CHAPITRE V
Le cliit’ ; u de Brvvânne*.
Lu terre de M. de Brévannes, située eu Lorraine près île lamgueville, h quelques lieues de Ü.»r-1 -Duc, était une confortable ré>idenee. Beau pare, belles réserves de bois, magnifique* étangs alimenté* par qm. loues ci imiour- de I U.ijjüi. uiui*ou tlTiabitotiou vaste et commode, tout, dans celle propriété, tépouduil au tableau que M. de Arevaimcs en avait tracé à M. de Uausfeld.
depuis trois jours Berthe, son mari, le prince et Paul.i sont arrivés au château; IrL a été nécessairement compris tlins l'invilation de.M.dc Brévaiiucs, invitation que chacun de uo$ personnages avait de trop puissantes raisons d'accepter pour s'arrêter 4 la singularité d un tel voyage dans celte saison.
Pailla avait contimicllcmcnt évité: tonte occasion de se rencontrer seule nvccM. de Biévaunes. te dernier, selon les prévisions d’iris, avait imité ne dame de liatisfcld, afin de ne pas donner nue apparence de préméditation à la vengeance qu’il calculait avec un atroce sang-froid.
Berthe était pourtant agitée de sinistres pressentiments, l’cmlaul toute la route de i'aris à Brévanncs, sou mari avait été tour à tour d'une gaieté forcée cl d'une si obséquieuse prévenance, que ta déliante de Dcrlhe s ciait vaguement éveillée.
Uu moment clic avait songé 4 prier son mari de la laisser 4 Paris ; mais, après l'engagement formel pris avec le prince et la princesse de llaiwf ld. elle abandonna cette idée.
Eu arrivant à ftrév.umcs, elle s’oci upa des soins de la réception de Ses hôtes. Chose étrange! il ne lui vint pas un moment à la pensée que sou mari piU être épris de madame de Uansfcld : cette cnuvjrttnn l’ertt peut-être rassurée. Quoique la m inière dont cette partie de camp; en.- s'était engagée eût été assez, naturelle, un secret instinct disait a Berthe que ce voyage avait lin autre but que la chasc au marais.
La seule personne com| Ictemetii heureuse, ci heureu e sans enlnlc et saos orricre-peuséc, était Arnold. Un hasard inattendu venait si bien son amour naguère Inespéré, qu’il se laissait aller ati bonheur de passer quelques jours avec Berlin: «luus une inlluùt de chaque in-'ant.
Il i> observait tout cl épiait surtout les muiudres néniarche* d’Arnold et de madame de Brévajmcs. Malheureusement |mur la bohémienne, ces derniers, malgré tes soins incessants que M. de Brévannes avait mis à leur ménager des occasions de tête-à -tête, les avaient constamment évitées.
Il restait à Iris un dernier et immanquable moyen de forcer Berthe cl M. de ILinsièld à une entrevue sccrele et d’une apparence comprouiettnnie : d«*«. que la nuit approcherait, elle irait dire à Berthe que sou pore, horriblement inquiet de son départ précipité. s’était mis en route, et que, pour ne pas rem outrer M. de Brev aunes, il priait Berthe d aller l'attendre dans le cluilcl où, l’élé, celle-ci passait ordinairement ses journées. Üettc maisonnette, située au milieu d'un massif de bois, était proche de ta grille du parc ; rien de plus vrai einblahle que l'arrivée de Pierre Raimond; Berthe irait l*ul tendre au pavillon : au lieu du vieux graveur, elle verrait arriver Arnold: puis... prévenu par Iris, 11. deRrévannes surviendrait... Le reste se devine.
U troisième jour de sou arrivé: à B.évannrs, la bohémienne, lassée d’épier eu vain, cherchait Be.-tlic pour la rendit victime de la machination qu'elle avait méditée, loi qu’elle aperçut cdle-rl venant du côté du pavillon dont il est question, et un peu plus loin, derrière clic, M. de Uansfcld.
Iris sc glissa dans un fourré de bout et de bois énormes qui ombra-
geaient le parc en cet endroit et formaient une allée sinueuse qui, longeant les mur», allait de h grille au chalet.
Il est bon de dire que «vile fi brique, située à l'angle des mur* Uu parc, sc composait de deux pièce» de roz-dc-ehausaée.
Il était quatre heures environ, le jour tret-bas, le ciel nlu vieux et menaçant. Au moment où Iris se cacha dan* les buis, Arnold rejoignait Berthe. .
Celle-ci tressaillit 4 lu vue du prince et lit quelques pas pour retourner au château; mais Arnold, la prenant par la main d'un air suppliant, lui dit :
— Enfin... je nuis avoir un moment d'entretien avec vous... depuis deux jours! On dirait, en vérité, qu« vous me fuyez... moi. si heureux de ce voyage improvisé... Tenez, l'cilhc, j'ai peine à croire 4 mou bonheur...
