A MONSIEUR LE BARON JAMES ROTHSCHILD
COUSUL GBIfÉBAL d'aOTMGHB A PARIS, BA5QU1BR.
Lorette est un mot décent inventé pour exprimer Tétat d*une fille ou la fille d*un état difficile à nommer, et que, dans sa pudeur, TAcadémie française a négligé de définir, vu Tàge de ses quarante membres. Quand un nom nouveau répond à un cas social qu'on ne pouvait pas dire sans périphrases,'la fortune de ce mot' est faite. Aussi la lorette passa- t-elle dans toutes les classes de la société, même dans celles où ne passera jamais une lorette. Le mot ne fut fait qu'en 1840, sans doute à cause de Tagglomération de ces nids d'hirondelles autour de l'église dédiée à Notre-Dam&de-Lorette. Ceci n'est écrit que pour les étyroologistes. Ces messieurs ne seraient pas tant embarrassés si les écrivains du moyen âge avaient pris le soin de détailler les mœurs, comme nous le faisons dans ce temps d'analyse et de description. Mademoiselle Turquet, ou Malaga, car elle est beaucoup plus connue sous son nom de guerre (voir la Fausse maîtresse), est l'une des premières paroissiennes de celte charmante église. Cette joyeuse et spirituelle fille, ne possédant que sa beauté pour fortune, faisait, au moment où cette histoire se conta, le bonheur d'un notaire qui trouvait dans sa notaresse une femme un peu trop dévote, un peu trop roide, un peu trop sèche, pour trouver le bonheur au logis. Or, par une soirée de carnaval, maître Cardot avait réplé, chez mademoiselle Turquet, Desroches l'avoué, Bixiou le caricaturiste, Lousteau le feuilletoniste, Nathan, dont les noms illustres dans le Comédie humaine rendent superflus toute espèce de portrait; le jeune la Paiférine, dont le titre de comte de vieille roche, roche sans aucun filon de métal, hélas! avait honoré de sa présence le domicile illéffal du notaire. Si l'on ne dfne pas chez une lorette pour y manger le bœuf p»atriarcal, le maigre poiuet de la table conjugale et la salade de famille, l'on n'v tient pas non plus les discours hypocrites qui ont cours dans un salon meublé de vertueuses bourgeoises. Ah ! quand les bonnes mœurs seront-elles attrayantes? Quand les femmes du grand monde montreront-elles un peu moins leurs épaules et un peu plus de bonhomie ou d'esprit? Marguerite Turquet, l'Aspasie du Cirque-Olympique, est une de ces natures franches et vives à qui l'on pardonne tout à cause de sa naïveté dans la faute et de son esprit dans le repentir à qui l'on dit, comme Cardot, assez spirituel quoique notaire pour le dire : — Trompe-moi bien ! Ne croyez pas néanmoins à des énormités. Desroches et Cardot étaient deux trop bons enfants et trop vieillis dans le métier j^ur ne pas être de plain-pied avec Bixiou, Lousteau, Nathan et le jeune comte. Et ces messieurs, ayant eu souvent recours aux deux officiers ministériels, les connaissaient
trop pour, en style lorette, les faireposer, La conversation, parfumée des odeurs de sept cigares, fantasque d'abord comme une chèvre en liberté, s'arrêta sur la stratégie que crée à Paris la bataille incessante qui s'y livre entre les créanciers et les débiteurs. Or, si vous daignez vous souvenir de la vie et des antécédents des convives, vous eussiez difficilement trouvé dans Paris des gens plus instruits en cette matière : les uns émérites, les autres artistes, ils ressemblaient à des magistrats riant avec des justiciables. Une suite de dessins faits par Bixiou sur Clichy avait été la cause de la tournure que prenait le discours. Il était minuit. Ces personnages, diversement groupés dans le salon autour d'une table et devant le feu, se livraient à ces charges qui non-^ulement ne sont compréhensibles et possibles qu'à Paris, mais encore qui ne se font et ne peuvent être comprises que dans la zone décrite par le faubourg Montmartre et oar la rue de la Chaussée-d'Antitt, entre les hauteurs de la rue de Navarin et la ligne des boulevards.
