais uia mère, les enfants et loi, vous n’avez mangé hier qu’une livre cl demie de nain à vous tous ! Vous ne pouvez pus mourir de faim 1 nou nliis. Aussi cest ta faute; lu n’as pas voulu (c faire inscrira cette atiuce au bureau de charité.
— Un n’imerit que les pauvres qui ont des meubles, cl nous n'en | avons plus; on nous regarde comme en garni. Ccsi comme pour être admis aux salles d'asile, il faut que 1rs enfants aient au moins une ! blouse, et les nôtres n’ont que des haillons; et nuis, pour le bureau de Charité, il aurait fallu, pour me faire inscrire, aller, retourner peut-être 1 vingt fois au bureau, puisque nous u avons pas de protections. Ça inc ferait perdre plus de temps que ça ne vundiail.
— Mais rommcul faire alors ?
— Peut-être cette petite daine qui est venue hier uc nous oubliera ! pas.
— Oui, cotnptes-y. Mais madame Mathieu te prêtera bien cent sous: i tu travailles pour elle depuis dix ans, die ne peut pu* laisser dans une pareille («due un liounêle ouvrier chargé de famille.
— Je lie cto» pas quelle puisse nous prêter quelque chose. Elle a (ail tout ce qu elle a pu en m'avançant petit à petit cent vingt francs ; c'est une grosse somme pour elle. Parce qu elle est courtière de diamants et qu’elle eu a quelquefois pour cinquante mille francs dans son ! cabas, die n'en est pas plus riche. Quand elle gagne cent lianes par mois, elle est bien contente, car elle a des charge*, «leux nièces à dever. Cent sous ponr.dle, vois-tu. c'est comme cent sous pour nous, et U y a d> s moments ou ou uc les a pas, tu le sais bien. Etant déjà de beaucoup en avance avec moi, elle uc peut s'ôter le paiu de la Louche
à elle et aux siens.
— Voilà ce que c’est que de travailler pour des courtiers au lieu de travailler pour les forts joailliers; ils sont moins regardants quelquefois. Mais lu le Laisses toujours manger la laine sur le do*, c'est la faute.
— C’est ma faute! s’écria ce malheureux, exaspéré par cet absurde I
reproche ; est -ce ta mère ou non qui p*-i cause «le toutes nos misères? S'il n'avait pas fallu payer le diamant «lu elle a perdu, la mère, nous s«> nous en avance, nous aurions le prix « mes journées, nous aurions les ; Vitre cents franc* <me qoqs avons retirés <Jo caisse d’épar gnu pour les i
joindre aux treize cents francs que nous a prêtés ce M, Jacques Ferrand, que Dieu maiidhbC !
— Tu t'obstines encore à ne lui rien demander, à celui-là. Après ça, il est si avare, que ça ne servirait peut-être à rien ; mais enfin ou essaye toujours.
— A fui ! à lui ! m'adresser à lui ! s'écria Morel ; j'aimerais mieux nu laisser brûler à petit feu. Tient, ne me parle pas de cet homme-li, m me rendrais fou.
En di-aiilces mol*, la physionomie du lapidaire, ordinairement «hmer et résignée, prit une expression do sombre énergie, sou pâle visage sc colora légèrement; il se les a brusquement du grabat où il était assis» et marcha «l uis la mansarde avec agitation. Malgré son apparence grêle, difforme, l'attitude et les traits de Vol homme respiraient alors nue généreuse indignation.
— Je ue suis pas méchant, s'écria-t-il ; de ma vie je n’ai fait de ml à personne, mais, Vois-Ul, ce notaire (I) !... oh ! j«; lui souhaite uuUut de mal qu'il m’eû a fait. Puis, im itant ses deux inaios sur son front, il murmura d'une voix douloureuse : Mon Dieu! pourquoi doue faut-il qu'un mauvais sort que je n'ai pas mérité me livre, moi et les tnieis. pieds et poings liés, à cet hypocrite! Aura-t-il donc le dnril d'user dr sa richesse pour perdre, corrompre et désoler ceux qu’il veut perdre, corrompre et désoler ?
— C'est ça, c'est ça. dit Madeleine, déchaîne-toi contre lui; tu sent Lieu avant é quand il t'aura fait mettre eu prison, comme il peut le faire d'uu jour a I autre pour celte lettre de change de treize cents franc!, pour laquelle il a obtenu jugement contre toi. II te tient comme un oiseau au bout d'un fil. Je le déie>tc autant que loi, ce polaire; iiaè. puisque nous sommes dans sa dépendance, il faut biên...
