CHAPITRE XXI
Vengeance.
Lorsque Thérèse avait pris le parti désespéré <f écrire à M. de Ker- Ellio et de lui avouer si audacieusemeiit sou amour pour M. de Moulai, 1a malheureuse lille était perdue. La veille, apres son entretien avec son père, elle était allée se renfermer chez elle. Le soir, M . et madame Dunoyer, pour b punir, avaient arrangé une partie de spectacle avec Clé— meniiiie et mis» Uubcrl. Thérèse profita de celle sorte de liberté pour monter chez le comte, qui l'altcuJuil. Abusant de b continuée, des craintes, de l'exaltation, du désespoir cl de l'amour aveugle de la malheureuse bile, M. de Montai b déshouora. Si Li conduite de cet homme n'avait pas été dictée pur b plus basse cupidité, par le plus ignoble calcul, ou aurait pu peut-être l'excuser, en songeant qu’il était (ermemen! décidé à épouser Thérèse ; nuis celte résolution même prenait sa source dans un sentiment si misérable, qu elle u'alléuuait eu rien le crime du comte.
Le lendemain du départ de M. de Ker-Ellio, départ dont M. Duuoycr n était pas encore instruit, ayant ai tendu le barou la veille toute la soirée et n'ayant pas encore reçu sa lettre, le lendemain du départ de M. de Ker-Ellio, disons-nous, Thérèse, laissant sortir seule vlémenliuc et miss liubert, se rendit chez M. de Montai à Iruis heures, ainsi qu elle en était cou venue avec lui. Le comte la reçut à genoux, avec les protestations d’une fidélité étemelle, de la tendresse la plus vive, de l'amour le plu* ardent .
— Nous sommes sauvés, Edouard. O b m’a bien coûté, mais maintenant mon père ne s’opposera plus à noire mariage, s’écria-t elle en seje tant dans les bras de M. de Montai eu fondant eu larmes. — Que dis-lu, ma Thérèse? — Hier, après vous avoir quitté, j’ai écrit à M. de Ker-EI- Jio de venir me trouver. Rosalie lui a porté ma lettre, cl elle l’a amené Ici. — Ici, Thérèse ? Que dis-tu, comment, ici?— Oui... ici... chez vous, — El pourquoi? — Pour dire à cel homme que j'étais à vous; maintenant croyez-vous que M. de Ker-Ellio veuille encore m’épouser? — Tu as fait cela, noble et courageuse femme * s'écria M. de Moulai eu se incitant de nouveau aux genoux de Thérèse: et qu’a— t— «1 répondu? — Il a pu à peine balbutier quelques parole», il était atterré. Je lui ai reproché son manque de parole et de foi envers vous et scs basses menées pour forcer mon pere à lui donner ma main. — Tu as fait eda, ma Thérèse ? je n'en reviens pas. — Mon pere. ayaul un iulérèt à m'obliger d’épouser M. de Ker-Ellio. pouvait dre intraitable pour notre mariage ; mais si M. de Ker-Eliin refuse, pour quel motif mon père nous refuserait-il son consentement, puisqu il ue demande qu'à se débarrasser de moi ? Ce sont ses mots, Edouard... mais il n importe, je préfère n'avoir jusqu'ici été aimée de personne, j’en suis plus heureuse, plus reconnaissante encore de votre amour, — Ange de toute ma vie... Oh ! lu verras qoe je le reudrai tout le bonheur dont lu a* été privée depuis ton enfonce. Comme toi, je ne doute pas que ton courageux aveu oc rende désormais les prétentions de M. de Ker-Ellio impossibles... il *'cst conduit déloyalement en agissant auprès de ton père malgré sa parole. C'est nue juste punition. Aussi, mon adorée, sitôt que nous serons sûr» du désistement de mou cousin, nous aborderons franchement b question avec
ton père Maintenant tu es à moi, lu es ma femme , et il faudra
bien...
A ce moment, on frappa violcmmeut à la porte du palier.
— Je suis perdue! s'écria Thérèse avec effroi. — Diable ! c’cst plus tôt que je ne le pensais ! se dit M. de Montai ; mais, au bit, sa présence ici suOira.
l'uis, prenant un air effrayé, il s'écria :
— Grand Dieu! qu'cst-ce que c'est? — AI»! ie me sens mourir, dit Tliérèse en se serrant contre M. de Munlal. Hier, j'ai bravé la bonté, parce que cela nous sauvait : mais aujourd'hui... oh ! ce serait la boute pour la boute... — C’est la voix de tou père, dit tout à coup M. de Montai eu écoutant. — Mou Dieu! ayez pitié de moi, il va me tuer, murmura Tliérèse.
