‹ Œuvres illustrees d'Eugene Sue Paula Monti ou L'hotel LambertChapitre 14 sur 41 · CHAPITRE XVn · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVn

Entr actes. Loge 7.

Cette loge était, nous l'avons dit, occupée par M. de Brévannes et par sa femme. Dans 1a princesse de llansfeld, il venait de reconnaître i'airia Monti... Heureusement l'attention de Berlhe était occupée, car fa

B refonde altération des traits de son mari ne loi aurait pas échappé, aigre fa trempe énergique de son caractère, M . de B révannes se sentit défaillir. Il eut besoin de s'appuyer aux parois de fa loge pour se soutenir ; il sentit se réveiller avec une nouvelle violence fa folle passion que lui avait inspirée Panla 11 revoyait celte femme plus belle que jamais, admirée par tous les hommes, enviée par toutes les femmes, dans fa position sociale la plus éminente; et celte femme pouvait lui deuiQder un terrible compte du sang qu'il avait répandu, du moyeu

infame qu'il avait employé pour donner une apparence à scs lâches calomnies.

Dans La crainte des poursuites qui devaient lui être intentées après son duel avec Raphaël (duel où celui-ci succomba), M. de Brévannes avait précipitamment quitté Florence. Depuis lors, il avait cherché à s'étourdir, par des amours coupables, sur son indigne conduite ot sur sa passion indomptable, qui, malgré lui, couvait toujours au fond de son coeur. Son aigreur, sa brusquerie, sa dureté envers Bertbe, n'avaient pas d'autre cause que le ressentiraeut de ce passé qu'il ne pouvait chasser de sa mémoire.

Que devint-il lorsqu’il se retrouva face à face avec madame de Hansfeld cl qu'il se vit reconnu par elle !'car les regards de la princesse, d'abord attirés par le sobiebka de madame Girard, s'arrêtèrent ensuite sur M. de Brévannes au moment même où, reconnais* ml en elle Paufa Monli, il la contemplait avec stupeur. . Il la vit tressaillir, porter vivement fa main à ses yeux, puis redevenir bientôt impassible

Berlhe avait été très-intéressée ; allant peu au spectacle, elle y apportait des émotions jeunes et fraîches. Tout entière à l'action de La comédie. fort indifférente à ce qui se passait dans la salle, le commencement du second acte du Séducteur l’absorba complètement. Le second acte eut un succès peut-être encore plus complet que le premier. Les amis de M. de Gercourl commencèrent à s’impatienter de cet heureux hatard 9 et l’un des plus dévoués dit :

— Maintenant je suis tranquille ; si cela tombe, malgré le talent qu’il y a dans ces deux actes, ce pauvre Gercourl sera bien innocent de celte chute... Je le dis à présent, sans savoir ce qui arrivera... tant mieux ou tant pis pour lui. Gercourl n'est pas l'auteur de celte pièce ; ça n’est pas son esprit.

Pendant cet cntr’acle, nous conduirons le lecteur dans la loge de madame de llansfeld.

.Madame de Lormoy qui l’accompagnait, femme de cinquante ans environ, était une grande dame dans toute l'acception du mot.

Maintenant quelques mots du prince de llansfeld, que le lecteur a' déjà entrevu dans fa galerie de Y hôtel Lambert.

M. de Hansfdd, si enfoncé dans sa loge que de fa salle on ne pouvait l’apercevoir, était de taille moyenne, frêle, mince, et âgé de vingt-deux ou de vingt-trois ans; ses traits étaient d une extrême délicatesse, ses cheveux blonds ; une moustache et tmc barbe peu fournies, mais fines et soyeuses et d'une nuance cendrée, shannoniaient avec la pâleur transparente de son visage. Ses yeux très-grands, très-doux, étaient d’un bleu si lumineux, que, malgré 1a demi-obscurité de h loge, on distinguait fa transparence du regard d’Arnold ; la lumière semblait ne pas s’y réfléchir, mais le traverser, et lui donnait fa limpidité bleuâtre d'un saphir.

