‹ Œuvres illustrees d'Eugene Sue Les mysteres de ParisChapitre 91 sur 174 · CHAPITRE XVL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVL

L'Ue du R i vapeur.

Les scènes suivantes vont se passer pendant b soirée du jour où mailamc Séraphin, suivant les ordres du notaire Jacques Ferrand, s’est rendue elle* les MartialApiratcs d’eau douce, établis à b pointe «Tune {iclite île de b Seine, non loin du pont d'Asnières.

Le père Martial, mort sur l'échafaud comme sou |ière, avait b Usé une veuve, quatre fils et deux filles...

Le secoud de ccs fils était déjà condamné aux galères à perpétuité... De cette nombreux ■> famille il restait donc à Nie du Ravageur (nom que dans In pays on donnait a ce repaire, nous dirons pourquoi), il restait, disons-nous :

La inère Martial;

Trois fils : l’aîné (l’amant de h l ouve) avait vingt-cinq ans ; l’autre vingt ails . Ic plus jeune douze ans :

Doux tille», l'une de dix-huit aus, la seconde de neuf ans.

Le* exemples de ces familles, où se perpétue une sotie d’épouvantable hérédité dan* le. crime, uc sont que trop fréquents.

Gela doit être.

Répétons- le sans cesse ; b société songe à punir, jamais à prévenir le mal.

Un criminel sera jeté au bagne pour sa vie . ,

Un autre sera décapité...

Ces condamnés bisseront de jeunes enfants...

La société prcndra-t-dle souci de ccs orphelins...

De ces orphelins, qu’elle a bits... en frappaut leur père de mort civile, ou en lui coupant b télé?

Vicndra-t-elic substituer une tutelle salutaire, préservatrice, à la déchéance de celui que la loi a déclaré indigne, infâme... A b déchéance de celui que b loi u tué?

Non... Morte la bêle... mort lo venin... dit h société...

Elle se trompe.

I.e venin de la corruption est si subtil, si corrosif, si contagieux, qu’il devient presque toujours héréditaire; mais, combattu à temps, il ne serait jamais incurable.

Contradiction bizarre!...

L’autopsie prouve t-elle qu’un homme est mort d’une maladie tramluisstbleï à force de soins préservatifs, on me lira les descendants de cet homme à l’abri de l'affection dont il a été victime...

Que les mêmes faits se reproduisent dans l’ordre moral...

Qu'il soit démontré qu'un criminel lègue presque toujours à son fils le germe d'une perversité précoce...

Fcra-t-on pour le salut de cette jenne âme ce que le médecin bit pour le corps lorsqu'il s'agit de lutter contre on vice héréditaire ?

Non...

Au lieu de guérir ce malheureux, on le laissera se gangrener jusqu à b mort...

Et alors, de même que le peuple croit le fils du bourreau forcément bourreau... on croira le fils d'un criminel forcément criminel...

F.t alors on regardera comme le fait d'une hérédité inexorablement fatale, une corruption causée par l’égoïste incurie de b société...

De sorte que si, malgré de funestes enseignements, l'orphelin que 11 loi a fait... reste par hasard laborieux et honnête, un préjugé barbare fera rejaillir sur lui b flétrissure paternelle. En butte à une réprobation imméritée, à peine trouvera-t-il du travail...

Et, au lieu de lui venir eu aide, de le sauver du découragement, du désespoir, et surtout des daugereux ressenlimeuls de l'injustice, qui poussent quelquefois les caractères les plus généreux â la révolte, ju mal... b société dira :

« Qu'il tourne à mal... nous verrons bien... N’ai-je pas là geôliers, gardes-chiourmes et bourreaux ? î

Ainsi, pour celui qui (chose aussi rare que belle) se conserve pur malgré de détestables exemples, aucun appui, aucun encouragement !

Ainsi, pour celui qui, plongé en naissant dans un foyer de dépravation domestique, est vicié tout jouue encore, aucun espoir de guérison '

« — Si ! si! moi je le guérirai, cet orphelin que J ai lait, répond U société, mais en temps et lieu... mais à ma mode... mais plus lard.

