MADEMOISELLE SERPENTINE
NADENOISELI E CLARISSE HARLOWB.
MADEMOISELLE COMA, I* MU- Crec-
qse.
MADEMOISELLE HOS', de CAi-sMa* royale de modique.
MADEMOISELLE HERMINIE, jeaac premllve da IhMtrp du PjlaU-ltota!.
Un gond salon; une tabla richement servie; lus bougie» du* lustre* el des candélabres foui étinceler les cloches et le* réchauds d'argent. Lus Eicctlc» «h-* carde* cl de» verre» de cnital paillent de loule» les couleur» du pminc. A* eeulrc du surtout est une immense corbeille de porcelaine de Saxe remplie de fleurs naturelle» (envoyée par le marquis!.
Le msfqaie rat au milieu de la table; à m droite, le prince Castelli, roui me étranger ; à sa gamète, Ewen de Ker-EUio, le baron lui ayant été prcseulé le matin même; en face du marquis, Serpentine.
Excepté cra trais placra. ilhign<es par M. de Beaorrgard. I» autres ron vivra se sont placés à leur gré : le capitaine Iles Roches i droite de Serpentine. le ortjor Brown à ta poche; Cfarisw Hsriowe est placée entre M- de Raudrirourt et k comte de Setnle-Loce. Ross est à la droite d'Ewen de hcr- L Use ; mademoi- M-Ue. Herminie, à gauche du prince de Castelli. De chaque côté de Cor», In botte Grecque, il reste une place vide; on «'informe de M. udnrinte, le pocto-d^ pulé, et de II . Alonao Florès,
Placés en dehnra.de la porte du talon, loua deux s'obstinent par savoir- turc à ne pas passer l'un devant l'autre. A un signe du marquis, Cora se lève nujrslucti sèment, ta prendre gravement M. Florès d’une main, M. Labiriple d'une autre, leur fait ainsi traverser ensemble la formidable porte, et les pris de s'asseoir qui à ta droite, qui i » gauche.
TIlf.RfcSE DINOVER
V Floiii • pi dé sou chapeau u U main: il en eut tri* empfrhr, et se décide à le mellrt! enlre ses pcuoui, Un des gons du enlwrrt s'en aperçoit et vml !'«■ tl' bamsscr , M Florès s’en dél'etxl modivtcincnt. L'homm 1 ’ s'obstine reipeelueiivomcut, et délirre enfin le cousin de M . de Beaurognrd <le celle incixu-
Jl. Lahiriule trouve i côté de mademoiselle Hcrroinie.
Prudoitte silence que néceMÎlc l'inglutition dn potnge, M. Labirinte a cm voir plusieurs fois le reparti dn marquis •'arrêter sur lui «vce une «pression étmnfc, puis se reporter avec une ciprowinn non moins Étrange sur le capitaine Ues Roebes. W Labirinte reprreUe beaucoup d éir* venu a ce dîner. Il ■ apprit que le malin même le marquis a tué le capitaine koüer.
Karen, attentif, observe; son cteur rat horriblement serré. Il s'ett aperçu d'une chose singulière : «on venou s'ett, par hasard, un moment approché de celui du marquis, et i) a senti ce dernier trembler convuUivecneiil, cl comme par saccades. Pondant la figure du marquis semble plus eiyoïnV, plus railleuse que jamais.
Les autres convives n'oflïenl aucune particularité. Tous semblent animés de la plus fra,.chc gaieté, et prêts à jouir du phisir que promet cette réunion si Heureusement composée. Uirtilôt U conversation s'engage H se géuér dise, la table n'étant pas assez grande pour permettre des entretiens particuliers.
— serpentine. Tu l’es fait bien attendre, marquis : est-ce que tu parbis d amour à ta fenune?
— lk mabvi’is. Ma femme ? voilà deux ou trois jour* nue je ne 1 ni vue. Surcz-vous comment se porte ma femme, monsieur Laliiriiile î
— m. labirinte (devenant Irès-rongo). Je n'ai (tas eu l'honneur de voir madame la marquise depuis... (il feint de lofltar pour dissimuler son embuants et sa rougeur) depuis plusieurs jours; je... je suis trèsoccupé a lu llliumbrc. ( Il lotisse encore et boit un verre d’r.ui. )
— serpentine (à Labiriuic). Comment! c'est à M, l.abiriulc que Jni l'bonneur de parler? à M. Laluriute. le dé|mlé doctrinaire?
— labirinte ( flatté ). A moi* même... mademoiselle.... je ne sais en vérité... comment un réputation...
— serpentins. Monsieur... permetlez-moi de vous contempler avec vénération... avec éluhissemcul... avec étourdissement.
— le ■ motus (liinl). El d'où viennent ces respects et ces ébahissements. mu fi lle ?
— serpentine. Comment! marquis... lu ne sais pas l'histoire de M. La* birinte avec Des Ilot-lies ?
— lk marquis. Quelle histoire ?
— larimnte (moins Huilé et rougissant). Mademoiselle... je... en vérité . . . mademoiselle . . .
— plusieurs commis. On demande l'histoire.
— serpentine. C'est que c'est bien incoovennnl.
— KAtmfcicocKT (riant). Raison de plus.
— lk marquis. Et surtout ne gaze point; ça serait bien pis.
— la ri ms t k (troublé). Je sais ce que mademoiselle va dite ... C'est une histoire de pauvre invention ; n’est-ce pas, capitaine Des Roches ?
— des kociiKS (riant.) Mais non, il y a un fond ue vérité. .. Voyous, Serpentine?
— serpentine. Vous saurez doue, et c’est là ce qui cause ma vénération pour M Labiriulr (d'un ton tragique ), vous saurez doue que si la patrie m deuil avait, il v a deux mois, jeté quelques fleurs sur la tombe de cel intéressant dortriuairc... ( Elle montre M. Labirinte. )
— nortel. Ah! mon Dieu! quel lugubre exorde!
— serpentine. Cet intéressant doctrinaire aurait en moralement te droit d'avoir, ù chaste symbole! son cercueil recouvert de draperies aussi blanches qae celtes qui flottent sur te cliar funèbre d'une jeune fille.
— sairtK'Ujck. Mais, c'est tout simple, M. Labirlule est garçon
— serpentine . Je ne voulais certes pas dire autre chose. Toujours est-il que b candeur qui rayonnait au front de noire doctrinaire Intéressa vivement une n>)slerieuse iuconnue; celle incounue devint bientôt si naïve* meut passionnée, que, dans su primitive Ignorance, le cœur iuunaculé de M. labirinte se trouva fort embarrassé. Ce jeune député n'avait pa* b plus légère notion de l'art... d’aimer : il alla trouver Des Roches* expert-jnré en ce» matières, et Des Roclics lui donna , dil-ou , d'excellents conseils. (Tons les convives rieul, excepté M. labirinte.)
