‹ Œuvres illustrees d'Eugene Sue Les mysteres de ParisChapitre 69 sur 174 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

La folie.

— Te matin, reprit Lonise, avant que personne fût levé chez M. Ferrand, je rafs venue ici avec l'argent que m'avait donné M. Germain pour sauver mon père ; mais la somme ne suffisait pas, et sans rot* c générosité je n’aurais pu le délivrer des mains des recors .. Probablement, après mon départ de citer. M. Ferrand, on sera monté dans ma chambre, et on anra tronvé des traces qui auront mis sur la voie de celte funeste découverte... Un dernier service, monsieur, dit Louise en tirant le rouleau d’or de sa p'-ebe : v ondrez-vous faire remettre cet argent à M. Germain?.., Je lui avais promis de ne dire à personne qu'il était minloyé chez M. Femnd; ntab pofcqoc vous le saviez, je n’ai pas été Indiscrète... Maintenant, monsieur, je vous le répète... devant Olcn qui m'entend, je n'ai pas dit un mot qui ne fût vrai... Je n’ai pas cherché à affaiblir mes torts, et...

Mais, s’interrompant brusquement. Ironise effrayée s’écria :

— Monsieur', regardez mon père... regardez .. qu’ed-ce qu’il a donc?

Morel avait écouté la dernière partie ne ce récit avec une sombre indifférence que Rodolphe s’était expliquée, l'attribuant à l'accablement de ce malheureux. Après des secousses si violente?, si rapprochées, ses larmes avaient dû se tarir, sa sensibilité s’émousser; il ne devait même plus lui rester b force de s’indigner, pensait Rodolphe.

Rodolphe se trompait.

Ainsique la flamme tour A tour mourante et renaissante d'uTiflambean qui s’éteint, la raison de Morel, déjà fortement ébranlée, vacilla quelque temps, jeta çà et là quelques dernières lueurs d'intelligence, pois tout à coup... s’obscurcit.

Absolument étranger 5 ce qnl se dKait, à ce qui se passait autour de lui, depuis quelques in«tnnls le lapidaire était devenu fou.

Quoique sa meule iflt placée de l’autre cAtéde son établi, et qu*H n’eût entre les mains ni pierreries ni outils, l’artisan, attentif, occupé, simulait les Ofwhrations de son travail habituel à l’aide d’instruments imaginaires.

Il accompagnait cette pantomime d’une sorte de frôlement de sa langue contre son palais, afin d’imiter le bruit delà meule dans ses mouvements de rotation.

— Mais, monsieur, reprit Louise avec une frayeur croissante, regardez donc mon père !

— Pnis, s'approchant de l'artisan, elle lui dit :

— Mon père!.,, mon père!...

Morel regarda sa fille de ce regard troublé, vague, distrait, indécis, particulier aux aliénés...

Sans discontinuer sa manœuvre insensée, U répondit tout bas d’tmo voix douce et triste :

— Je dois treize cents francs ou notaire... le prix du «augdo LnuLc .. Il faut travailler, travailler, travailler! 01»! je payerai, je payerai, je payerai ..

— Mon Dieu, monsieur, mais ce n’est pas possible... cela ne pool p' 1 * durer!... Il n’est pas tout A fait fou, n’est-ce pas? s’écria Louise d’uue voix déchirante. Il va revenir à lui... ce n’est qu’un moment d’absence.

— Morel ?... mon arai! loi dit Rodolphe, nous sommes IA... Voire Me est auprès de vous, elle est innocente...

— Treize cents francs 1

Dit le lapidaire sans regarder Rodolphe ; et il continua son simulacre de travail.

— Mon père... dit Louise en se jetant à ses genoux et serrant malgré lui ses mains dans les siennes, c’est moi, Louise !

— Treize cents francs!...

Répéta-t-il en se dégageant avec effort des étreintes de sa fille.

— Treize cents francs... on sinon, ajouta-t-il A voix basse et comme eu confidence, ou sinon... Louise est guillotinée-*.

El il sc remit A feindre de tourner sa meule.

Louise poussa un cri terrible.

— Il est fou 1 s’écria-t-clle, il est fou!... et c’est moi... c’est mo )qni en suis cause... Ob ! mon Dieu! mon Dieu ! ce n’csl pas ma faute pourtant... je ne voulais pas mal faire... c’est re monstre ....