« Pour extirper b verrue, pour inciser l’aposlèmc... il bot qu’ils soient à point. »

Un criminel demande à être attendu...

«Prisons cl galères, voilâmes hôpitaux... Dans les cas incurables, j’ai le couperet.

« Quant à b cure de mon orphelin, j’y songerai, vous dis-je ; mais patience, laissons mûrir le germe de corruption héréditaire qui couve en lui, bissous-le grandir, bissons-lc étendre profondément ses ravages.

« l'ai fonce donc, patience. Lorsque notre homme sera pourri jusqu’au cœur, lorsqu'il suintera le crime par tous les porcs, lorsqu'un hou vol ou un bon meurtre l’aurout jeté sur le banc d'infamie où s'est assis son père, oh! alors nous guérirons l'héritier du mal... comme nous avoi* guéri le donateur.

« Au bagne ou sur l'échafaud, le Ois trouvera b pbcc paternelle encore toute chaude... »

Oui, dans ce cas, b société raisonne ainsi.

El elle s’étonne, et elle s'indigne, et clic s’épouvante de voir des traditions de vol et de meurtre fatalement perpétuées de génération eu génération.

Le sombre tableau qui va suivre : Les pirates d’eau douce, a pour but de montrer ce ijue peut être dans une famille l'hérédité du mal, lors que la société ne vient pas, soit légalemeut, soit officieusement, préserver les malheureux orphelins de la loi des terribles conséquences de l’arrêt fulminé contre leur pore’

Le lecteur nous excusera de faire précéder ce nouvel épisode d’une sorte d’introduction.

Voici pourquoi nous agissons ainsi :

A mesure que nous avançons dans celte publication, son but moral est attaqué avec tant d’acharnement, et, selon nous, avec tant d'iujus- , lice, qu’on nous permettra d’insister sur b pensée sérieuse, honnête qui, jusqu'à présent nous a soutenu, guidé.

Plusieurs esprits graves, délicats, élevés, ayant bien voulu nous encourager dans nos tentatives, et nous faire parvenir des témoignages I flatteurs de leur adhésion, nous devons peut-être à ces amis connus et ■ inconnus de répondre une dernière fois à des récriminations aveugles. I obstinées, qui ont Menti, nous dil-oi», jusqu'au sein de l'assemble** lé- • gislai’ve

Proclamer l'odieuse immoralité de noire œuvre, c’est plocbmer implicitement, ce nous semble, les tendance» odieusement immorales des personnes qui nous honorent de leurs vives sympathies.

C'est doue au nom de ces sympathies autant qu’au nôtre que nous tenterons de prouver par un exemple, choisi parmi plusieurs, que cet ouvrage n’est pas complètement dépourvu d'idées généreuse* et pra- , tiques.

L'au passé, dans l’une des premières parties do ce livre, nous avons j donné l’aperçu d’une ferme-modèle, fondée par Rodolphe pour encourager, enseigner et rémunérer les cultivateurs pauvres, probes et laborieux.

A co propos, nous ajoutions :

— Les honnêtes geus malheureux méritent au moins autant d’intérêt que les criminels ; pourtant U y a de nombreuses sociétés destinées au patronage des jeunes détenus ou libérés, mais aucune société n’est fondée dans le but de secourir les jeunes gens pauvres dont la conduite aurait toujours été exemplaire... De sorte qu'il laul nécessairement avoir commis un délit... pour être apte à jouir du bénéfice de ces institutions, , d'ailleurs si méritantes et si salutaires.

Et nous faisions dire à un paysan de la ferme de Bouqtieval :

« Il est humain et charitable de ne jamais désespérer des méchants; | mais U faudrait aussi faire espérer les bons. Un honnête garçon, ro- ! buste et laborieux, ayant envie de bien faire, de bien apprendre, se présenterait à celte ferme déjeunes ex-voleurs, qu’on lui dirait : Mon gars, as-tu un brin volé et vagaboudé? — Non. — Eh bien! il n’y a point de place ici pour toi. »

Celle discordance avait aussi frappé des esprits meilleurs que le nôtre. Crice à eux, ce que nous reganlions comme une utopie vient d'être réalisé.

