CHAPITRE 1Y
tu DCOX TVRTASU.
Adieu U balancclle Qui sur l'oudc chancelle, Et comme une étincelle Luit sur l'azur de* mer*.
VicTua Heco. — Na rarm.
— Eu avant, mon fidèle Iskar, vois, b mer est azurée, et b vague vient douccmcut caresser ton large poitrail, tout hlanrhi d'écume! En avant I tu plonges dans l'eau limpide tes naseaux qui s'ouvr ut et frémissent ! et ta longue crinière roule des perles brilbntcs comme des i gouttes de rosée. Eu avant! déploie encore ces jarrets vigoureux qui fendent b lame en siltlniil. Courage, mon fidèle Iskar, courage ; car, hélas ! k» temps sont changés ! — Que de fois, sous la fraîche verdure du Prado de Séville et de Cordoue. tu atteignis et déliassas les brillants ! àvggiei qui entraînaient de belles filles de Grenade brunes et rieuses» j avec leur réseau de pourpre qui volait au vent, et leur riche momV/o at- | taché par des agrafe» chatoyantes ! — Que de fois tu as bondi d'inqw- | lience auprès de l'étroite fenêtre fermée par un store soyeux, derrière lequel soupirait ma chère Zella ! — Que de fois tu as henni pendant que nos lèvres se cherchaient cl se pressaient brillantes, quoique séparées 1 par le tissu jaloux ! — Mais alors j'étan riche ; alors le pavillou de guent
PLIK ET PLOK.
aux larges bandes ronges cl au lion royal se libail au grand mût quand je moulai» à bord de ma vaillante (régale; alors l'inquisition n’avait pas mis ma tête à prix !... Alors ou ne m'appelai! pas le réprouvé! et pins d'une fois la femme d’un grand d'Espagne m'a souri tendrement quand, par un beau soir d'été, j'accompagnais sur ma guzia sa voix pure cl sonore! — Allons courage, mon lidele Ulur, car le passé est loin ! Mais lu m'as entendu, car les oreilles se dressent et les hennissements redoublent. Courage... voici ma tartane ! la voici, mon amoureuse, qui se balance sur les Rota ainsi qu'un alcyon se laisse bercer dans son nid par une laine transparente ! Mais u'eniendatu pas comme moi des cris confus et éloignés, une rumeur affaiblie qui vient expirer à mes oreilles? Par le disque d'or du soleil I c'est celle ignoble foule de Saula-Maria que mou nom a terrifiée, et qui s'est abîmée sous les débris de l'arène! Au moins pour b seconde fois je l’ai vue celte noune. — Vu'eUe est belle ! et demain ensevelie à jamais dans le couvent de Saula-Magdaleun ! ... 0 crime ! et je ne b ravirais pas à Dieu !
Et son sourire avait quelque chose d’affreux.
A peine le Gilano achevait-il ces mots que de b tartane s'abattit sur l'eau une espèce de pool ftotlaul et iucliué, qui était amarré aux bordages du navire par de longs bras de fer. Le cheval appuya fortement ses pieds de devant sur l'extrémité de ce plancher, et d'un élan vigoureux grigua le lilbc, qui s’élevait fort peu au-dessus du nivcao de la mer.
Lmlérieur de ce bâtiment était tenu avec un soin et une propreté rares, et ou lie voyait personne à bord, persouue, qu'un gros moine rebondi. vêtu d'une robe bleue et ceint d'une corde ; mais le lévérend paraissait être dans un état iiénible d'inquiétude et d'ansoUse : armé d'une énorme fougue-vue, il b braquait iucessammcnt sur l'espace qui *é|>are Santa- Maria de I île de Léon, en poussant par intervalle des exclamations, des lamentations et des invocatious à attendrir un corrégidor.
Mal», quand il eut aperçu le Gitaoo, sa ligure prit vraiment une expression à faite pitié; sou front bas et rase était couronné d'une ligne circulaire de cheveux d on blond pâle qui semblèrent se dresser de lureur. Il roubit des yeux hagards... et un tremblement convulsif agitait ses levres et sou triple uieutou. Eu bu. ayaul bit évidemment tous ses efforts pour articuler un mol, et, ne pouvant y parvenir, il saisit le Gilano par le bras, et du bout de sa longue-vue, qui tremblait (bus sa main d'une iii .ijutc effroyable, H lui dé>igna un point blanc que l’on apercevait à rentrée du g Ife. — Eb Lieu ! qu’est-ce que ccb? demanda le réprouvé. — C'est... c’est... le... le... garde-côte: bégaya lt* moine après une peine extrême. Et l’on enleudail ses dents s’entre-eboquer. Et U le regardait, les bras croisés sur sa poitrine haletante.