— lk marquis i éclatant de rire en reganlaut Des Roches). Comment ! vraiment . lies Roches? C’est vous,... qui.... ( Il rit.) Ah ! ah ! ah ! c'est ravissant.
— serpentine. C’est le nom de fheouBOfi que je voudra» bleu savoir.
— bis kociiks. M. Labirinte est la discrétion même. A mol, son professeur, il me l’a toujours caché .. ( A part. ) Pourtant , s’il n avait pas été si uiais, j'anrais eu un soupçon... Depuis quelques jours...
— sainte-ute. Il but espérer que M. Labirinte a piofité de la leçon... et qu’il est maintenant aussi grand séducteur que fin politique.
— mont, Kl. iHt ! en politique M. Labirinte... n'est pu* novice... il est le bras droit de mon ami M. Roupi-Gobillon.
— r.LAKisgs uarlowk. M. lloupi -GohMon, tm gros ministre laid comme une chenille ?
— montal (riant). Le bit est qu'on ne peut refuser à mon *ari le ministre mie pin «anomie aussi palibubhe qne celte de tous les coquins qu’il a défendus quand il était mauvais avocat.
— le marqua. Où diable as-tu connu M" RoupiftobîHoii, Clarisse?
— Clarisse, ici. Il avait demandé à Dorviile, un de ses amis, de lui donner à dîner avec mn-lqucs filles d'esprit : il voulait faire nue petite débauche régence. An ! le pauvre cher homme ! Il disait sans cesse à Dorviile : Tii es bien srtr que ma femme Ignore ? Tu crois que ma femme !>e saura pas ? Dieu ' si ma femme savait !
— lk major. Sa femme est donc bien imposante?
— tf marqci*. Pardieu ! je le crois bien... un cordon bleu!
— le prince casteui. On cordon bten ! Esl-cc qu’elle appartient à quelque noble chapitre étranger?
— montai (riant). Cher prince, avant son mariage, il fidiah chercher b mMrti'itf au chapitre de la Cuhinirre bonrtfcm$t.
— lk mince . Comment cela ?
— t.i marqct* (riant). Elle était la cuisinière de M. Roupi-Gobillon , qui l'a épousée étant avocat, tir, maintenant la plus embarrassée de ces deux jiersonnes n’est pas celte qui tenait In queue de la poêle.
— MnsTAL (riant) H| reste ce ministre a ceb de bon que, n’aynnl anrnne spécialité, on peut le meure à toute sauce.
— SAuvni-ircK. El lors des discussions, cpmmc ses reparties sont salées, on le réserve pour la bonne booche.
— serpent ink Ça n’empécbe pas qne , s’il bit des brioches , on dira qu’il subit riilfhiruri' (b sa femme.
— rom (d’un ton sentencieux). C'est tout simple: dis-moi qui du gantes , je le dirai qui lu hais, ou bien encore : Comme on connaît les singes, on les adore... (Rire général.)
— le marqua (à Kweii, lui moulraul Dosa). Eli bien! baron, avouez que Rusa rst une fille d'esprit.
— eu en (souriant). Elle bit rire, du moins.
— le marquis. Allons , messieurs , vous êtes de méchantes langues. L'alliance de M. Rotipl-Gobillon avec sa cuisinière est on symbole : reb veut dite, que sous son ministère cliaquc citoyen aura b poule au pot, comme le voulait te bon Henri.
— le arc se sim. El ce M. lloupi Gobi lion a-t-il uurlqiic valeur?
— le marquis. Aucune. Bd esprit de palais, encolure A* cuistre de eollég \ c’est un de ees austères intrigants fenatiqoe* du courage i i v if, courage qui consiste, selon ces las «le polirons liargnenx, à dire et à endurer superbement les injures tes plus grossières , ce qui u’est par lien ni courageux ni civil.
— te major nriowa. Comment cet homme-là est-il devenu ministre?
— le marquis. Demandez cela à M. Labirinte, major -. en sa qualité de député, il fait et défait des ministres ; il doit savoir comment ça ee machine.
— m. labirinte | rougissant et d’un air empesé}. U majorité représentant l’opinion du pays, les chds de celle majorité . ( il lotisse ) de cette majorité... ( Il boit tin verre d'eau.)
— sainte i.crt , Allons donc, mon cher monsieur Labirinte, vous sarei bien qu'il a été rarement question de majorité à propos de M. Roupi- Gobifloii... au contraire.
— m. larihnt*. Je ferai observer à l'honorable pair...
— sainte-luce. Ici, nous sommes tous pairs, monsieur Utbirinfe, pairs devant ces bonnes filles, n’est-cc pas, Ll» risse ?
— Clarisse. Commet) t! pairs de France?
— NAtNTE-iucE. Non, pairs eu joie et en tourne humeur. Mats, pour en revenir à M. RoupMiobillon, il a été ministre par mt procédé trèsingéiiieux : lui et une douzaine d'autres élus du pi-nple rut» f.iH lut jour celte judicieuse réflexion : Les pari» sont tellement stttoli visés, que lappttiul qui constitue une majorité se c<impose an phts ifmie douzaine de voix. Or, devenons...
— montai. . Appoint ?
^ — saintk-lcce Comme vous le dites, Montai: devenons KppoitH, et l'on «cra bien forcé de compter avec nous.
— rac km court. Ou plutôt 1*011 ne pourra compter sans nous.
— LE marquis, üous serons, comme on dit, une ralenr de zéro bleu placée.
— sainte- tuer. Alors nous, fraction imperceptible, nous comtitocrous b majorité; décidant de toutes tes questions, nous aurons large Curée de ri< luailte'» adnrinistrathes; car. pour s’as<urer notre appui, ou sera obligé de prendre yn nuuns nn miuisirr parmi bous. Moi, je suppose, a dit S. Hoiipi-GobUloti à ses confrères, ou plutôt à ses compères, je serai votre fondé de pouvoir, te routotandhaire de rassueutiou politique RoupMùibillou et eompaenie. — Ce qui fut dit fnt fait: les dix eh* serrèrent leurs rangs, et voflà comment M. Rotipi-Gobtihin fnt nitnistre...
