CHAPITRE IV
La élusse au marais.
M. de ilansfeld était à la fois surpris, émn. troublé.
Il veuait de voir S-cithe dcftcuiulrc de voiture avec. M. «le Brévannrs, Berthe à qui il avait cru dire à tout jamais adieu lors de sa demi, ne entrevue avec elle chez Pierre Raimond.
Ayant toujours ignoré que Paula connaissait M. de Ihévanncs, Arnold ne pouvait concevoir pourquoi celui-ci conduisait sa femme à l'hôtel Lambert, et comment madame de liansfel.t s'etait liée avec Ret.h*, dont elle le savait épris. Paula, pour échapper an vovage «P Allemagne dont mjji mari la ntcuaçalt, ut: ravail-ell-: pas menacé à sou tour du révéler les entrevues qu’il avait avec Dcilbe chez le graveur, de les révéler, disons-nous, à M. «le Brévannes ?
Quel et lit doue le but de Paula en recevant Berthe à l'hùlcl Lambert? Etait-ce affectation, indifférence?
Arnold sc [-aidait en conjectures; cil songeant qu’il aRait revoir Pur- Ihe. l'étounemcnt, le bonheur, la eraiule l'agitaient malgré: lui. I! «lit à Paula, d'une voix légèrement émue »
— Il me semble qne je viens de voir entrer une visite pour vous?
— Oui, répoudil madame de HaiHWd avec embarras. Une femme de mes amie* m’a présenté dans le monde madame «le Rrév.iimes, qne l'on «iii charmante et que vous trouvez telle, njoula-t-HIe en riant qob air forcé. MinImim* du l' ré va unes m’a d«*mandé quand je restais ehez moi. je lui ai «lit aujourd hui cl je I avais oublié. On l’a fait uu moment attendri: avec son uwri. v e vous ayant nas vu, il ui'a été impossible de vous prévenir de . ette visite .. qui , je ie crois , ue pouvait d'ailleurs valus êtes désagréable.
— Ma marraiue me pcrmetlra-t-cllu de lui f lire observer que voilà déjà bien longtemps que Ici. personne» atti ndeut ? dit Iris avec une sorte de familiarité respectueuse à laquolle on était habitué.
I Ile a raison, dit M. de Uansfcld, imprudtumncut entraîné par le désir du revoir Berthe . il sonua.
Cil laquais |varut.
— Faite» entrer, dit le prince.
Le laquais sortit.
Iris et Paula échangèrent im regard.
Pour l'intelligence «lu la scène suivante, nous dirons que quelques lieues «tu livre noir, toujours écrites au nom de Paula et communiquées le malin même par Irisa 51. de Brèv aimes, apprenaient à cclui-n que I objet du l'amour de Hurlhe était le prince «le H.msfclii, et que trèssouvent elle avait eu dus entrevues avec lui, sousim nom $up|K>»é, chez Pierre Raimond.
Quelques nuits expressifs Indiquaient lu parti terrible que M. de Rrévaiiucs pouvait tirer «lu cet amour, dont la punit iou, s'il «luvciiait conpabic et flagrant, pouvait assurer Li liberté de M. de Rrévanues et de Pauh.
Après cette découverte, M. «le Brévannes redoubla d'hypocrisie afin d’augmenter encore 1 1 sécurité de m fimiM, qu'il se promit néanmoins d’ob-erver altentiveuieut, uimmull n<‘ doutât pas quelle aini.il le prince.
Le premier relus de Hurtlic «le se rendre à l'hôtel l-amherl, son émotion croissante en approLhaul de» lieux où elle allait revoir Arnold, éi. lient «les preuves convaincantes de cet amour. M. de Brévannes s’é- L.iul ci', -.il leurs iiiforiué aupru* «lu portier du Pierre Raimond des visites que n- cv il le graveur, >1. de llatisfutil lui avait été si exactement dépeint, qn il n’stlti’iiihiil que l'occasion de voir leprim:^ pour s'assurer de son idutili'é avec le visiteur assidu du l ierre Raimond.