Son sourire était plein de mansuélude, de finesse et de grâce. Il man-

Î liait à ce charmant visage la chaude coloration de 1a vie et de 1a santé ; e même que les fleurs qui végètent à l'ombre et loin des rayous salutaires du soleil perdent fa vivacité de leur coloris et se nuancent de teintes piles d'une délicatesse extrême, de même les traits d’Arnold avaient quelque chose d étiolé et de languissant.

Depuis quelques moments il était profondément préoccupé.

Lorsque madame de Lormoy avait fait remarquer à 1a princesse fa ridicule coiffure de madame Girard, portant machinalement les yeux de ce côté, M. de llansfeld était resté en contemplation devant Bertbe.

Madame de Brévannes n'était pas d une beaute étourdissante : mais son doux et joli visage avait uue si touchante expression de mélancolie, qu’Amold se sentit ému... A ce moment même de l’entr acte, Bertho, par un retour involontaire sur sa position cl sur celle de son père, trop fier pour accepter désormais le moindre secours de M. de Brevanocs, et trop pauvre pour s’en passer} Bertbe, disons-nous, n’étant plus distraite par ( intérêt du spectacle, se laissait aller à fa tristesse de scs pensées ; la taille un peu courbée, fa tête inclinée sur sa poitrine, effeuillant machinalement un bouquet de camélias roses qu’elle tenait à la main, elle semblait plier sous le poids de quelque chagrin.

M. de llansfeld se sentait attiré vers celte jeune femme par fa mystérieuse et puissante sympathie de fa souffrance... H lui était presque reconnaissant d'être, ainsi que lui, étrangère au bruit, au mouvement joyeux de cette salle brillante... Voulant juger si la perfection des traits de Berthe répondait à leur gracieux ensemble, il prit sa lorgnette.

A cet instant, madame de Lormoy se tourna vers lui.

— Eh bien! prince, comment vous trouvez-vous? — Mille grâces, madame! répondit le prince en français et sans aucun accent, mais d'une voix faible et douce, je me trouve très-bien. — La lumière vous fatigue peut-être , mon ami? demanda la princesse à son mari. — Un peu... mais il faut que je m’y habitue... je vab devenir si moudain ! ajouta-t-il en souriant.— A la lionne heure, prince, reprit madame de Lormoy. Il n’y a rien de tel pour les maladies nerveuses que le mouvement. Je ne vous recommande pas les plus aimables distractions, madame de llansfeld est auprès de vous. — C'est elfe qui aurait au contraire besoin de se distraire, dit le prince avec borné; mais j’ai une peine extrême à obtenir d'elle qu’elle aille davantage dans le monde. — Mon Dieu, prince, j’ai mon neveu, M. de Morvifle, qne je poursuis des mêmes reproches... Ma pauvre soeur, sa mère, a été si longtemps malade, et il l a si affectueusement soignée, qu'il s’est déshabitué du monde . Dieu merci ! elle va mieux maintenant, mais mon neveu n'eu pcrsbte pas moins

PA HLA MOrvri.

ÏO

dans sa sauvagerie. Il devient bizarre. capricieux; cl j'ai été obligée de l'excuser . ..près de vous, obère priucesse, car apres m'avoir demandé la grâce de vous être présenté, sa sauvagerie a repris le dessus, et il a prétexté de son éloignement du monde pour renoncer à relie faveur d abord si désirée.

Madame de HaiisfeJd resta impassible. en entendant ainsi parler de JH. de Morvilie, qu'elle avait depuis longtemps aperçu ail* stalles de l'orebcstre. K lie rrpomlii en souriaut :

— J'ai enteudu attribuer a une cause tres-romanesque la sauvagerie de M . de Morvilie. On parlait d'une peine de cœur très-profoode... d'une fidelité qui n f est plus de ce temps-ci. — l-t on disait vrai .. I es tantes doivent toujours avoir l'air d ignorer ces amoureuses faiblesses: sans cela, je vanterais la constance héioiquc de mon neveu.. . Ah ! mon Dieu ! mais c'est lui, le voila aux stalles... dit tout à coup madame do Lonnny en apercevant M. de Morvilie. — Monsieur de Fiervnl, puisque Léon ne veut pas me voir, ayez donc la bonté d’aller lut dire que. je suis ici... il ne nous écliappera pas celte fois.