Le comte ouvrit b porte de b chambre à coucher. L’on entendit alors distinctement une sorte de tumulte sur l'escalier, et M. Achille Dunoyer qui criait en ébranlant b porte :
— Ouvrez, mousieur de Montai, ouvrez, sinon je fois sauter U porte! —El aucune issue... aucune! disait le comte en feignant le désespoir. — Edouard, sauvez-moi, sauvez-raoi! s'écria la malheureuse tille eu se traînant à genoux. — Messieurs, je vous prends tous a témoin que M. de Montai est enfermé avec mademoiselle Thérèse, qu’il refuse de m’ouvrir, et qu’il me force d'enfoncer b porte... Joseph... enfoncez. — Oui... oui... enfoncez b porte. Joseph ! répétèrent en chœur des voix grossières mêlées de rires, de huée» et de siuleis.
Un violent coup de masse ébranla la porte. Thérèse, éperdue, en songeant à l'horrible publicité de sa houle, aima mieux mourir. D un bond elle courut à une croisée, l'ouvrit, et il fallut tons les efforts de M . du Montai pour maintenir sa violente rétfciaucc et l'empocher de su préci-
piler par la fenêtre. A ce moment la porte tombait avec fracas. L'on jiut voir sur le palier et sur les marches de l’escalier un grand nombre de voisins et de domestiques attirés par le bruit do cette scène, que M. Achille voulait rendre la plus scandaleuse possible.
— Messieurs, s'écria-t-il, triomphant d'une affreuse joie, en se retournant devant les gens nui Raccompagnaient et en montrant Thérèse pâle, défaillante, presque évanouie dans les bras de M. de Montai; mes* sieurs, vous êtes témoins que mademoiselle Thérèse était renfermée ici avec son amant... comme je vous l’avais dit... mais vous verrez tout à l’heure autre chose... Ce sera le départ de cette misérable que je vais mettre à b porte de chez moi... Si vous êtes curieux, attendez... un moment... j’ai ik dire deux mots à M. le comté de Monial, à cet habile séducteur
De nouveaux cris, de nouvelles huées poussés par la valetaille qui se pres^it sur l’escalier, accueillirent ces mots de M. Achille. Le comte s était hâté de transporter Thérèse dans sa chambre à coucher. Le banquier ferma la seconde porte de l'antichambre pour arrêter les curieux, et eulra dans la pièce où s«e trouvaient Thérèse et M. de Montai, rendant uu moment, ces trois personnages gardèrent le silence. M. Achille Du noyer, contemplant Thérèse avec une satisfaction cruelle, se frottait les mains en jetant à M. de Monial un regard ironique. Thérèse, pâle comme une morte, les cheveux en désordre, assise «Luis un fauteuil, «•orrait couvuMvement dans scs deux mains une des mains de M. de Moutal. qui se tenait debout près d’elle; b malheureuse lui disait d une voix entrecoupée : — Ne me quittez pas,., . ne me quittez pas.
Le comte possédait seul son sang-froid ail tenait le (il de celte scène, qu'il avait ménagée. Oui, un billet anonyme, écrit par lui et remis le matin même au banquier, l'avertissait que sa fille avait presque chaque jour des rendez-vous avec M .de Moulai dans un petit appartement du quatrième étage; U moindre surveillance permettrait de s’assurer delà vérité du fait. M. Dunoyer, à trois taures, vit sortir miss Hubert et Clémentine la gouvernante lui dit que mademoiselle Thérèse, étant un peu indisposée, avait préféré rester chez elle. Le banquier s’embusqua sur le palier du deuxieme étage, entendit Thérèse ouvrir sa porte, et b vit monter chez le comte. Aussitôt il appela ses gens pour enfoncer la porte. Le but de cette nouvelle infamie de M. de Moutal était fort simple : il voulait se faire surprendre avec Thérèse pour forcer la famille de sa Victime à b lui donner eu mariage. La haine de M. Dunoyer pour cette jeune fille servit le comte au delà de ses souhaits.
— Monsieur, dit-il au banquier d’un ton à b fois confiant et repentant, je suis coupable ; je sens combien votre indignation est légitime ; mais, par pitié pour votre fille...
M. Achille Dunoyer partit d'un éclat de rire ironique.
— Coupable ! allons donc, vousn’étes pas plus coupable que je suis indigné. Coupable?... mais au contraire, mon cher monsieur, vous avez bien fait, je vous en sais gré ; oui, je suis ravi... mais ravi de ce qui arrive.
