‹ Œuvres illustrees d'Eugene Sue Paula Monti ou L'hotel LambertChapitre 40 sur 41 · LK PARISIEN EN MER · texte numérisé non relu

LK PARISIEN EN MER

Jean Guichard lui dit : — Allons, M.ilbieu, iX)rrig«:-toi, ombra -.MMOoi, devicn» bon sujet, et lu non* reverras. — Jamais. répondit Mal .ieu eu s»- de rôle* ni à ou dernier embrassement de sou père, et su mettant à siffler : / '< n aur u pat ma ruse , eu marchant sur h';, Liions du capitaine. — Mai» s’il nalliit plu» revenir, pema le serrurier : baUI reprit-il* pince u égaré revient toujours au colombier. .Néanmoins, J eau Guichard Cul lougiciups bien triste.

La Charnu nU-Louite, hrlrk de oonl quntnvvmçN tonneaux, chargé pour Feruamboiic, était piulie ilu Havre depuis cinq jouis, cmpoiL.nl l'unique huilier «h* la famille Guichard. Car Mathieu Guichard avait été dûment embarqué mous»c à b rd. |

Cet étic, type et prototype de la jiopulaee pari i nnc, qu'on a dite, je ; ue sais pounpioi, si Imduudt et fi étonnée, ne s'étonna do rien, parce ’ qu’il trouvait des analogies à tout. Quand uii matelot lui montra le prend 1 mât du brirk en disant : — Ce-l pas lui, Parisien, qui le cuinderas làliant, .Matliieu répondit d'un air méprisant : — Connu ! j ai vingt fois griaq ê à un unit de cocagne tout frotté de savon, cl c’est bien autre chose que de monter après loules ces cordes.

Comme oo paraissait meure son agilité en doute, le Parisien monte à la pointe du grand mal avec l'agilité d m» écureuil, vins passer par le trou au chat, et redescendit par l’étal du grand mât, aussi fier qu’un acrobate.

— QiMüt-ce que m’a donc chanté *ou anima! de père? se demanda le capitaine, en voyant l'adresse de Mathieu : mais il n’a pas déjà l'air si mauvais, monsieur son lils.

La brise était fraîche et la houle as ->z furie : les matelots s’attendaient à voir le Pari»ien r«"»/der >r« c cmi'rt; nottil : le Parisien n'eut pas ta plu» légère atteinte ai mal de mer : il grignota snn biretiit, déchira -on {neuf avec des dent» d'arir , but deux boiijorons de vin, parce qu'il en vola un a uu des matelot-, de son plat, cl fut sur l'avant fumer sa pipe.

— Mais le ruulis ne le fai» donc rien, sauvage? lui dit un marin... fort piqué, car il comptait non- seulement jouir ue la vue des contorsions du Parisien, mais encore boire son vin. pendant qu'il serait abattu par le mal de mer. — Connu !... répondit froidement M thieti entre deux bouffées de tabac. J ai trop souvi nt joué an fapc-cul aux Cluiups* Elysée* et à la balançoire rus e pour que ça tue fa- c quelque cho-e...

Et celte réponse fut accompagnée d énormes lonbillons de fumée, qui caebereul uii instant le Parisien à tous les yeux.

Quand la fumée Tut dissinée, la ligure «lu capitaine apparut souriante; il avait tout euteudu, et s’était «lit : — llé.ilniu nt, ce père « si mi vieux imlréeile, el on (ils vaut mieux que lui. Ulvd, &'a<Jre»anl a .Mathieu :

— It'aujourd’liui, mou garçon, tu lie seras pins mou-sc, mais novice.

— Comme vous voudrez, dit Mathieu avec indifférence.

Le lendemain , le capitaine, qui voyait tout, n’a perce vaut que les cinq mal» lots de quart sur le pont, descendit dans le faux-pont, suspendit sa marche en approchant de l'avant, car il entendit un grand hruil «le voix. C’était encore le Parisien.