M. de Fier val, qui était venu faire une visite à madame de Lormoy et à la princesse, quitta aussitôt la loge pour se rendre aux ordres de la tante de M. de Morvilie.

— Mais vraiment, madame, dit en riant madame de Ifatisteld lorsque M. de Fiervnl lut sorti, je serais désolée de faire tomber M. de Morvilie dans un véritable piège et de soi prendre ainsi une présentation qu'il désire peut-être éviter. — Ma chère princesse, s’il a ses bizarrerie j’ai loti miennes, et mire autres celle d'être Acre de mon neveu, et son plus . beau succès serait de mériter votre bienveillance. — Je u’al pas le droit de b refuser à qm Iqu un qui vous appartient d'aussi près que M. de Morvilie ; seulement je regr< ttc que celle bienveillance n'ait pas la valeur que vous voulez bleu lui donner. — Itermctlea-moi de vous dire que quant à cela vous vous trompez complètement. — Mai*... ajouta madame de Lormoy, décidément il tiiut que je vous dénonce M . de Ibinslèid.

Il me parait beaucoup trou préoeaipé du snltieska de madame Girard.

il ue cesse vie h lorgner; a moins que ce ue soit cette jolie madame de Brévanties, que M. de Ficrval nous a nommée tout a Mveure. — Ht qui est véritablement charmante, dit la princesse eu lorgnant intrépidement daua la loge de Chattes de Brévauues.

M. de Ibn-feld n’entendit pas, ou fciguitdeue pas entendre sa femme, et continua de regarder Berthe.

— Mais, reprit madame de Lormoy, savez-vous, priuces.se, que j’ucl— mire beaucoup ce M. de brévanties? D'après ce que lions a dit M. de Fierval, il s’e-4 montré pU-ii* de délicatesse et de género-ité dans ce mariage.. épouser par amour une pauvre tille. . cetase voit si rarement de nos jours!... D'après un trait poreil. il me semble qu’on peut préjuger île la valeur d'un bon une... P«e le pensez-vous pas ? Avec l’élévation d idées que je vous connais, veus devez laire grand cas de M . de firér .unies. ou plutôt de son noble désintéressement, de sa b Ile action, puiopi il n'a pas Ip bonheur de vous connaître. — Madame de Brévanues psi si jolie, dit b princesse sans trahir aucune émotion, elle parait si distinguée, que le sacrifice de M. de llrérannes me parait simplement du boulieur. — Sous ce rapport, vou.-avez naiTaitemciit raison; mais à voir la figure caractérisée, presque dore de M. de Brévanues. je ne l'aurais jamais cm capable d'un pareil trait de tendre passion... Et vous, princesse ? — I es physionomies sont quelquefois si trompeuses ! répondit l‘aul. 1 , dont le calme ne se démentait pas.

A ce moment M. de Ficrval rentra dans la loge.

— dominent ! seul t dit madame de Lomioy . Kl Léon ? — il me charge, madame, de vous exprimer loin se* regrets; mais, après avoir dlué an club, ilafuméiin cigare.. .et.. —Je comprends, il sait mon horreur pour l'abominable odeur du tabac. Puisse an moins la leçon lui profiler en songeant a ce que lui fait perdre celle habitude de corps de garde ! Encore une fois pardon cl regret pour lui. ebere princesse. — Nom y perdons tous, madame, rrpnt Paula.

On le voit, l’excuse que donnait M. de Morvilie pour ne pas se rendre auprès de sa tante était conséquente à m résolution d'éviter désormais Is rencontre de la princesse-