Paul', assise au; lès de In r humiué-*. avait à cbté d'elle une petite table sur laquelle était placée la fatale épingle qui, remise à Iris, devait l’uinpéehcr de dévoiler à M. du Prévînmes la fourberie dont U était dupe, «l lu laisser dans la créauee qn'cn sc débarrassant de sa femme et du prince il pourrait épouser Paula.
la bohémienne , occit|iée d'uu travail de tapisserie, était demi-eaehéu par le» rideaux de la fenêtre Auprès de bquelle «die sc tenait ; mais clic pouvait néanmoins ne pas quitter su maîtresse du regard.
I l il faut le dire, ce regard semblait quelquefois exercer sur Paula une sort de fascination.
Enfin M. de Hansfeld, debout devant la cheminée, dissimulait à peine sou émotion.
La porte s’ouvre, un valet du chambre annonce";
— M. et m. clame de Prévalûtes.
Peut-être Irouvcra-l-ou un contraste assez dramatique entre In couvers.<tion futile, oiseuse, désintéressée de • quatre acteurs de celle scène, cl 1< s anxiétés, les passions diverses et profondes qui lus agitaient.
Madame du Ilansfeld se leva, fît qmlques pas au devant au Hurtlie, et lui dit avec grâce :
— Vous êtes, madame, mille foi» aimable d’avoir bien voulu vous rappeler que je restais r iiez moi aujourd'hui.
— Madame... vous... ét«*» bien bonne, balbutia Berthe, en baissant les yeux de pt ur de rencontrer ceux d’Arnold.
lit malheureuse leinme se senfaii cl>T.iiUir.
La princesse ajouta :
— Vouhz-vous inc pcrmelire, madame, de vous préseuter monsieur de Ilansfeld, qui n’a pas eu, jusqu’à présent, l'honneur de vous rencontrer?
Arnold s’avança, salua profondément et dit à Berthe :
— Je regrette toujours do ne pa» accompagner mzd une de llansfi M «lins le monde aussi souvent que je le désirerais; m i$ après la Iioiuie b lune qu elle vous a duu, madame, je le regrette doublement; pourtant ju un* console, puisque je suis assez heureux pour pouvoir vous pi é-unter m. s... hommages.
V 'oubut venir au secours de Berthe, qui de plus eu plus troublée ne trouvait pas un mol à répondre à Arnold, madame du Uansfuld dit à celui-ci en lui présentant M. de Rtévannc* «l'un geste :
— Mon- ic tir de Brévannes...
Ce «leruicr salua.
Lu prince lui rendit ce salut et lui dit avec affabilité:
— .le serai totiinurs enchanté, monsieur, «le vous rencontrer chez mal me du. Uansfvld, cl j’espcic qu<- j'aurai lu plaL.ii du vou» y voir souvent.
— Au: s; souvent, monsieur, qu’il me sera possible de proliter d'une offri- si aimable sa us en abuser.
Après eus préliminaires indi-pen sable», îre quatre ncrsomiugi* s'na>lreul. Paula à si place, à droite de la chcmiuéc, berthe à gauche, M. de
PAIïLA MONTf.
— En elfet, dit Paula pour prendre part & la conversation, dans le faubourg Saiut-fiermain, ce quartier des beaux hôtels que nous avons habité pendant quelque temps, on ne trouve rien de comparable à ceUe demeure véritablement grandiose.
— On ne peut plus bâtir des palais maintenant, dit M. de Brévannes, les fortunes sont beaucoup trop divisées... Vous avez beaucoup plus de bon sens que nous, messieurs les étrangers; en Angleterre, en Russie, en Allemagne aussi, je le suppose, le droit d'ainesse a sagement maintenu le principe de la grande propriété.
— Je suis sdr, monsieur, dit en souriant M. de llansfeld, que vous n’avez jamais en de frère on de sœur.
— (/est vrai, monsieur; mais qui vous donne cette certitude?
— Votre admiration pour l’excellence du droit d'ainesse.