— Ce gredin- là a pa»»é novice tout de suite, c’est injuste; il aura la cale... la cale... — Je l'aurai si vous voulez, dit le l'arisien avec d ’énouvantnhhs hlasphemes, mais je me vengerai je suis seul, mais c’est égal. Rapprochez pas... — Mais, gueux que tu es, dit un orateur, pourquoi fais-tu le genre «le ne pas avoir le mal de mer, et «le le planquer au haut d’un mil aussi vite que nous... hein ?... c’est un (il pour Haller k s chois.

— Oui, dirent les antres en chtrur, il le fait exprès. — Ecoutez, dit h» l'arisien, si l'un de vous, uii seul, vent avoir affaire à moi, prenons chacun une de ces choses de 1er pointues lil montrait dus épis-oir>), cl arrangeons-nous comme de jolis garçons. — Ça va, «lit l’orateur. — C'e»t décidément le père qui mériterait d’avoir la cale, pensa le capitaine . le lils est un e\< client sujet.

El le chef interposant son autorité, la discussion cessa , mais le s«iir le combat col lieu et fut à l’avantage du Parisien.i'élanl bien tiré de ce* épreuves réitérées, le Parisien ue fut idus désormais inquiété à bord, et jouit a de l’estime de ses chefs et de I amitié de ses camarades. »

Si le capitaine de Mathieu Guichard avait été doué de qurhpie faculté analytique, il «-ÛI certainement trouvé moyen de l'exercer en étudiant le caractère de son matelot ; mai» l'excellent capitaine u’aualyaail guère, n'analysait même pas du tout; il se contentait de battre Mathieu onde le combler de faveurs, selon que Mathieu avait bien ou mal mérité de

lui. Sans s'amuser à remonter dt*» effets aux cause*, après avoir apprécié Je résultat, il luisait le c»nq le. comme il disait, et trouvait pour total un coup de poing ou un verre de grog.

Or, depuis que Matliieu était embarqué sur la Chai mante- Louise, H eût clé iliflicile de savoir au juste si la bal. lice était en faveur du coup de poing ou du verre de giog ; i ar, en effet, ce diable d'homntc u’avait ni gague ni perdu ; car une amc plonger jeune dans l’air drs*éi liant do Paris s'y bronze et garde à jamais sou pli.

Aussi Mathieu avait-il apporté et conservé là celte paresse immin imite el celle activité nerveuse uistautauéc qui caractérisent sa race, « clic exaltation liévreu-t qui ferait franchir uu énorme fossé, tuais non celle force palkutu et continue «pii ferait gravir une montagne. S’agissatl- Il d'utic mameuvre pénible, par mi beau temps, oh! lePaii-icn était mou, fainéant, taciturne ; mais le veut »itàlait-il daus les voih'S, lu tonnerre grtmdail-il, ou edi dit «pie l'orage, réagi— ant sur cette organisation si irritable, eu reulupLil le» forces et l'énergie; alors le Parisien était au bout dehors de.» veigucs, aux cmpoiiilurc-, « ar ce n'était point là ni un poids a soulever* tu uu aviron à manier péniblement, il ify avait qu'un corda go à couper; a la vérité, il y allait de la vie, mais ce a'clait pas fatigant, cl 1«- Pari ieu était là câline, au»»i Impasrildc qu’un vieux matelot.

Le beau temps revenu, 1«‘ Parisien redevenait eu qii'U était, ce qu’il est, ce qu'il seru toujours, paresseux, iu.-olcnt, railleur, parce qu'il avait ce pitlim-quc cl vil esprit de nos rues ru-c, parce qu'il était faible, quoiqu'il eût pris un singulier ascendant sur l'équipage cl le capitaine lui-ni>mc par sa gouaille (qu’un me pai donne celle v ulguuté, mais celle exprès»' 'on peut rendre ce sarcasme populaire si bouffon, si mordant, si énergique). Atis-i avait-on mis le damné Parisien aux fers, dans le* haubans le rouer de coup», il n'en perdait pas un quolibet, ni une bouchée, ni une heure de snmuiciL

Le luLéraldu contrefaisait tout le monde : voulez-vous voir le capitaine voilà le capiiaiueavecsa voix rauqu , son œil à demi fermé, sou juron de piédil. i tiou ; prêtez au Parisien la houj>|H lande grise cl le chapeau cire «lu capitaine, et voit» aurez le poitrail frappa lit. Voulez-vous Voir le maître coq? voilà le maître coq; c'csl lui, c est sa jambe luise, Sun bégoyiHiicut stupide !

