CHAPITRE XDI
Correspondance.
Madame de llansfeld revint assez satisfaite de son entretien avec M. tic Btévauncs. En songeant à la proposition qu'il lui avait faite de lui présenter Berthe, Paula éprouvait des ressentiments étranges : d'abord, sachant l’amour d'Arnold pour madame de Brévannes, elle avait voulu jouer un perfide cl mécliaut tour à M. de Brévannes, espérant jouir ensuite de la confusion de M. de llansft-ld lorsqu’il serait recouuu par Berthe ( Paula ignorait qu’ Arnold eût révélé sou véritable nom à Pierre liaimoud }.
Lorsqu'elle avait fait part à Iris de la prochaine présentation de madame de Brévannes a l'hôtel Lambert, la bohémienne s'était écriée «n tressaillant de joie :
— Maintenant... vous n’avez plus rien à désirer.., vos vœtrx seront comblés quand il vous plaira de inc faire un -.igné.
t En vain Paula avait voulu forcer Iris à s'expliquer davantage; celle-ci s’était renfermée dans nu silence absolu après avoir seulement ajouté :
— Réfléchissez bien, marraine... vous me comprendrez.
La princesse avait réiléchi.
En arrêtant d'abord sa peusée sur M. de llansfeld, elle s’était demandé ce qu'il lui inspirait depuis qu’U l'avait soupçonnée des crimes les plus
umu.es Li e ressentait autant de haine que de mépris contre lui haine contre I homme capable de concevoir de tels soupçons, mépris ^url humilie assez faible |wur ue |»as accuser lianliiticul cille qu'il soupçonnait. *
Paula était doublement injuste; elle oubliait qu'Arnold l’avait passion, uunent année, et qu il n avait tant souffert que par suite de cette lutte entre son amour et ses méfiances.
Chnw iffraup. elle n'avait jamais aimé sou mari d'amour : elle était pass mu miment .prise de M. de Mot-ville, et pourtant elle sc trouvait biessee de I amour du prim e pour BerUie; rien du plus absurde, mais de plus commun que la jalousie d'orgueil.
SI la iwiisde du madame de llaosfeM se reportait sur M, de Murville a I instant ces trois mots sinistres flamboyaient à sa vue ;
— Si jetais veuve !
Et elle n osait pas s'avouer qu elle cil! été satisfaite si l une des tentauve* d Iris avait réussi.
Nous I avons dit. rien de plus fatal que de familiariser sa prn-ée avec de simples suppositions qui, réalisées, seraient des crimes ; si mons- ""''T qu elles paraissent d’abord, peu à peu l’esprit les admet d'au- Lmt plus bellement quelles Ibtteut davantage et incessamment les intérêts quelles serviraient.
Leb est funeste... la vue continuelle d'une proie belle éveille les ai>pélils sanguinaires les pim endormis.
Benlrée chez elle, Paula réfléchit longtemps aux paroles mystérieuse* d Iris, a propos de b prërentatlou de Berlbe & l’hôtel Lambert.
~ « Maintenant vous n'avez plus rien itfixirer... quand il vous plaira vos VOMIX seront comblés. » p
Un secret instinct lui dirait que du rapprochement du prluce. de M ,| c Brévannes et de Berthe, il pouvait résulter de graves complii atious • mais que pouvait y gagner son amour, à elle, pour M . de Murville? ’
A ce moment, madame de llansfeld fut Interrompue par Iris.
— Que voulez-vous? lui dit-elle brusquement.
— Marraine, un commiv-,ionuaire vient de m'apporter une enveloppe à mon adresse; dans cotte enveloppe était une lettre pour vous.
Paula prit la lettre et tressaillit.
Elle reconnut l'écriture de II. de Murville.
Ce billet contenait seulement ces mots ;
« Les circonstances, madame, me forcent A un parti extrême... J’adresse à tout hasard ce billet à votre demoiselle de compagnie... "Ün affreux et dernier coup accable le malheureux auquel vous avez déjà daigné tendre b main... il n'a pas désespéré de votre pitié... aujourd’hui meme avec ces paroles magiques : Faust et Manfred, vous pourrez siaou le rendre à b vie... du inouïs adoucir son agonie, a
Un moment madame de Hansfeld ne comprit pas b signification de cette lettre. Puis tout à coup s'adressant à Iris :
— Quel jour sommes-nous aujourd’hui ?