— Allons, pauvre, enfant, du courage ’ dit Rodolphe, e-'pérons... celle folie ne sera que momentanée. Votre père... a trop souffert; ta ut de chagrins précipités étaient au-dessus de la force d’un homme... Sa raison faiblit un moment... elle reprendra le dessus.

— Mais ma mère... ma grand’mère... mes sœurs .. mes frères... que vont-ils devenir? s'écria Louise, lesvoilA privésde mon père et de moi... Ils vont donc mourir de faim, de misère cl de désespoir !

— Ne suis-je pas là ?... Soyez tranquille, il* UC manqueront de rien... Courage! vous dis-je; votre révélation provoquera la puuitiou d'un grand criminel. Voit* m'avez convuiucu de votre iuuuccucc, elle sera reconnue, proclamée, je u'cu doute pas.

— Ali! momie ur, vous le voyez... le dcabomirur, la folie, lu mort... Voilà les maux qu'il cauic, cet homme! et ou ue peut rien contre lui ! rieu !.. Ab ! celle pensée complété tous mes maux !...

— Loin d • là, que la pensée cmUrairc vou» aide à tes supporter.

— Que voulez-vous dire, monsieur?

— Emportez im vous h certitude que vclrc père, que vous et les vôtres vous serez ver gé».

— Vengés!...

— Oui !... Et je vous jure, moi, répondu Rodolphe avec soknuké, je vous jure que, ses crimes prouvés, cet homme expiera crucllemcul le déshonneur, la folie, la mon qu’il a causé-», ’-i les lois soûl impuissantes A l'atteindre, et si su ruse et sou adresse égalent ses forfaits, à mi ruse on opposera la ru se, à bon adresse l'adresse, à ses forints des forfaits ; mais qui scruul aux siens ce que le supplice juste et vengeur, inflige au coupable par une main inexorable, est au meurtre lâche et caché.

— Ah ! monsieur, que Dieu vous eulendc l Ce u’e>l plu* moi que je voudrais veuger, c'est mou père insensé... c'est mou enfant nio.t en naissant...

l'uis, tentant un dernier effort pour tirer Morel de sa folie, Louise s’écria encor* :

— Mon père, adieu ! Ou m'emmène en prison... Je ne te verrai plus 1 C’csl ta Louise qui te diiadku. Mou péri ! mou père! mon père 2...

A co appels d ichirauls rieu ne répondit.

Rien ue rcteulil dans celle pauvre âma anéantie... rien.

Les cordes paternelles, toujours les dernières brisées, ue vibrèreut pas...

La porte de la mansarde s'ouvrit.

Le commissaire entra.

— Mes moments sout comptés, mousicur, dit-il à Rodolphe. Je vous déclare à regret qu'il m'est impossible de laisser eut tmlraieu se prolonger plus longtemps.

— Cet entretien est terminé, monsieur, répondit amèreineut Rodolphe en inoutraul le lapidaire. Louise n'a plus lieu à dire à sou père... il u'a plus rien à cutcuurc de .a fille... il est fou !

— Grand Dieu ! voilà cc que je redoutai*... Ah ! c’est affreux ! s'écria le magistral.

Et. s'approchant vivement de l’ouvrier, au bout d’uue minute d'e vaincu, i! fut convaiucu de celte douloureuse réalité. ^

— Ah! monsieur, dit-il tristement à Rodolphe, jè faisais déjà des vœux sincères pour que l'innocence de celle jenue fille fût rccouunc ! Mai?, après un tel malheur, je uc me bornerai pas A des vœux... non, non ; je dirai cette famille si probe, si déliée ; je dirai laineux et dernier coup qui l'accable, et, u'cu doutez pan, le* juges auront un motif de plus de trouver' une innocente dans C’accusée.

— Rien, bien, monde ur, dit Ilodol^lii: ; en ngissaut ainsi, ce uc sont pas de, fonctions que vous remplissez... c’est un sacerdoce que vous exercez.

— Croyez-moi, mou-leur, notre mission est presque toujours si pénible, que c’e*t avec bonheur, avec recouual- .-ancc, que uou» nous intéressons à ce qui est hourn'tc et bon.