Le Gilano haussa les épaules, fut s’asseoir sur un bastingage, et se tourna vers Sanla-Marn en répétant : — Qu'elle était Mie!
la longue-vue tomba des mains du moine: il se frappa le front, eut l’air de se recueillir un moment, essuya son visage inondé de sueur, fit comme uu violent effort sur iui-mèinê pour prendre une révolution hardie; et, s'adressant au commandant de b tartane, qui paraissait toujours absorbé dans son amoureuse rêverie :
— Réprouvé,... n-négat,... daiuné, apostat, excommunié,... fils de Satan.... bras droit de liebébuth !... — Eh bien! dit le GiUmo que ce bouillaut exorde avait tiré de ses réflexions. — Eb bien ! trois fois maudit! je te somme, au nom du supérieur du couvent de San- Francisco, mon maître et le tien... — Le mien! non, moine. — Mon maître elle tien, de déployer les voiles et de prendre le large. Ce garde-côte approche, et nous devrions être en vue de Tarifa, si I enfer ne t'avait pas suggéré la folle pensée d’aller â celte course de taureaux, et de me laisser là tout seul, moi qui u 'entends rien à vos manœuvres maudites. El si l’on t’avait saisi, puisque ta télé est mise à prix ! — Je ne le craignais pas. — IJ ne s'agit pas de toi, par le Christ, mais bien de iboi.^Si tu avais été arrêté à terre, comment aurais-je fait ici, moi? — Que voulez-vous, les distractions sont rares dans notre étal ; l'idée de voir cette fête m’a souri, et mou bon ange m'a guidé, mon père ! — Ne m'appelle pas ton père, damné ! Pour celui que tu nommes ton bon ange, par sait Juan ! il a le pied fourchu. — Comme vous voudrez, je u'y liens pas. Quant à votre sommation, j'en bis cas comme de cela. — Et il trappa de sa lions sine ses bottes toutes trempées d'eau. — Sachez doue que j attendrai uonseulemeut ce garde-côte, mais encore un autre qui doit arriver de l'est. — Tu les attendras! sainte Viergê! tu les attendras! 6 sau Francisco, priez pour moi !
Et après un moment de silence, il s’écria de toutes scs forces : — En haut le monde! eu haut, me» I rires! Au nom du supérieur de San-FranctM O, je vous ord... — Finissons, moine ! dit le damné’, ci il lui mil une main sur la bouche, et de l’autre serra si violemment le bras du tonsuré que le malheureux comprit toute la signification de ce geste, et se jeta sur le pont du navire avec l'expressiou de cette terreur muette qui nous accable quand nous avons la conviction intime de ne pouvoir échapper à uu danger imminent.
U Gitaoo sourit de pitié, puis il regarda fixement dans la direction de b baie de Cadix.
— Par les rochers de la Carniole ! lu tardai* bien aussi, toi ! s’écriat-il en voyant le second longre poindre à l’horizon et s'avancer rapidement. Vous arrivez b comme deux limiers qui traquent une biche dans un huilier ; niais les limiers sont lourds et pesants, taudis que la biche est légère et rusée. Par les yeux bleus de taulùt ! b elwss* «x déjà commencer. car voici les la libres.
C'était un des lougrcs qui assurait sou pavillon d'un coup de canon. A ce bruit inattendu, le malheureux moine fil un bond convulsif, souleva craintivement sa tête au-d«-s*us du plat-bord, et, apercevant les deux gardes-côtes, b b.iis>a vile et se précipita «but. le faux-pont en fai>aiit de nombreux signes de croix.
Le Gilano t’appnx lu silencieusement de b boo -sole, compara sa direction avec l'aire du vcnl, calcula les chances de »ri»c, reliée hit un instant, puis prit un sifilcl d'or pendu à sa ceinture, < o fit sortir trois sous aigus, et d'un bond fut sur le bastingage.
A ce signal, dix-huit nègres montèrent silencio moment sur le pont. Un second coup de sifflet avait à peine retenti que la lartane avait gréé el déployé son antenne, son beaupré et sa trinque Ue, bordé ses phoques, et que le damné tenait b barre du gouvernail. Les deux lougrcs s’approchaient de chaque côté, el n'étaient pas à une portée de canon de là tartane, lorsque celle-ci vira de bord, passa intrépidement au milieu de ses ennemis en leur envoyant sa voice, et laissa porter en plein sur la pointe de la Torre, en piquant droit dans le vent. Celle incroyable manoeuvre ne pouvait être tentée qu’avec un navire aussi fin voilier et d’une marche aussi supérieure; or. avant que les deux lougres eussent pris le vent, le Gitano louvoyait déjà sous le promontoire, qui le cachait aux yeux des Espagnols malhabiles qui avaient masqué, et étaient encore occupés â s orienter. C’est â cet endroit que les habitants de Santa- Maria les perdircut de vue.