— Jeudi, marraine. •
— Jeudi... non, ce n'est pas cela... sc dit madame de llansfeld ; j'avais cru... mais.-, reprit-elle avec anxiété, n'esl-ce pas aujourd’hui la mi-caréme ?
— Oui, marraine... quelques masques ont passé dans la rue.
— Oh! je comprends ..je comprends, s'écria madame de flausfcld, ci, courant à sou secrétaire, elle écrivit ces mots h la hâte ;
o Ce soir, à minuit et demi, à l'Opéra, au même endroit que la deruiere fois, Faust cl Manfred... un rubau vert au camail du domino. »
Puis, cachetant et donnant cette lettre à Iris, elle lui dit :
— Voici la réponse, remettez-b.
Iris sortit.
Le soir, à minuit et demi, au bal de l’Opéra. Mon de Morville et madame de llansfeld, tous deux masqués comme Us Pétaient lors de leur première entrevue, se rencontrèrent au fond du corridor des secondes loges à gauche du spectateur, et entrèrent dans le salon de Pavant-sceoe où avait eu lieu leur premier et leur dernier entretien.
CiUPITKE XIV.
Le mariage.
— Paula... fayons... Vend... Tenez...
— Et vos serments?...
— Qu'importe !
— Et votre mère?
— Qu’importe !
— AU!... que dites-vous .*•••
— Venez, vous dis-je... Cet amour est fatal... Notre destinée s’accoin plira...
Madame de Uansfeld fut épouvantée du changement des traits de M. de Morville et de l’expression de douleur desespérée qui les contractait.
— Qu’y a-t-il donc, mon Dieu? s'écria-t-elle en jetant sou masque à ses pieds.
— Un mot... d’abord, dit M. de Morville. Je ne m’étais pas trompé; cette mystérieuse amie... qui m'écrivait sans se faire connaître...
— C'était moi... oui, oui, votre cœur avait deviné juste... mais au nom du ciel qu’y a-t-il? votre vie est-elle menacée?
— Tout est menacé, ma vie, ma raison, mon amour, mou honneur.
— Que dites-vous?...
Le litre noir. — rtet 30.
— Je dis que je me tuerai... je dis que les passions les plus mauvaises germent en moi... je dis que je ne me reconnais pins... je dis qu'à mon amour pour vous je veux sacrifier tout ce qu'il y a de plus saint, déplus sacré parmi les hommes... dussé-je être parjure et parricide.
— Mon Dieu! vous m'effrayez...
— Paula... m'aimez-vous... comme je vous aime?.»
— Ne suis-je pas ici?.»
— Vous m'aimez?...
— Oui... oh! oui...
Imprime par H. Didot, Menti ÇUtt), nr k* cliché, Je» Editeur*
— En grâce, calmez-vous... Songez a ce que vous m'écriviez encore il y a peu de jours : « Un obstacle insurmontable nous sépare... »
— Je ne veux songer à rien... je vous aime... je vous aime... je mus aime... Cet amour a subi toutes les épreuves, il a graudi dans le silence, il a résisté à votre indilTërence afTeclée, il a pénétré votre tendresse cachée, il m'a rendu insouciant de ce que j'adorais, dédaignent de coque j'honorais... H brûle mon sang, il égaie ma raUnu, il déborde mon cœur. Paula, si vous m’aimez, fuyons, ou je meurs !...
— Mon Dieu ! mon ami, croyez-vous être seul à souffrir ainsi?... Souffrir... oh ! non. maintenant je puis défier une vie de tourments... je puis mourir... j'ai été aimée... connue j'avais rêvé d'être aimée... aimée avec délire; aimée sans réflexion, sans scrupule, sans remords ; aimée avec tant d'aveuglement, que vous ne soupçonnez pas l'énormité des sacrifices que vous m'oflrez, la profondeur de l'abime jou vous voulez nous précipiter...
— Paula, Paula, ne me parlez pas ainsi, vous me rendez fou ; vous ne savez pas... non, vous ue savez pas ce que c'est que l’entralnemeut d'une seule pensée qui eugloutit toutes les autres dam. son courant toujours plus large, plus rapide, plus profond... Moi qui jusqu'ici pouvais marcher le front hauL.. je ne Pose plus... il y a des regards que j ‘évite.
— Vous?... vous?...
— Savez-vous ce que je me suis dit bien souvent... depuis qu'un serment dont je ne veux plus tenir compte maintenant m'a tenu uoigué do vous 7
Sortez! *t>rlei! — 01» ! grâce! giâcr’ marraine. - iuci 41.