En dix minutes, les réflexions profondes, la grande et la petite morale, tous les quolibets furent épuisés sur ce sujet, épuise déjà vers 1500 par Rabelais. Ce n'est pas un petit mérite que de renoncer à ce feu d'artifice terminé par cette dernière fusée due à Malaga.
— Tout ça tourne au profit des bottiers, dit-elle. J'ai quitté une modiste qui m'avait manqué deux chapeaux. La rageuse est venue vingt-sept fois me demanaer vingt francs. Elle ne savait pas que nous n'avons jamais vinet francs. On a mille francs, on envoie chercher cinq cents francs chez son notaire ; mais vingt francs, je ne les ai jamais eus. Ma cuisinière ou ma femme de chambre ont peut-être vingt francs à dles deux. Moi, je n'ai que du crédit, et je le perdrais en empruntant vingt francs. Si je demandais vingt francs, rien ne me distinguerait plus de mes confrères qui se promènent sur le boulevard.
— La modiste est-elle payée? dit la Paiférine.
— Ah çà, deviens-tu bête, toi? dit-elle à la Paiférine en clignant, elle est venue ce matin pour la vingt-septième fois, voilà pourquoi je vous en parle.
— Comment avez- vous fait? dit Desroches.
— J'ai eu pitié d'elle, et... je lui ai commandé le petit chapeau qud j'ai fini par inventer pour sortir des formes connues. Si mademoiselle Amanda réussit, elle ne me demandera plus rien : sa fortune est faite.
— Ce que j'ai vu de plus beau dans ce genre de lutte, dit maître
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Desroches, peint, selon moi, Paris, pour des gens qui le pratiquent, beaucoup mieux que tous les tableaux où Ton peint toujours un Paris fantastique. Vous croyez être bien forts, vous autres, dit-il en regardant Nathan et Lousteau, Bixiou et la Palfërine; mais le roi, sur ce terrain, est un certain comte qui maintenant s'occupe de faire une fin, et qui, dans son temps, a passé pour le plus habile, le plus adroit, le plus renarë, le plus instruit, le plus hardi, le plus subtil, le plus ferme, le plus prévoyant de tous les corsaires à gants jaunes, à cabriolet, à belles manières qui naviguèrent, naviguent et navigueront sur la mer orageuse de Paris. Sans foi ni loi, sa politique privée a été dirigée par les principes qui dirigent celle du cabinet anglais. Jusqu'à son mariaffe, sa vie fut une guerre continuelle comme celle de... Lousteau, dit-il. J*étais et suis encore son avoué.
— Et la première lettre de son nom est Maxime de Trailles, dit la Palfërine.
— Il a d'ailleurs tout payé, n'a fait de tort à personne, reprit Desroches ; mais, comme le disait tout à l'heure notre ami* Bixiou. paver en mars ce qu'on ne veut payer qu'en octobre est un attentat a la liberté individuelle. En vertu d'un article de son code particulier, Maxime considérait comme une escro<juerie la ruse qu'un de ses créanciers employait pour se faire payer immédiatement. Depuis longtemps, la lettre de change avait été comprise par lui dans tovtes ses conséquences immédiates et médiates. Un jeune homme appelait, chez moi, devant lui, la lettre de change : — « Le pont-aux-ânes ! — Non, dit-U, c'est le pont-des-soupirs, on n*ea revient pas. » Aussi sa science en fait de jurisprudence commerciale était-eue si complète, qu'un a^réé ne lui aurait rien appris. Vous savez qu'alors il ne possiédait rien, sa voiture, ses chevaux, étaient loués, il demeurait chez son valet de chambre, pour cpii, dit^on, il sera toujours un grand homme, même après le mariage qu'il veut faire! Membre de trois clubs, il y dînait quand il n'avait aucune invitation en ville. Généralement il usait peu de son domicile...
