‹ Œuvres illustrees d'Eugene Sue Paula Monti ou L'hotel LambertChapitre 29 sur 41 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Conversation.

Dcillie, peu accoutumée à de telles prëveuauccs de b part de M. dû Lire v aunes, bu doublement surprix: de ce cadeau de fleurs, surtout apres la scène de la veille* scène dans laquelle sou mari s'était moutié si grossier.

Lile fut non moins, étonnée de son air coulritct doucereux ; niais dans sou ingénuité elle se bissa bientôt prendre au (aux sourire de bouté qui tempérait u cc moment b rudesse habituelle des traits du M. de Bré- UBM

Quoiqu'elle eût bit .-ou pos-ildn pour ne pas aller à l’hôtel Lambert dauh I ; crainte d'y remontrer M. de Uansfdd, Bertbe se sentait intérieurcMonl euupable de eaclicr à sim nui i les entrevues qu’elle avait eues chez Pierre Raimond avec Arnold; aussi s'exagérail-dle encore sc» toi ts à la moindre bonne parole de M. de llrévanue.-.

Le fui donc- presque avec confusion qu elle lu remercia des fleurs qu’il lui avait envoyées.

— En vérité, Uiarles, lui dit-elle, vous été» mille fuis bon, vous me

gâtez ce bouquet était magnifique, celle parure de camélias est de

trop.

— Vous avez rai-ou, ma chère aiuic . vous u avez pas besniu de tout ceb pour être charmante... mais je u*ai |*u ré>Uler au dé ir de vous envoyer ees fleurs, malgié leur inutilité ; je suis ravi que celle légère attention vous ait bit plaisir — J'ai tant à me faire pardonner. ..

— Que vouiez- vous dire?

— Salis doti U* : hier, ii ai-ju pas été bru»quc, gmndeur? N'ai-je pas enfin lait tout ce qu’il bilan faire pour être exécré? Mais les uuri» sont toujours ainsi.

PAÜU MOXTÎ.

sa

— Je vous assure, Charles, que j’avais complètement oublié...

— Vous, êtes si lionne cl si généreuse. Vraiment, quelquefois je ne sais comment j’ai pu méconnaître tant de précieuses qualités.

— Charles, de grâce.

— Won vraiment... cela m'explique l'incroyable, l'aveugle confiance que j’ai toujours eue en vous , a part quelques accès de jalousie sans motif, bien entendu. Tenez, vous ne sauriez croire combien surtout notre conversation d'hier a augmenté ma confiance en vous.

— Mon ami...

— Dans le premier moment , je l'avoue , la iranehise de vos craintes m'a un peu effrayé ; mais depuis , en y réfléchissant , j'y ai trouvé au coutraire les plus sérieuses garanties pour l'avenir, et une preuve de plus de votre excellente conduite...

— Je vous en prie, ne parlons plus de ceb, dit Berthe avec un embarras qui n’échappa pas a son mari.

— Au contraire, parlons-cn beaucoup, ce sera ma punition, car j'avoue nies torts. J’étais stupide de me ficher de votre loyauté! Pourquoi n'aurait-on pas b modestie de l'honneur comme b modestie du talent? Si je vous avais priée de cliantcr dans un salon , devant un nombreux public, m'auriez-vous dit : — Je suis certaine de chanter admirablement bien? Non, vous eussiez manifesté toutes sortes do craintes. Et pourtant il est certain que peu de talents égalent le vôtre. Eli bien !... vous m'avez parlé avec b moine modestie de votre future condition dans le monde où je vous oblige d'aller, vous m’avez dit avec raison : — J’ai le désir de rester fidèle à mes devoirs , mais je redoute les séductions et les périls qui entourent ordinairement une jeune femme, et j'aime mieux fuir ccs dangers que les combattre.

— Encore une fois , je vous en prie , oublions tout ceci , dit Berthe véritablement émue et touchée de b bonté de son mari.

— Oh ! je ne vous céderai pas sur ce point , reprit celui-ci , je vous prouverai qne je m'obstine (Lins le bien comme dans le mal ; ma franchise épiera votre loyauté , ce qui n'est pas peu dire , et vous saurez aqjourd'hui ce que je vous ai tu hier.

— Quoi donc ?