PAULA MONTT.
— Ne pariez pas ainsi.
— Eli bien t «l'abord eu songeant à la frêle santé de voire mari, je nie suis dit : M. de llau-IHd mourrait... je n’en serais pas affligé . . puis... si vie... dépendrait de moi... que je le laisserais périr... Puis j’ai été plus loin... j'ai... nuis non, non, je n'ose vous dire cela... même à vous... je vous lirais horreur... Ali ! maudit soit le jour... où pour la première fois celle pensée m’est venue.
Et M. de Morville caclw sa tête dans ses mains.
Les derniers mots qu’il venait de prouuncer devaient retentir longtemps dans |<» cœur de Pau la.
Elle était i la fois épouvantée, et pourtant presque heureuse de l’éfrange complicité morale qui faisait partager ses vieux homicides contre le prince par M.dc Morville, lui, jusqu alors si lovai et si généreux. Dans ce bouleversement complet des principes du rliommc dont dlc était adorée, elle vil une non* vell-* preuve de i'in- Our.nrc qu'elle exerçait.
.Mais par une de ces contradictions, un de ces dévouements si familiers aux femmes, madame de Ilansfcld sc promit de tout faire pour éloigner désormais, et pour toujours, des pensées pareilles de l'esprit de M. de Morville, et cela parce que peut-être, de ce moineut même , dlc prenait les résolutions les plus criminelles ; quoi nu’il arrivé!, elle ne voulait pasqueM.de Morville pût sc reprocher uu jour les vœux qu’il avait faits dans un moment d'égarement.
M de Morville était tombé la télé dans scs mains avec accablement: madame de llansfeki lui dit d’un ton doux *4 terme :
— J'aurai du courage pour vous et (»our moi... je vous rappellerai des serments autrefois si puissants sur vous : la violence de votre amour même ne doit pas vous les (aire oublier. De grâce, revenez à vous... vous parlez de nouveaux chagrins... quels sontils? voire mere est-elle plus souffrante?
— Eh! qu'importe?
— Ab ! de grâce, ne parlez pas ainsi. Croyezmoi. Lue femme peut être fière de voir son influence un moment supérieure aux plus uoblcs principes . . .ma is c'est à condition que ces principes reprendront leur coure. J’aurai* horreur «h: vous et de moi si au lieu du cœur généreux que j'ai surtout chéri je ue retrouvais maintenant qu'un cœur egoiste et desséché... Serait-ce donc là le fruit de notre amour?
M. «le Morville secoua tristement h tête.
— Uéias! je le crains, dit-il d'uoc voix sourde, je n'ai plus la force «le résister au courant nui m’emporte... Bien «le ce que je vénérais autrefois n’est plus capable maintenant do m’arrêter.. Avant tout votre amour... Périsse le reste...
-• lleureusemeut... j’aurai le courage qui vous manque .
— Ab ! vous ne m'aimez pas..
— Je ne vous aime pas /... Mais laissons cela, «fites-rooi sous quelle exaltation vous étiez lorsque vous m'avez écrit ce billet qui m’a si fort alarmée et qui m’a fait venir ici... ce soir...
— No sachant comment vous l'adresser, j’ai compté sur b fidélité de
i me faites en pariant
M. «I« Morville
votre d< moiselle de compagnie... D’ailleurs ce billet n'était compréhensible que pour vous seule... Eût-il tombé entre les mains de M. de Ilansfeld, il ne vous eût pas compromise.
— J'ai reconnu là votre tact habituel... Mais la cause de ce billet?...
— Votre sang-froid me fait honte. .. Moi aussi j’aurai du courage... Je vous sais gré de me rappeler à moi-même... Eli bien! voici ce oui vient de nouveau ru'accabler... Hier ma mère... m’a bit appeler... Elle était plus bible et plus souffrante qu'à l'ordinaire... Je u’ose penser que depuis quelque tempo je suis moins soigneux pour elle...
— Ah ! vous ne savez pas le mal que vous me
ainsi
— Elle roc dit après quelque hésitation qu'elle sentait ses forces s’épuiser... qu’il lui restait peu de temps à vivre... Elle attendait de moi une preuve suprême de soumission à ses volontés... Il s’agissait de b
tranquillité de scs derniers instants; je b priai de s’expliquer; die nu* dit qu'un de nos alliés, quelle me nomma, un «le scs plus anciens amis, avait uue fille charmante et accomplie...
— Je comprends tout... dit madame de Ilansfcld avec fermeté.
