‹ Œuvres illustrees d'Eugene Sue Plik et PlokChapitre 7 sur 28 · PL.IK. ET PLOK · texte numérisé non relu

PL.IK. ET PLOK

s'affaiblirent, et il tomba étranglé. Ses compagnons crurent qu'on retournait un ballot.

— A genoux ! mes Uls. dit le moine aux contrebandiers. Ils s'agenouillèrent, moins le philosophe, qui regardait la lune en siOlaut l'air de la Trag'fta.

Alors le moine, armé d'un goupillon, s’approcha des ballots et en lit le tour en disant : — Arrière, Satan, arrière ! e que ce signe de rédemption purge ces marchandises de la souillure que I hérésie y a imprimée. Arrière, Satan, arrière !

Et il répandit des Uots d'eau bénite sur les caisses.

— Il le* mouille trop ; U va ies avarier, dit le philosophe. — Silence, cria-t-on tout d’une voix. — Arriéré, Satau, dit encore le moine, Maiotenant, mes frères, vous pouvez, toucher à ces objets.

Les contrebandiers l'entourèrent avec empressement, et il tira uu long papier de sa ceinture.

— Ces six ballots, mes fil», sont des soieries vénitiennes dont vous pouvez voir les échantillons à la luwir de ce fallot. Voyez quelles riches couleurs ! comme ce tissu est serré et moelleux ! Nous le» mettrons à deux quadruples la barre, mes (ils. — Oh! mon père! — Mais elle est suiute et béuie, mes tUs! — Par les cornes de Satau! l’estampille de la dnuaim du del nous coût*- plus cher que celle de Cadix, s'écria le maudit philosophe. — Tais-loi, misérable! dit le moine. — Mais, révérend, deux quadruples ! — C'est donné, mon cher fils. Elle les coûte au supélieur.

Ht la discussion allait s'entamer, si, du haut du seutier, un homme ne fût accouru dans lu plus grande agitation : c'était le pécheur Publo.

— Par b Vierge, fuycl! s'écria-t-il; fuyez! les babils de cuir sont sur ii es pus ; nous somme* trahis par le marin Puuto. Il a indiqué le lieu du débarquement à l'alcade Yejcr ; il a promis de tuer le Giluuo; il a promu d augmenter encore le désordre où vous jetterait sa mort, en brimant les amarres de b tartane pour donner le temps aux douaniers d'armer et de vous couper toute retraite. — Mort! mort à Punlo! El les couteaux luisaient. — Ce n'est pas tout, ajouta-t-il; les crimes et les profanations du maudit retomberont sur vous, et monseigneur l'évêquc a ordonné de vous traquer et de vous tuer comme des loup» de b Sierra, pour vous être joint» à un excommunié. — Le saint pa»ieui change se» inclus en loups? Quel miracle! ajouta le philosophe. — Ainsi, fuyez !... fuyez !... point de quartier pour vous. — Mort à Puuto le traître ' mort ! El tous les couteaux le cherchaient. — C’est fait, dit le Gitane en poussant du pied le cadavre. Ainsi, chargez vos marchandise* en toute Dite, car b mer monte, le ciel se couvre de nuages . et si une fois vous avez vu briller la-haul les carabine* des habits de cuir, ce sera à choisir outre le feu et Peau, me» lîl».

Puis il donna un coup de sifflet prolongé, et tou» les uoirs, ayant regagné ta tartane, retirèrent le pont et se baieront au long des rochers qui formaient le bord opposé du chenal. Le damné resta sur la grève, monté sur son f idole Iskar.

— Je le disais toujours au supérieur, criait le moine, prévenez monseigneur l’cvêque que le damné est à votre solde, et les poursuites seront dirigées eu conséquence. Poiut. U a voulu le lui cacher, et voici ce qui arrive.

Et s'adressant au Gitano avec inquiétude : — Mais pourquoi fais-tu éloigner ton navire, le regagnerons-nous donc à la nage? — A quoi bon ce navire, maintenant, mon père? Je ue puis sortir avec le flot nu milieu de ces brisants — Mais au moius nous y serions en sûreté, dan» le cas où les douaniers descendraient ce chemin pour nous surprendre ; et, par le Christ! ils ue pourraient approcher de la tartane à travers ces vagin s et ces roches. Fais donc mettre le pont à terre.

Le Gitano lit en souriant un geste négatif qui lerrilla le moine.

Les contrebandiers n avak-nl pas pris part à celle discussion, taut il» étaient empressés d'emballer en toute hâte les marchandise* au iis comptaient avoir à bien meilleur marché, grâce à cet événement. Le philosophe surtout chargeait son cheval de telle sorte que le malheureux animai ployait déjà sous le faix ; et pourtant le philosophe entassait toujours ballot sur ballot, disant tout ha» : — Une lois sur b route de Ycjer, il faudra que Dieu te prête les ailes d’un séraphin pour me rejoindre, moine. El son cheval portait au moins un tiers de b cargaison de la tartane.

