‹ Œuvres illustrees d'Eugene Sue Plik et PlokChapitre 13 sur 28 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Je mrlraU avoir salant de Ben « que les belle» ouiU ont d'étoile*, pour les occuper tôt* de notre amour : je pense que c'est par U que Ica ange* «ont heureux culte toute* les créature*.

Cs. Koaua. — flot de Bohême.

Ob I que j'aime une nuit d'élé, une douce nuit d’Espagne, avec son ciel transparent et bleu comme le ciel des beaux jouis de France, et sa lune plus étiuccbute que leur soleil ! car alors (out est mystère cl silence, tout grandît dans l'obscurité; car alors le léger frémissement de l'aile diaprée d'un phalène, une fleur qui, délai liée de sa corolle, loml>e et bruit sur uue feuille sèche, le murmure des rameaux que l’air agile et balance, résonnent plus à votre oreille Inquiète et attentive que lu canon qui lonuc dans un jour de fête.

Voyez le couvent de Saula-Mugdaleua ! maintenant que le soleil ne le dore plus du ses rayons, comme il s'élève imposant avec scs noires et hautes murailles cl ses vastes portiques gris, découpés en festons ! comme ses tours pesantes, ses longues galeries désertes, encadrent bien b sombre verdure des vieux chênes! comme scs grandes ombres font ressortir la lumière blanche et vive qui éclaire le» murs, argente les loita de plomb et la brillante aiguille du clocher !

Je vous le dis, tout est silence: on distinguerait le vol d'un papillon de celui d'une abeille.

Tenez ! n'ciilendez-vous pas les violentes pulsations d'un cœur qui bondit et les élans d’une respiration saccadée? M'entendez-vous pas jusqu'au souple cl frai» gazon crier sous le léger fardeau qui le presse?

Glissez-vous derrière ce chèvrefeuille qui entoure ce beau palmier de ses guirlandes de pourpre... 'oyez... Vrai Dieu! c’est la Monja! c'est le Gilauo !

Uu pâle et bible rayon de b lune se jouait sur ce joli groupe. Lq B ohémien était assis au pied de b nonne, ses coudes sur les genoux de b jeune fille; il souriait avec amour à cette tête d'ange, et si* prêtait aux caprices enfantins de b Monja. qui tantôt voilait ce front large et élevé, tantôt le découvrait en écartant son épaisse chevelure.

— Ange de toute ma vie, dit enfin Rosila, je voudrais mourir ainsi dans tes bras, mes yeux fixés sur les tiens, mes mains dans les tiennes! — Mon pas moi, mon amour; c’est ainsi que je voudrais toujours vivre, répondit le Gilauo. — üh oui! toujours vivre aiosi ; car vivre, c'est être près de loi; vivre, c’est t'aimer... Aussi, ma prière de chaque soir est que b Vierge protège nos amours, caro mio! — EUc les protège aussi, cher auge! vois, tout nous sourit. — Pourtant te souvieul-il de cette tempête? Jésus! quelle frayeur, en le voyant escalader les murs à h lueur des éclairs pour regagner ta chaloupé ! la: ciel était en feu, sainte Vierge! et je vis plus lard, aux blessures de tes main», que tu avais été obligé do l'attacher aux niches aiguës, au risque d’être enlevé par les bines furieuses.

Et, encore tremblante du danger passé, elle l'enlaça fortement de ses deux bras, comme si elle eût voulu le soustraire à un péril imminent.

— Ton souviens- tu? dis... — Mou, mon ange, je ne me souviens que du baiser que tu me donuas en me disant adieu. — Te souviens-tu de b course de taureaux? du jour où je te vis dans b plaine qui s’étend dans le cloître? Oh ! comme mou cœur battait quand je compris à tes ges'cs que tu m’avais reconnue, et quand j'enteudi» la voix sons ma fenêtre! Et puis, dit-elle plus bas. quand, au moyen d’une flèche, (u me lanças une échelle de soie dans ce jardin?... Gomme ma main tremblait en l'attachant au pied de ce palmier ! — Ma main tremblait aussi, Rosila. — Te souviens-tu?... Mai» pourquoi parier du passé, ô mon amant! le présent e»t à nous; à nous le présent et son délire, et sa joie enivrante, et ses brûlantes caresses, et sa douce lassitude... Va... quand je serai seule, quand, dans une ardente insomnie, mou sein palpitera, mes yeux sc noieront de larmes, alors... il sera temps d'invoquer mes souvenirs.