En grâce, continuez.
— Continuer Et
que vous dirais -je de plus? ma mère a voulu me faire promettre que mon mariage se ferait de sou vivant, c’e*là-dire très-prochafoen.cnt : j'ai refusé. Elle m'a demandé si j'avais à faire b moindre objection sur 1a beauté, la naissance, les qualités de cette jeune fdle ; j'ai reconnu, ce qui est vrai, quelle était accomplie de tous points; mais j’ai signifie à ma mère que je ne voulais pas absolument me marier... Alors... elle s'est prise à pleurer : les émotions vives lui sont tellement funestes, faible comme elle est...
Î u'elte s’est évanouie, 'ai cm, mon Dieu, que j'allais b perdre... et j’ai retrouvé ma tendresse d'autrefois
En revenant à elle, ma mère m'a serré b main, et, avec une bonté navrante, elle m’a demandé pardon de m'avoir contrarié par ses désirs... dont clic ne me reparlerait plus...
Mais je le sais, je lui ai porte par mon refus un coup doufoureui . . . Je n’ose en prévoir les suites... Elle avait fondé de si grandes espérances sur ce mariage !
Hier, son étal a empiré; je l’ai trouvée profoodénieul abattue ; elle ne m’a pas dit un mot relatif à celle union... Mais, malgré son doux et triste sourire, j'ai lu son chagrin dans sou regard, je l'ai quittée le cœur déchiré. Sa santé défaillante ne résistera pas |>eul-élre à de si violentes secousses . Eh bien ! dites, Paula, csl-U im sort plus mallirureux que le mien? J'a i la tête perdue. N’élail-ce pas assez d'être séparé de vous par un senne nt solennel? Il m’interdisait le présent, mais il me bissait au moins l’avenir. Maintenant II faut pour rendre l ngonie de ma mère plu*, douce, il faut que je me résigne à ce mariage odieux, impossible, car il détruirait jusqu'aux faible* espérances qui me restent... Encore une fois, cela ne sera pas; non, non, mille fois non. Paula, si vous m'aimez, si vous êtes capable de sacrifier autant que je vou* sacrifie, nous n'suroos pas à rougir l'un de l'imtre.
PAULÀ MOYII,
— Non. car tous «leux nous aurons foulé aux pied» nos serment» cl nue devoirs, dit Haute en interrompant M.de Morville.
— Non» fuirons, ail bout du nioil Ici, et-..
— fcl b première effervescence de l'amour passée, la haine, le mépris que non» res-ciuirous l'un [mur l'autre venger.iut ceux que nous aurons sacrifié». Mou pauvre ami. \olre raison s'égare.
— Mais que voulez-vous que je lasse,'
•— Vue vous uc soyez pas parjure, que vous ne hâtiez pa» la mort de votre mère.
— Ilcuoncer à vous, me marier.... Jamais, jamais!
— l’ roulez-moi bien. Je vous déc lare que je ne pourrais pas aimer un homme ladre cl parjure, lois même que ce serait pour moi qu'il se parjurerait lâchement. Mou amour-propre Je rcmuie est sali-foil de ru que chez vous, pondant quelques moments, la passiou a vaiu» u le devoir; c'est assez. Vous avez jure de ne jamais me dire mi mot qui pût m'engager à oublier mes devoirs, vous tiendrez ce serment?
— Mais...
— Je le tiendrai pour vous si vous êtes tente d'y manquer.
— Et ce mariage? dit M. de Morville avec amertume; ce mariage, vous me conseillez sa us doute d'y consentir?
— Noo.
— Non? Ab ! je n'en doute plu-... vous m'aimez!
— Si je vous aime 1 Ah! croyez-moi, cc mariage me porterait un coup encore plu» cruel qu’à vous, "dit l*auh avec émut ion : nuis, ujoulat-dle, il fout ménager votre pauvre mère, ne pa- refuser positivement de lui obéir... temporiser... lui dire que vous été» revenu sur votre premiers résolution... mai- que vous voulez ri liée Itir à loisir avant de prendre une délermi nation aussi grave. Gagnez du temps enlin.
— Mais ensuite, ensuite ?
— Ali! savons-nous ce qui appartient à l’avenir. Hcmorcion* le sort de I heure, de la minute présente; demain lies! pas à nous.
— Mai- quand pourrai-je vous irrite, vous revoir? Quelle sera l’ issue Je cet amour / il me brûla, il nie dévore, il me tue.