— Que dit-on de la pièce? demanda madame de l ormoy à M. de Fierval. — On ne s'attendait pss, mad.ii ne. à un semblable succès, et les amis de Gercourt. . en sont... consternés. — C’est indigne! Do reste, tant mieux, il faut bien que les envieux portent la peine de leur odieux sentiment. Je voudrais que le sucrés de M. de Gercourt leur fût plus dé- j agréable encore — M. de Gercourt est de vos amis, madame? demanda madame do Haiisfcld. — S’il en est! Certainement, et lies meilleurs, t tu retour de se« voyages, avant b révolution de juillet, H est entre dans te monde sous moa patronage et sous celui de la lîuchesse de ttellrcourt: nous étions, je vous assure, très-fieres de mettre M de Gercourt dans le monde; il était charmant, et, quoique fort jeune, il devint tout de «nie fort à b mode. Avec une grande fortune, un beau nom, nne jolie figure et des manières parfaites, il n'avait qu'à vouloir pbire pour plaire..., et parce que, après avoir joui en jeune homme de tnu% les plaisirs de vn âge, il cherche maintenant des jouissances plus élevées, des oco«t allons plus sérieuses, il soulève un déchaînement universel. En vérité, reh fait houle et pitié... mon Dieu ! pourquoi donc les sols ne sontils pas aussi indulgents pour te mérite d’autrui qu'ils le sont pour leur i propre nullité? .. On ne leur en demande pas davantage. — IJ est bon déire de vos amis, madame, dit Paula en solfiant de I exaltation avec

laquelle madame de Lormoy avait dit ces paroles. — Certes, dît M. de Fierval..., et je regrette d’ être de Paris de madame de Lormoy sur Gercourt. pour n'tToff juis le plaisir d'élre converti par elle. — Oh! je ne prêterais pas convertir, mais dire vertement leur fait aux mé< liants et aux jaloux... c'est un privilège de vieilles femmes, j’en use, et j’ai raison n'est-il pas vrai, prince ! Mais qu'a vez-vous? Mon Dieu, comme vous êtes pâle !...

En eflet, M. de Hattsfeid avait sa télé appuyée sur une des parois de b loge, et «omhhit au moment de se trouver mal.

— l'rhicesse, votre flacon ! s’écria madame de Lormoy.

Madame de llansfeld se leva à demi.

Sou mari b repoussa arec terreur, en disant d'une voix effrayée :

— Non..., non, pas ce flacon. ..

El le prince perdit connaissance.

Malgré son impassibilité habituelle, madame de llansfeld n'avait pu s'enipérlior de tressaillir eide froncer ses murs sourcils au mouvement d'effroi du prince, lorsqu'elle lui avait offert son flacon; mais, ni madame de Lormoy, ni M. ou Fierval, occupés auprès du prince, ne remarquèrent l'émotion de b princesse.

L accident survenu au prince avait eu lieu pendant un entr’aete. Beaucoup de personnes virent transporter M. de ll.msfelii à si voiture; parmi ces curieux était .M. Girard, que «a femme avait envoyé savoir comment Min sobic&ka était accueilli du public.

M. Girard n'avait osé faire aucune question à ce sujet, sc promettant bien de dire à sa ternira' que son audacieuse casquette avait excité l'admiration générale. Il revint donc en hâte auprès de sa femme pour lui racouiiv l'évanoubsement du prince. A peine eut-il entrouvert la porte et dit à madame Girard : — Dorme amie... que ccAe-ci, sans lui bisser le temps de parier davantage, s'écria :

— I.ourcz vhe vous Informer de ce qui vient d'arriver au prince de Hinsti-ld; on vient de l'emporter, à ee qu'on «lit, :i la g Icrie, [à, devant nous. — Mais, bonne amie...— Allez vite, allez. — Mais, bonne amie, te viens... — Mais allez donc, Timoléon. — Ecoute* rie grâce, je... — Mon Dieu que vous êtes impatientant ! Courez donc vite. — Je rien* justement pour... — il ne s'üçit pas de ceb, mai* du prince... Encore nne fois, allez donc vire. — Mai*, bonne amie, je riens vous raconter ee que vous désirez savoir ! s'écria M. Girard avec une extrême volubilité. —Cest différent: entrez et fermez la porte de la loge. . il falbit dire eeb tout de suit»*. — Donne amie, vous ne m'en ave/, pas laissé le temps, et ie... — An fait, au fait. — Ksi -ce que te prince a complètement perdu connaissance? demanda Iterihe avec intérêt. — La princesse e't sans doute partie avec lui? dit M. de Brévaunes. — UbfQ qo’ou lui a donné b tes premiers sec ours? repartit madame Girard- Timoléon. Mai» répondez donc, vous restez là comme un Itrirt , mus mol dire. — Je ne pote répondre i» tant de questions à b fois..,. D'après ee que j'ai pu recueillir dans la foute . selon tes uns, te prince sortait d une knigtic maladie, la chaleur dn b salle l’a gravement incommodé sel««n d'autres, c'était uu accès de folie qui lui avait pris lorsqu'on te croyait pourtant complètement guéri ; selon ceux-là, enfin, c'était une émotion violente et inattendue qui a causé sa défailbucc.