A une portée de fusil de la base de ce promontoire s'élevait une chaîne d’énormes blocs do granit qui formaient, en s’avançant dans b mer, les bords escarpés d’un étroit chenal qui serpentait entre eux el le pied de la montagne et n'avait d'issue qu’a travers les brisants lis plus dangereux.
Le Gitaoo avait une telle habitude de ces écueils, qu'il s’aventura sans crainte dans celle passe, et. après y avoir navigué avec une adresse merveilleuse, il fit cargocr toutes les voiles el demàtcr en brguaut les haubans qui n é|pieot pas établis à poste fixe, mais sur des mondes ; de sorte’ qu’au bout de quelques minutes la tartane, qui lirait peu d'eau, était rase comme un ponton et entièrement cachée’ par les rochers qni masquaient le canal du côté de la pleine mer.
Là, le sifllct du d.imné retentit de nouveau, mais à deux reprises différentes, avec des modulations singulières.
Aussitôt on enleudil le bruit d’avirons qui battaient l’eau en mesure, el l’on vil sortir de derrière un quartier de roche une tartane en tout semblable à celle du Gilano. A l’arrière était le jeune homme à la douce figure et au menton imberbe qui avait tant étonné le barbier Florès. Le damné lui fil un sigue qu'il parut comprendre, car il hala son navire le luug des rochers tant qu'il fut souvcnlé par la hauteur du cap : puis, étant parvenu à l'autre extrémité du chenal, après avoir habilement évité uue foule de récifs, il prit le vent, gonlb ses voiles, et debouqua de b passe à l'instant que les deux lougres espagnol* doublaient enfin le promontoire Quand ils aperçurent celte nouvelle tartane, ils firent force de voile, et bissèrent porter sur elle, croyant toujours poursuivre le Gitano.
— Vous êtes de braves chasseurs, disait celui-ci, assis tranquille: rent sur sa poupe. La biche vous a donné le change, vous êtes sur une fausse voie ; et peudant que ce faon va croiser dans tou* les sens pour vous fatiguer cl vuus entraîner à sa poursuite, la biche mettra ha* les riches tissus de Venise, les aciers d'Angleterre et les cuivres d'Albmagne qu’elle lient renfermés il. ius scs flancs. Allons! allons en chasse; et, par celle étoile qui commence à briller, puisse b mienne être heureuse celle uuit, car le soleil baisse!
En eiTel, déjà le soleil touchait à sou déclin, et la mer et le ciel, se confondant à l’horizon enfbmmé, ne formaient qu’un immense cercle de feu. Le sommet des flots scintillait éclairé par de longs reflets d'or qui venaient s'éteindre (Lius les ombres que projetaient les grands rochers de la côte. Longtemps on vil b tartane manœuvrer avec une agilité surprenante pour échapper aux deux lougres. Tantôt elle (arguait à demi ses voiles rouges et mettait en travers a la lame. Lt vague alors la couvrait d'une mousse blanche qui retombait en pluie brillante dos nuances diaprées de l'arc-cn-cirl, et semblait l’entourer d'une auréole de pourpre et d’azur; el là, elle attendait ses ennemis, b perfide, en se bissant aller aux ondulations de l'eau. Puis, quand il* approchaient, frémissante sous son gouvernail, elle venait au vent, étendait ses voiles comme de grandes ailes de pourpre, et laissait bien loin derrière elle ces bons bâtiment» espagnols qui s'etaienl follement dallés de b saisir.
Tantôt, virant de bord et se couvrant tout à coup de pavois et de pavillons de mille couleurs, elle courait eUe-uu-me sur les gardes-côtes. Eux se séparaient aussitôt pour la prendre entre deux feux, el se préparaient activement au combat. Mais elle, comme une coquette inconstante et capricieuse, revenait sur ses pas, serrait le veut au piu.'» près, et allait se plonger dans les dots de lumicre qui embrasaient l'atmosphère, désespérant ainsi ce* hounéles gardes-côtes, qui venaient encore de taire une Iculative inutile. Enfin, elle usait de b supériorité de sa marche et de *a manœuvre pour réussir à fatiguer le* deux lougres et à les entraîner avan! la nuit loin de l'endroit où le Gilano comptait opérer sou débarquement.
Or, la maudite remplit si bien ses instructions que peu à peu les trois navire* se voUèrent de vapeur, s'enfoncèrent dans b brume et disparu-
PLI K. ET PLOK.
rcnl tout à fait quand le sokil ne Jeta pin» qu'une lueur nombre et rougeâtre, et que U*» étoiles Commencèrent à briller.
Eli ce moment, le Gitano, pembé sur l'avant (b? sa laitane, écoulait d une oreille attentive un bi «lit cadencé qui résonnait lourdement comme le pus de plusieurs i revaux.
— Ktafin I ce sout eux, s ôeria-t-41.