‹ Œuvres illustrees d'Eugene Sue Plik et PlokChapitre 8 sur 28 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

LA IO{UA — LA «ont.

Ab! ce cœur dont lt tombe e*l dewenda mtal, Et les austérités de ce sombre couvent D'un regret criminel ne m'ont point préservée: En vain de pleura amers je me suis abreuvée.

Dclphxe G*t. — kaJorn* 4* la Yalltért.

Certes, si j'étais nonne et que j'eusse k choisir un c vivent, je choisirais celui de Sanla-Magdalena ; cesl un digne couvud triste et sombre, phi ré sur le bord de fa mer, à sept lieues de Tarifa. Au nord, l'Océan, oui vient battre ses murailles; au sud, des lagunes impraticables; à l'ouest, des rochers à pic; mais à l’est,... oh! a l'est, une belle prairie toute verte, traversée par un petit ruisseau qui fait mille détours cl brille au soleil comme un long ruban argenté : sans compter les violettes et les clématites qui parfument scs bords ; sans compter les palmiers aux longues (lèches et les amandiers qui l'ombragent. Et pu», au milieu de fa plaine, le charmant petit village de Pelleta, avec son haut clocher

f :‘le et élancé, ses ma»oi» blanches cl son bouquet d'orangers et de min. Et puis encore à l'horizon les montagnes brunes de Médina, dont versant est couvert d’ils et d’oliviers.

Je vous le répète, si jetais nonne je ne choisirais pas d'autre couvent que le couvent de Santa-Magdalena.

El les jours de fête donc Ton vient dauser presque sous ses murs, cl vous m'avouerez que pour une pauvre recluse c'est plaisir que d'entendre le roulcriicnt enivrant des castagnettes qui bruisscnl sous les doigts agiles des Audalous,...et de voir les poses lentes et tranquilles du boléro ; le rnajo poursuivre sa maju, qui le fuit et l'évite,... pu» sc rapproche et lui jette uu bout de sou écharpe qu'il baise avec transport, cl dont il s'entoure d'une main, tandis que de l’autre il fait ri-sonner ses castagnettes d'ivoire !

Agitez, agitez vos castagnettes, jeunes garçons, car la cachueha remplace le boléro. La eachucka , voilà une vraie danse andalousc ! une diuse bruyaute et animée, preste et lascive. Allez,... allez... liez uu bras amoureux à fa taille de votre maîtresse, et enlralncz-la rapide et frémissante au bruit de l'instrument sonore. Allez,... son sein palpite, son mil brille, le vent soulève soo épaisse chevelure noire et effeuille s» guirlande de fleurs ; puis vous murmurez à son oreille : — Mou amour. .. qu il nie serait doux de respirer ce soir près de toi l'odeur des aman-

diers... Et elle s’est élancée plus vive, et son bras vous a étreint si fortement que vous avez senti son cœur bondir sous sa mantille.

Va, ne crains rien, bonne fdle, la mère n'a rien en tendu, et ce soir, après fa prière, quand tou vieil aïeul t'aura baisée an front, tremblante, inquiète, U» petits pieds cflleureroot le gazon, tu t'arrêteras vingt fois, respirant à peine, Enfin, tu t’asseoiras, palpitante, au pied de ce bel amandier en (leurs, dont les feuilles luisantes refléteront ia douce clarté de la lu iic. Là, tout à coup, deux grands bras viendront l'envelopper. Eli ! sainte Vierge ! quel courage ! brave lille, tu n'auras pas peur !

Mais le son des castagnettes est moins éclatant, le soldi se couche, 1a eachueha tournoyante a cessé, les jeunes filles regagnent leur village, et rient, et chantent en arrondissant derrière leurs oreilles les boucha soyeuses de leurs cheveux humides.

Maintenant, ne direz-vous pas comme moi que c’est un digne couvent que le couvent de Santa-Magdalena; car, enfin, figurez-vous une pauvre jeune lille enfermée fa avec ses dix-huit ans, ses yeux noirs, et son cœur espagnol oui bat sous son scapulaire.