— l'anvre prince, si jeune et si souffrant, dit naivemenl Berthe à M. de Brcvanra s: jusqu'à ses douleurs, tout est donc -vin mystère?....

— Ah ! ma diere madame de Brévaunes» comme cela est jnfr’rnWnf. n’est-ce pas? s’écria madame Girard avec exaltation. Quel dommage que nous n'avons pas pu le voir! car il était tellement caché dans le fond de la loge que nous ne |Htuvion.s distinguer ses traits. — J'avoue, dit iterihe. que j'aurais été curieuse de voir sa ligure...

M. de Brévaunes avait froncé te sourcil en examinant avec intention b physionomie de Bertlie, lorsque oolle-el avait manifesté son intérêt pour M. de llansfeld... Il attcudil avec une certaine inquiétude la ré- |wu«: de madame Girard qui avait ajouté senihuentalement : — En :tdmeltant que le prince fût jeune et lieau. intéressant comme il l'est, fin ue choisirait pas autrement son idéal si l'on était jeune tille et madresse de son cœur : n'esl-ce pas, madame de Rrévanrtes ? — Pourtant, bonne amie, il me semble que je n'ai pas contrarié votre inclination, et que...

— Ah çâ ! j’espère bien, Timoléon, que vous n'avez jamais eu la prétention d’être un être idéal, fantastique?— Je n'ai pas la préieiiliou d'être fantastique, bonne amie, mais... — Silence! on lève la toile...

M. Girard se tut. Bertlie et madame Girard prêteront une nouvelle attention au dernier acte de la comédie, cl M. de Brévaunes, dont les traits •'Mtombriv&ieflt de plus en pim, jeta plusieurs fois sur Rerthc de singuliers regard- : son ab-mde nlmtsie s alarmait de l'iulérel que Berthe venait de témoiguer en eulend.mt parler des tOldiniXtt du prince dont elle ii'itmI même pas vu tes traits.

C1LVP1TRE XVUi.

La «ortie.

— Eh bien ! — C'est un succès. — Un grand succès. — Ce diable de Gercourt a du lion ber- C'cU uu beau début. - Bail ! cc q'csl pas

PAULA MU.Vn

loi qui a fait cela. — C'est l'idée qui m’es! venue à mesure que le succès se déciifait. — Si cela u 'avait que médiocrement réussi, ou aurait |>u croire à la rigueur Cercourt auteur de eettc comédie. — Si elle était tombée on n aurait km eu le moindre doute. C'est un sucres , a la bonne heure ; mais le jeu des* acteurs est tout dans ce» espèces de pièceslà. — C’est 1res -vrai ; tout à l'heure je passais a côté d'un journaliste: U disait que c’était spirituel, mais que te 11'était pas cftarjmt/. — Voilà justement le mot nue je cherchais, ça n’est pas ce que l’on appelle charpenté. — Que diable ! quand ou veut se mêler d’écrire pour le théâtre, il faut au moins savoir cnnrpenter. — La charpente, c’csl toute une pièce.

— Mais il y a des gens qui croient avoir la science infuse. — Moi, je sais que je trouvais Gercourt très-bon garçon, très-aimable avant qu'il 11 edi sa manie d écrire... Maintenant il a un air mystérieux, occupé... — C’est du dernier ridicule. — Voilà Morville. Malgré sa mélancolie, il a l’air aussi satisfait que s’il était l'auteur lui-même. — Il n’y a pourtant pas de quoi. — Eh bien, messieurs, je vous l'avais bien dit : le déuoùtueut, quel effet! Ça l'tsl pas un succès, c’est ou vrai triomphe... — Ça prouve surtout en faveur de nulle amitié, hou- étions tous là, nous remplissions la salle... Ça s’est passé eu famille — Il faudra voir cefa devant uu vrai public. — hauchi-uicui, t'est malgré votre amitié que Gercourt a réussi.