M. de Brévannes ne comprit pas ce qu’il y avait d’aimable dans les paroles du prince, et il répondit :
— Vous croyez, monsieur, que si je n'étais pas fils unique j'aurais eu d'autres manières de voir à ce sujet?
— Je crois, monsieur, que votre manière d'aimer vos frères et vos sœurs aurait complètement changé votre manière de voir à ce sujet. Mais, pardonnez-nous, madame, dit le prince en s'adressant à Berthe, de parler pour ainsi dire politique; ainsi, sans transition aucune, je vous demanderai ce que vous pensez de la nouvelle comédie... donnée au TbéAtre-Frnnçais. Madame «le llansfeld cl moi, nous av«>ns eu le plaisir de vous y voir, je n'ose dire de vous y remarquer.
• Le rendez-vou*. — M« 44.
M . de Brévannes, qui avait toujours entendu parler du prince de Hansfcld comme d'une sorte d'original, farouche, bizarre, a demi insensé, et qui s'était demandé eoinnu-nl sa femme avait pu s'éprendre d’uu tel homme, M. de Brévannes re>ta stupéfait de la distinction et de la gracieuse urbanité du prince, dont la figure juvénile et douce était des plus charmantes.
Alors il comprit parfaitement l'amcur d<! (lcrtlic, et sa rage s'en augmenta contre elle et contre M. «le llansfeld. Au»si, jetait-il quelquefois sur celui-ci à b dérobée des regards de tigre; puis il cherchait les yeux «le Paula avec un air dintclligcuee tour à tour sombre cl passionne qui prouva à madame de llansfeld qu’l ris oc l’avait pas trompée au sujet du livre noir.
Un silence assez embarrassant avait succédé aux premières banalités de b ccm versa lion.
Le prince le rompit en disant à Berthe :
— Vous avez dé, madame, avoir bien de h peine à trouver cette demeure isolée au milieu de ce quartier désert ?
— Non , monsieur, répondit Berlin- en rougissant jusqu'aux yeux ; mon père... habile très-près d'ici.
Celle réponse, que b jeune femme avait, pour ainsi dire, bile involontairement, redoubla sa confusion en lui ranpid.iul les premiers temps de son amour «tour Arnold. Celui-ci se hâta a ajouter :
— C'est différent, madame; mais venir à l'iUr Saint-Louis, c'est toujours une espèce de voyage pour les véritables Parisiens.
— Du moins, dit M. de Brévannes, on est bien dédommagé de ce voyage... comme vous dites, momi'ur, eu pouvant admirer cet hôtel .. un vé'il ilde pakiib!...
L'épingle. — nez 59.
— Cela ne pouvait guère être autrement, dit Berthe en reprenant mi peu d’assurance, t'étais à côté de madame Girard, qui avait une coiffure si singulière qu'elle attirait tous les regards.
— Je vous assure, madame, reprit l’aub, qu'en jetant les yeux dans votre loge nous n’avons vu le singulier bonnet... le sobieska de madame Cirard, que par hasard.
i — Celte comédie m’a paru charmante et remplie d'intérêt, dit Berilic, et, sans connaître l’auteur, M. do Gercourt, j’ai été enchantée de * son snccès... 0 avait tant d’envieux '
Brévannes à côté do madame de llansfeld, et Arnold auprès de b fille du graveur.
Le prince, sentant b nécessité de vaincre son émotion, faisait les honneurs de chez loi avec b plus parlaitc diguîlé.
Berthe, de son côté, se rassurait peu à peu ; Paula tâchait de ne pas céder aux terribles préoccupations que devait lui causer son dernier entretien avec Iris.
pai'la Morrri.
— L auteur, M. do fiercourl, est tout à fait un homme du monde?...
demauda madame de Uansfdd. •
— Oui, madame, reprit M. de Brévannes, il a été l’un des cinq ou six hommes des plus à la mode de Paris; on le classait même immédiatement après le beau Morville, cet astre qui a longtemps brillé d un éclat sans égal ; entre nous, je oc sais pas trop pourquoi: c'était un engouement rklicnle, rien de plus, car Gercourt et beaucoup d'autres ont mille fois plus d'agréments que ce prétcuticux M. de Morville.