— Un mol eircorc, monsieur. Les révélation, de Luui>c Morel m'ont évidecuncnl prouvé son inuocen c. Puuvcx-vous ra’aporeudre comment ton prétendu crime a été découvert ou plutôt dénoncé/

— Cc matin, «lit le magistrat, uuc fccunc de cliarge au service de M. Ferrand, notaire, est venue nie déclarer’ qu’âpres le dépar t précipité de Louise Morel, qu’elle savait ; . m de sept mois, elle était montée dans la chambre de celle jeune bile, et queue y avait trouvé des trace* d'un accou h ment clandestin. Après quelque* investigations, des jus marqués sur la neige avaient conduit à la decouverte du corps d’un enfant nouveau-né enterré dans le jardin.

Après la déclaration de celte femme, je me suis transjtorté rue du Sentier ; j’ai trouvé M. Jacques Ferrand indigne de ce qu’un tel scandale se fût possédiez lui. M. lu curé de l’église Bonne-Nouvelle, qu’il avait envoyé chercher, m'a aussi déclaré que la bile Morel avait avoue sa faute devant lui, un jour qu’elle implorait A ce propos l'indulgence et la pitié île son maître; que de plus il avait souvcul entendu M. Ferraud donner à Louise Morel les avertissement* les plus sévères, lui prédisant que tôt ou lard elle se perdrait; prédiction qui venait de se réaliser si rnalkeureuseme»t,ajuula rabbc.L'lndiuuation de il.Ferrand, reprit le magistrat, me parut si légitime, que je la partageai. Il me dit que sans doute Louise Morel était réfugiée chez son père. Je me reudis ici à I Distant; le crime était flagrant, j’avais le droit de procéder A une arrestation immédiate.

Rodolphe sc contraignit en entendant parler do l’indignation de M. l crrand. 11 dit au magistral :

— Je vous remercie mille fois monsieur, de votre obligeance et de l'appui que vous voudrez bien prêter A Louise; je vais faire conduire ce malheureux dans une maison de fqus, ainsi que la mère de sa femme.

Puis s'adressant à ïambe, qui, toujours .igeiiouiUce près de son père, tâchait eu vain de le rappeler A lu raison :

— Résignez-vous, mon enfant, à partir sans embrasser votre mère... épargnez-lui des adieux déchirants... Soyez rassurée sur son sort, rien ne manquera désormais à votre famille ; on trouvera une femme qui soi

f pera votre mère et s’occupera de vos frères et sœurs sous la surveilance de votre bonne voisine mademoiselle Rigolelte. Quant à votre père, rien ne sera épargné pour que sa guérison soit aussi rapide que complète... Courage, croyez-moi, les honnêtes gens sont souvent rudemeut éprouvés par le malheur, mais Us sortent toujours de ces luttes plus purs, plus loris, plus vénérés.

Deux heures après l'arrestation de Louise, le lapidaire et la vieille idiote furent, d’après les ordres de Rodolphe, conduits par David 1 Charenton ; ils devaient y être traités en chambre et recevoir des soins particuliers.

Morel quitta b maison de la rue du Temple sans résistance ; indifférent, il alla où on le mena ; sa folie était douce, inoffensive et triste.

La grand'nvèrc avait faim : on lui montra de la viande et du pain, elle suivitle pain et b viande.

Les pierreries du lapidaire, confiées à sa femme, forent, le même jour, remises à madame Mathieu, la courtière, qui vint les chercher.

Malheureusement, celte femme fut épiée et suivie par Tortillard, qui connaissait b valeur des pierres prétendues fausses, par l'entretien qu'il avait surpris lors de l’arrestation de Morel par les recors... Le fils de Bras-Rouge s'assura que la courtière demeurait boulevard Saint-Denis, a* fl.

Rigi licite apprit à Madeleine Morel avec beaucoup de ménagement l’accès de folie du bpidaire et l'emprisonnement de I-oukc. D’abord Madeleine pleura beaucoup, sc désola, poussa des (Hl désespérés ; puis, celle première effervescence de douleur passée, la pauvre créature, faible et mobile, se consola peu à peu en sc voyant, elle et ses enfants, entourés du bien-être qu'ils devaient à la générosité de leur bienfaiteur.