— tr marquis. El voilà comment ce pcdisson-l», mari iftmc cuisinière, a été appelé à cnbidir et à empester les conseils de la couronne. Dans quel trni|>s vivons-nous !
— serpentine. Ça doit vous b ife plaisir, Montai, de voir traiter ainsi votre ami intime, lui qui vous avait offert de si Mies ptores iors rlc votre ruine !
— montai.. J’ai tout refusé pour conserver mon indépendance et prut* voir, comme un autre, me moquer de M. Roupi-Gobillon.
— serpe 'Tinr . Ool, vous en moquer, setrfemenl... en ami intime.
— Clarisse. Dites dotte, mon paurrr Monial, c’est pourtant pour singerie marquis qu’un jour tousserez peut-être réduit à demander une petit** place à M. Roitui-Gobillou.
THfinf.SE DUNOYBD
— montât, (piqué mais sc contenant!. En imitant le marquis, j’ai au moins su choisir mou modèle, cl j’ai bien fait les choses, n'csl-ce pas, Bcamvgard?
— i.e h \nyns. lium! Iiurn! comme ça : je n’ai pas toujours été cou- Icui de vous, mon cher! Quand U fallait galamment jeler cent beaux louis d'or parla feindre [tour agir eu gentilhomme, tous jetiez de mauvaise P*™ dix-neuf cent soixante-dix livres en gros sou. Aussi, grâce à celle avaricieuse prodigalité, vous vous êtes ruine en bourgeois, au lieu de vous ruiner en grand seigneur.
— NOKtal (riant d'un air forcé). Vous êtes sévère, marquis,
— clamsse hahlowi. C'est vrai ce que lu dis là, marquis. C'est peutêtre pour cela que Julie a refusé b main de ce feu depenseur de gros sous, comme dit la tante Sativageol. (Elle montre Moulai.)
— anuTAi (piqué). C'est bien vieux, cotte liistoire-là, mon cillant.
— se lU’EsTiMt . Dites donc, est-cc vrai. Monial, que cette bonne Julie vous donnait dix louis par mois, pour vos gants ?
— homal (se contenant, mais irrité) M ,.c liante !
— Clarisse | riant). C’est une calomnie, nue atroce calomnie... Julie était trop avare pour cela.
— moxtal (à îScrpentioe). Ali ! voyez-vous !
— scarcxTiKE. Certainement, maintenant les filles de théâtre ont Moulai pour rien ! il a baissé, il va se rabattre sur les femmes du monde.
— des roches. Si elle se met à parier des femmes du monde, marquis, elle va en dire de belles!
— scRpEXTixE. Tiens, cela me fait penser à l'aventure de la duchesse de Mirepottl.
— bai owcocrt (riant d’un air forcé). Serpentine, prends garde ! il s'agit de ma cousine.
— serk>ti>e. Eh noul il s'agit de la maîtresse du petit Sainval.
— racdricourt . Ça ne l'empêcherait pas d’être ma cousine, mauvaise langue.
— sEhrExnsc. Ta cousine ?... Ah çà ! voyons. Comment l'cntcnds-lu?
— raudricourt. Parbleu, j'en tends que madame la duchesse de .Mirepont est la fille de mon onde.
— semestre. Allons duuc. Elle est fille du général Montforl, tout Paris sait cela. ( \vec une gravité ironique.) Mais je connais les égards qu'on doit aux familles. Ce u'est donc pas comme fille de ta taule, et pas du tout tille de ton malheureux oncle, que j’envisagerai la duchesse, mai* simplement comme maîtresse du petit Sainval, c'est-à-dire ma rivale.
— baudricoury. Allons, la voilà partie. (A part.) Méchante vipère!...
— tAiNTE LOCE. Comment ! ta rivale, Scipcntine? Ah çà! et moi... qui t'aime, qu'esl-ce que je suis doue là-dedans ?
— RERrCKtiHE. Tu cs le rival... de ion rival, voilà tout.
— Mi'Riu court. Avouons que nous sommes bk-n complaisants, je ne veux pas dire plus, de laisser calomnier ainsi les femmes de la société.
— sinrEMOE. Complaisants! calomnier! il est charmant !. qui vient doue nous raconter toutes les médisanc es, tous les propo-, qui se tiennent sur les femmes du monde, si ce n'est vous? Gommait 1rs connaissons nous? Par vous! Ainsi, par exempte, llaudiicourl, comment aurais-je su que la baronne de Elairville te donne des rendez-vous, si lu ne me l’avais dit ?
— facdricourt (furieux, mais se coulenanl). Allons donc, je me moquais de loi, ça u'est pas vrai.
— suriüTiM. Cela est si vrai que lu m’as proposé de me prêter un de se* hnimcts de nuit, m'engageant à m'eu faire' faire de semblables prcc qu'ils étaient d'uu cliarinuul modèle... (Ün rit.) C’est tout simple. Vous aimez à faire de nous vos confidentes, moins pour nous éblouir de vos sucres que parce que vous comptez sur notre indiscrétion. C’est connue Dumoncel, il m’a offert de me donner des lettre* de madame de Scnangcs pour se venger d'elle ; il dit qu'apres l’avoir à moitié ruiné, elle l a quitté pour le beau Dcrfcuii.
— le n.irqcts. El. .. ces lettres, qu’eu dcvais-lu faire ?
— rerpe^tise. Les faire lithographier, et les distribuer à mes amis... Mais je n'ai pas voulu... Pauvre petite madame de Scnangcs! entre boum-s camarades il ne faut pas sc laire de ces trails-là.
— 8AISTB-LICE. Ce que tu dis là e*l absurde. La vicomtesse de Scnnngrs n’a ruiné personne, elle a cinquante mille livres de rente sans compter la fortuite de son mari. La jalousie faifilivaguer Dumoncel.
— Clarisse uarlovve. Il m’a dit, à moi, quelle lui coûtait plu* de trois ccot mille Irancs, sa Scnangcs.
— le »rc de sruda . On ait qu'il lui a fait remeubler son bétel d’une manière splendide.
— rurricocrt. On parle d'un service de table en vermeil de cinquante mille francs.
— i.e mises caste lu. Du moins tout le monde affirme que Dumoncel a vendu pour elle sa leire de Lorraine.
-Miiui-Utt. Mais, cher prince, encore une fois, tout le monde affirme une stupidité : comment dépenser cent mille cens avec une femme du moude qui vil avec sou mari cl qui a eu de tout temps une excellente maison ?
— plusieurs cotnrifis. C est juste, au bit. c’est juste.