Sous la présidence d'un des hommes les plus éminents, les plus honorables de ce temps-ci, M. le comte Portalis, et sous rfoldiigeutc direction d'un véritable philanthrope au cœur généreux, à l'esprit pratique et éclairé, M. Allier, une société vient d'être fondée dans le but de venir au secours des jeunes gens pauvres et honnêtes du départemeut de la Seine, et de les employer dans des colonies agricoles.

Ce seul et simple rapprochement suffit pour constater la pensée morale de notre œuvre.

Nous sommes très-fier, très-heureux de nous être rencontré dans un même milieu d'idées, de vœux et d’espérance avec les fondateurs de cette nouvelle œuvre de patronage; car nous sommes un des propagateurs les plus obscurs, mais les plus convaincus, de ces deux grandes vérités : Qu’il est du devoir de la société de prévenir le mal et d encourager, de récompenser le bien autant qu’il est en elle.

Puisque nous avons parlé de cette nouvelle œuvre de charité, dont la pensée juste et morale doit avoir une action salutaire et féconde, espérons que ses fondateurs songeront peut-être à combler uue autre- lacune, en étendant plus lard leur tutélaire patronage ou du moins leur sollicitude officieuse sur les jeunes enfants aont le père aurait été supplicié ou condamné à une peine infamante enlrainant la mort civile, et ui, nous le répétons, sont rendus orphelins par le fait de l’application e la loi.

Ceux de ces malheureux enfants qui scraieut déjà dignes d’intérêt par leurs saines tendances et par leur misère mériteraient encore une attention particulière, en raison même de leur position exceptionnelle, pénible, difficile, dangereuse.

Oui, pénible, diUicite, dangereuse.

l>i. sous-Je encore ; presque toujours victime de cruelles répulsions, souvent la famille d’un condamné, demandant en vaiu du travail, se voit, pour échapper à b réprobation générale, contrainte d'abandonner les lieux où elle trouvait des moyens d’existence.

Alors, aigris, irrités par i injustice, déjà flétris à l ésai des criminels pour des fautes dont ils sont innocents... quelquefois à bout de ressources honorables, ces infortunés ne seront-il6 pas bieu près de faillir, s'ils sont restés probes?

Ont-ils, an contraire, déjà subi une influence presque inévitablement corruptrice, ne doit-on pas tenter de les sanver, lorsqu'il en est temps encore î

U présence de ces orphelins de la loi au milieu des autres enfants recueillis par la société dont nous parloqs, serait d’ailleurs pour tous d'un utile enseignement... Elle montrerait que, si le coupable est inexorablement puni, les siens ne perdent rien, gagnent même dans l'estime du monde, si, à force de courage, de vertus, ils parviennent à réhabiliter un nom déshonoré.

Dira-t-on que le législateur a voulu rendre le châtiment plus terrible eucore, en frappant virtuellement le père criminel dans l'avenir de son tiis iunoceut?

Cela serait barbare, immoral, insensé.

N’est-il pas, au i-oulraire, d'une haute moralité de prouver au peuple :

— Qu’il n’y a dans le mal aucune solidarité héréditaire ;

— Que la tache originelle u’est pas ineffaçable?

risous espérer que ces réflexions paraîtront digues de quelque intérêt à la nouvelle société de palrouagc.

Sans doute, il est douloureux de songer que l'Etat ne prend jamais l’Initiative dans toutes ces qucslious palpitantes qui louchent au \if de l'organisation sociale.

En peut-il être autrement?

A I une des dernières séances législatives, un pétitionnaire, frappé, dit-il, de b misère et des souffrances des classes pauvres, a proposé, entre autres moyens d'y reme lier, « la fondation de maisons d'invalides d estin é » aux travailleurs. »

Ce projet, sans doute défectueux dans sa forme, niais qui renferma i du moins une haute idée philanthropique digue du plus sérieux examen, en cela qu'elle se rattache à l'immense question de l'organisatum du Ira vail, ce projet, disons-nous, « a été accueilli par VM hilarité générale cl prolongée. »

Cela dit, passons.