M . de Montai regardait le banquier avec une surprise croissante : il s’attendait à des reproches, à des emportements; il n’en était rien. Thérèse contemplait et écoulait son père avec non moins d étonne meut.
— Ainsi, monsieur, vous nous pardonnez? — Cornraent donc, mais je suis à mille lieues de vous accuser, mou cher monsieur, reprit M. Dunoyer; vous avez séduit mademoiselle, c'est très-bien... tout le monde le sali, c’est encore mieux... Oui, c'est tellement public, qu'on m’a écrit une lettre anonyme ce matin pour m'apprendre les rendez-vous de mademoiselle. Sans doute ces jolis bruits sont parvenus jusqu'à votre cousin, M. de Ker Bllio, car 0 vient de m’écrire à l’instant même que des affaires importantes le rappelaient eu Bretagne, et qu’il renonçait à l'espoir d’épouser mademoiselle. Ha été trop poli pour me dire le fin mot,... *n d'autres termes, que le déshouneur de mademoiselle courait les rues.
-J’ai commis une grande faute, je le sais, mon père, dit Thérèse, je
mérite vos reproches. Hélas ! pourquoi m'avez-voos si duremeut traitée ponr me forcer à épous«T M. de Ker-KIlio?— Pourquoi?... pourquoi ?... Parce que j’avais un intérêt à voir conclure ce mariage... mais... peste... j’aitne mille fois mieux ce qui arrive à celle taure ; j'y gagne cent pour cent, dit M. Achille Dunover en continuant de sc frotter les mains. — Monsieur, dit M. de Montai d'un ton solennel, je suis disposé à vous offrir, ainsi qn’à mademoiselle votre fille, toutes les réparations que vous pouvez désirer. Je suis homme d’honueur et de cœur ; devant vous je répéterai à... Thérèse... Permettea-moi de lui donner ce nom. — Donnez. donnez... à votre aise, ne vous gênez pas. — Je répéterai donc à Thérèse, et jo lui jurerai de nouveau devant vous, de n’avoir jamais d'autre femme qu'elle. — Et moi! mon père! s'écria Thérèse, je jure que je n'aurai jamais d'autre époux que lui.
M. Dunoyer les regarda tous deux. Son ironie disparut ; H sembla ému. touche, et dit d’un ton sérieux et attendri ;
— Vraiment, ça me désarme, tas pauvres enfants! après tout, Ils sont charmants! Eh bien! voyons, mariez-vous, mauvaises têtes, puisque vous en avez tant d’envie ; le plus tôt sera le mieux. — Ah ! mon père, que de bonté! c’est maintenant que je sens l'étendue de ma faute, dit Thérèse en fondant en larmes et en tombant aux genoux du banqnier. — Oli ! oui, maintenant nous sommes vos enfants, s’écria M. de Montai en mettant sa main sur scs veux; après un léger effort, quelques larmes tombèrent. Pour que cet effet de pleurs ne fût pa* perdu, il se jeta dans
les bras de M. Dunoyer en répétant : — Oui, maintenant, nous sommet vos entants.
Le banquier avait voulu se jouer de M. de Montai et de Thérèse en Si* molanl uu attendrissement qu'il n'éprouvait pas. A b brusque accolade du comte, H partit d'un nouvel échl do rire; et, en pressant d’une manière grotesque M. do Moulai sur sa poitrine, il s'écria :
— Homme c'est touchant et dramatique ! Ah çà , Montai , est-ce que vous ne trouvez pas que nous avons l'air de jouer une scène de Robert- Macaire; j'ai joliment l'air Wonnspire, hein? et vous donc , mou cher, comme vous avez bien dit : Oh ! oui , maintenant nous sommes vos enfants!... Farceur de Montai !
Pour Thérèse, le» parole» de M. Dunoyer étaient incompréhensibles; la seule chose qui b frappa , ce fut l’ironie insultante du banquier qui succédait au moment d'attendrissement simulé dont elle avait été dupe : elle pressentit quelque dénotant horrible â cette scène , se releva et alla s’asseoir en silence. M. de Monial commença à s'effrayer des railleries de M. Achille Dunoyer; il le regardait avec inquiétude. Tout à coup on entendit frapper à la porte de l’antichambre , une voix s'écria :
— lié! ça sera-t-il encore long, monsieur Dunoyer? Nous attendons.
Et puis ce forent des huées et des éclats de rire sans fin.