— Ali! ]'y suis, dit le moine, que le signe de tête du Gitano avait beaucoup effrayé, j’y suis; le seigneur capitaine reste avec nous, parce qu'il connaît une secrète issue qui peut dou* aider à sortir de celte anse sans remonter ce sentier, aussi haut que l'échelle de Jacob. Le æigueur capitaine me l’a dit ceut foi», je me le rappelle maintenant.

En achevant ces mots, ses dents s'entrechoquaient : il était aussi pâle u un cadavre, et pourtant il tâcha de grimacer un sourire en regardant excommunié de l'air le plus humble et le plus affable -

La ligure du Gitano prenait une expression équivoque, lorsqu'à b lueur d une (taillade qui partit du haut de b uioutagne on aperçut les gardes-côte* qui se développaient et prenaient position. Tout espoir de retraite était perdu de ce côté.

— Sainte N ierge ! sauvez-nous , monsieur le capitaine, dit le moine ; le passage ! Seigneur Dieu ! indique z-no,i» le passage ! — I* passage ! répétèrent les contrebandiers avec effroi , sans savoir ce dont U s’agis- ’ sait. — Quel passage? demanda le Gitano; mais vous rêvez, mon pere, j cl je trains que vous ne fassiez un mauvais songe; car les habits de cuir coiiimeuccut à descendre , et le» balles sifflent. Tenez ! — Mais, mon

Dieu ! vous m’avez dit qu’fl y avait au milieu de ce* roc* une issue cachée qui rejoignait b rôle, une issue qui pouvait nous donner le moyeu de sortir de cette anse fermée que b mer gagne déjà, et de* rocher* imrlout ! Sainte Vierge ! partout de* rocher* a pic ! » écrb le moine désespéré. en regardant au-dessus de sa tète. — Partout des rochers à pic ! répéta le Gilauo. — Allons, révérend, un miracle, c’est le moment, dit b philosophe, qui regardait d un œil de douleur son cheval, si richement chargé.

Plusieurs coups de feu partirent de nouveau du sommet de b montaguc, mai* le» balles tombèreut mortes; car le* douaniers n approchaient que lentement et étaient encore lort éloignés, à cause d**» nombreux détours que f.ii&ait le sentier. La lune brillait au milieu d’un beau ciel, et sa douce ebrté éclairait ce curieux tableau dans tous ses détails.

— Que j'aime une Im-IIc nuit d été ! dit le. Gitano ; les fleurs s'épanouissent pour aspirer b Irak heur de l’air, et leur parfum vous arrive plus Suave. Tenez ! me* frères, sentez-vous b bonne odeur de» aines et des caiiiers ?

Une nouvelle fusillade interrompit cet inconvenant monologue ; ruais, celte fois, un contrebandier tomba.

— Au nom du Christ! tu dois nous sauver. Au nom de Dieu, je te l'ordonne! erb le moine an Gitano, en lui monirani le ciel.

Ce mouvement fut beau, mais il ne produisit aucun effet, car le Gir tano répondit en riant ; — An nom de Dieu, de Dieu!... y pensez-vous, mou perc? Ne plaisantez dune pas. Le moment est grave! grave !.. .voyez plutôt ce chrétien qui se lord et perd son sang.

Au rire effrayant du damné se joignait le bruit de la mer, qui montait, montait, et venait à chaque instant battre et rétrécir I étroit espace où se pressaient ce petit nombre d'hommes.

Les Espagnols se signèrent en frémissant. Un d'enx arma son c*eopette. et b dirigea sur le Gitano. Le n*oiue xe précipita à temps. — Malheureux ! lui seul pont nous sauver; lui seul connaît ce passage!

Voyant celle démarche hostile, le Gitano était entré dans b mer, qui s’élevait jusqu'au poitrail de sou cheval. — Voici les douanier» qui descendent les dernières rampe*, mes fils, et vous savez que maintenant k* balles comptent, cria le maudit, en montrant le contrebandier blessé à mort.

Les Espagnols se jetèrent alors aux pieds du moine : — Mon père, prier pour nous !

Et le moine et eux se prosternèrent en criant : — San Juan, san Juan ! priez Dieu pour nous 1

Et ils se frappaient la poitrine, taudis qu'à la lueur de la fusillade on voyait le Gitano à cheval les dominer de toute sa hauteur, et cette figure étrange, dont b nuit semblait doubler les proportion», se dessillait en noir avec de vils reflets couleur de feu sur une pluie d'écume éblouissante de blancheur.

Plusieurs coups de feu retentirent encore ; un second contrebandier tomba, et l'on entendit les commandements des officier* gardes-côtes.

La frayeur du moine était à son comble; il se traîna jusqu'au bord de la mer. et là. les genoux dans l'eau, il cria au Gilauo avec l’accent de la plus profonde terreur : — Sauve-moi! sauve-moi !