Revenons aux pirates d'eau douce et à file du Ravageur.

Le chef de la famille Martial, qui le premier s'établit dans cette petite île moyennant un loyer modique, était ravageur.

Les ravageurs, ainsi qui; les débardeurs et les déchireurs de bateaux, restent pendant toute b journée plongés dans l’eau jusqu’à b ceinture pour exercer leur métier.

Les débardeurs débarquent le bois flotté.

Les déchireurs démolissent les trains qui ont amené le bois.

Tout aussi aquatique que les industries précédentes, l'industrie des ravageurs a un hui dînèrent

S'avançant dans l'eau aussi loin qu'il peut aller, le ravageur puise, à l’aide d'une longue drague, le sable de rivière sous b vase; puis le recueillant dans de grandes sébiles de bois, il le lave comme un minerai un comme un gravier aurifère, et en retire ainsi une grande quantité de parcelles métalliques de toutes sortes, fer, cuivre, fonte, plomb, étain, provenant des débris d'une foule d’ustensiles.

Souvent même les ravageurs trouvent dans le sable des fragments du bijoux d'or ou d’argent apportés dans la Seine, soit par k-s égouts où se dégorgent les ruisseaux, soit par les masse» de neige ou de glace ramassées ilnns les nies et que l'hiver on jette à b rivière.

Nous ne savons en vertu de quelle tradition ou de quel usage ces industriels, généralement honnêtes, paisibles et laborieux, sont si formidablement baptisés.

Le père Martial, premier habitant de l’ile, jusqu’alors inoccupée, étant ravageur (fàclieuse exception), les riverains du fleuve b nommcrcut l’Hc du Ravageur.

L'habitation des pirates d’eau douce est doue située à b partie méridionale de celte terre.

Dans le jour, on peut lire sur un écriteau qui sc balance au-dessus de la porte :

AU RENDEZ-VOUS DES RAVAGEURS, son vin, mwi sateiote et rrtiTUU.

On hue des bachot» (bateaux) pour la promenade.

Ou le voit, à ses métiers patents ou occultes le chef de celte famille maudite avait joint ceux de cabarctier, de pécheur et de loueur de bateaux.

La veuve de ce supplicié continuait de tenir b maison : des gens saut aveu, des vag-.ibouds en rupture de bau. des montreur* d'animaux, des charlatans nomades, venaient y passer le dimanche et d’autres jours non fériés en parties de pbisir.

Martial (ramant de la Louve), fils aîné de la famille, le moins coupable de tous, péchait en fraude, et, au besoin, prenait, en véritable broc . et moyennant salaire, le parti des bible* contre les forts.

U u de scs autres frères, Nicolas, le futur complice de barbillon pour le meurtre de b courtière en diamants, était en apparence ravageur, mais de fait il se livrait à la piraterie d’eau douce sur la Seine et sur scs rives.

Enfin François, le plus jeune des fils du supplicié, conduisait fis curieux qui voulaient se promener en bateau. Nous parierons pour mémoire d'Ambroise Martial, condamné aux galères pour vol de nuit avec effraction et tentative de meurtre.

la fille aînée, surnommée Calebasne. aidait sa mère à faire la cuisine et à servir les hôtes: sa sœur Amandine, âgée de neuf ans, s'occupait aussi des soins du inénagc, selon ses forces.

Ce soir-là, au dehors, b nuit est sombre ; de lourds nuages gris et Opaques, chassés par le veut, laissent voir çà et là, à travers leurs déchirures bizarres, quelque peu de sombre azur scintillant d'étoiles.

La silhouette de l'ile, bordée de hauts peupliers dépouillés, se dessine rigoureusement en noir sur l’obscurité diaphane du ciel et sur la transparence blanchâtre de la rivière.