— Je vous parle rarement de mes affaires ; mais cette fois vous m’excuserez si j'entre dans quelques détails.

— Mon Dieu, je vous prie...

— Un dos parents de madame la princesse de Oansfeld est très-haut placé en Autriche cl peut me servir beaucoup en faisant obtenir d'importants privilèges à une compagnie industrielle qui se forme à Vienne et dans Laquelle j'ai des capitaux d'engagés En me taisant présenter à b princesse, en vous priant d'être aimable pour elle, vous le voyez, j’agis un peu par intérêt, mais cet intérêt est le vôtre, puisqu'il s'agit de notre fortune.

— Mon Dieu, pourquoi ne m’avoir pas dit ceb hier ?

— Je vous l’aurais dit probablement ; mais b persistance de vos refus à propos de cette présentation m'a contrarie. Vous savez que j'ai un très-mauvais caractère : ma tète est partie , nous nous sommes séparés presque fichés, et je n'ai pas eu l’occasion de vous apprendre ce que je voubis vous dire.

— S'il en est ainsi, Charles, croyez que ie ferai tout mon possible pour être agréable à b princesse, puisqu'il s agit de vos intérêts ; j’aurai de b sorte un but en allant chez die , et je redouterai beaucoup moins les périls que j’ai la vanité de craindre.

— Voyez , ma chère enfant, ce que c’est que de s'entendre , comme toutes In difficultés s'aplanissent... Ob ! que je m'en veux de ma vivacité; on s'explique si mal quand on est fâché ! Mais tenez, puisque nous sommes eu confiance, laisses-moi vous prier à cœur ouvert.

— Je vous en prie... si vous saviez combien je suis touchée de ce langage si nouveau pour moi.

— C’est qne le sentiment que j'éprouve pour vous est aussi presque nouveau pour moi.

— Charles, je ne vous comprends pas.

Après un moment de silence, M. de Brévannes reprit :

— Ecoutrz-moi. ma chère enfant. On aime sa femme de deux façons, comme maîtresse ou comme amie. Pendaut longtemps je vous ai aimée de b première façon. Des torts que je ne veux pas nier, mais que vous avez punis par une décision irrévocable, ne me permettent plus de vous aimer que comme amie : mais pour passer de l'un à l’autre de ccs deux sentiments, b transition est pénible., surtout lorsqu'il faut renoncer à une aussi charma nie maîtresse.

— De grâce...

— Le sacrifice est fait ; c’est à mon amie, à ma sincère amie que je prie, que je prierai désormais.

M. de Brévannes dissimula si parfaitement ses mauvais desseins, et dit ees mots d’une voix si pénétrante, qu'une larme roula dans les yeux de Berthe ; un aveu de scs torts lui vint aux lèvres. Elle prit b main de son mari, la serra cordialement entre les siennes et répondit :

— Et désormais votre amie fera tout au inonde pour être digne de...

— Assez, ma chère enfant, dit M. de Brévannes en interrompant Berthe; je sais tout ce que vous valez, et qu'on est toujours wlr d'être entendu lorsqu'on s'adresse à votre délicatesse... Mais permeUez-moi de terminer ce que j ai à vous dire... Par cela menu' qu'il y a deux manié* rcs d'aimer sa femme, il y a deux manières d'en être jaloux...

— Je uc \ous comprend- pas. mon ami.

— C’est ce que je craius, surtout à propos de quelques-unes de mes paroles d'hier que vous avez peut-être mal interprétées.

— Comment?

— Sans doute ; malheureusement, notre entretien est monté tout à coup sur un ton si haut, que tout s'est élevé en proportion ; quand je vous parlais de la différence de la jalousie, de l'amour et de I amourpropre, je voubis dire que l'on n'est pas jaloux de b même façon lorsque votre femme est votre amie, au lieu d'être votre maîtresse ; dans le premier cas, le cœur souffre; dans le second, c'est l'orgueil ; et malheureusement l'orgueil n'a pas, comme l'amour, de ccs retours de tendresse qui calment et adoucissent les blessures les plus douloureuses... Me comprenez-vous ?

— Mais...

— Pas encore, je le vois. Je voudrais vous parler plus franchement... mais je crains de mal m'expliquer et de vous choquer peut-être.

— Pariez... ne craignez rieu.