Paula tressaillit eu enteudaut prononcer un nom si cher à son cœur.
Le regard de la princesse rencontra le regard d'iris... ce regard lui |>esa sur le cœur comme du plomb.
Ignorant complètement l'amour de Paula pour M. de Morville, et croyant d’un bon effet, aux yeux de madame de llansreld, de faire montre de dédain à l'endroit d un des hommes les plus recherchés de Paris ; cédant d’ailleurs à un sentiment d'envie et à une habitude de dénigrcineut au'il avait depuis longtemps prise à l'égard de M de Morville, qu'il détestait, sans autre motif qu'une basse jalousie, M. de Brévannes continua :
Le chevreuil. — mge 59.
— Ce M. de Morville a une jolie ligure si i on veut ; niais il a l'air si stupidement satisfait de lui-même, qu'il en fait mal au cœur. On parle de ses succès ; après tout, il u'a jamais réussi qu’aupres de ces femmes ladies auxquelles on peut prétendre, pourvu qu'on soit du moude dont elles sont... On a fait beaucoup de bruit de sa liaison avec cette Anglaise : U en était fort épris, soit ; mais elle se moquait de lui, comme fera toute femme de bon goût ; car ne trouvez-vous pas, madame, qu’on peut toujours à peu près juger de la valeur d'une femme par la valeur de l'homme qu’elle distingue?
— C'est généralement vrai, monsieur, dit Paula en se contenant.
— Eh bien ! madame, vous venez d'apprécier les sols et ridicules en- : thousiasles de ce sol et ridicule Morvilic.
Rien de plus vulgaire que ce dicton : Les petites causes produisent , souvent de grands effets. Mais aussi rien de plus vrai que celte vulgarité.
En voici une nouvelle preuve ;
M. de ilansfeld ne connaissait pas M. de Morville, il lui était donc indifférent d'en enieodre parler en mal ou en bien ; mais cédant, malgré lui sans doute, à un vague désir de se mettre bien avec M de Brévandcs, il crut lui être agréable en partageant son avis au sujet de M. de Morvillt*
Enfin, la pauvre Rcrthc elle-même, autant par envie de complaire à son mari que par suite de cette déléreucc, de cet acquiescement iu-
Ou entendit le bru.? tec a&« doux batterie* de ion fu*il qu'il trrui.— race 60.
volontaire qu'une lemme accorde toujours au jugement de celui quelle aime, la pauvre Berthc, disons-nous, fut, pour ainsi dire, le naïf et timide écho du prince dans la conversation suivante.
Le meurtre. — mge 61 .
Cette couver. -a lion fut te cause; nous dirons tout à l'heure l'effet
PAULA MONTÏ.
M. de llansfeld reprit donc :
— Je ne coupais pas M. de Morville, Je l'ai aperça dm on trois fois -, il m'a paru bran, mais d'une a Ifcc talion presque ridicule, et j'ai entendu dire que l'on exagérait beaucoup sihi mérite...
— i/est auiH ce que J ai entendu dire... ajouta la malheureuse l’ rllie; il a, ce me semble, une figure très- régulière... mais peut-être un {m-u in 'imitante.
i'aula ne dit pas un mot ; elle prit sur U petite table l'épingle fatale et se mit A jouer avec ce bijou.
Fris ne quittait pa- sa maîtresse du regard.
File tressaillit d'une sombre joie nu mouvement de sa maîtresse.
On le voit, la petite cause commençait à produire Son eiïet.
— Je suis enchanté de voir une personne de g >Al comme vous, monsieur, dit M. de Brévauucsau prince, reudre mon jugement décisif en l'approuvant .
Arnold, pour achever de Be mettre tout A fait dans les bonnes grâces du mari de Bertlie, hasarda un léger metiBOtifcC cl reprit :
— Je me souviens même d'avoir un jour écouté sa conversation, et je lai trouvée au-dessous du médiocre...