La maison, à pignons irréguliers, est complètement ensevelie «bu* l'ombre; deux fenêtres du rez-tiochaussée sont seulement éclairées; Jour s vitres flamboient ; ces lueurs rouges se relleteut comme de longue* traînées de fini dan* les petites vagues qui buigiieut le débarcadère, situé proche de l'habitation.

Les ehaiues des bateaux qui y soûl amarrés font entendre un cliquetis sinistre : il sc mêle tristement aux rata b» de b bise dans les brandies des peupliers, et au sourd mugissement des grandi» eaux...

Uue partie île b fauiiile est rassemblée dans la cuisiuc de la inaisou.

Cette pièce est vaste et basse ; cm face de b porte sont deux fenêtres, au-dessous desquelles s'étend OU long fourneau ; à gaucho, une haute

cheminée ; à droite, un escalier qui monte à l'étage supérieur ; à côté de cet escalier, l'entrée dune grande salle garnie de plusieurs tables destinées aus habitués du cabaret.

La lumière d une lampe, jointe aux flammes du foyer, fait reluire un

Î ;rand nombre de casseroles et autres ustensiles eu cuivre pendus le ong des murailles ou raugé- sur des tablettes avec dilïéreutes poteries; uim: grande table occupe le milieu de celte cuisine.

La veuve du supplicié, entourée de trois de scs enfants, est assise au coin du foyer.

Celte femme, grande et maigre, parait avoir quarante-cinq ans. Elle est vêtue de noir; un mouchoir do deuil noué eu marmotte, cachant ses cheveux, entoure son front pial, blême, déjà sillonné de râles ; son lies est long, droit et pointu; ses pommelles saillantes, ses joues creuses, son teint bilieux, blafard, et profondément marqué de [►élite vérole; les coins de sa bouche, toujours abaissés, rendent plus dure encore l'expression de ce visage froid, sinistre, impassible comme un masque de marbre. Ses sourcils gris surmontent ses yeux d'un bleu leruc.

La veuve du supplicié s'occupe d'un travail de couture, ainsi que ses

deux filles.

* L’aiiiée, sèche et grande, ressemble beaucoup à sa uièrc... L'est sa physionomie calme, dure et méchante, sou lier mince, sa bouche, sévère, son regard pale... Seulement, son teint terreux, jaune comme un coing, lui a valu le surnom de Calebasse. Elle ne porte pas le deuil sa robe est bruue ; son bonnet de tulle noir laisse apercevoir deux bandeaux de cheveux rares, d'im blond fade cl saus relie! .

François, le plus jeune des lils de Martial, accroupi sur un escabeau, remaille uu aldrci, tilcl de pêche, destructeur sévèrement iulcrdil sur la Seine.

Malgré le bâle qui le bruuil, le teint de cet enfant est florissant; une forêt «le < heveux roux couvre sa tête ; ses traits sont arrondis, ses lèvres grosses, sou front saillant, ses yeux vifs, perçants : il ne ressemble ni à sa mère, ul à sa soeur aiuée ; il a l'air sournois, craintif ; de temps à autre, à travers l’espèce de crinière qui retombe sur son front, U Jette obliquement sur sa mère un coup d'iril défiant, op échange avec si petite sœur Amandine uu regard d'intelligence et d’aficciimi...

Celle-ci, assise à côté de sou frère, s'occupe, non pas à marquer, mais à démarquer du linge volé la veille. Elle a neuf ans ; elle rcs*-emblc autant à son frère que sa soeur ressemble à ta mère ; ses traits, sans être plus réguliers, sont moins grossiers que ceux de Fran . ,: s. Quoique couvert de tache- de r<Hj>-eur. .son teint est d’une fraîcheur éclatante; se* lèvres sont épaisses, mais vermeilles; ses cheveux roux, mais lins, soyeux, brillants ; ses yeux petits, mais d'un bleu pur et doux.

Lorsque le reg ni d' iuamline f ucontre < < mi do son frère, elle lui montre la porte; à e»; signe, hauçois répond par un soupir; puis appelant ratl'-utioii de si sœur par un gr»; r.q idc, il compte «lisliuctcment du bout de tou III ir «li \ : taille* de i b t..