— El moi aussi il me brûle, il me dévore, il me tue ; vous ne soudret pas seul... n'est « »• pat assez?
— .Mjteqii'e-péicrf
— - (jue sois-je ! Aimer pour aimer, n’cibce donc rien?
— - Mai» «iue j« puisse nu moins vous voir quelqiicfoU chez vous, vous reneouticr «fou» le monde.
— Liiez moi. non ; dans le momie, voire s«‘rineut s'y oppose.
• — Ab ! vous été» sans pitié.
— Gainiez votre mere, non par de» itromex-cs, mais par des temporisation*. Dan» huit jouis je vous écrirai.
< Pour me dire?..
— Vous le verrez... peut-être serez-vous plut heureux que vous ne VOUS y attendez.
* —U te pourrait l Ah ! parlez, parlez.
— Ne vous bâtez pas de bâtir de folle* c-péraiiCi;- sur met paroles. Happciez-votn, bien ceci : jamais je ne souffrirai quo vous uiampiiez à II foi jurée... mai» conmir je vous aime pasMounémeut...
. — lih bien?
— Ia> reste e»t mon secret.
— Oh ! que vont êtes cruelle !
— Oh! bien « riielk*, car je veux que demain vous m’écriviez nue votre lucre est moins souffrante, que vou* l'avez un peu tranquillisée ; j’en serai si Iwuraiv ! car je me reproche amèrement set chagrins ; n est-ce pas moi qui les caa.su involontaire meut ?
— te vont le promet- 1.1 vous, à votre tour?
— Dans huit pont vous saurez mou secret. Je regrette moins «le ne pas vous recevoir chez moi. Non» allons, je le crains, rompre uos habitude» «te retraite. M. de llanxfi ht m’u priée de recevoir plus» urs per- «Him-s , entra autres M. et madaïur Je Hrovauues. Les <mmai*>-xvoiit?
— Je renconiro quelquefois M. de Brévanncs; on dit sa femme charinante.
— Lharinante, et je crains pour le repos «le mon mari qu'il ne t’en aperçoive.
— (Jne dit* «-vous !
-*■ Je te croit Hérkm-emenl occupé de madame de Ilrévannes.
•— Lu prince ?
— Il es* parfaitement libre de -es actions, autant que je te suis Jet miennes.
— Et vont refuse* *te me recevoir chez vont, lorsque votre mari...
l'aula interrompit M. «le Morville
— Je vou- rciuse cela, d'abord parer que voua avec juré de ne joutait vou* présenter chez moi ; et nuit, condamnable ou non, la cun- <l« ho «le mon mari ne doit ru lies inllucncei la mienne ; il ett de» déJi- (-ate^sr* <lç position «pu* vout devez apprécier mieux que personne..,. Dattt huit jouri vous en saurez «tevautage.
— I»ans huit jour»,., nas avant?
— Non»
— tjuo Je ante malheureux !
— Bien malheureux, en «Jtri ! Vou- venez ki accuhtà, éèo|wré, vous repro« b;.n« votre «liirelé avec voire mère, oubliant tout ce qu’un lunuiue «nm une vous oc doit jamais oublier; je vous calme , jo vuu» console, je
vous offre le moyen de ménager à la fois les volontés «le votre more et uo» propre» intérêts...
— Oui, oui, vous avez raison... Pardon, j’étais venu ici avec des pensées misérable*; vont m'avez fait rougir, vou» u/avez relevé à me» propre- veux, vous m’avez rappcULà l'h inoeur, à la foi jurés, ;« co que je dote a m. i mère. Merci, merci; vous avez raison, pourquoi songer a demain quand l'heure présente «*>1 heureuse? Merci d'être veuue à moi des que je vous ai «lit que j « lais accablé par la douleur, par le dé-espoir, loin a l'heure jetais dé olé, maintenant je me seus rempli de force et d'f-poir; te « mur me bal uoblemcut; vous m'avez sauvé la vie, vou» m’avez sauvé l'bonueur; mou courage est retrempé au feu de votre amour, je me sens aimé! Je frime les yeux, je me laisse conduire pur vou»; oi doutiez, j’oliéi», je u'ai plus de volonté ; je vous confie le sort de cet amour qui est toute ma vie, qui est toute la votre.
— Oh! oui, toute ma vie! s’écria madame de llansfcld avec une exaltalion contenue. En ayant en moi une confiance aveugle, vous verrez ce «pie peut une l'emmé qui sait aimer, demain écrivez-umi des nouvelles de votre mère, et dan* huit jours vous saurez mou secret. Jusque-là, sauf la lettre de demain, pas un mot... je l’exige.