— C’est b valetaille de b maison qui s’impatiente , dit froidement le banquier. — Oh ! que de honte! que de honte! dit Thérèse en cachant sâ tête dans ses malus. — Il me semble, monsieur, dit M. de Montai, que vous auriez pu venir seul, quand ça n’aurait été que par égard pour mademoiselle votre fille? — Nous y voilà ! nous y voilà enfin ! s'écria M. Dunoyer avec une explosion de joie sardonique; puis, montrant Thérèse d'un geste dédaigneux : — Ça, nui fille!... laissez donc ; il n'y a qu'une petite difficulté, c'est que ça' n'est pas ma fille. — La faute de Thérèse... uotre faute , dois-je dire , e-t grande sans doute , reprit le comte ; mais elle ne peut faire que votre fille ne soit plus votre fille. — Ne confondons point, s'il vous plaît, je n'al pa» dit plus, j'ai dit pas. — En véri'é, monsieur, je saisis à peine la différence qui existe entre ces mots. — Vraiment, vous êtes si fin? Eh bien, je vais parler plus clairement , reprit le banquier cette fois sérieusement et les traits contracté» par les détestable» joies de b haine et de b venaeance satisfaite»; apprenez-le donc : cette fille ne m'appartient pas ; elle ne m'est rien , c'est le fruit de l'adultère... Oui, ercommeilest prouvé qu’elle est née trois mois après mon retour d'un voyage d'un au, ce que j'ai fait jusqu'ici pour elle n a été que de b charité; je vais faire, dès aujourd'hui, légalement constater son incapacité à jamais posséder un liard de me» mena, je vais préalablement meure celte donzelle à b porte, pour qu'elle ne corrompe pas Clémentine ma fille, ma vraie fille, ma seule filin. Maintenant . mon cher monsieur, épousez ou n e|>ousez pas mademoiselle Thérèse, je m’en lave absolument les mains. Si vous l’épousez , elle sera la plu» malheureuse des créatures ; si vou» ne l'épouses pas , die mourra de chagrin et de misère , à moins qu elle ne Cassu comme tant d'autres jolies filles, ce qui ne lui constituera pas un avenir beaucoup plu» flatteur. — Mat», monsieur, c’est horrible ce que vous dites b ! s écria M. de Montai en balbutiant de surprise. — Vraiment! reprit le banquier avec oo<rage concentrée, c'est horrible? et n'a-i-B pa» été horrible pour moi d'avoir dan» ma maison, continuellement sou» me» yeux, un enfant qui ne m’appartenait pa», un témoignage rivant de mon outrage? Ah ! vous croyez, monsieur, que je n’ai pa* souffert aussi, moi? — Mais j’éteU innocente de ma naissance, dit douloureusement Thérèse. — Eh ! <) u\:st-< • que ccb me fait, à moi? vous uVn étiez pa» moins née, je n on étais pas moins obligé à de» ménagement», à cacher l'aversion que vous m'inspiriez. — Ab! monsieur, ne vabit-il pas mieux m'abandonner? dit Thérèse en fondant en larmes. — Si je ne l’ai pas bit , c’est nue j’avais des raisons pour ceb ; mais. Dieu merci, aujourd'hui le scandale de votre infâme inconduite est flagrant, ou ne me jettera pa» la pierre en me voyant chasser de chez moi une misérable dont les débordements autorisent ma sévérité. Enfin, moi et votre mere , nous allons être , une fois pour toute», débarrassés de vous. Four taire constater votre position, ce sera un peu de vieille honte à remuer pour Héloïse; ma foi, tant pis . elle y est décidée, elle dit que ce sera l’expiation de sa (auto. — Ma mère ! ma mère aussi ! dit Thérèse avec accablement. — Ah parbleu ! dit M. Achille, vous étiez donc aveugle ! Vous pesiez à votre mere presque autant qu’à moi.
A ce dernier coup , Thérèse se leva résignée, résolue. Elle tendit b main à M. de Monial et lui dit ;
— Edouard, partons.
Ces deux mots résumaient toute b position de cette malheureuse fille; elle n’avait plus au monde que M. de Montai.
— Je l'entends bien ainsi , dit le banquier. Vous allez sortir de citez moi snr-le-ehamp; je ne von» aurais pas permis d'y passer la nuit. On vous enverra demain vos effets Où cela? chez monsieur, «an» doute ? — Oui, monsieur, chez moi. dit M. de Montai aussi effrayé du renversement de ses espérances que de la cruauté du banquier. — Soit , dit M. Achille, on adressera le» effets de mademoiselle chez vous; ça commencera votre petit ménage, mon jeune marié.