— 11 m'a dit, à moi, s'écria la Palfërine en interrompant Desroches : « Ma seule fatuité, c'est de prétendre que je demeure me Pjgale. »
— Voilà l'un des deux combattants, reprit Desroches, maintenant voici l'autre : Vous avez entendu plus ou moins parler d'un certain Glaparon?...
— Il avait les cheveux comme ça ! s'écria Bixiou en ébouriffant sa chevelure.
Et, doué du même talent que Chopin le pianiste possède à un si haut degré pour contrefaire les ^ens, il représenta le personnage à rinstant avec une effrayante vérité.
— 11 roule ainsi sa tète en parlant, il a été commis-voyageur, il a fait tous les métiers...
— Eh bien ! il est né pour voyager, car il est, à l'heure où je parie, en route pour l'Amérique, dit Ifesroches. 11 n'y a plus de chance que là pour lui, car il sera probablement condamné par contumace pour banqueroute frauduleuse à la prochaine session.
— Un homme à la mer ! cria Malaga.
— Ce Claparon, reprit Desroches, rut pendant six à sept ans le paravent, l'homme de paille, le bouc émissaire de deux de nos amis, du Tillet et Nucingen; mais, en 182^, son rôle fut si connu, que...
— Nos amis l'ont lâché, dit Bixiou.
— Enfin ils l'abandonnèrent à sa destinée ^ et, reprit Desrochcs, il roula dans la fanée. En 1835, il s'était associé pour faire des affaires avec un nommé Gérizet...
— Comment ! celui qui, lors des entreprises en commandite, en fit une si gentiment combinée que la sixième chambre l'a foudroyé par deux ans de prison? demanda la lorette.
— Le même, répondit Desroches. Sous la Restauration, le métier de ce Cérizet consista, de 1823 à 1827, à signer intrépidement des articles poursuivis avec acharnement par le ministère public, et d'al- ' 1er en prison. Un homme s'illustrait alors à bon marché. Le parti libéral appela son champion départemental le cooragbux Cérizet. Ce zèle fut récompensé, vers 1828, par Vintérét général. L'intérêt général était une es|)èce de couronne civique décernée par les journaux. Cérizet voulut escompter l'intérêt général ; il vint à Paris, où, sous le )>atronage des banquiers de la gauche, il débuta par une agence d'affaires, entremêlée d'opérations de banque, de fonds prêtés par un homme qiii s'était banni lui-même, un joueur trop habile, dont les fonds,^ en juillet 1850, ont sombré de compagnie avec le vaisseau de l'Etat...
— Eh ! c'est celui que nous avions surnommé la Méthode des cartes... s'écria Bixiou.
— Ne dites pas de mal de ce pauvre garçon ! s'écria Malaga. D'Estoumy était un bon enfant !
— Vous comprenez le rôle que devait jouer en 1830 un homme ruiné qui se nommait, politiquement parlant, le coura^jeux Cérizet! Il fut envoyé dans une très-jolie sous-préfecture, reprit Desroches. Malheureusement pour Cérizet, le pouvoir n'a pas autant d'ingénuité qu'en ont les partis, qui, pendant la lutte, font projectile de tout. Cérizet fut obligé de donner sa démission après trois mois d'exercice!/
Ne s'était-il pas avisé de vouloir être populaire? Comtne il ta'avait encore rien fait pour perdre son titre ae noblesse (le courageux Cérizet!) le gouvernement lui proposa, comme indemnité, de devenir gérant d'un journal d'opposition qui serait ministériel in petto. Ainsi ce fut le gouvernement qui dénatura ce beau caractère. Cérizet, se trouvant un peu trop, dans sa gérance, comme un oiseau sur une branche pourrie, se lança dans cette gentille commandite où le malheureux a, comme vous venez de le dire, attrapé deux ans de prison, là où de plus habiles ont attrapé le public.