Et sa tête sc pencha sur celle du Gitano, et leurs bouches se pressèrent.

— Oit ! viens, dit-il en b soulevant doucement, viens promener sous ces vieux orangers et respirer leur parfum... Tiens! vois-tu, Rom tu, je suis ton cavalier: cette sombre allée, c'est le Prado de Madrid; viens, mon amoureuse, enlace ton bras au mien, baisse la longue deulcltc de ta mantille sur tes yeux brillants, et viens voir ces beaux équipages, ces magnifiques livrées. Et puis, ce vieux clolirc noir et silencieux, c'est le théâtre. Viens au théâtre, tout resplendissant d'or, de cristaux et de lumière. Voici le roi, voir! b reine et leur cour étincelante de pierreries. on se lève, on salue. Toi, lu entres dans ta loge; la robe e*t blanche comme ton sein, une fleur pourpre comme tes lèvres est enlacée dans les cheveux... On se lève aussi, Rosila ; on sc lève aussi pour

PLIK. ET PLOK.

toi, comme pour la reine de tontes les Espagne», en disant : « Quelle est belle ! »

El il regardait b jeune üllc en souriant, et il épiait une pensée de vanité sur ce front pur et candide.

— Uh î j'aime mieux le vieux cloître et ton amour, reprit-elle ; et comme elle se rapprochait do lui, son pied heurta contre une pierre verdâtre: clic trébucha. — Qu’est -ce nue ceci, mou amour? dciuauda le Ginmo. — Une toitilic! dit b jeune fille en larrêtaul comme il albil fouler celle terre sacrée ; elle se sigua. — Eli quoi ! une tombe ici, dans le jardin de ce cloître; mais je croyais que les chrétiens nenterraicnl leurs morts que dans une terre bénie ; celle-ci l’est-elle donc ? — • Non , sainte Vierge ! car on dit bien bas, dans le cloître, que cette fosse est celle de Pépa, de Pépa, qui un jour osa fuir cette sainte retraite ; mais ou I atteignit sur b roule de Séville; sou amant fut tué en b défendant, et elle... — Eh bien! et eHe, chrr auge? — Oh! elle fut ramenée prisonnière dans le couveut, et mourut «le mille morts. Trois aus de supplice, mon amour, couchant sur un lit de pierres aiguës, sans sommeil, sans reno*, battue chaque jour, et vivant île b nourriture b plus misérable, ita ii* laquelle encore on jetait des animaux immondes pour la morlilier ici-bas, et lui faire expier son crime, disait b supérieure. — Ainsi, par le disque du soleil! s’écria le Bohémien, si l'on nous surprenait?.... Kl il regardait la jeune tille avec anxiété, car celte cruelle question lui était pour ainsi dire échappée malgré lui, et il scuiait tout ce qu’une pareille supposition devait avoir d'affreux pour Hic.

— Je mourrais comme Pépa, répondit l'enfant en souriant avec une

admirable expression d’amour et de résignation; comme elle, je mourrais pour mon amant. Oh! je le savais, j'y avais pensé. — Kb quoi! celte horrible destinée. — Est mille fois moius horrible qu’un jour passé sans le voir, sans te dire : Je t’adore... murmura-t-elle entre ses dents convulsivement serrees, et sc bissant glisser à scs pieds toute frémissante

— Tu le veux? adieu, dit-elle avec un profond soupir. — Oui, adieu, mon ange, il faut nous quitter. Vois, déjà b nuit est moins sombre, les étoiles pâlissent, et cette lueur rougeâtre annonce le retour de l'aurore. Encore adieu, ma Rosila. — Encore un baiser... un seul.... le dernier! Ame de ma vie.

El le soleil dorait déjà b cime des hautes tourelles du couvent que ce dernier baiser durait encore.

Enfin le Gitano s'arracha des deux bras qui l'étrciguaicnt amoureusement , regagna son échelle de soie, et b gravit avec son agileté habituelle.

La Monja, assise au pied du palmier, suivait unis ses mouvements d'un œfl inquiet cl charmé. — A ce soir, disait-elle, à ce soir, mou seigneur, mon amour.