— le narqcis (à Ewen de Kcr-Ellin). I) honneur, monsieur, vous allez avoir une singulière iiléc de uolrc société, vous qui arrivez de votre Solitude de Bretagne.
— iwks de rsr-ellio (souriant). Je suis assez malbeiiretix pour uo joger que dàprc* mes impressions, et je vou» avoue qu'à celte heure, malgré tout ce que je viens d'entendre, je sui* encore daus uuc complète ignorance au sujet de b société parisienne.
— seri’Ixtisi. Vous croyez doue que je mens, monsieur le Breton? Vous u êtes pas galant.
— eues de kbr-ellio. Je crois, madame, que vous êtes très-aimable.
— samte-locs. Et vous pourriez ajouter quelquefois Irès-réridique, car c'est une bizarre chose que ce momie, protéc insaisissable, aujourd'hui esclave, demain tyran ; tantôt crédule comme un eufaiii. tantôt calomniateur effronté.
— le prircb caitelu. Ma foi, j’ai toujours vu cl trouvé le monde beaucoup meilleur qu'on ne le dit.
— le HAngus. Mon cher prince, vous ne pouvez pas plus parler de b inécliaocelë du momie qu'Orphéc de h férocité des tigres, ou que dou Juan de b vertu îles femmes .Mais à propo-, de vertu, et I aventure de la duchesse, Serpentine?... Lais*cz-|j dire, BauJricourl, nous uc croirons pas un mol de ce qu'elle va raconter.
— seri extivr. Ai moi non plus, ça me gênera moins. Vont savez qu'avaut le régi te du petit Sainval, la duchesse .Vêlait éprise... an juger, comme vous dites en terme de chasse, île ce gros tambour-major de Prêtai... Tout le inonde peut sc tromper, héla* ! b duchesse m- trompa. Se débarrasser de Pré val u'est pas facile, il est Uorrih'emcnl tenarc, cl si brutal, c|ii'il vous dit froideineul : a Je vous battrai comme plâtre si vous me quittez. »
— le marquis. Et il tient parole ; il a cassé le bras d’une femme de ma connaissance qui lui avait parlé de séparation : il appelle ça demander à I amour des liens indissoluble*...
— le duc de serrv. Vraiment, marquis, un tel sauvage existe?
— le hauous. S'il existe, je le crois bien, pardieu ! Il avait dit à cette femme : Je vous aime beaucoup, je vous serai très-fidèle mal* si vous me troni|H-z, mais si vous me quittez, je vous battrai à outrance : car la passion ne raisonne pas. Or, comme e est une espèce de taureau, la |u livre femme a eu une peur horrible, clic a hésité longtemps à le quitter, mais à b fiu...
— serpe sms. Vous jugez, d'après ça, combien la duchesse avait hâte de sc défaire d'un tel animal. Heureusement elle sc souvint de b comtesse de Survillc, sa plus mortelle ennemie, avec qui elle avait conservé quelques relu lions amicales, afin d’être toujours à portée de lui faire une noirceur, ce qu’une brouille complète u 'aurait pas permis. Elle s’cit rapprocha donc.
— des ruches. Voilà une femme de prévision.
— 8EiirE>Ti>E. Madame de Surville se liut sur ses gardes, mais I ■ duchesse est line. Madame de Survillc avait une nièce à marier. La duchesse sc mit à lui parler sans cesse de celle nièce, lui disant qa’ele avait un excellent parti pour elle... Enliu, elle lui proposa... Devinez qui?.., M ntal ! C’était atroce !
— noktal. Moi? quelle plaisanterie! v
— serpextise. Vous n’en avez, rien su? mais cela est ainsi, du moins selon le récil du petit Sainval : ch Tchez-lui querelle si vous voulez, je cite mes auleuis. A celte pioposilîon de b duchesse, madame de Surville se dit : Je te devine: lu inc hais, lu voudrai* faire le malheur de ma nièce eu b mariant à Montai. C’était pour celle scélératesse que tu voulais le rapprocher de moi ; je ne serai pas la diijie. La duchesse avait frappé juste; en éveilbnt b déliance de madame ae Survillc à I endroit de sa nièce, elle l'empêchait de songer à sc garaulir du Préval, dont elle voulait l'empêtrer.
— le pRtncE castelli. Peste ! quelle tncticienne consommée !
— le major browv. Celle fausse attaque est très— habile.
— REBPEXTisE. La duchesse, prenant alors son air lionne femme, se met peu à peu en confiance avec madame de Surville, et finit par lui avouer sa passion pour Préval, le plu* charmant, le plus délicat, le plia tendre des amants; ajoutant qu’elle serait la plus infortnnéc des femmes s’il l'abandonnait jamais. Je te tiens, pensa madame de Survillc; lu as voulu me frapper dans ma nièce, moi je te lrappcrai dam ton charmant Préval!,.. Et, b sotte aveugle, de coquelet ouvertement avec ce goliath !
— des roches. Ah! Li malheureuse!
— serpextise . Vous voyez d'ici la joie de la duchesse ; de son côté* clic s était étudiée à se rendre insupportable à Préval. 11 s'agit de porter 1rs derniers coups. Un matin elle arrive chez madame de Survillc, fondant en larmes, lui disant qu'elle s'est aperçue de son Lion vouloir pour Préval ; qu'elle s’adresse a son coeur, a sa générosité, car l'infidélité tic Préval b tuerait. Ceci décide madame de Survillc à tuer iniinéilcileinenl b duchesse, s’il est possible; elle redouble d’agaceries cuver* Préval ; il en profile, et un beau joor madame de SnrviPc se trouve bel et bien empêtrée du sauvage. S’apercevoir de b valeur de sou choix, en enrager, reconnaître la perfidie de la duchesse et lui vouer une haine de femme, ce fut tout un jHKir ni.nl.mie de Survillc. Aussi b duchesse disaii-dle à tout le iimude de son petit air candide et étonné : Mon Dieu, je ne sait pas ce que celte pauvre madame de Survillc a contre moi, elle me lance d<i regard* foudroyants depuis qu'elle est bien avec M. de Préval ; on dr* rail que c’est de ma faute .'
— des r ocdes. C’est charmant!
— rerfe*tire. Ce n'est pas tout : madame de Surville, furieuse, a voulu
THÉRKSK ÜUINOYER,
SI
rompre avec Préva] : mais celui-ci. cil manière d'allégorie sans doute, lui a rompu un doigt pour commencer. Voilà pourquoi Ta porte de madame do Mm db «si fermée depuis trois semaines; or, ( omme Préval est à cette heure parfaitement ébruité, elle ne trouvera d'ici lougtcinps personne pour Ton débarrasser.