Cela veut dire, dans le langage symbolique des infants, que leur frère Martial ne doit rentrer qu’à dix heures.

Eu voyant ces deux femmes silencieuse?, à l’air méchant, cl ces deux pauvres petits, inquiet*, muets, craintifs, on devine là deux bourreaux et deux victimes.

Calebasse, saper revaut qu 'Amandine cessait un moment de travailler, lui dit d'une voix dure :

— Aura- -tu bientôt Uni de démarquer cette chemise?...

L'cnlaut baissa la tète sait- réitoudre; à l'aide de -es doigts cî de ses ciseaux, elle acheva d'enlever à la hâte le- fils de coton rouge qui dessinaient des lettre- sur la toile.

Au bout de quelque^ in.-tauts, Amandine, s’adressant timidemciil à la veuve, lui présenta moi ouvrage :

— Ma mère, j’ai fini, lui dit-elle.

Sans lui répondre, la veuve lui jeta une autre pièce de linge.

L’en tant ne put la recevoir à temps et la laissa tomber. Sa grande sœur lui donna de sa main dure comme du bois un coup vigoureux sur le bras en s’écriant :

— l'élite bête !î! •

Amandine regagna sa place et st* mit activement à l'œuvre» après avoir échangé a\er son frère un regard où roulait une hrrçe.

’ c même silence continua de régner dans la cuisine.

Au dehors le vent gémissait toujours et agitait ( enseigne du cabaret. Ce triste grincement et le sourd bouillonnement d’une marmite placée devant le feu étaient les seuls bruits qu'au entendit.

L<s deux eufants observaient avec une société frayeur que leur mère ne parlait paè.

Quoiqu’elle fût habituellement silencieuse, ec mutisme complet et certain pmceimni de scs lèvre? leur annonçaient que la veuve étaif dans ce qu'ils appelaient scs colères blanchi?*, c'cst-à-dirc en proie à «ne irritation concentrée.

Le feu menaç. il de s’éteindre fanle de bois.

— François, une bdcho! dit Calebasse.

I.e jeune racconunork-nr de filets défendus regarda derrière le pilier de b cheminée et répondit :

— Il n’y en a plus là...

— Va au bâcher, reprit Calebasse.

François murmura quelques paroles inintelligibles, et oc bougea pas. — - Ah ça ! François, m'entends- tu? dit aig ornent Calebasse.

La veuve du supplicié posa sur ses genoux une serviette qu’elle démarquait aussi, et jeta le* yeux sur sou fils.

Celui-ci avait la tète baissée, mais U devina, mais il sentit pour ainsi dire le terrible regard de sa mère peser sur lui... Craignant dk; rencontrer ce visage redoutable, l'enfant restait immobile.

— Ab ça! es-tu sourd, François? reprit Calebasse irritée. Ma mire... tu vois...

ta grande sœur semblait avoir pour fonction d'accuser les deux enfants et de requérir les peines que la veuve appliquait impitoyablement.

Amandine, sans qu'on pât remarquer sou mouvement, poussa doucement le comte de son frere pour l'engager tacitement à obéir à Calebasse.

François ne bougea pas.

La sœur aînée regarda fia mère pour lui demander la punition du coupable : la veuve I entendit.

De son long doigt décharné elle lui montra une baguette de saule ione et souple, placée dans l'encoignure de l.i cheminée.

Calebasse sc pencha en arrière, prit c*;t instrument de correclioaet le remit à sa mere.

François avait parfaitement suivi le geste de sa mère; il se leva bntr qucnient, et d un saut se mil hors de l'atteinte de la menaçante baguette.

— Tu veux donc que ma mère le roue de coups ? s’écria Calcina.

La veuve, tenant toujours le liâtou à la main, pinçant de plus eu plu

ses lèvres pâles, regardait François d'un ce il fixe, sans prouoncer un mot.

Au léger tremblement des mains d' Amandine, dont la tête était baissée, à la rougeur qui couvrit subitement sou cou, on voyait que l'enfant, quoique habituée à de pareilles scènes, s'effrayait du sort qui :mei><Liii sou frère.