Et il pleurait, le moine!

— Par l’àroe de ton père, sauve-nou» ! nous te donnerons de l’or, de l’or à remplir la tartane! hurlèrent les contrebandier*.

Et ils ( imploraient à matas jointes, lauds que trois d'eutre eux se roidénient dans les dernières convulsions de l’agonie.

— Mon Dieu! mou Dieu! bégaya le moine. Et il se tordait les liras, et il se roulait sur la roche ensanglantée. — Dieu est sourd ! dit le Gitano ; invoque Satan. Et il rit. — Arrière, arrière, blasphémateur! répoudit le frère en se relevant avec effroi.

Mai» la mer gagnait tellement, que les lames venaient briser à leurs pieds et les couvraient d'écume.

— Invoquez Satan, et je vous sauve. Derrière ces rochers est mus issue sécrété masquée par une pierre mouvante : elle vous mettra à l'abri des gardes-côtes. Il est temps encore, car maintenant Icscarpcmcnt vous cache à leurs yeux, reprit le Gitanô, qui était à flot avec son cheval.

El les contrebandiers interrogeaient chaque roche avec désespoir, et le moine, les yeux fixes, la figure livide, fil un nouveau mouvement d’horreur en pémaut à b proposition du maudit... Puis pourtant il parut faiblir.

Et ceci est concevable, car, en ce moment, quoiqu’on ne vît pas les douaniers, on entendait le bruissement de leurs armes et le craquement des batteries qu’on armait.

— Eh bien! dit le moine en délire, eh bien! Satan, sauve-nous! car tu n’es, tu ne peux être que Satan. — Qui, Satan, sauve-nou»! crièrent les Espagnols avec un accent de terreur indéfinissable.

Et, haletants, les yeux fixes et étincebuts, il» attendaient. . . .

Le Gitano haussa les épaules, tourna la tête de son cheval du côté de lu tartine, et b gagna à b nage au milieu d’une grêle de balle*, en chantant celte vieille romance mauresque d’Haliz :

« Oh ! permets, charnu nie fille, que j’enveloppe mon cou avec te»

’ bras, etc., ete »

| Les contrebandiers restèrent anéantis.

— Feu! par saint Jacques, feu! Tire* sur le cheval et sur b plume blanche, c’est le bandit lui-même, criait l'officier, que l’on distinguait

PLIK. RT PLOK.

parfaitement, carra troope t’était arrêtée à l’avant-demière ranipe pour se fuimer eu un peloton épais qui faisait on feu nourri et coutinu sur le reste des contrebandiers.

Or. ce qui restait de ces négociants sans patentes u'avait qu'à choisir entre le feu et l'eau, comme avait dit fa Giuno.

— Feu ! feu sur ces mécréants ! répétait l'officier pour stimuler sa troupe ; monseigneur l'évêque a promis des indulgences pour ce catéme, cl, puisque le chef nous échappe, écrasons le reste de sa bande. Feu!... — Mais, capitaine, je vois un ruoioe. — Infatué, impie déguisemeul ! feu sur l'apostat! — Par Pedro! feu donc. A vous, mon révérend.

I jc moine reçut le coup dans 1a poitrine, et tomba à genoux. Ils ne restaient plus que deux, lui et le philosophe, aussi blessé. Les autres avaieul été ou tués ou noyés eu voulant gagner la tartane au milieu des brisants, ou entraînés par les lames, qui devenaient affreuses.

— Mes (ils ! criait le frère. Je suis un moine «le San Juan, envoyé par roo supérieur ; pitié ! au nom du Christ, pitié !

Kl il se cramponna aux pointes aiguës uu rocher.

— Ce qui fait, balbutia le philosophe eu recevant une seconde et mortelle blessure, que, » j'avais à croire eu quelque chose, je ne croirais ni à Dieu ni au diable, car j'ai essayé de tous les deux. et... je...

Ses bras s'ouvrirent. Il lâcha le morceau de grauit qu’il étreignait avec force, éearquilla les yeux... e» disparut.

— Grâce ! grâce ! mon Dieu ! je me noie ! hurla le moine qui se déballait sous une lame.

Il mordait le roc.

— Comment! dit l'olïkier, l'impie vit encore! feu doue, par saint Jacques !

Trois coups de carabine partirent à la fois ; la robe bleue du révérend flotta ou instant, et Ton ne vit plus rien, rien... ni chevaux, ui boulines, ni moines ! rien que des vagues écumaotes, qui avaient déjà envahi la première rampe du sentier, et venaient déferler à grand bruit sur la seconde.

Le Gitano seul avait échappé.

— Par le Christ ! sa tartane va se briser contre les écueils, crie l’officicr. Dieu est juste; et {wisqu'il sort du chenal contre la murée, sa perte est certaine.

En effet, le damné louvoyait intrépidement dans celte passe, que la fureur des lames devait rendre impraticable.

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