— Laisser déshonorer notre fille, n’est-ce pas? s'écria le lapidJrc d oue xoix foudroyante.
— Mon Dieu! taU-toi donc, ces enfants sont éveillés... ils l’ cn tCBdel.
— Bah! liai)! tant mieux! reprit Morel avec une effrayante irocic. ça sera d nu bon exemple pour nos «leux petites filles; Ça les préparera ; il u'a qu’tm jour a (O avoir aussi b fantaisie, le uutairc ! Ne IMnres-uous pas datas sa dépendance? comme tu dis toujours. Voyous répète donc encore qu'il peut me faire mettre eu prison ; voyons, pale franchement.-, il bot lui abandonner notre tille, n'e&l-ce pas?
Fuis ce malheureux termina son imprécation en éclatant en sanglob; car celte honnête et bonne nature ne pouvait longtemps soutenir tt tou de douloureux sarcasme.
— 0 mes enfants ! s'écria-t-il en fondant en larmes, mes pauvre! enfants! ma Louise! ma bonne et belle Louise !... trop belle, trop belle !... c’est aussi de là que viennent tous uos malheurs. Si elle tiV vait pas été si belle, cct homme ne m aurait pas proposé de me prf«t cet argent. Je suis laborieux et honnête, le joaillirr m’aurait donne» temps, je u aurais pas d'obligation à ce vieux monstre, et il n'abuscf» pas du service qu'il noos a rendu pour lieber de déshonorer ma filé je ne l'aurais pis laissée un jour citez lui. Mais il le faut, il le faut: il me tient dans sa dépendance. -Oh ! la misère, b misère, que d'outrage* elle fait dévorer !
— Mais, comment faire aussi? i! a dit à Louise: Si tu t’en vas de chez moi, je fais mettre ton père cn prison.
— Oui, U b tutoie comme b dernière des créatures.
— Si ce u était que cela, on sc ferait «me raison; mais si clic q
le notaire il te Iot a prendre, et alors, pendant que lu seras eu p«M«que veux-tu que je devienne toute seule, moi, avec nos enfants ettw niera? Quand Louise gagnerait vingt francs par mois dans une lé* place, est-cc que nous pourrious vivre six personnes là-dessus ?
— Uui, c’est pour Vivre que nous laissons peut-être déshonorer Louise.
— Tu exagères toujours ; le notaire la poursuit, c’est vrai... elle do» l’a dit, mais elle est honnête, tu le sais bien.
— Oh! oui, elle est liounêtc, cl active, et bonne!... Quand, dm* voyant dans la gène à cause de ta maladie, elle a voulu entrer en P 1 *? pour ne pas nous être à charge, je ne t’ai pas dit, va, ce que Ç*® 1 coûté!... Elle servante... maltraité, humiliée !... elle si fière paUi»' 1 ^" ment, qu'en riant... te souviens-tu? nous riions alors, nous l’ a PPyT la Princesse, parce «pi 'elle disait toujours qu'à force de propreté ‘ rendrait notre pauvre réduit comme un petit palais. . chère cfl" 1 *" ç’aur.iit été mon luxe de Ij garder près de nous, quand j’aurib J passer les nuits au travail... C’»*»! «îu’ausri, quand je voyais M ligure rose et scs jolis yeux bruns «levant moi, là, près de monettW; et que je l'écoutais chanter, ma lâche ne me paraissait pa* 'o®™\ Pauvre Louise, si laborieuse et avec ça si gaie... Jusqu'à ta mère t» elle faisait ce quelle voulait!... Mais, dame! aussi quand elle vuu*P“ lait, quand elfe vous regardait, il n'y avait pas moyen de ne P* 8 ® comme elle... El loi, comme elle te soignait! comme elle t'amusau ^ scs frères et ses sœurs, s’en occupait-elle assez!... Elle tr°o v *” temps de tout faire. Aussi, avec Louise, tout noire bonheur... M® 1 5 est allé.
(t) Le lecteur *e souvient peut-être «pie FUur-do-Mxric avait été ’f.'îî* jeuw à ce notaire, et que m fcmmo de charge olmidunna l'enfant à •» G® 0 * 81 H qui devait s'en charger moyennant 1UÜQ ft . une foi* payé».
— Tiens, Morel, ne me rappelle pas ça... (u me fends le cœur, ilii Maddeiue eu pleurant à chaude» larmes.