— Je vous eu supplie... Uissoz-niol... Je vous évite parce que j'ai peur...
— Peur... et de quoi, mon IHeu ?...
— Tenez, monsieur de UamJcld... vous m'aimez, n 'est-ce pas? s’écria tout à coup Berthe.
— Si je vous aime !
— Mi bieu !... ne me refusez pas la seule grâce que je vous aie demandée . -
— Que voulez-vous dire?...
— Parlez...
— Partir... à peiue arrivé... lorsque...
— Je vous dis que si vous m'aimez vous prendrez, bon ou mauvais, le premier prétexte venu... et vous quitterez celte maison.
— Mais je ne vous comprends pas. Pourquoi... lorsque votre mari?...
— Ab ! ici... 00 prononcez pas son nom...
— Rassurez-vous... Je partage vos scrupules... Je suis ici clic* lui... Je ne vous partirai pas d amour; je ne vous dirai rien qui; votre père ue pùl entendre s’il était là. Ce que je vou» demande, Berthe, ce ? ont quelque v-tiuc* du ccs bonnes cl tendres paroles que vous aéreriez à votre livre Arnold dans ce» longues causeries que nous faisions m tiers avec votre père.
— Silence... quelqu'un a marche dans le taillis, dit Berthe avec inquiétude.
— Que vous iles enfuit ! C'est le veut qui agite les arbres. Tenez ! voilà le givre et la pluie qui tombent, et vous Sortez sans voire manteau africain; c'est un double luit; ce burnous à capuchon vous rend si jolie...
— Je l'ai laissé dans le vestibule, mais je vous en prie, rentrons au château. ,.
— Il e4 trop loio, la pluie tombe, pourquoi ne pas aller dans le chalet, lâ-has, attendre que celte averse soit passée?
— Non, non...
— Oubliez-vous votre promesse de me faire visiter ce pavillon, votre retraite chérie? Oh ! je u abandonne pas cette boum: occasion .le vous forcer a remplir votre promesse. Tenez, la pluie augnKtiîc ; vçoex... de grâce ? Mais qu’avez-vous doue, vous nu* repondez à peine. Vous trcin blez, c'est de froid, sa us doute... imprudente !...
— Je ne puis vous dire ce que j'éprouve, mais je ressens une terreur vague, involontaire. Je vous en supplie, malgré la pluie, retournons au duleau.
Mais c’est un enfantillage auquel je ne consentirai pas. Vous tous trouvez un peu soulfrantc, il ne faut donc pas vous exposer davantage. Celle pluie est glacée, lu chalet est à vingt pas.
— Eh bien! promettez-moi de partir demain.
— Encore?
— Oui... Ne me demandez pas pourquoi ; j’ai peur pour vous, pour moi; je ne serai tranquille que lorsque vous serez éloigné d'ici. Je no tn'exj liqee pas ces craintes, mais je les éprouve cruellement.
— Mais colin, admettez que votre mari soit jaloux, qu’avez- vous à redouter? quel mal faisoQHUuUS ? Il est d'ailleurs plein d'attentions pour vous* li ne soupçonne rien.
— Ce sont jii'ti-rneiit ses bontés, si nouvelles pour moi, et sa douceur hypocrite qui m'épouvantent. Lui. autrefois m brusque... El un jour... Bêrlhe tressaillit et s’écria en s’interrompant et en mettant une main iremliLnlc sur lu bras d'Arnold * — Encore !ll je von* assure qu'on m;>! i !i • dans ce taillis On lions suit.
Arnold prêta l’oreille, entendit en effet quelques br nches crier dans l’épais fourré de buis et de houx : malgré la dilliculté de pénétrer iLms ce massif inextricable, Arnold allait s* jr enfoncer, lorsque lu bruit augmenta. le feuillage frémit, et 4 quelques pas un chevreuil bondit et sauta sur la route.
Arnold ne put retenir un éclat de rire, et dit à Berthe :
— Voyez-vous votre espion?
La jeune femme, un peu rassurée, reprit le bras d’Arnold ; te n'étaient plus qu'à quelques p.i« du chalet.
— Eli b en 1 pauvre peur» use. dit Arnold.
— Je vous en supplie, ne plaisantez pas. je crois aux pressentiments.
Dieu noos les envoie.
— Mais comment, parce que votre mari semble revenir envers tous 4 de meilleurs sentiments vous vous e (Trayez ? Admettez même qu'U feigne celle bienveillance hypocrite pour vous tendre un piège, qu'avez-