— s aime -L ice. Il faudra qu’elle attcmle loucasiou de quelque innocente étrangère.
— raidricomt (tre— plqué|. Bail ! bah 5 c'est un conte Tait à plaisir sur nu cousine : Serpentine est si méchante !
— u marquis. Ma foi ! mon cher, si cela n'est pas vrai, c'est dommage; mais tout à l'Iieiire, quand les gens auront desservi, je vous raconterai une histoire conjugale qui vaut au moins celle de Serpentine.
— KCRPEMUd A propos de mariage, sais-tu liicu, mon citer marquis, ■ qu'il n’y a pas un homme au monde qui porte I hyménéc aussi bin que j toi? Kl pourtant Ui as donné des inquiétudes, de' grandes inquiétudes à | tes amis.
— t.onn fiti-uerlalo. Le faites!, cher marquis, que votre mariage a été
I ienJant quinze jours le sujet de toutes les cotivi rsilion*. Alors j’éiai- à -ondres, ç’a été un événement. Il y a eu chez i rokfurd jusqu à trois mille guiuées engagées contre ce bruit, qu'on dbstU faux.
— lc wikce cabtclli. Moi, j'étais à Milan, l'on ne pariait que de cela. Le marquis de Busmregard se marie, disaient les femmes ; puisse noire sexe être eufiu vengé! lar, je ne vous le cacite pas, marquis, en Italie sou-, avez à la fois la plus détestable et la plus admirable réputation.
— kaiste-luce . Le mariage! le mariage! ali ! c'est l’écueil «les gens à bonnes fortunes. Pour eux, il n'y a pa-, à hésiter; il faut qu'ils (rompent ou qu'ils soient trompés !
— lc marquis. Que préféreriez-vous, mon cher, être liompeur ou trompé ?
— SAiMi-u'cc. Ma foi, c’est embarrassant, car les deux alternatives eut leurs ebarmes pour un homme marié...
— Clarisse. Leurs charnus?
— SAOTI-icce. Sans doute : s'il est trompé, il peut être sublime de générosité : s'il trompe, rien de plus amusant que les iufklélilés.
— le marquis. A propos de cela, mossieui s, voici une question à résoudre. Une femme a un amant...
■ — serpchtise. Oh ! que c'est commun!
— le marquis. F.lle lui est fidèle.
— sCErcMiftc. C’est encore plus commun.
— lc marquis. Lequel de l'ancien ou du nouvel amant a la positiou la plus datu-usé !
— racdricouit. Cela n’est pas discutable : le nouveau, sans contredit le nouveau!
— homal. Non, l'ancien... l’ancien !
— le major caowit. Comment, l’ancien?... celui que l'on quitte?
— momal. Sans doute : le nouveau ne fait que succéder, et c'est humiliant, vu qu'il ifcn est pas de l'amour d'une femme comme de la noblesse... dont l'éclat augmente à chaque nouveau quartier.
— «aime-ldci. .Mais on est quitté, c’est blessant.
— momal. Mais on a été aimé le premier! mais ou a eu la première, b One fleur de l'amour.
— le marquis. Comme on voit que ce diable de Montai est habitué au triomphe du délaissement! Mais, pardieu! messieurs, nous pouvons à l'heure même éclaircir cette question.
— tocs. Comment, comment?
— le marquis. Deux de nous sont justement dans celle position-là ; l’un a été sacritlé à l'autre. Examinons les faits, et nous irons aux voix. (Tous les convives se regardent d'un air étonné; M. Labirinte essuie la sueur qui lui vient au front.)
— RKRrcMisc. Et qui sont ces deux-là?
«— lc marquis (l iant). Des Roches... et M. Labiriule.
— des iiociie* (surmontant une vive émotion). Ali çà ! et que suis-je, marquis? trompé ou préféré? (A part.) Que veut-il dire?... Ses plaisanteries «le ce matin, rembarras de M. Labirinte...
— le marquis. Hélas ! mon pauvre Des Roches, rendez grâce à Monial d’avoir souteuu celle thèse : «pic l’amant trahi doit se consoler en songeant qu'a près tout son successeur n’est... que son successeur. Cela vous sauve.
— hes roches (avec une feinte insouciance). Puis-je au moins savoir auprès de qui M. Labirinte m’a supplanté?
— le marquis (tirant une lettre «le sa poche et la jetant à Des Roches). Auprès de la femme à nui vous écriviez ees douceurs, mon cher !
— des roches (regardant l'écriture). (A part.) Une de rues lettres à sa femme . . Il savait tout, c’est un duel... 11 va éclater tout à l’heure... (Haut et avec fermeté.) Je connais celle écriture, marquis. Que dois-je taire dans cette chrruiiMaiice? (Etonnement des convives.)
— le marquis. Ma foi, mon pauvre Des Rouîtes, moi, à votre place, je serais très-philosophe. Nous avons tous nos jours de revers et uos jours de triomphe.
— 8CRPCMI5C (riant anx éd iis). Dieu ! que ce serait drôle si b mystérieuse inconnue de M. Labirinte était b maîtresse de Des Roches! {Elle rit encore.)
— Clarisse. M. Labirinte réussissant auprès de la maltresse de Des Roches, grâce aux conseils de Dus Rouîtes ! (BHe rit.)
— le marquis (riant). C'est très-possible.
— des roches. (A part ) Quel sang-froid! Où veut-il en venir?
— saims-ldle (bas à tlnudricom i). Des Roc lies a pâli ; il y a quelque chose de grave sous celte plaisanterie.
— ls marquis (à M. LabiriitU'). Et vous, mou cher monsieur Labirinte, connaisse /-vous ceci? (li lui jette une lettre.)
— - labuiktb (parcourant celle lelire machinalement). (A part.) Jeu étais sùr... Une de nies lettres à sa femme... Je sois perdu... Je suis entre l'enclume et le marteau ; d'un côté Des Hmiio, de l’autre le marquis; et ce malin il a tué le colonel hollcr !... (Haut avec embarras.) Mais je... je... oc reconnais pas absolument l'écriture...
— le marquis. Begaidez doue bien, mou cher monsieur Labiriule.
— skrpk.xtim. Ab çà! voyous, marquis, parle vile. Ça promet d'être très-drôle. Dis-nous le nom île b lènuiie. Ça doit être l 'inconnue de M .Labiriuie ; il faut que ça soit elle...