— Pas un mol! et pourquoi?
— Vou- le saurez; mate prunicUcz-tnoi ce que je vous demande... dans l'imérét de uotre amour...
— Je vous le promets.
— Maintenant, adieu.
— Déjà?
— Il le faut. N’est-il pas bien imprudent que je sois ici?
— Adieu, Pailla. Votre main... un baiser... un seul.
— Et votre serment ! dit Haute en remettant sou m isque et refusant de «c dég auler.
Elle sortit de la loge, traversa la foule et quitta le théâtre.
Iris l’uttciufoil dans le fiacre comme la dernière Ibis.
rendant tout te temps du trajet, madame de Han -b ld fut sombre et taciturne; elle revint à l'hôtel Lambert par la petite porte secrele, elle monta chez elle accompagnée d'iris.
L’amour passionné de > aula pour M. de Morville était arrivé à son paroxysme ; elle se seulait capable de, délenuinutious les plus funestes; sa rai- on était presque égalée; elle craignait surtout que M. dn Moi ville, malgré sa répugnance pour te m triage qu’on lui proposait, ne» y décidai, vaincu par les tnllit ilatiou- de niera mourante. Il pourrait peut-être gagner «pielquc temps ; mais avant huit jours tout devait être décide pour Pailla.
•Iris, voyant b sombre préoccupation de sa ma il cesse, en dcviiu la cause ri lui dit, après un assez long silence, en lui muntraut mie épingle à tête d’or constellée de turquoises, et fichée à une pelote re< ouverte «le dentelle :
— Marraine, souvenez-vous de mes paroles... Lorsque vous voudrai que U pensée que vous n’osez vous avouer sc réalise sans que vou» ou moi preuion- la moindre part à son exécution, n-jueUez-moi « elle épingle, |M‘ii de jours après vous n'aurez plu- rien à désirer.... Depuis «|uc je vous ai parlé, l'idée a germé dans le cœur où je l’avais semée , elle a grandi, elle sera bientôt mûre. Encore une fois, cc te épingle, et vout pourrez épou-er M. de Morville.
— (!et le. épingle? dit tnadamede llansfcld en pâlissant et en prenant sur la pelote le bijou et le contemplant pendant quelque» moments avec une ■ (trayante anxiété.
— licite épingle, dit Iris en avançant la main pour b saisir, le regard brillant d'un cela! sauvage.
Madame de llamfdd, -ans lever les yeux, dit d’une voix basse et tremblante ;
— Coque vous dites, Iris, est une sinistre plaisanterie, n’est-ce pas? Cela e*l impossible... Comment pourrez-vous?,..
— Donnez-moi l'épingle... ne vou- inquiétez pa» du reste.
— - Je serais folle «!>• vous croire. Par quel miracle?...
Kn parlant ainsi. Haute, accoudée sur la « heiniuée et tenant toujours l’épingle, l’avait machinalement et comme en se jouant approchée de la main d'Irls, étendue sur le marbre.
Ui bohémienne saisit vivement l'épingle.
La princesse, épouvantée, te lui retira des mains avec force en s'écriant ;
— . Non, non ; «e serait horrible.,. Ob’, jamais jamais!... meurent plutôt toute» mes espérance* !
CUAHTRB XV.
Le livre noir,
Deux jours après b première entrevue de madame de Han-Md et de M. de Morville au liai de l'Opéra* Iri» avau apporte, idua sa promesse, le litre tupir a M. de Urévajim-» ; celui-ci y avait lu le» lignes suivante», attribuée- à la princesse :
« Je suis si troublée de cet cuire lieu, que je puis à jieine rassembler
Dy ^
3gk
PAU LA MOYTI
nies souvenirs ; j'ai peur de me rappeler ce <|ue j'ai promit à M. de l'.rénnnr$i re que je lui ai laissé doviuur, peut-être...
« Quelle c-l donc la puissance de cet liomme? J’étais allée là bieurësrtlue d'Airc pour lui d'une froideur impitovable ; à peine Pai-jt* vu... que j'ai oublié tout... jusqu'à ses menaces...
« Quelle fatalité l'a donc, pour mou malheur, ramené ici?...
« [Von, non, je ne l'aimerai pas...
« Je nie foi* horreur à mol-mcine... Comment ! en présence du meurtrier do Raphaël... je n'ai ressenti ni haine ni foreur... Oh! boute sur moi! il a remarqué ma faiblesse...