— Kl quand je pense que peut-être ce vient monstre... Tiens, voistu... à celle pensée b télé me tourne... Il me prend des envies daller le tuer ci de me tuer après...
— El nous, qu'est-ce que nous deviendrions? El puis, encore une fois, tu l'exagères. I.e notaire aura peut-être dil ceb à l.ouise comme... en plaisantant... D'ailleurs il va à !a messe tous les dimanches ; il fréquence beaucoup de prêtres... Il y a beaucoup de gens qui disent qu i! Cst plus sûr de pbcer de l’argeul chez lui qu'à l.i CaKse d épargné.
— Qu’est-ce que ceb prouve? qu’il «si riche et hypocrite... Je connais bien Louise... elle est boum’ le.. Oui, mais elle nous aime connue ou u'aiinc pas; sou cœur saigue de noire. misère. Elle sait que s.ins ! moi vous mourriez tout à bit de brin ; et si le notaire l'a menacé'- de 1 me bire mettre en prison... la malheureuse a été peut-être capable...
U li î ma tète!... c’est à en devenir fou!
— Mon Dieu ! si cela était arrivé, le notoire lui aurait donné de l'argent. des cadeaux, et. bien sûr, elle n'aurait rien gardé pour elle ; elle nous en aurait bit profiter.
— Tais- toi. . . je ue comprends pas seulement que tu aies des Idées pareilles... l.ouise accepter... Louise...
— Mais pas pour elle... pour nous...
— Tais- toi... encore une fols, lab-toi!... tu me bis frémir... Sans moi... je ne sais pas ce que tu serai» devenue... et mes cuüinl» aussi avec des raisons pareilles.
— Quel mal csl-ce que je dis ?
— Aucun...
— Eli bien! pourquoi crains- ni que...?
Le lapidaire interrompit impatiemment sa femme :
— Je eraius, parce qoe je remarque que depuis trois mois... chaque fois que Louise vicul ici et quelle m'embrasse... elle rougit.
— Du plaisir «le te voir.
— ■ Ou de honte... eHcot de plus eu plus triste...
— Parce quelle nous voit de plus eu plus malheureux. Et puis, quand e lui parle du notaire, elle dit que maintenant il ne la meuaco plus de a prison pour loi.
— Oui, nuis à quel prix ue 1a menace-l-il plus? elle ne le dit pas, et elle rougit eu in embrassant... Oh! mou Dieu! ça serait déjà pourtant bien mal a un maître de dire à une pauvre fille honnête, dont le pain dépend de lui ; « C de, ou je le chasse : et si l'ou vient s'informer de toi. je répondrai que lu es uu mauv ais sujet, pour t'empêcher de lu placer aill< urs... u Mais lui dire : « Cède, ou je fai» mettre ton père eu prwog ! » lui dire ad» (lorsqu’on sait que toute une famille vit du travail de ce père, oh ! e'eri mille fois plus criminel encore !
— Et quand ou p^ ‘use qu'avee ou de» diamants qui* sont là sur ton établi tu pourrais avoir J.- quoi rembourser le notaire, faire sortir notre tille de citez lui, ci b garder chez nous... dit h ulemeut Madeleine.
— Quand lu me téj éteras cent fois la même chose; à quoi bon?... Certainement que, si j étais riche, je ue serais pas pauvre, reprit Morel avec une dou!o<- reuse impatience.
1- probité était tellement naturelle et jvour ainsi dire tellement organique chez cet liumme, qu'il ue lui venait pas à l’esprit que sa femme, abattue, aigrie par le malheur, |>ût concevoir quelque arrière-pensée mauvaise ci voulût tenter sou irréprochable honnête lé.
Il reprit amen meut :
— Il but se résigner. Heureux cesix qui peuvent avoir leurs enfants auprès d’eux, et les défendre de* piège»; nuis une fille du peuple, qui la garantit ! personne... Est-elle eu âge de gagner quelque chose, elle | part le malin pour sou atelier, rentre le soir; pendant ce temps-ià la mère travaille de son rôti-, le père du *h u. la- temps, c’est notre fortune, et je pain est si cher qu'il ue nous reste pas le loisir de veiller sur nos enfants; et puis on crie à l incouduitc des biles pauvres... comme si leurs parents avaient le moyeu de les guider < lie» eux, OU le temps de Jes surveiller quand elles sont dehors. .Les privations ne nous sont rien auprès du chagrin de quitter outre femme, notre enfant, noire père... L’est surtout à qouc, pauvres gens, que b vie de famille serait salutaire et consolante.,. Et, des que nos culaut» sont eu âge de raison, nous sommes forcés de nous eu séparer !