Le comte était si cupide, si lâche, si égoïste, qu'il ne pot même à ce moment dissimuler son odieux désappointement. Sur son îroot livide et abattu. M. Dunoyer lot cette pensée :
— Me voici aussi pauvre qu’auparavant, avec une femme sur les bras.
M. Achille lisait vrai. Rien d étonnant à ccb; ces deux hommes de-
valent se comprendre et se deviner. Heureusement Thérèse, encore sous le coup de b révélation que venait de lui (aire le banquier, n'eut pas le moindre soupçon de ce oui se passait dans le cœur de M. de Monial. M. Dunoyer s'alarma de a quiétude de Thérèse; sa vengeance n'était
r is complète ; il lui fallait jeter au cœur de sa victime un soupçon atroce, dit nu comte :
— Vous voilà tout désorienté. Ah dame! que voulez-vous? espérer et tenir sont deux ; mais voilà toujours ce qui arrive. On remarque des facilités pour séduire b fille, ou plutôt celle qu’on croit la IIDe d’un riche banquier ; on se dit : Basil une lois séduite, le premier courroux passé, il faudra bien que les parents me la donnent. Elles sont deux sœurs, la fortune du père est de trois ou quatre millions, c’est donc un jour quatre-vingts ou cent mille livres de rente qui me reviendront; eu atlcndaut on ne pourra pas me donner moins de deux ou trois cent mille francs , avec la niche et 1a pâtée. C'est gentil, quand on est au moment de mourir de faim. — Monsieur, monsieur, s'écria M. de Montai furieux d'être si bien deviné, je suis ici chez moi. Vous n'êlcs pas le père de Thérèse; je ne souffrirai pas un moment de plus vos impertinences. — D’abord , pour me parler sur ce lon-lâ . mon cher monsieur, il faudrait commencer par me rendre les deux cents louis que je vous ai prêtés.
M. de Moulai baissa b tête.
U Jtoetrr rU Conçoit. — f»c» Î8.
— Et puis ensuite, reprit M. Dunover. je ne vous dis pas d'impertinences. Je dis que des gens intéressés auraient fait ce calcul-b ; mais cela ue s’adresse pas à vous . au contraire , puisque mademoiselle u’a que ses beaux yeux pour tout potage, ci que, ruiné comme vous l'êtes, die va vous être horriblement à (barge , au lien de vous être une ressource, comme vous pouviez l'espérer. — Venez, Edouard , venez, dit Thérèse en souriant de dédain ; ne pensez pas qu’uu seul de ces mois puisse vous atteindre et me faire un instant douter de votre cœur. Dieu merci ! ma foi en vous fait ma force, mon courage et mon espoir. C’est mon seul bien maintenant : et ce bien, ou vous l'envie. Venez, Edouard. Le bonheur qui nous attend, malgré notre- pauvreté , est donc certaiu , puisque les méchants tâchent do I empoisonner par la méfiance. — Monsieur. sortez d'ici, s'écria M. de Monial eu montrant b porte à M. Achille d'un air menaçant, Thérèse u'csl pas votre fille, vous n’avez aucun droit i sur elle : si vous m’exaspérez, je vous mettrai hors de chez moi.— Tout
Imprime par 11. DtUul, Mc»uii iKuivj, m» tca cocuCa «ici Eüilctua
beau , monsieur le comte; je ne prétends pas violer votre domicile. Un dernier mot, je vous prie.
M. de Montai sortit de b chambre où était Thérèse, et accompagna le banquier dans l'antichambre. Après avoir gardé un moment le silence, M. Achille dit au comte :
Le mariage. — r*ca 4L
— Je veux vous prouver que je n'al pas de rancune contre vous... en vous donnant un bon conseil. Avez- vous des nouvelles de M. de Reaitregard, depuis deux ou trois jours? — Non, monsieur; mais à quoi bon? — F, b bien ! moi , j'ai reçu ce malin uuc lettre de M. de Salutc-Luce, dont je suis le banquier, et qui est de la partie de chasse de b forêt de Breteuil. — Kb ! mou Dieu, monsieur, que me fait cela? — Attendez donc, étourdi... Avant-hier soir, le marquis a été tué à b cliasse par accident. Il veuail d'hériter de son beau-père d'une fortune énorme. La marquise de Beau regard devient ainsi uu parti superbe', quoique un peu véreux... Vous ne connaissez guère la honte, vous êtes fin et roué; ma
foi , moi , à votre pbee je ne me presserais pas du tout d'épouser
Thérèse.
Et kl. Achille Dunoyer sortit.