‹ Œuvres illustrees d'Eugene Sue Paula Monti ou L'hotel LambertChapitre 10 sur 41 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Le beau-père et le gendre.

L'apparition de M. de Brévannes fit régner un silence de quelques instants entre les trois acteurs de cette scène. Bei tbc frémit en lisant sur les traits de son mari I ironie cl la dureté. L austère figure de Pierre Raimond, jusqu'alors douce et bonne, prit tout à coup un caractère d'éuergie hautaine. Redressant sa grande taille, et mettant sa fille derrière lui comme pour la protéger, il marcha deux pas à la rem outre de M. de Brévannes :

— Que voulez-vous, monsieur? — Je voulais savoir, monsieur, si madame ne m’en imposait pas , si elle venait passer la matinée chez vous, aima qu elle me l'a du. jai mes raisons |*>ur eu douter. — Ah ! Charles! dit tristement madame de Brévannes. — Je vous défends de soupçonner nu fille do mensonge, monsieur. — Mon père... s'écria Ik-rthe.

— Je n ai , monsieur llaimond , de compte à rendre à personne... Si je soupçonne ma femme de mensonge, c’est que... — Si elle a menti.., ce u'est pas à vous, c'est à moi, s'écria Pierre Raimond en interrompant son gendre. — Comment cela, monsieur? dit celui-ci en regardant Bertbe avec étonnement. — Charles, je vous eu conjure. Et vous, mon père...

— Elle m a meuli, reprit le vieillard d'une voix lorle; tout à l'heure eucore , elle se disait heureuse... — Ah ! j'y suis , reprit froidement M. de Brévannes, madame est venue parler ici de son bouheur avec des gémissements hypocrites... C’est tort adroit... — Monsieur de Brévannes, s’écria Pierre Raimond, il y a quatre ans, ma fille se mourait dans cette chambre. Je vous dirais : J’aime mieux perdre maintenant celte enfant... que de la perdre un jour par suite des tortures que vous lui causerez... J’avais raison , vous b tuerez ! — Mon père . dit Berthe , je ne dois pas vous bisser dans une fâcheuse erreur... Il tn'cn coûte, mais je dirai U v éiilé je ne justifierai pas par mou silence les reproches peu mérités,

je vous l'assure, que vous adre-sez à mon mari J'ai pu vous cacher

quelque* contrariétés domotique* auxquelles le-, meilleurs ménages n'échappent pas. Vous étiez si coûtent de me savoir complètement , absolument heureuse, que je voulais vous biner celle illusion; elle ue nuisait à personne , et j espérais vous rapprocher de celui que vous jugez trop sévèrement. — Ma lille , je connais votre faiblesse : c’est A moi d'étre sévère .. — D'étre sévère ! s'écria M. de Bi ëvauue» avec un

On donnait ce soir-là à la Comédie-Française la première représentation du SMuetmr, comédie en cinq actes et en vers. Cette œuvre était le début littéraire de M. le vicomte de Gercoort. Très-jeune encore et fort à la mode, d'une figure extrêmement agréable, il passait à bon droit dans le inonde pour un homme d’esprit, gracieux , de manières charmantes, et du caractère le plus honorable. I.a première représentation de sa comédie avait nécessairement attiré la meilleure compagnie de Paris, à laquelle it appartenait. Grâce à son naturel aimable et bienveillant , et surtout à quelques revers de fortune qui avaient suffisamment contenté l'envie, pendant longtcmpsM.de Gercourt n'avait pas eu d'ennemis. Malheureusement sou ambition littéraire (ambition louable, grande, s'il en est pour un homme de cette sortej lui créa d'innombrable* et d'hostiles jalousies. Quelques rares amis lui restèrent fidèles , mats une chute humilbnle et ridicule aurait seule pu lui rendre la bien- | veillancc générale, ha majorité des gens de lettres voyait avec jalousie | les débuts de cet intrus, de ce profane.

I Nous u’avons jamais compris cette aigreur des gens du monde et des écrivains contre lin homme dont le Seul tort est de vouloir élever ses loMn à h dignité des lettres*

Nous conduirons le lecteur dans quelques loges différentes, où il rencontrera plusieurs personnage* de celte histoire que la curiosité générale avait attirés à cette solennité dramatique.

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