« Hélas! que faire?... Lorsque j'entends sa voit, lorsque sou ardent regard... s'attache sur moi... mes résolutions les plus termes m'abandonnent... je ne pense qu'a l'écouler... qu'à le contempler...
« Il est si beau de celle beauté virile et hardie qui. h première fois que je l'ai vu, m'a bissé une im|iressioii profonde... ineffaçable ...Tout en lui annonce un de ces hommes passionnément énergiques qui aiment comme je saurais aimer... comme je u ai jamais été aimée... nb ! si mJ volonté et b sienne étaient unies... à quel terme de félicité n'arriverions-nous pas!..,
* Béni soit ce livre... je puis lui dire ce qui* je n’oserais dire à aucune créature humaine... ce que j<* n’oserais même relire tout liant...
« Il m'a demandé de me présenter sa femme... (l’avance, je la bais... c'est pourtant à eJle, que je devrai de recevoir un jour son mari... mais relie obligation m’irrite contre elle; c'est son bonheur qu.* j'envie... elle porte le nom île et l homiii qui exerce sur moi une si incroyable inilucnee.... ce nom que maintenant je ne puis entendre sans trouble... Oh .' eetle femme, je la hais, je b hais... elle est trop heureuse!
a Après lotit, pouujuiii rougir de mon amour? Il ne sera jamais coupable... car il ne sera jamais heureux...
« Mon ambition de rieur est trop grande... jamais lui ne saura ce qu'il aurait pu cire pour mot, si tous deux uous eussions été libres! Ob’ quel rêve! quel paradis!
• La pa^inu que j 'éprouve est trop puissante, trop immense, pour descendre 1 jusqu'aux musonges auxquels nous seri us rédu -, lui et nj- «i. si nous elicTchion» le.-, plaisirs d'un amour vulgaire... Non, non... lui appartenir uu grand jour, à b face de lutte, porter noblement et lièrent*, ul seul nom... ou ensevelir mon ni'allicuieiix amour au plus profond de mon cifur... aucune puissance biiiuaiaie ue me fera sortir de l’une de ces deu\ alternative»..
« tir, comme lui et moi portons les chaînes du mariage... chaînes Lien lourde? !... or, • oimue le hasard* eu libérant l’on de nous deux, m* libérerait pas I antre... ma vie ne sera qu'un long regret, qu’un b ug supplice... Ce que je dis est vrai; je n’ai aucun intérêt à me mentir a moiluéiue... Je commis assez la fermeté de mou caractère pour être sûre de nia i «-solution...
« l.t puis, lui aittM a tant de volonté, but d'énergie, que c'est être digue Je lui île l imiter dans son énergie, dans si voloute, lors tuéuie quille* seraient employées à lui résister...
« U|i! il lie sait pas ce que c'est de pouvoir se diic qu’ou a résisté à uo homme comme lui.
« J'éprouve un charme étrange à me rendre ainsi compte des pensées qu'il ignorera toujours, à être dans ce» coulid- nées n mettes aussi leuurc, aussi passionne.* pour lui que je serai froide, réservée eu s-t pié- *enee . je suis contente de ma dernière épreuve à ce sujet... Lie quel air gb« i.ti je l’ai reçu !
n Mats aussi queJ courage il ru a fallu !... San-lu présence d’iris, j’eusse été pim. Ironie ctu ore; mais, b sachant là, j étais raturée contre moimême.
» < rite jeune tille m'inquiète, elle mVutoui e de soins ; pourtant je ne tais quel vneue pressentiment uie dit qu'il y a de l'hypocrisie dans sa comluiie. I, lin est sombre, distraite. ptéoccu|iée ; une iui ai-je tait ! Quelucfok, il est vrai, dans un accès de tristesse Cl de morosité, je b ru- J y songerai... je la surveillerai.
« Qno vtens-jo d apprendre ?... Non, non, c'est impossible... feuler o’a pas voulu cela...
« Sa femme... Bcrtlie de Brévauuc*» lui serait infidèle!
« Si les preuves qu on vient de «rapporter étaient vraies....
> lib! il est indignement joué. La misérable !... avec ou air doux et randide... elle tic seul doue pas ce nue c'est qu d'être assez b.-ur.uise, *«« honorée pour porter son nom ? Lui !... loi trompé— comme le dernier des hommes... lui raillé, moqué peut -. lie. Je uu sais» ce que je re*s*ns à cette idée, uni ne m'était jamais venue.