Quant à Rodolphe, ses pensées étaient amères en songeant aux révébtions de Louise.

« Rien de plus fréquent, se disait-il, que celle corruption plus ou moins violemment inqioséc par le maître a b servante : ici, par b terreur ou par b surprise; là par l'impérieuse nature des relations que crée la servitude.

« CcUe dépravation par ordre, descendant du riche nu pauvre, et méprisant, pour s'assouvir, l'inviolabilité tulél-ire du foyer domestique : celte dépravation, toujours déplorable quand elle est acceptée volontairement, devient hideuse, lioiriblc, lorsqu’elle est forcée.

« C'est un asservissement impur cl Imitai, un ignoble et barbare ei> clavage de In créature, qui, dans son effroi, répond aux désirs du maitre par des larmes, à ses baisers par le frisson du dégoût cl de la peur.

■ Kl puis, pensait encore Rodolphe, pour b femme quelles ' onséqueores I presque toujours l'avilissement, b misère, b prostitution, le vol , quelquefois I infanticide !

« Kt c’est encore à ce sujet que les lois sont étranges t « Tout complice d’un crime porte b peine de ce crime.

« Tout receleur est assimilé au voleur.

« Cela est juste.

« Mais qu’un homme, par désœuvrement, séduise une jeune fille innocente et pure, la rende mère, l’abandonne, ne lui bisse que honte, infortune, désespoir, et b pousse ainsi â riufanticide, crime qu’elle doit payer de sa tête...

• Cet homme sera-t-il regardé comme son complice?

« Allons donc !

« Qu’est-ce que cela? Rien, moins que rien... une amourette, un caprice d’on jour pour un minois chiffonné. .. Le tour est fait... A une autre I

• Bien plus, pour peu que cet homme soit d’un caractère original et narquois (au demeurant le meilleur fils du monde), il peut aller voir sa victime à b barre des assises.

■ S’il est d’aventure cité comme témoin, il peut s’amuser à dire à ces gcus très-curieux de faire guillotiner b jeune fille le plus lût possible, pour la plus grande gloire de la morale publique :

« — J’ai quelque chose d’important à révéler à b justice.

« — Parlez.

« — Messieurs les jurés,

« Celle malheureuse était vertueuse et pure, c’est vrai...

« Je l’ai séduite, c'est encore vrai...

« Je lui ai fait un enfant, c'est toujours vrai... t Après quoi, comme elle était blonde, ie l ai complètement abandonnée pour une autre qui était brune, c'est de plus en plus vrai.

« Mais en cela j’ai usé d’un droit imprescriptible, d’un droit sacré que b société me reconnaît cl m’accorde...

« — Le fait est que ce gardon est complètement dans son droit, sc diront tout bas les jurés les uns aux autres. Il n'y a pas de loi qui défende de faire un enfant à une jeune fille blonde et de l'abandonner ensuite pour uue jeune fille brune. C’est tout boum ment un gaillard... 1 • — Maintenant, messieurs les jurés, celte malheureuse prétend avoir tué son enfant... je dirai même notre enfant...

« Parce que je l'ai abandonnée...

' « Parce que. se trouvant 6cule et dans la plus profonde mtscre, elle s'est épouvantée, elle a perdu b tète. Et pourquoi? Parce qu'ayant, di-

sait-elle, à soigner, à nourrir son enfant, il lui devenait impossible d'aller de longtemps travailler dans son atelier, et de gagner ainsi sa vie et celle du résultat de notre amour.

« Mais je trouve ces raisons-là pitoyables, permetiez-moi de vous le dire, messieurs les jurés.

« Est-ce que mademoiselle ne pouvait pas aller accouchcrà la Bourbe s’il y avait de b place?

« Est-ce que mademoiselle ne pouvait pas, au moment critique, sc rendre à temps chez le commissaire de son quartier, loi (aire sa déclaration de... honte, afin d'être autorisée à déposer son enfant aux Enb nt s-Trou vét?

• Est-ce qu’enfin mademoiselle, pendant que je faisais 1a poule à l’estaminet, en attendant mon autre maîtresse, ne pouvait pas trouver moyen de se tirer d’affaire par un procédé moins sauvage?