A ce moment on frappa bruyamment à U poi le de b mansarde.
QÜ9ITRB XX.*
Le jugeaient.
Etonné... le lapidaire se leva et allf ouvrir... Deux hommes entrèrent dans b ma ma rdc.
L’un, maigre, grand, b ligure ignoble et bourg comice, encadrée d’épais favoris noirs grisonnants, tenait à b main mie grosse canne plombée, portait un chapeau déformé et une longue redingote verte crottée, étroitement boulonnée. Sou coi de velours noir ràuu bissait voir un cou long, rouge, pelé comme celui d’un vautour... Cet homme s'appelait Maliconic.
L'autre plus jielit, et de mine arnui basse, rouge, gros et trapu, était vêlu’nvcc une sorte de somptuosité grotesque. Des Iwmlntis de brillants attachaient les plis de sa chemise d'une propreté douteuse, et une longue chaîne d’or serpentait sur uu gilet é< «lisais d'étolfe passée, que laissait voir un paletot de panne d'un gris jaunâtre... Ccl homme s'appelait Bourdin.
— « »h ! que ça pue b misère et b mort ici ! dil Malicorne en s'arrêtant au seuil.
— Le fait est que ça ne sent pas !*' muse ! Quelles pratiques! reprit Bourdin eu fitivnil uu geste de dégoût et de mépris ; puis il s'avança vers l'artisau qui le regardait avec autant de surprise que d'indignation.
À travers la porte bi -.ée eutre-hâiltôc, ou vil apparaître b figure méchaute, attentive et ru e île Tortillard, qui, ayau tsuivi ces iucotinus à leur insu, regardait, épiait, écoulait.
— Que voulez-vous ? dil Uiti-quenjeul le lapidaire, révolté de b grossièreté des deux hommes.
— Jérôme "Morel ? lui répondit Bourdin.
— C'est moi...
— Ouvrier bpidalrc ?
— C‘e»t mol.
— Bien sûr ?
— Encore une fois, c’est moi... Vous m'impatientez... que voulezvous?... expliquez-vous, on soldez
— Que ça d'honnêteté?... merci!-., dis donc, Malicorne. reprit l'homme en se retournant ver» son camarade, il n’y a pas grai... foi... c'est pas comme chez le vicomte de Saiul-l’emy ?
— Oui... mais quand il v a qrat, ou trouve visage de bois... comme
nous l'avons trouvé rue d** Lhaiilot. Le iiioiue.iu avait lifë la veille
et raide encore, taudis que des vermines pareilles ça reste collé à son client!.
— Je crois bien; ça ne demande qu'à être «erré (I) pour avoir la pâtée.
— Faut encore que le loup (B) soit bon enfant; ça lui coûtera plus que ça ne vaut... mâb ça le regarde.
— Tenez, dit Morel avec indignation , si vous n’élicz pas ivres comme vous en avez l’air, on sc mettrait en colère... Sortez de chez moi à l'instant !
— Ab J ah! il est fameux, le dtjrié ! s'écria Bourdin en faisant une allusion insultante à b déviation de la taille du lapidaire. Dis donc, Malicorne, il a le toupet d'appeler ça un chez toi... un bouge ou je ne voudrais pas mettre mon ciiien....
— Mon Dieu! mon Dieu ! s’écria Madeleine, si effrayée qu’elle n'avait pas jusqu'alors pu dire une parole, appelle dune au secours... c’est peut être des maibiteurs... Frémis garde à tes diamants...
En effet, voyant ces deux in- minus de mauvaise mine s'approcher de plus eu plus de l'établi où étaient encore exposée» les pierreries. Morel craignit quelque mauvais dessein, courut a s» table, ri de se» deux mains couvrit les pierres précieuses.
Tortilbrd, toujours aux écoute» et aux aguets, retint te» paroles de Madeleine, remai qua le inouvcineot de l'artisan et sc dit :
— Tiens... tiens... tiens. . on le disait lapidaire en bùx; si les pierres étalent fausses, il n'aurait pas peur d être volé... Bon à savoir : alors la mère Mathieu, qui vient souvent ici. est noue aussi courtière eu vrm... C’est donc de vrais dbntanl» quelle a dans sou e.ihas... l’-mj à savoir; je dirai ça à b Ctiooeilc, à la Lhuucllc, dit le fils de Bras- Bouge en cbanlouuaut.