— Il est vrai que M. de Morv ille ne passe pas, dit-on, pour avoir infiniment d’esprit ... ajouta le dons et tendre écho en balisant ses grands yeux bleus, cl en rougissant à la fois et de mentir cl do faire nue sorte de Imseasc pour être agréable à M. de B ré vannes.
La petite cause continuait de produire sou oflcl.
Tenant dans sa maiu droite l'épingle constellée, madame de Hansfcld battait pour ainsi dire sur sa main gauche la mesure du i rcsecndo Je Colère qui l'agitait, et qui enveloppait Bcrthe, M. de Brcvanucs et le prince.
Dansée moment elle rencontra les yeux dit is, et, au lieu de détourner son regard de celui du la bohémienne, elle la rc&jida un moment d’un air tellement significatif, qu'ltis cnil qu'elle allait lui donner l'épingle.
IM. de Iliévunncs repi il, eu s'adressant à madame de Haml'eM :
— Mais vous-même, madame, que peuseï-vous du M. de Morville? N'avommoi» pas raison de lions révolter un peu contre l'admiration moutonnière qui fait une idole d’un Immino nul.
— Certainement, monsieur, dit l’uiita, il est nès-liii n de tic pas accepter des renommées par cela sculi meut qu'elles sont des renommées...
— C'est qu'aussi jamais renommée ne fut mollis méritée; il j - m* suis p s le seul, je vous le jure, qui proteste contre elle .. beaucoup de personnes pensent comme moi; <'i ce qui iudispose conliercM.de Morville, c'est qu'il prétend à tous les succès. A l'entendre, il monte à cheval mieux que personne, il fait des armes mieux que personne, il tire A ta chasse mieux que personne...
— Est-ce que M. de Morville est grand chasseur? dit Arnold.
— Il en a un moins la prétention, car il les a toutes : mais je suis sûr qu'il justifie aussi peu celle-là que les autres, et qu'il chasse par tou et non par plaisir.
— Il u tort, dit Arnold, car c'csl un des plus vils plaisirs que je connaisse...
— Vous êtes chasseur, monsieur? dit M. de B ré vannes...
— Nous avons d>- si belles chasses en Allemagne, qu’il est impo-ible de ue pas avoir ce goût. Il est une chasse que j aima s beaucoup, et qui n’esl peut-être pas tn — cou aie eu Fiaiu "...
— Quille chasse, monsieur?... Je puis v ous renseigner, car j'ai aimé, j’aime en> or* passionnément la chasse...
— I.a cfeiM au m irais. Nous avons en Allemagne d'admirables passages d’oi-caux aquatiques.
— Nous aimez la dusse au marais!... s'écria M. de Brévanncs après un moment de rêlletlon, cl comme éclairé par une idée subito.
— A lu folie... monsieur... mais avez-vous en France beaucoup de ces chasses (
— Nous ru avons, et je puis même dire que j'cn ai une chez moi, en Lorraine, des plus belles de la province...
— Certainement, dit naïvement Berilie, ce matin même encore le. régisseur de M. de Brévanncs lui a annoncé qu'il y avait en ce moment mi passage extraordinaire de... je ne me rappelle pus le nom duces oiseaux, dit Bertlie en souriant.
— Un passage de halbran* : ils «ont venus s'abattre sur nos étangs par nuées... et, tenez, monsieur, dit M. de Rrévannei avec une expression du franche cordialité, si je ne craignais de passer pour un vrai p..y».m du O.mube... pour un homme par trop sans façon...
Le prince regardait M. de Ihévanbes avec surprise.
— Ko vérité, monsieur, lui dit-il, ic ne comprends pas...