Celui-ci, réfugié dan» un coiu de la cuisine, semblait craintif cl irrité.

— Frémis garde à toi. ma mère va se Iqyer, et il ue sera plus temps ' dit la grande sœur.

— if* m'est égal, reprit François en pâlissant. J’aime mieux fort battu comme avant-hier... que d'aller dans le bûcher... et la nuit... encore. ..

— El pourquoi ça ? reprit Calebasse avec impatience.

— J 'ai peur dans le bûcher ... moi... répondit Feulant ou fnssououi malgré lui.

— Tu as peur... imbécile... cl de quoi?

François hocha la télé sans répondre.

— l'arleras-tu?,.. De quoi as-tu peur?

— Je ue sais pas.., mais j’ai peur...

— Tu es allé là cent fois, et encore hier soir?

— Je ne veux plus y aller maintenant...

-r Voilà ma mcrc qui se lève!...

— Tant pis! s'écria l'enfant, qu'elle me balte, quelle me un;, elle m nie f«u*a pas aller dans le bâcher... la nuit... surtout...

— Mais, encore une fois, pourquoi ? reprit Calebasse.

— Eli bien ! parce que...

— Farce que?

— Parce qu’il y a quelqu’un...

— Il y a quelqu’un?

— b 'enterré b... iminnua François eu frissonnant.

La veuve du supplicié, malgré son impasribilité, impôt réprimer un brusque tressaillement ; sa fille l imita ; ou eût dit ce» deux feiuuits frap- Jiéc» d'uue même secousse électrique.

— Il y a mn lqu'un d'enterré dans le bûcher? reprit Calebasse eu haussait les enaiiii'S.

— Oui, dii François d'une voix si basse, qu'oii l'entendit à peine.

— Menton !... s'écria GaMi. •; e.

— Je le dis, moi, que tantôt, eu rangeant du bois, j'ai vi: du coin ti'-ir du bûcher uu o»i > moil .. il oriail uu peu de l.« Ir était humide à I culour... répliqua François.

— l/eotendB-tu, ma mère? Est-il bêle ! dit Calebasse eu faisant un signe d'inlell.geiwe à b veuve, co sont des os de iiumton que je met* F pour la lessive.

— Ce u'élait pas un os de mouton, reprit Feulant avec épouvanta c’étaient des us enterres... des ps de mort... un pied qui sortait <le terre... je l’ai hien vu.

— Ll lu as tout du suite raconté crllo belle trouvaille-là... à u«i frère... à (ou bon ami abritai, n’csl ee pas / dit Cak-basse avec ujiî ironie sauvage.

François uu répoudit pas .

■ chaut petit raille (I), s'écria Callebsw furieuse, parce qu’il (•ollron coiiiiiie une vache, il serait capable de nous faire faucher eouw r on a fauché (2/ notre père!

— Fui que tu in’api elles rwllf, s'écria François exaspéré, je dirai tout a mon truie Maniai. Je. ne le lui avait pas dit encore, car je ne l'ai pas y ii depuis tantôt. .. Mais quand il reviendra ce soir. . . je...

• enfant q'ou pas achever. .Sa mere s'avançait vers lui, calme, ma* luexorablc.

i J; Minrhard.

(S| Cu iltoioé*

LKS MYSTERES DE PARIS

Quoiqu'elle se tint habituellement un peu courbée, sa taille était trèsbaulc pour une femme ; tenant sa baguette d'une main, de l'autre U veuve prit son fils par le bras, et, malgré la terreur, b résistance, les prières, les pleurs de l'enrant, lentraitunt apres elle, elle le força du monter F escalier du foud de b cuisine.

Au bout d'un instant, on entendit au-dessus du pbrood des Il épigucments sourds, mêlés de cris et de sanglots.

Quelques minutes après ce bruit cessa.

une porte se referma violemment.

Et la veuve du supplicié redescendit.

Fuis, toujours impassible, elle remit la baguette de saule à sa phcc, je rassit auprès du foyer, et reprit son travail de couture wus prononcer

une parole.

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