« Car, je l'avouerai, messieurs les jurés, je trouve trop commode et trop cavalière celle façon de se débarrasser du fruit de plusieurs moments d'erreur et de plaisir, et d’échapper ainsi aux soucis de l’avenir.

« Que diable 1 ce n’est pas tout, pour une jeune fille, que de perdre l’honneur, de braver le mépris, l'infamie, et de porter un enfant illégitime neuf mois dans sou sein... il lui Tant encore l’élever, cet enfant ï le soigner, le nourrir, lui donner un état, en faire enfin un honnête homme comme son père, ou une honnête fille qui ne se débauche pas comme sa mère... Car eufin 1a maternité a des devoit s sacrés, que diable! et les mi-érables qui les foulent aux pieds, ces devoirs sacré>, sont des mères dénaturées qui méritent un châtiment exemplaire et terrible...

« Eu foi de quoi, messieurs les jurés, livrez-moi lestement cette scélérate au bourreau, et vous ferez acte de citoyens vertueux, indépendants, fermes et éclairés... Dixi!

n — Ce monsieur envisage b question sous un point de vue très-moral, dira d un air paterne quelque bonnetier enrichi ou quelque vieil usurier déguisé en chef du jury ; il a fait, pardieu ! ce que nous aurions tous fait à sa place, car elle est fort gentille, cette petite blondinette, quoiqu'un peu pâlotte... Ce gaillard-là. comme dit Joconde. « a courtisé la brune et b blonde; » il n y a pas de loi qui le défende. Quant à cette malheureuse, après tout, c'est sa faute ! Pourquoi ne s'est- elle pas défendue? Elle u’aurait pas eu à commettre un crime... un... crime monstrueux qui fait... qui fait... rougir b société... jusque dans ses fondements.

« — Et ce bonnetier enrichi ou cet usurier aura raison, parfaitement raison .

• En vertu de quoi ce monsieur peut-il être incriminé? De quelle complicité directe ou indirect'', morale ou matérielle peut-on l’accuser?

u Cet heureux coqu’m a séduit une jolie fille, ensuite il Ta plantée b. il l’avoue ; où est b loi qui défeud ceci et cela ?

« La société, en ras pareil, ne dil-cllc pas comme ce père de je ne sais plus quel conte grivois :

« — Prenez garde à vos poules, mon coq est lâché... je m'en lave les « mains! »

a Mais qu'un pauvre misérable, autant par besoin que par stupidité, contrainte, ou ignorance des lois qu'il ne sait pas lire, achète sciemment une guenille provenant d'un vol. .. il ira vingt ans aux galères comme rcoéleur, si le voleur va vingt ans aux galères.

« Ceci est un raisonnement logique, puissant,

« Sans receleurs il n’y aurait pas de voleurs.

« Sans voleurs pas de recéleurs.

« Non... pas plus de pitié... moins de pitié, même... pour celai qui excite au mal que pour celui qui fait le mal ! "

« Que la plus légère complicité soit donc punie d’un châtiment terrible!...

« Bien... il y a là une pensée sévère ei féconde, haute et morale.

« On va s’incliner devant 1a société qui a dicté celle loi... mais on s? souvient que celte société, si inexorable envers les moindres complicité’ de crimes contre les choses, est ainsi laite, qu’un homme simple et naïf qui essayerait de prouver qu’il y a au moins solidarité morale, complicité matérielle entre le séducteur inconstant cl la fille séduite et abandonnée, passerait pour un visionnaire.

• El si cet homme simple se hasardait d’avancer que, sans père... il n’y aurait peut-être pas d’enfant, b société crierait à l’atrocité, à b folie.

« El elle aurait raison, toujours raison... car, après tout, ce monsieur, qui pourrait dire de si belles choses au jury, pour peu qu’il fût amateur d'émotions tragiques, pourrait aussi aller tranquillement voir couper le cou de sa maltresse, exécutée pour crime d'infanticide, crime dont il est le complice, disons mieux... l'auteur, par son horrible abandon.

« Celte charmante protection, accordée à b partie masculine de b société pour certaines friponnes espiègleries relevant du petit dieu d’amour, ne montre-t-elle pas que le français sacrifie encore aux Grâces cl qu’il est toujours le peuple le plus galant de l’univers?»

LES MYSTÈRES DR PARIS

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