— des roches (vivement et avec auxiélé). De grâce, marquis, pas nu mot de plus!
— le marquis Igaiemeuli. Comment! ce jeune doctrinaire u’esi-il pas votre élève eu séduction ! Ses succès sont les vôtres, mon cher.
— des roches tavec fermeté). Je uc veux éln» le jouet de personne, Bcaurcgard : cette avcuiure est ridicule pour moi, je vous prie du cesser celle plaisanterie.
— le marquis i gaiement . Allons donc !... Vous b prendrez à mefveille, j en suis srtr. Messieurs, vous allez voir M. Luluriule se révéler sous un jour tout nouveau ! Jusqu’à présent, ou lie le connaissait que comme nomme d'Etat... le dou Juan va sortir du la petite lettre que voici...
— laruiime {tâchant de rire et de prendre sou sang-froid). Je demande la clôture, ah! ah ! ah !. . la clôture... et le scrutin secret... ali! ah !... Je ue mets aucun amour-propre à ccs bdaises... (A part.) Je n’ai pas une goutte de sang daus les veines. Quels regards iuc boue Des Roches !
— lc marque. M. Labirinte e-l généreux ; il veut ménager ton amourpropre de professeur, mou pauvre Des Roches, mais je ue l'imiterai pas...
— m. LAJiRiMC (à part). Cet infernal marquis veut encore irriter le capitaine contre moi. (Haut.) Je m’empresse de constater les brillantes qualités de M. le capitaine Des Roches. Je m'empresse de déularet que, si je |«arais avoir abusé des coiL-eils qu'il m'a douués.-.
— des roches (durement). Epargnez -moi vos empressements et vos éloges, monsieur. {Au marquis ) Encore une Fois, marquis (avec intention), pui.-que je ne puis que vous supplier... je vous eu supplie, cessez celle plaisa literie.
— le marquis. Il n’y a rien de plus bourgeois que vos susceptibilités, mon cher ! \ ous devenez sombre comme b nuit, parce que M. Ubirinie (d'un ton comiquement emphatique) vous a coupé sous le pied le myrte que vous vouliez mêler à vos lauriers africains.
— des roches (avec colère). Marquis, encore une fois, c’est assez.
— le marqurs (riant). Yruiiucui, mon cher, vous vous fâchez, c'est curieux ! (Des Roches baisse la tête sans répondre.)
— des roches ià part). Je l'ai outragé, je suis à sa merci.
— le marquis. Or, voici dans quels termes l'infidèle s’exprime sur notre malheureux Bédouin, (l e marquis lisant.) « Je serai franche, mon « Fortuné... m Vous saurez «pie M. Labiriule s’appelle Fortuné.
— SBRFEMtsE. Il en a joliment l'air.
— lc marquis (lisant). « Oui, mon Fortuné, j’ai aimé, ou plutôt j’ai «« cru aimer M. Des Huches. »
— des roches (à part). Tins de doute, Dolorès me trompait iiuligncment avec ce niais... et moi-méme... j’ai... Ali ! être ainsi raillé à lu face de tous, c’est odieux ! Quel diabolique sang-froid a Beauregaid ! (Haut et tâchant de rire.) Ma loi, vous avez raison, marquis, il faut s'exécuter de bonne grâce. Messieurs, je me reconnais vaincu par H. Labirinte. Ce qui me console, c'est qu'il a trop bien profilé de mes leçons.
— le marquis. Bravo, Des Roches ! voilà comme il faut être. Je comprends : « J ai cru aimer Al. Des Roches, je me trompais : c'était le rêve « de l'amour, celait un songe de mon cœur. Toi seul, mon Fortune, en « me doimaiit les prémices de ton cœur, tu devais nie (aire connaître a b réalité de ce sentiment... a Hein ! Qui diable irait s'imaginer qu’entre Al. Labirinte et Des Rocbes, qu'eut re un capitaine de spahis et an député doctriuairc, il y a une dillérence du songe à b réalité ? Mais, attention, messieurs! c'est là où va sc développer l'aüocc machiavélisme de notre jeune représentant de... je ne sais pas de quel collège...
— m. LABiRiMc (tâchant de rire). Monsieur, l'homme politique disparaît complètement ici devant l’homme privé, ah ! ah ! ah ! et, si vous m’en croyez, I homme privé disparaîtra aussi complètement.
— te marquis. Nous n acceptons pas celte distinction d'homiuc politique cl d homme privé, mon digne Solon ! Vous êtes revétn «Fini caractère indélébile, monsieur Labirinte ! vous êtes député partout, député toujours; vous représentez en tout et pour tout vos électeurs ; ils agissent en votre personne : vous vous les êtes incarné* ! C est ça qui rend la position de ce pauvre Des Roches si désagréable. C'est absolument comme s’il avait été trompé... par tout un collège électoral.
— sbrpittim { rianti. Il n’y a que le marquis pour avoir des idées pareilles. Aiitei, à ton compte, les électeurs de Al. Labirinte seraient censés avoir partagé la félicité de...
— lc marquis. De leur mandataire ! Certainement. Voilà ce que c'cst
THÉRÈSE DUNOYKR.
que le gouvernement représentatif. (A Saiatr-l/Oce.) N’est-ee pas, noble pair?
— saihtc-luce. Ce serait une nouvelle théorie îles droits de l'homme.
— te marqiis (à part). GomjR... U tint jouer mon rôle jusqu’au boni.
I ! liant.) Je roui inné : « O mon Fortuné ! lu devais me faire connaître la « réalité de ce sentiment. Au lieu de me taire au sujet de l'erreur de mon « imagination, je l’en parlerai pour m'accuser, pour me maudire mni- « même, non d avoir pu te préférer N. Des Hoches, puisque je n'ai en le « Iwmhcur île le rencontrer qu 'après lui sur la terre, mais pour m'ac cuti M*r de n'avoir pas deviné que tu existais. Fortuné ! » C'est juste, les plus simples lois de la nature devaient lui dire qu'il ciblait quelque pari un M. Fortuné Labirinle.
— smustm. C'est très-gentiment écrit. Y a-t-il de l'orthographe?