— St vous ne sortez pas de chez moi, je cric à b garde, dit Morel.
Les enfants, effrayés de celte scèuc, roiniuenCçmit à pleurer, et la
vieille idiote se dressa sur son scaot...
— S'il y a quelqu'un qui ait le droit de crier à la garde., c’est nous... entendez-vous, monsieur le déjeté ? dil Bourdin.
— Vu que la garde doit non» prêter main forte pour vous conduire si vous regimbez, ajouta Mallrorite. Nous n'avons ujs de juge de paix avec nous, c’est vrai; mais si vous Leu*:/ à jouir de sa société, on va vous 00 .servir un sortant de SOO lit. INI eh, uni, tout bouillant... Bourdin va aller le chercher.
— En prison... moi? s'écria Morel frappé de stupeur.
— Oui... à CKrhy...
— A Clithy? répéta l'arti-au d uu air hagard.
— A-t-il la boule dure, celui-b ! dil Malicorne.
— A b prison pour dette»... aimez-vous mieux ça? reprit Bourdin.
— Vous... voos...»criez... comment. ..le notaire... Ali ! mon Dieu!...
Et I ouvrier, pâle comme b mort, retomba sur sou escabeau, sa us , pouvoir ajouter une parole.
— Nous sommes gardes du commerce pour von» pincer, ri nous en étions capables... Y êtes-vous, pays?
— Morel... le billet du maitre de Louise !... Nous sommes perdus! s'écria Madeleine d une voix dé( likaale.
— Voilà le jugcuicut, dit Maiicontc en tirant de son portefeuille un acte timbré.
Après avoir psalmodié, conuno d’habitude, une partie de cette rc-
fl) Luj|ui- ■ unis.
(Xj Le créancier.
quête d'une voit presque ininteHVgilile, il articula nettement les def u ici s mois, nulbcureuscmjQl trop siguilicalif* pour l'artisan :
Louise Morel.
« Jugeant en dernier ressort, le tribunal condamne le sieur JcrAroe ■ Morel à paver au sieut Pierre Petit-Jean, négociant (1 ), par toutes < voies de droit, et même par corps, la somme de treize cents francs « avec l'intérêt à dater du jour du protêt, et le condamne en outre aux c dépens.
«Fait et jugé à Paris, le 13 septembre 1838. *
(1\ L'habile notaire, ne pouvant poursuivre en mn nom personnel, avait fait faire au tnalhrurca* Mord ce qu'on appelle un<’ acceptation *n Wanc, et avait fait remplir la lettre de change par un lier».
— Et Louise, alors? et Louise? s’écria Morel presque égaré, sans paraître entendre ce grimoire, où est-elle? Elle est uouc sortie de clin le notaire, puisqu’il me fait emprisonner?... Louise... mou Dieu ! qu'est* elle devenue?
— Qui, ça, Louise? dit Bourdin.
— Laissc-lc donc, reprit bruialmnent Malicorac, cst-cc que tn ne vois pas qu'il bat la breloque? Allons, cl il s'approcha de Morel, allons, par lilc à gauche... en avant, marche, décanilkms ; j'ai besoin de prendre l'air, ça empoisonne ici.
— Morel, n’y vas pas. Péfcnds-toi ! s'écria Madeleine avec égarement Tue-Jes, ces gucux-là. Oht es-tu poltron 1 ... Tu te laisseras enurtr;:7 tu nous abandonneras?
Morel le lapidaire.
„ — Faites comme chex vous, madame, dit Rmirdm d'uo air sardouique. Mais si voire homme lève la rnaiu sur moi, je l'étourdis.
Seulement préoccupé de Louise, Morel n’enlcodait lien de ce qu'on disait autour de lui. Tout à coup une expression de joie amère éclaira son visage, il s'écria :
— Louise a quitté la maison du notaire... j'irai en prison de bon ccrur... Mais, jetant un regard autour do lui, il secria : Et ma femme... cl sa mère... et mes autres enfants... qui les nourrira? On ne voudra pas me confier des pierres pour travailler en prison... on croira que c'est mon inconduite qui m'y envoie... Mais c'èst donc la mort des miens, notre mort à tous, qu'il veut, le notaire?
— Une fois! deiif fois! finirons-nous? dit Dourdin, ça nous embête, à la lin... Habillez-
vous, et filons.