— Eh bien, ma foi, arrière la honte, entre chasseurs la franchise avant tout. Le passage des ti.dhr.iu» est magnifique relie année, il dure toujours au moins une huitaine. J ai quatre cents arpents d'étangs; ma maison est confort ablimcnt arrangée pour l’hiver..* Pormcttez-moi de vous offrir d'y venir tirer quelques coups de fusil: en trente-six bernes nous serons cher moi... Kl si, par un hasard inespéré, madame de Hansfcld n’avait pas trop d’aversion pour la campagne pendant quelques jours d'hiver, madame de Brévanncs là • lierait de lui en rendre le séjour le moins désagréable possible. Vous le voyez, monsieur, lo: que je me mets & être Indiscret, je ne le suis pas A demi...
À celle proposition si brusque, si Inattendue, si en delnrs des habitudes et des usages reçus, cl qui, acceptée par M. de llsinsfold, pouvait avoir île 6i tcrriïdi's résultats, la princesse tressaillit.
Bcrthe rougit et trissonna.
Iris bondit sur sa chaise. M. de llansfdd put à peine dissimuler sa joie; pourtant, avant d'accepter, il lâcha, mais en vain, do rencontrer le regard de Bcrthe. La jeune femme n'osait lever les yeux.
Arnold interpréta cette expression négative en sa faveur, et répondit :
— Ko v.'rké, monsieur, celte offre est si aimable et faite avec tant de bonne grâce... que je craindrais du vous hisser voir tout le plaisir quelle me fait, si, comme von» le dites, entre chaleurs on ne devait pas, avant tout, accepter franchement ce qu'on vous nf re franchement.
— Vous acceptez doue, monsieur ? «'écria M. de Bcévamwe. Puis, s’adressant à I’aula : — Pu'S-je c-pérer, madame, que l’exemple de M. de ilansf Id vous cucourag. ra, si snuvuge que soit mon invitation, si insolite que soit en plein hiver, je n’ose dire... une telle partit: de plaisir 7 Jo suis sûr que madame de lire vanne-, ferait de son mieux pour vous faire trouver moins longs ces quelques jouis de solitude au milieu de nos bois.
— Croyez, madame, Mil Bertlie d’une voix altérée, que je serais bien heureuse vous daigniez nous accorder celte faveur.
— Nous êtes mille fois aimable, madame mats je crains de vous causer un tel dérangement... dit Puula dans une inexprimable angoisse. Flic sentait que de son consentement allait dépendre son avenir, celui de N1.de Morville, celui de Bertlie et d'Arnold : car, ainsi que l’avait prévu Iris, sau» s'attendre p. urlaut A cet incident si peu prévu, elle ventait que les événement* allaient *c précipiter d'une manière effrayante.
— So)oz généreuse, mudanic, dit M. de B: é vomies: nous lAchi ions du vous dUtr.ihc... non» orgau- rous pour vous du véritables cIi.ism*s île demoiselle- ; j’ai des fnrci - excellents... Si vous ue connais -ez pas le divertis émeut du fun lage. cela vous amusera, je le crois... Le temps e-t assez d ux rot hiver, je puis vuiis proue lire une pêche aux (lambeaux. Eiillii, J’ai iiik réserve Lien peu; léc de d »iin& et de chevreuils ; vous en verrez prendre quelque nus dans les toiles. Je me halo de vous d ;o que ci lle cha se n a rien de ba.hare, car les victimes rottciu vivantes. Je sais, ni daiii", quu un wml là de rustiques çt simples amusement* ; mais le contraste même qu il- offrent av< c la ville de Paris pi ridant l'hiver peut leur donner quelque pîquanl...du même qu'a pris, les avoir goûtés vous trou votez pcut-êt.u plus de saveur aux brillants plu sirs du monde.
— Croyez, monsieur, répondit Pailla, dans une anxiété do plus eu plus profonde, que cette partie du plaisir improvisée inc serait extrêmement agréable par la seule pré cure de madame de Bié vannes; mai' je crains vraiment quelle uo conseille à ce voyage impromptu que pur considération pour moi.
— tin! non, itiadaine. j’y trouverai, je vous assure, le plus grand charme... !<• plu g and plaisir...
Encore un effet important cause par une |>cti(e cause.