— ta marquis. U y a l'orthographe... du cœnr. Je cootitiue : « Oacs- « lu bien être jaloui, vilain méchant ? Ne voK-iu pas que si je reçois ! « toujours cet insupportable Des Hoches, comme par le passé, c'est pour « ne pas éveiller les soupçons par une trop brusque rupture? Peux -lu « croire que depuis que je t’ai vu, loi dont j’ai eu le premier amoor, loi « si doux et si tendre, je te compare seulement à ce lier-u-bms couleur « de buis... » C.eei est souligné, messieurs, a à ce fier-à-bras couleur de a huis qui a autant de coût création que son cheval, comme tu dis si « malignement dans b lettre .. »
— aies roches i furieux, mais se contenant) . Je au» enchanté, M. Labi- Hiite, de fournir quelques traits à >olre serve comique ! Peut-être vous donnerai-je plus tard un autre genre d'inspiration.
— laruiste (très-lroubléj . Monsieur, je vous assure... une simple plaisanterie... une mauvaise plaisanterie. (A part.) Le marquis a juré de me foire égorger.
— as* nocuii (à labirinle). Monsieur, nous reprendrons cette conversation. (A pait.i Me voici la fable de tout Paris.
— miiEins convives. Allons donc. Des Hoches, comme vous le dit M. Labiiinte, ce n’est qu’une mauvaise plaisanterie.
— Clarisse (riant i. Ce pauvre Des Hocîies qnl euseigne fart d'aimer à son rival ! Ah ! ah ! ah !
— KispiSTtsi Supplanté... joué... par M. Labirinle !...
— ces roches (à part . Maudites vipères ! elles vont répandre partout celle sotte aventure : mais, en attendant le cartel du marquis, Je casserai du moins quelque membre à cet imbécile. (Haut., 1 Monsieur Labirinle, avec-vous écrit la lettre que lit monsieur de Beauregard ?
— LABUI5TE pTun ton parlementaire). Monsieur... eu tout cas, celte lettre serait confidentielle... et nuBetnenl officielle, cl je proteste...
— des roches. Avez-vous écrit celle lettre, oui ou uon ?
— tous les couvons. Des Roches laisse* doue! vous êtes fou !
— le mscE Castelli . Il n’y a pas là -dedans le moindre sérieux. Lcmar-. quis a voulu plaisanter.
— . des roches (ne se possédant plus). Messieurs, on est soi-même le seul juge de ces questions-là ; je dirai donc à M. La hu lule qu'officielle ou confideulieUc, l.i lettre qu'il a écrite est celle d'uu sot et d'un impertinent.
— tocs. De* Roches ! Des Roches !
— uinsTt» (riant aux éclats). Ça se colore, c'est heureux. Ça devenait horriblement terne !
— des roches (se levant!. Monsieur Ubiriute, je vous répète que vous êtes un sot et un impertinent!
— ladirirte (se levant, d'un ton parlementaire) . Monsieur !... ce que vous dites là n est pas exact ! Je n'accepte pas et je vous renvoie ce* assertions erronées, que je m'abstiendrai de qualifier...
— des aoctiEs (se levant et le menaçant). Je saurai bien vous faire accepter autre chose !
— rtisiEu*8 cortites (s'interposant). Des Roches, assey ez-vous donc ! cela n'a pas le sens commun.
— lamrirte (élevant la voix). Il ne fout pas croire m Intimider arec vos grands bras, monsieur !
— des tocnxs (avec rage, au marquis). Me mellre face à foce avec un tel adversaire ! quand je l'aurai tué, je n'aurai qu'un ridicule de pins. Ah ! Beauregard, vous vous vengez cruellement.
— le marquis (à parti . Je le sais bien.
— labirirte là parti. Ridicule... quand il m'aura tué... C’est un tigre que ce marquis ! ( Haut à Des Roches d’un ton majestueux et de plus cil plus parlementaire.) Monsieur, on ne lue pas un élu de la nation comme on fait nnc razzia! Un député n'est pas un Bédouin, monsieur!
— des roches (furieux). Mille tonnerres! vous m'avez insulté : vous vous battrez, ou vous dire* pourquoi !
— URIU5TE (redoublant de dignité). Eh bien ! oui, monsieur, je vous dirai pourquoi . . . je ne me bals pas 1 Apprenez, monsieur, que pendaut la session je ne puis disposer de moi. J appartiens à mes commettants, monsieur ! Je représente d'immenses intérêts agricoles , vinicoles , politiques, maritimes et commerciaux, monsieur.' Et d’ailleurs, ainti que l’a dit à la tribune un célèbre jurisconsulte, le duel est une coutume sauvage et barbare qui...
— ots roches (le menaç int). fous ne sommes pas ici à la chambre, mon petit phra-cur!
— LABiaisTi (avec emphase), fous sommes en France, monsieur, et e est à Li I rance que je dois Compte de mon existence politique; or, comme Mon exblcnre publique se trouve étroitement lice à mou exis-
tence proprement dite, je do» à mes commettants de décliner votre proposition, monsieur, et je la décline !
— des roches (exaspéré). Eh bien ! je donnerai des coups de canttc à votre existence proprement dite !
— tous les cosvivis. Des Roches, vous perdez b télé, vous êtes font calmez-vous !
— LAiiHixTi (criant plus fort). Je brave votre menace, monsieur! Pidèlc aux devoirs que le pays m'impose, voulant accomplir mon mandat jusqu'au bout, j'aurai le emiraso...
— sebfertoe (riant aux éclats!. D’être potiron! Bravo! Lahirinte. Honneur à Libii iule ! Je demande qu’on boive à Labirinle ; je demande qu'on lui décerne une couronne civique... en poil de lapin!
— HEtunui. Vu le proverbe: Poltron comme un lièvre!
( Le* toi hui de De* Hoche» lichen» de te contenir L'agitation e»! à ton comble.
Le raarqui* seul ert riant et moqueur.)
— des roches lavée une fureur concentrée). Voi» le voyc*, Beauregard, cet homme m’a bafoué ; s’il me refuse satisfaction, je reste avec mou insulte; si je le force à se battre, la belle affaire ! D'une façou ou d'une autre, je suis h risée de Paris. Celte |H»ition est atroce, monsieur, et c'est vous qui nie l'avez faite !
— le MARuns (gaiement). Moi? moi? Ah çà! mon pauvre Des Roches, d'honneur, vous ne m'en accusez pas sérieusement ? Vous êtes de trop bon godt pour cela.
— des roches (à part). C’est à devenir fou ! Trompé par celte femme, joué par cet Imbécile, rallié par le marquis, partout du ridicule, partout : et ne pouvoir provoquer Beau regard !
— SAim-LVC* «sérieusement). Messieurs, un mot. Toute la questiou doit se résumer eu ceci : La femme, cause de ce débat, vaut-elle, oui ou non, la peine qu’on se coupe la gorge pour elle?