— Mes bons messieurs, pardon de co que je vous ai dit tout à l'heure ! s'écria Madeleine toujours couchée. Vous u'aurez pas le cœur d'emmener Morel...
Qu'esl-ce que vous voulez que je devienne avec mes cinq 'enfants et ma mère qui est folle? tenez, la vo yez-vous...
là, accroupie sur son matelas ! elle est folle , mes bons mes-
«cm» l elle est
fulie!...
— La vieille tondue? «
— Tiens! c’est
vrai, elle est tondue, dit Ma licorne ; moi, je croyais quelle avait un serre-tête blanc... ,
— Mes enfants, jetez-vous aux genoux de ces bons ^ messieurs , s'écria W Madeleine, voulant, par un dernier effort, attendrir les recors; pricz-les de ne pas emmener votre pauvre père... notre *nl gagne-pain...
Malgré les ordres de leur mère, les enfants pleuraient effrayés, n osant pas sortir de leur grabat. 9
les trois petits garçons sortirent do leur paillasse à moitié nus, e( vinrent, cplorés, s * jeter aux pieds des gardes du commerce, joignant les mains, et criant d une voix déchirante :
A ce bruit inaccoutumé, à l'aspect des deux recors qu elle ne connaissait pas, l’idiote comjnoiça à jeter des burlemeuts sourds en se rencognant itUe.
contre la mura:
Morel semblait étranger à ce qui se Passau autour de lui;
£2*E 1 1 ** 1 S ' ar f rcu V,' iQaUcndu '• ks conséquences de celle arresuuon un paraissaient si épouvantables, qu'il ne pouvait y croire... Déjà des privations de toutes sortes, les forces lui manquaient; ■restau Dite, hagard, assis sur son escabeau, affaissé sur lui-même, les üras pendants, la tète baissée sur sa poitrine...
~ Al > Çi! mille lounerresl... ça Qnira t-il? s'écria Malicornc. Est ™.<iuc vous croyci qu on est à h noce ici ? Marchons, ou je vous euipoigne.
Le reçprs mit u main sur J'épsule de l'artiaan.
— Grâce ! ne tuez (ias notre père!...
A la vue de tes malheureux enfants frissonnant de froid et d’épouvanlc, Rourdin, malgré sa dureté naturelle et son habitude de pareilles scènes, se sentit presque ému. Son camarade, impitoyable, dégagea brutalement sa jambe des élrciules dca enfants qui s’y cramponnaient suppliants.
— Eh ! hu doue, les moutards!... Quel chien de métier, si on avait toujours affaire à des mendiaiils pareils !...
Un épisode horrible reudit celte scène plus affreuse encore. L'aînée - des petites filles, res-
tée couchée dans la pa illasse a vec sa mi* ur » malade, s’écria tout
à coup :
— Maman , maman, je ne sais pas ce quelle a... Adèle... Elle est toute froide! elle me regarde toujours. . et clic ne respire {dus...
La pauvre enfant phthisique venait d'expirer doucement sans une plainte, son regard toujours attaché sur celui de sa sœur, qu elle aimait tendrement...
Il est impossible de rendre le cri que iela la femme du lapidaire â cette affreuse révéla tiou, car elle comprit tout.
v Ce fut un de ces cris pantelants, convulsifs, «arrachés du plus profond des entrailles d'une mère.
— Ma sèeur a l'air d’être morte! mon Dieu ! mon Dieu !
j’en ai peur ! s’écria l'enfant en sc précipitant hors de la paillasse et courant épouvantée sc jeter dans les bras de sa mère.
Gcllc-ci , oubliant que scs jambes presque paralysées ne pouvaicut la soutenir , fit un violeiff effort pour sc lever et courir auprèr, de sa fille morte; mais les forces lui manquèrent, elle tomba sur le carreau en poussant un dernier cri de désespoir.
Ce cri irofiva un écho dans le cirur de .Morel ; il sortit
de sa stupeur, d'un bond lut à la paillasse, y saisit sa tille âgée de quatre ans...
Il 1a trouva morte.
Le froid, le besoin avaient hâté sa fin... quoique sa malaladiCi fruit de la misère, lût mortelle. t
Ses pauvres petits membres élaicut déjà roidis ei glaces -
mew reC °'* * lil “ **"’ ld P aule de l'artisan cl le secoua rode-
Ces menaces, ce geste Inspirèrent onc grande frayeur aux cufiinls;