D'abord, à matines, c'est une longue prière dans une église sombre et glacée; et puis les vêpres, cl pu» fa messe, et puis l'angélus, et puis le salut, et puis que sais-je, moi? Pour distraction, deux heures de promenade dans le jardin du vieux cloître. Vous savez, un jardin de cloître? de grands chênes noirs et silencieux, un gazon rare encadré daus des bordures de bu», et du soleil à midi : voila tout.

Aussi avouez que lorsqu'un jour de (été on a pu. s'échapper un moment de l’église pour venir dans sa cellule, le cœur bat d'aise et de joie!

On entre, on ferme soigneusement sa porte, et l'on est chez soi. Chez soi ! comprenez-vous ce mot? quatre murs nus, mais ils sout blancs ; iiu crucifix d'ébène au-dessus d’une petite table de noyer, mais elle est couverte de Heurs ; une fenêtre grillée, mais elle donne sur fa prairie vt-rte; un lit étroit et mince, niais on y rêve. Franchement, avec toutes ces richesses cl vos souvenirs de petite lille, envieriez-vous le sort de fa eamerera rnayor de la reine de toutes les Espagues?

Eb bien ! pourtant, une jeune fille est là, seule : le crucifix, U petite table, Li fenêtre, le lit, le parfum doux et faible, rien n’y manque : et elle ne regarde ni fa prairie, ni fa daase, ni le soleil qui se couche étince* faut.

Son front est caché dans ses mains, et des larmes roulent sur ses doigts

déliés.

Elle lève fa tête : c’était fa Mouja qui assistait à fa course de taureaux.

Elle n'éiait plus brillante de salin et de pierreries eomme le jour où elle avait dit adieu au monde. Oh ! non ; une large robe de bure ensevelissait sa jolie taille comme dans un linceul, scs grands cheveux noirs étaient coupes et cachés par un bandeau de toile qui dessinait l'ovale de son front blanc cl candide , et retombait de chaque côté de ses joues. Mais qu'elle était pèle, bon Dieu ! ses veux bleus si doux et si purs sout entourés d’un léger carde noirâtre, oà des veines d'azur sillonnent celte peau délicate et rosée.

— Mon Dieu ! pardon ! pardon! dit-elle; et efle se jeta à genoux sur la pierre.

Quelque temps après elle se releva le* joues pourpres, les prunelles étincelantes :

— Fuis... fuis... dangereux souvenir! s'écria -t-elle en se précipitant à fa fenêtre. 0b ! de Fair, de l’air, je brOle! Oh! je veux voir le soleil, les arbres, les montagnes, celte fête, ces danses. Oui, je veux voir cette fête, être absorbée tout entière nar ce spectacle bruyant. Heureux !... heureux sont-ils! Bravo! jeune fille ; quelle légèreté ! quelle grâce! que j'aime b couleur de ta hasquinc et les tresses de ton reseau ! Que j'aime cette fleur bleue dans les cheveux blonds ! Mais tu te rapproches de tou danseur... Il est beau, ses yeux se fixent sur les tiens avec amour. Lui aussi avait un doux regard, mais...

El elle cacha sa tête dans ses mains, et elle se tut ; car son cœur batlait d'une force à rompre sa poitrine. Fois, reprenant et parlant avec vitesse, comme si elle eût voulu échapper à uu souvenir qui l'oppressait:

— Comme le soleil se couche radieux et brillant ! Jésus ! quel beau nuage de pourpre aux reflets d’or ! que sa forme est bizarre et changeante ! Tout à l'heure c'était une éiéÿaute tour mauresque aux mille créneaux, maintenant c'est presque un globe de feu ; mais ses contours varient encore, ils se découpent plus arrêtés. Sauta Carmen ! on dirait une figure humaine. Oui.... ce Lirèe front.... et...- cette bouche.,., üli ! non .. si... Jésus... H fui ressemble !

El, haletante, efle était à genoux, les mains jointes, dans une sorte d'extase, devant cette image fantastique qui se voila de vapeur, s'effaça peu à peu, et disparut tout à (bit.