Ce» paroles turent prononcée*» par BerUm avec une si naïve expression du bonheur et do joie... le regard qu elle échangea en ce moment avec Arnold ( regard rapidement intercepte par l’jul.i ) trahissait une pu -Mon si rroiondu, si inefi b 'e, si radieuse, que tous les serpents de ‘'envie et «le la rage mordirent madame de Hansfcld au cœur.
I’aula au»i aituail avec p.-.ssion, avec enivrement... et cet amour nu devait jamais éite heureux, la vue d’un bonheur qui lui était luleidit redoubla sa mj.-re; elle se souvint de la malveillance presque meprisantç avec laquelle M. de Rrévaimes, M. de Ihmstckl et Durllie avaient parlé de M. de .Morville; elle b enveloppa tous trois dam le même sentiment du liaiue; dans ce moment d'exaspération» d'autant p'-us violente qu'elle était plus contrainte, elle accepta l'offre de M. de Ürévanues, et dit à Bcrlhe d'une voix dont elle sut parfaitement dissimuler I émotion :
— Eh bien, madame, au rinjuc defre véritablement fâcheuse cil mu rendant A votre aimable insistance... j'accepte.
— 01» ! que vous êtes bonne, madame ! s‘é ria Boi tlic.
— Et quand parlons-nous, monsi nr de brévaiiues? dit le priucesaus pouvoir dissimuler sa joie, je me fais une (été de cette chaise.
— Je s rai aux ordres de madame de llansfdd, dit M. de Urév.uuw» ; scii. ua ->t je lui ferai observer que le séjour des ofrraux de passage est ord.u m -ni assez court, et que iiuua devrions uous reudre chez moi le pli > lût pos'ibl. .
— Qu'eu pensez -vous, madame? dit M. de HaosJuld à sa femme.
— Mai- si demain .. convient à madame de Brévanncs.
— A merveille, dit M. de Bré vannes. Moi et ma Icuime uoua partirons ce soir pour vous pi écéder de quelques Iteui es, et avoir au moins lu tlaisir du vous ait* mire*
A ce moment, Iris se leva.
Ce mouvement rajqv 1 1 à madame de llansfeld toute la terrible ié dite
de sa position.
Un nuage lui pa- a devant le* yeux, »x respiration se suspendit uu moment *< 10 » la violence des battement» de son cœur: elle trhaMmn comme si mie main du plu c eût paw,* dans ses chevoux.
Le moment fatal était arrivé.
Il s'agissait pour file de faire le premier pas dan j la voie du . ; ii: e.
Si elle laissait sortir Iris sans lui douner I épingle, Iris allait tuvtî icvé^
PAtTLA MONTI.
1er 4 M. de Brévannes. et Paula renonçait 4 l'espoir, alors si prochain, ni \ robablc, d ‘épouser M. de Mm ville, en profitant d'Bti dmilde tueur Ire dont elle serait toujours complètement intiot ente aux yeux ihi momie.
Iris rangea assez bruyamment quelques objets sur sa table, pour donner mi av crtis.i incnl à sa maîtresse.
huila hésitait encore.
Iris fit un jus vers, la porte.
t*ue lutte terrible s’en jugea dans l'âme de madame de Hans tld entre iou bon ut son mauvais ange.
Iris lit encore un pas, atteignit la porte, leva lentement la main pour la miser sur le boulon de lu serrure.
Le pêne > ri a.
Le mauvais ange de l'aul.i eut le de -sus dans la lutte: madame de llansfi ld dit d une voix si bas*e, si bisse : — • Iris!... qu’j Mbit toute l'attention que prêtait la bohémienne 4 colle scène pour que ce nul parvint jusqu’il elle.
Iris fut en deux pas auprès de sa maîtresse.
— Tenez... aile*, je \ous eu prie, serrer cette épingle., dit Pailla d’une vok déraillante.
Kl elle remit l'épingle à la bohémienne.
Iris, eu tou haut la main de sa ma itressc pour prendre ce bijou, la sentit humide et glacée.