— tous. Oui, oui, c’est cela, c’est juste.
— u marquis (à part). Ce dernier coup me manquait... Courage!
— sairte-lcce. D’après la légèreté avec laquelle le marquis a racouté celte auccdole, d'apres quelques lignes de la lettre qu'il nous a lue. il est évident que la femme dont il s’agit ne mérite pas l'attachement sérieux d'uu galant homme. Or Des Roches et M. Labirinle n’ont pas autre chose à faire que de mépriser celle créature et de rire de leur rivalité.
— MUTAI» C’est juste; Saiule-Lucc a parfoitenieul raison.
— le duc de ssrda. Il est des femmes pour lesquelles on ne sc bal pas.
— le frim e castelu. Ce* Icmmevlà ne nous quittent pas, elle» nous débarrassent .
— le major. El c'est le dentier tenant qui est dupe, comme dans l'histoire de Serpent lut.
— lord mz-HEiiALD. Or je trouve M. Labirinle fort à plaindre.
— raudricoubt (rLml). L'est vrai! Voyous, Des Roches, vous devez des reiiierdmcuts à M. Labirinle; je dirai même des excuses. Ne se dévouait-il pas pour vous en vous enlevant cette femme? Allons, mon cher, les moyens ne soûl rieu; il faut voir la lin.
— l* marquis (à part» . Oh ! mon courage ! soulieus-moi jusqu'au bout! On dirait qu un nuage de sang me passe devant les yeux.
— Tu os. Parlez, parlez, marquis ! Le uoiu de la femme !
— i.e marquis jouant négligemment avec son cure-dent 1. Celte femme! Je vais bien vous étonner, ou peut-être ne pas vous étonner du tout.
— tous. Voyons ! dites donc, marquis? le nom ! le nom !
— des MCI B* (à part). Il n'oserait ! Il m'épouvante !
— nerfertise. Tu uous fois mourir d'impatience. Celle femme, c’est uue des nôtres?
— le marquis. Pas encore.... mais, quant à présent. ... c’est nnc trèsgrau Je dame.
— sertemim . line femme mariée? une femme du inonde?
— le MAiiQUS. Pardieu ! je le crois bien. Une femme mariée, uue fcituue du meilleur monde ; dix-huit ans à peine, jolie comme un ange ; avec cela, audacieuse et dissimulée, fine et pcrtidc; une perfection diabolique.
— serfertire. El H y a un mari?
— le MARQns. Certainement, il y a un mari; je le connais beaucoup, c'est un galant homme, fort au-dessus des petites misères de la vie humaine, et oui serait, pardieu ! aussi insouciant que moi des légèretés de sa femme. Du reste, homme d’assez de cœur pour qu’ou oc le soupçonne pas de faiblesse, homme d'assez d’esprit pour parler de sa mésaventure comme d'autre chose, sans fiel ni nneuuc. Et, au fait, à sa place, moi, je dirais : Après tout, celte chère enfant n'est-ellc pas dans l'âge des amours? moi, mari, ai-je le droit de me plaindre? montre-t-elle quelque préférence pour scs amants? Non, elle leur est aussi infidèle qu a moi. Pauvre ange ! u'e-l-ce pas de sa part une attention délicate que de mettre ainsi mou amour-propre à couvert?
— tous. Mais le nom... le nom?...
— SKRpEHTHiE. Dis donc vite, marquis ; tu nous fa» languir. Voyons, le nom de la femme. .
— le marquis. EU bien ! . .. c’est madame la marquise de Beauregard, née Dokirès l'ablo, ma femme! (loi plupart des convives se lèvent avec stupeur. la* marquis, resté assis, vide Icnlcmeut sou verre, et, s'adressant à M. Florès) : Oui, votre cousine Dolorita; vous direz ça de ma part à Finca, l'excellent beau-père Patio. (Regardant les convives d’un air surpris.) Ab çà ! quavçz-vous ? quelles ligures renversées ! Comment,
THÉRÈSE DUNüYKR.
tous voilà («mis consternés parce que la msillresse.... de ce pauvre De* Boches lui a fait des infidélités en bveur de N. Lalnrmte!
— em en pb ich IIUO ( à demi-voix, au marquis ). Monsieur, je suis voire témoin, si voua le voulez ?
— le maiqlu i toujours ax*U). Mou témoin ‘l D abord, je voua remercie tle voire offre, baron : nui» pourquoi faire, mou témoin ? je uc suis pour rien là-detbns... moi!.. C'est, à celle heure, une a flaire à régler outre notre Solon et Des floches ; <;» ne me regarde plus., nus droits sont subrogés à Des Roches, comme din-ul les procureurs. Main tenant , ces messieurs connaissent le nom de la femme ; c'est à eux de décider si elle vaut b peine qu'on se coupe b gorge pour elle. Quant à moi, si j'étais à b place de Des Roclu>, ma foi, je me contenterais de casser quelque membre à M. Labirinle. Mais... si nous prenions le cale, et si nous partions d’autre chose’ Donne-moi à boire de ta jolie main blanche, serpentine 7 J’espère que mon histoire vaut bien celle de la duchesse de MrcpOflt !
( Kn dùaol tes tuuU, le marquis a >«nné ; las feus vienocat pour servir le e»k ; I on se lève do table et l'on passe au talon Cette «cène • été lrlh*m« ni inaUr-nduc . elle est l> lli-inaul cmbarraaaaule pour loua les *per tuteur», file e*l *i en dehora des liens communs et îles phrases banales, que les convive*, *iU ucieux et consterné», K hantent à pone quelques parole*. Le marqué, t*l de trop bon goùl, il souffre lmp lui-mt-iuc, tinfgrj son apparente insouciance, pour prolonger davantage cette situation embarrassante pour tous. )
— l* mabquu (avec noblesse et gaieté). Ab çà ! messieurs, il est bien entendu que celle aventure est trop originale et que les masques en sont trop connus pour être Icnue secréte;.,, ça va défrayer les causeries du ttoüde pendant au moins huit grands jours. Je vous recommande donc b plus extrême indiscrétion... Oui, séricusesnout... El je vous sais trop de me* amis pour avoir besoin de vous prier de m'avertir, dan?, le cas où quelqu'un se permettrait d'attaquer, sous quelque point de vue que «* soit, ou ma conduite, ou mon caractère eu cette circonstance... C est pour ccb qu’eucore une fois je vous recommande b plus grande kidivcrétiou. (Tous sorleol.)