< Oh ! je suis folle... folle... ce u’esl pus de l'amour, c'est dé I idolâtrie »
Le mémento supposé de madame de Harndeld avait été perfidement interrompu à cet endroit.
En lisant los derniers mots, qui avaient rapport à une prétendue infidélité de Rertbe, M. de Rrévanncs bondit de douleur et de rage.
Par rcl:. même que b lecture de b première partie de ee journal l avait plongé dans tous les ravissements de l'orgueil, et de I orgueil exalté jusqu'à *a dernière puissance, ce contre-coup lui fut plus douloureux encore; i] ne se pm-éda pas d.» fureur en pensant qu'il jouait peut-être un rôle ridicule aux yeux de l'aub : Il connaissait assez les ferntues pour btoir que s'il leur est doux, très-doux, d enlever un mari ou un amant
à uu cmiir fidèle, clics ic soucient médiocrement de servir de vengeance, do représailles à un homme qu'un a irumpé.
Iris cllc-méniu avait été « lïrayéc de IV x pression do colère et do haine qui contracta les traits do M, de Brévanues lorsqu'il eut lu ce passage du lis re uoir; die quitta le mari de Bcrthe, bien certaine d'avoir frappé où elle voulait frapper.
lin effet, die laissa M. de Brévanncsdaiis uo état d'exaltation impossible à déc ire.
D’un côté, il se flattait d'être aimé par madame de (lansfcld avec une iunopblo éucrgic ; mais il avait presque b certitude de ne pouvoir l ieu obteuir d'une femme si résolue, qui puisait dans la violence même de sou autour la force de réoisUiucc qu clic comptait déployer, voulant et croyant k-rmeinent prouver sa passion par des refus opiniâtres dont clic sc gl o rit bit.
IVuu autre côté , son sang bouillonnait de courroux en songeant que Bertiie le trompait, qu'il était peut-être déjà l'objet des sarcasmes du monde. Les moindre» circonstances de son entretien avec sa femme lui revinrent à l'e-piit , il y trouva b confirmation des soupçons qu.- quel que s ligues du livre noir veaui.nl d’é veiller.
Il uc savait que résoudre, l e lendemain H devait présenter sa femme ch. z madame uc llau-ft ld il lui fallait doue ménager Bertbe jusqu'après cette pré- iitation, qu il regardait comme si importante pour l'avenir de son amour; mais mmincul sc contiendrait-il jiteque-b, lui toujours habitué de faire, sous le uioiudre prétexte, supporter à sa femme ses accès d'humeur?
Il s'épuisait à chercher quel pouvait être le complice de madame de Itrév.iiu s; après de mûres réflexions, sc souvenant des goût» retirés que Bertbe avait récemmeut afledé», il sc persuada que celle-ci s'abandonnait à quelque ob--«.ur et vulgaire am »ur.
Lis, avec une infernale sagacité, avait jitelcmcut dans le livre noir fait insister Paul;» sur le bonheur et sur l'orgueil qu'elle aurait à porter le nom de M. de Brévauucs... Et c’éLiil ce nom que Rcrlhc déshonorait.
Le piège était trop habilement tcudu pour que cet homme vaiu , jaloux , o. gueillcux , cl d une méchanceté cruelle lorsqu’on blessait son amuu4 -propie, pour que cet bonuii.*, disons-nous, n'y tombât pas, et n'eutràl pas ainsi dans un ordre d idées uéccssaiies au plan diabolique .l'Ins ..
Lu . fû t , après avoir passé par (uu» les degré» de b colère et s'être uicutalciucut abandonne aux menace* les plus violentes contre Bertbe et sou complice inconnu, tout à coup M. ue Brcvaaucs sourit avec une sorte de joie féroce: H sc calma, s’apai-a , plu*, que sa tu- fait de b trahison de Bertbe; il n’eut plus qu’une crainte... celle de ue pas pouvoir se procurer dt» preuve* Bâfrantes de son fot ho a ntt tf,
Il jugea nécessaire à ses projets de cacher à madame de Rré' aunes la dénmieutioii qu’il avait reçu.*, pour épier ses moindres démarches ; il voulait l'cndoriuir daus b plus profonde sé> urité.
Aussi, le k’udcmahi (jour du b présentation de Bertlic à madame de llau-fcld) M. de Brévanue* outra citez sa feiiiiuC, après s'être fait précéder d uu énorme bouquet cl d'uue charmante parure de fleurs naturelles.