Le Bohémien, arrivé au dernier échelon, s'étaut retourné une dernière fois pour sourire encore à llosita, s'apprêtait à enjamber le mur. lorsque l'échelle se replia tout à coup sur elle-même, glissa rapidement le long de la muraille, et le Gilano tomba aux pieds de b nonne, sanglant, mutilé, le crâne ouvert ! On venait sans doute de couper les amarres qui retenaient l'échelle en dehors .

— Je suis trahi ! s’écria le Bohémien, et ses yeux se tournèrent vers la nonne qui était à genoux, les mains jointes, pâle, immobile, le regard fixe, la respiration suspendue.

— Rosila, Rosila, tiebe de me traîner derrière ces orangers, avant que le jour paraisse, car je ne puis me soulever. Oh ' je souffre bien.

Le malheureux avait b cuisse brisée, les os trouaient 1a peau.

«— Rosila, mon amour, ma Rosila, aide-moi.... répéta-t-il d’une voix bible.

La nonne potiss.’ un éclat de rire violent et saccadé, ses yeux s'agrandirent d'une manière effrayante, mais elle ne Ivoupea pas.

— Enfin, f.i malheureuse dcvieol-dic folle? s'écria le Gitano; et il voulut prendre b main de b jeune fille, mais ce mouvement lui arracha un cri perçant.

So fracture était vive et saignante.

Tout à coup on entendit un bruit, d'abord sourd et confus, dans la direction de la porte du jardin.

— llosita, Rosila, c’est ion amant qui t’cnpric, sauve-toi, du moins, sauve-toi. disait le Bohémien d'iiu ton déchirant.

Elle restait immobile et agenouillée «levant lui

Le bruit devenant plus distinct et plus rapproché, il essaya de se traîner derrière un épais bouquet de chèvrefeuille , qui pouvait le cacher à tous les yeux.

Après des souffrances inouïes, il parvint à s'y blottir.

Tout à coup b porte du cloitre s ouvrit, et une foule de douaniers, de moines, de gens du peuple, envahit le jardin en poussant d’atroces rugissements.

— Mort au damné ! mort au maudit 1 cria-t-on de toutes parta.

Le Gitano se glissa comme un serpent derrière une touffe d’aloès. La fou!c arriva près du mur, auprès du palmier, et là, trouva la nonne, toujours agenouillée, toujours immobile, toujours les mains jointes.

Ces cris désordonnés b tirèrent du |taroxys<iic où elle était plongée ; eHe baissa les yeux, vit du sang fraîchement répandu, et sourit Mais ses lèvres s’étaient si convulsivement rétrécies que ce sourire était atroce.

La fouie frémit, se signa, et resta muette.

La nonne alors, faisait signe de b main à ceux qui l’entouraieul, se

mit à suivre à genoux la trace sanglante que le Gitano avait laissée sur

le sable.

Tous marchaient en silence et frappés d’horreur ; ils arrivèrent enfiu au buisson qui recébil le Bohémien.

Là, llosita s'arrêta un moment pour écarter les feuilles épaisses et ver- [Tissées de* aloes, sc fit jour à travers ccl épais taillis, se traîna auprès du maudit, poussa un cri terrible, et tomba à scs côtés. . morte.

— Le reuégal est là ; cernez cet endroit , et repoussez le peuple. — Rends toi, chien, car vingt carabines sont braquées sur toi. En joue, vous autres ! s’écria le commandant des gardes-cibles.

Les batteries craquèrent.

— Pauvre enfant, lu ne souffriras pas leurs tortures, au moins, dit le Gilano en regardant la Monja, et une larme que les plus affreuses douleurs n’avaient pu lui arracher tomba sur sa joue brAfanle. — Reods-toi, renégat! ou je fais fco, répéta le commandant. — Vous êtes des vaillants, mes fils, répondit le Gitano : le cerf est aux abois, et vous le craignez encore ! belle chasse, sur ma parole !

Il se tut, on se précipita sur lui, on le garrotta, et trois jours après il était à Cadix, dans 1a prison de Sao-Augusto, sous b garde d'un bataillon de miliciens.

Depuis longtemps, des pêcheurs, en signalant b présence d'un canot qui croi*ail b nuit en vue des murs du couvent, avaient éveillé les soupçons de l'alcade. On embusqua dos hommes dans les enfoncements des rochers; on épb les démarches du Gilano; on le suivit, on le vil aborder, lancer son échelle, on attendit ; et quand ou s’aperçut à b teusloo des cordages qu'il remontait, on les coupa au dehors, et U arriva ce que vous savez.

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