Et h-, cliuii’HU» a boire ! ci les romaines! cl les bribes de scèucsde comédie», «1 mé'oilinunj», «l’opéras-* om'Hiinv-, que le Parisien débitait à ravir eu imitant le Ion. lu geste el la voix «les acteurs ! Aussi les matelots cl le Capitaine liaient aux larmes, cl u’avaieul que ht force de dire : — S... Pari-leu, va, t'es bien nommé !!!

C’éiait à n'y pas tenir : on «rubliail la mameuvre : le timonier gouvernail tout de traveia : ou ne «1 . tuait pJu» à buid quaud le P.irisicu parlait le» hamac» devenaient déserts, et il falLdt voir les boum » et nuire* figures des matelots an roiipis en cercle, l'air alleulif, écoulant avec une imperturbable gravité le - « utiles et les uiemongc» do Parisien.

t.t pui» le Parisien eoutiuiiait à ne bétonner ue rien. Les inalclob l’a* valent adni/lu aux colonies; ils comptaient sur l’elfct «le» noirs, dos palmier», «les eoroticr-, de la «miiiic à sucre, que sais-je?... Point... L'éti rnel roimv» ? vint ren erser d aussi s. ges prévisions. Le Parisien avait vu di s nègre* à Itobinson, de* palmiers au Jardin-des-Piautes, acheté pour deux sous de canue à sucre sur le Pont- Neuf et creusé un coco pour faire une lasse à sa nul tresse. Que faire avec une organisation aussi encyclopédique ? se t aire cl admirer : c’est ce que faisait l’équipage.

Ce jour-là était un dimanche; la Char manie- Louise, qui se bornait ordinairement aux voyages des Antilles, après une assez bonne campagne, avait et - frétée pour Cadix : elle apportait des vins de Uordcaux, el «levait rapporter des vin» de Xérès, lar Parisien, blasé sur les «xilonics, le» négresse* et le* mulâtresses, ne fut pas faebé de changer on peu, comme il le dit lui-nn me ; cl à peine le brirk eut-il amarré, boni à quai, lire» la porte de Mer, que mon damné Mathieu, riche de treille franc s, fut à terre d uu seul bond, crânement « iiifTé d'un petit chapeau «le paille, à foiiuc cl à bords très- bas, et vêtu d'un pantalon blanc el d'une vos e bleu»; a boutons à ancre, le col de sa chemise, retenu par une c«dos».i’c

K aine d'Amérique, don d’anioor d'une «h* ces dames dnFori-Hoy.ilirOnique. Il est impossible de ne pas déclarer que h' Parisien était doué d'une pr- digieosc faculté physiologique. Son procédé était simple el le mettait a meme de résoudre toutes les diflicuJié*, sans exceptiou, de langues ou d'idiomes.

Voici quelh* était sa méthode ; avait-il à demander sa route à un Anglais, le Parisien, imitant au-si bien le ridicule patois que l'on prête aux insulaires, dan» tnuli s nos farces, disait bravement : c Je vodrai* savoir le chemin à moi. » .»'a«lr«*»ait-il à un Aile iiand, l'accent suivait nnc I gère modification ; à mi Italien, à un Américain, la même chose. Il «*st vrai «lu dire que cette nv ; thodc restait «pii hpicfnis iticomtdcle, que souvent même les étranger*, «pii l’eusecnl peut-être compris »al eût parié rhimitrnt français, devenaient sourd» à ce bavardage iiiinlelü-

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