Quand elle ue vil plus rien qu'un horizon enflammé, elle se releva dans uu violent paroxysme, et se jeta sur son lit en gémissant.

— Lui... toujours fui... lui partout ! s’écria-t-elle avec un geste de désespoir. Horreur! quand je me prosterne devant ton image sacrée, ô Christ! tes traits divins s’effacent... et c'est lui que je vois! lui que j’adore !

— Si, muette et confuse, je veux écouter avec recueillement la supérieure faire une saiulc facture, eh bien, sa voix semble s'affaiblir et

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s'éteindre, d c'est lui que j’enleuds ; car le son harmonieux de ses parôles vibre toujours dans uhhi cœur.

— Horreur ! enfui, si je me trahie repentante au tribunal de Dieu, là. j c'est encore lui... car mon amour est le seul crime dont je puisse m'accuser. Elle se prit à pleurer.

— Un crime! est*ce bien un trime? Orna mère, si Ht u'élaispas morte, lu serais la : j'aurais nu tète sur tes genoux , lui... la main «luiis j mes cheveux encore longs et bouclés; et tu in'a| prendrais si c'est un crime, car je te dirais tout.

— Vois-tu. ma mère, on m'avait assuré cpie je «levai- être heureuse nu couvent , mais tpie (>our cela il fallait qr.it U r le monde j'ai «lit oui, car alors je ne savais pas tpi ou jour le monde. . ec serait /«». El | iiis ou m'a faite belle, on tn*u pultie comme une sainte. et ou m'a menée a une télé où un taureau a lue deux chréti iis. m a-l oii dit. car je m'étais rr, clair dans le sein de la supérieure tout le lciiq*s de « et liurrible spectacle.

— Mai) tout à coup un cri d'étonnement a retenti, et j'ai Soulevé l.i 1er : c'était.,., c'éia.t lui. Uni, il a lixé sur moi un regard. .. qui me tuera et il m'a >dt B pK-tuiere lois... Oh ! je l'entends encore : « Pour vous, M'imnl, e» eu l'honneur de vus beaux yeux bleus comme l’azur du ciel. « Puis r.ipide, il s’est clamé... et j'ai irémi mulgié moi.

— Li seconde fois, il ma dit avec la même voix, avec le même regard, eu me souriant et me saluant de sa main droite : a Tour mmj> encore, Senora, < t eu l'homietir de celle bout lie venm-ille, purpurine connue le corail du iVrvau. »

— Kl, avec intrépidité, il a attendu le monstre dont les corne* étaient teintes de sang lumiaiii, et il l'a abattu à nies pieds.

— Moi. iVirrni m'avait salie, j'ai jeté nu s mains en avant, tant je craignais (tour lui car il me Hinblall que, s il avait été blessé, je sera b morte de sa blessure. Alors . ui a prb ma ni du, *>h ! bien m.lgié moi, ma bonne mère;... et l a hai-ér la oui, c'est là... Vois... mes lèvres en ont rougi b place.

Kl ses yeux se fermèrent. Elle s'appuya sur sou chevet, et eoulinua à voix basse et en mots entrecoupé* :

Kt peuMlrc tu nie dira», ma mère: Ma Rnsila, tu l'aimes donc bleu? Allons, vous serez lia més. et Dieu vous bénira. Oh! oui, fiancés... Voila mou Ibncé . qu'il est I» au’.... Iles Heurs.... paitou des lleUi>..„

A oiei mes compagnes en longs voiles blancs... le son grave de Koigue.. . et la foule qui répété comme moi : On'il e«t In.iu, son fiancé. Ali! voici le vieux prêtre: sa main tremble en nous unissant : il est à moi! c’est mon époux ! c'est mon époux ' ... Oh! ma mm*. reste.,.. Tu me laisses? Ton époux es! avec loi. mou ange ! Ma mere ! ma bonne méie !

Il ennuis*' tille, elle dormait. N’est ce pas, je le répété, un digne eouveut que le couvent de Saiita-'tagiblcnu ?

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