— Eb bien, écoutez-moi, ma chère enfant. Depuis longtemps vous n’éfes plus pour moi qu'une amie ; mais vous avez à peine vingt-deux ans. Ces séductions dont vous parlez, vous avez raison de les craindre ; personne plus que vous ne peut y être exposée... car ma conduite envers vous, je ne le nie pas, pourrait sinon autoriser, du moins excuser vos fautes.

— Ah ! monsieur... pouvez-vous penser...

— Laisscz-moi achever. Si j'ai toujours le droit d’être, comme je le suis, horriblement jaloux par orgueil, c’est-à-dire jaloux des dehors, des apparences de votre conduite, j'ai malheureusement perdu le droit d'être jaloux de votre cœur ; j'ai seul causé votre refroidissement par mes infidélités, par mes durcies. Il serait donc souverainement injuste et absurde de ma part, je ne dirai pas d'exiger, mais d'esjiérer qu'à votre àgc votre cœur soit à tout jamais mort pour l'amour.

Berthe regarda son mari avec stupeur.

— Tout ce que je demande, tout ce que j’ai le droit d'attendre de mon amie, rcprit-il, et a ce sujet elle me trouverait inexorable, c’csi, par sa conduite extérieure, de respecter aussi scrupuleusement l'honneur de mon nom que si elle m’aimait comme le plus aimé des amants ; en un mot, ma chère enfant, votre vie publique m appartient parce que vous portez mon nom... La vie de votre cœur doit être murée pour moi, puisque j'ai perdu le droit d'y être intéressé. Tout ce que je vous dis semble vous étonner; pourtant, réfléchissez bien; souvenez-vous de notre conversation d'hier, cl vous verrez que je vous dis à peu près les mêmes choses... le ton seul diffère... Pour me résumer en deux mots, de ce jour vous avez votre liberté complète, absolue ; vous vous appartenez tout entière... uous sommes séparés, sinon de droit, du moins de fait. Mais par ceb même que cette libellé intime est plus absolue, vous devez pousser jusqu'au dernier scrupule la stricte observation de vos devoirs apparents; cl. je vous le répète, autant vous me trouverez tolérant, ou plutôt ignorant à propos de vos intérêts de cœur, autant vous me trouverez rigoureux, impitoyable à l’endroit du respect des convenances. Médiiez bieu ceci, ma chère enfant; dès aujourd hui nos positions sont licitement tranchées. J'aurai sans doute plutôt besoin que vous de cette tolérance mutuelle à laquelle nous veoons de nous engager pour nos affaires de cœur, mais je n'en suis pas eurore aux confidences ; et, plus lard, i'aurai peut-être à solliciter l'indulgence de mon amie. A propos d'indulgence, je vous demanderai bientôt b permission de vous quitter et de vous bisser seule... D'ici à peu de jours, je partirai pour un voyage très-court, mais très-important...

— Vous parlez... vous parlez... dans cc moment?...

— Pour très-pen de temps, vous dis-je, une ou deux semaines au plus... Des affaires urgentes... Mais pendant cc temps je vous confierai mes intérêts auprès de madame de tiansfeld, bien certain qu'ils ne peuvent être mieux placés qu'entre vos mains... ABous, ma chère enfant, à tantôt. Faites-vous bien belle; car si je n’ai plus ma vanité d'amant, j’ai ma vanité de mari.

Ce disant, M. de Brévannes baba Bcrtbc au front et sortit.

Quelques moments de plus, sa haine et sa rage éclataient maigre lui.

Les mille émotions qui s'étaicnl peintes sur b candide physionomie de Berthe pendant que son mari parbit, l'espèce de joie involontaire dont elle avait eu honte un moment après, mais quelle n'avait d’abord pu cacher lorsqu'il lui avait rendu sa liberté; son inquiétude vague, scs espérances tour à tour éveillées et contenues, tout avait éclairé M de Brévannes sur b position du cœur de Berthe.

Il n'en doutait plus, elle aimait; il était trop sagace pour s’y tromper.

Il avait un rival... sa femme le trompait.

Cc fut donc avec une secrète et sombre satisfaction qu’il s'applaudit d'avoir plongé madame de Brévannes dans b plus complète, dans b plu» profonde sécurité.

l’Ali LA MOiYlI.

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