— Oh ! vous voila toujours avec vos paradoxes, vous, Morville.... De» que qui-lqu'uu est votre ami, il aurait tué perc et mère qu'il serait excusable à vos yeux. — A plus forte raison, mon cher, lorsque cet ami a commis une charmante comédie ; au moius reconnaissez quelques circonstances atténuantes à sou crime. D’abord, il ne croyait pas que le succès qu'il amhitiouuait pût vous* être si désagréable, il u’y a pas eu, quaul à cela , préméditation, je vous le jure. — Vous plaisuulez, Morville. — Mais c’est fa vérité. «— Teoex, si vous étiei l'ami de cette Icnuue qui porte ceUe dr Ale de casquette polonaise, vous seriez capaMe de souteint que colle coifuro est do bon gu ut. — lie quelle femme voulez-vous donc parler? où est-elle? — Là-bas . au pied de la statue do Voltaire, à cillé de ui.idaiiii' de Brévanucs, qui a l’air toute houleuse du coinpav itou liage. — Est-ce que M. de Brév aimes est à Paris? — Sans doute, iuuii cher .Morville: niais de quel air vous demandez Cela! Et depuis longtemps ! — Je ne le crois pas; je l ai vu pour la première fois, depuis son retour, au bal de l'Opéra. — Al» çà , qu'avez-vous donc, Morville? Vont» semblés tout préoccupé de B ré va une», est-ce que vous seriez amoureux de >a iciuinc? bile en vaut la peine. — Sou seul l éfaui est d'avoir des arnica qui portent de pareils loquets. — >ou» qui preuez tant île part aux succès de Gercourt, mon cher Morville , vous oubliez le iihis beau... Sa comédie a fait un tel effet sur le prince de llansfrld, qo elle l a rendu plus imbécile que jamais. Ou l'a transporté (fans sa voiture utesque sans connaissance. Pour sa première si>rlie, dil ou, d a eu du bonheur. — • domine c'est agréable pour mudaine do UaosfeJd! — Oh! «le ccllc-là nous pouvons dire tout le mal po-sible, Morville la déteste, « son prétexte de sculir le cigare, qu'il a donné pom n'aller pas répondre à sa taote et à celle belle princesse, était une Jélaite... I.a-s-vons original assez, Morville? — Et vous dites qu il n'y » pas longtemps que il. de Brcvanues œ,l à Paris?— Allons, vous eu été» encore à M. de Lrévannes? Je vous y laisse. Bonsoir, Morville... Voici ma voijure. — Décidément, Morville est timbré. — Voilà pourluul ce que c'est que de nous, I irsque non» sommes abruti» par lu pas-ion — Ijily Mdfurt u fait là un bel ouvrage. — Pauvre garçon!... u! voici Gercourt là-bas il a Pair de sc sauver... d'échapper à sou triomphe. Ouele fatuité! — Il faut l'appeler : Gercourt! Gercourt! — II va êlie ravi. — Bravo! mou cher ami - — C’est uu beau succè». — Uu grand succès — Vous ne pouvez vous imaginer combien nous eu sommes heureux, — Ah ! mes amis.— Nous le disions tout à Hu-iiro : d'un liomine doui c’est le métier... c'eût été très-bien . mais d un homme du minide, c'est double mérite. — Eh bien, vrai, ce que vous tue dites là, ces témoignages de bonne amitié me vont plus précieux que le succès en lui-même. — Mai- c’est tout simple, on a un succès autant pour ses amis que pour soi. — Mais a quoi pense doue Morville? Est-ce qu’il n’esl pas content de ma pièce? — Vous savez. mon cher, «onibicii il est diilicile (mur tout le momie... Il a l'air de ne pas tous voir. — Et moi, je me sauve, car ou me regarde et je ue mis nullement curieux de faire le lion , adieu, — Adieu, mou cher, et eucore bravo. — C'est-à-dire qu'il est ciuruié d'avoir fait son effet. — Quelle ridicule et insupportable vanité !

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