— Nous connaissons les plus habiles, dit Bixiou, ne médisons pas de ce pauvre garçon, il est pipé ! Couture se laisser pincer sa caisse, qui l'aurait jamais cru !
— Cérizet est d'ailleurs un homme ignoble, et que les malheurs d'une débauche de bas étage ont défiguré, reprit Desroches. Revenons au duel promis. Donc, jamais deux industriels de plus mauvais genre, de plus mauvaises mœurs, plus ignobles de tournure, ne s*associèrent pour faire un plus sale commerce. Comme fonds de roulement, ils comptaient cette espèce d'argot que donne la connaissance de Paris, la hardiesse que donne la misère, la ruse que donne l'habitude des affaires, la science que donne la mémoire des fortunes parisiennes, de leur origine, des parentés, des accointances et des valeurs intrinsèques de chacun. Cette association de deux caroUeurs,
{>assez-moi ce mot, le seul qui puisse, dans l'argot de la Bourse, vous es définir, fut de peu de durée. Comme deux chiens affamés, ils se battirent à chaque charogne. Les premières spéculations de hi maison Cérizet et Claparon furent cependant assez bien entendues. Ces deux drôles s'abouchèrent avec les Barbet, les Chaboisseau, les Samanon et autres usuriers auxquels ils achetèrent des créances désespérées. • L'agence Gaparon siégeait alors dans un petit entresol de la rue Chabannais, composé de cinq pièces et dont le loyer ne coûtait pas plus de sept cents francs. Chaque associé couchait dans une chambrette qui, par prudence, était si soigneusement close, que mon maître clerc n'y put jamais pénétrer. Les bureaux se composaient d'une antichambre, d'un salon et d'un cabinet dont les meubles n'auraient pas rendu trois cents francs à l'hôtel des commissaires-priseurs. Vous connaissez assez Paris pour voir la tournure des deux pièces officielles : des chaises foncées de crin, une table à tapis en drap vert^ une pendule de pacotille entre deux flambeaux sous verre qui s'ennuyaient devant une petite glace à bordure dorée, sur une cheminée dont les tisons étaient, selon un mot de mon mattre-clerc, âgés de deux hivers ! Quant au cabinet, vous le devinez : beaucoup plus de cartons que d'affaires!... un cartonnier vulgaire pour diaque associé; puis, au milieu, le secrétaire à cylindre, vide comme la caisse ! deux fauteuils de travail de chaque côté d'une cheminée à feu de charbon de terre. Sur le carreau, s'étalait un tapis d'occasion, comme les créances. Enfin, on voyait ce meuble-meublant en acajou qui se vend dans nos études depuis cinquante ans de prédécesseur à successeur. Vous connaissez maintenant chacun des deux adversaires. Or, dans les trois premiers mois de leur association, qui se liquida par des coups de poine au bout de sept mois, Cérizet et Claparon achetèrent deux mille francs d'effets signés Maxime ( puisque Maxime il y a ), et rembourrés de deux dossiers (jugement, appel, arrêt, exécution, référé), bref, une créance de trois mille deux cents francs et des centimes qu'ils eurent pour cinq cents francs par un transport sous signature privée, avec procuration spéciale pour agir, afin d'éviter les frais... Dans ce temps-là, Maxime, déjà mûr, eut l'un de ces caprices particuliers aux quinquagénaires...
— Antonia ! s'écria la Palfërine. Cette Antonia dont la fortune a été faite par une lettre où je lui réclamais une brosse à dents.
— Son vrai nom est Chocardelle, dit Malaga, que ce nom prétentieux importunait.
— C'est cela, reprit Desroches.
— Maxime n'a commis que cette faute-là dans tonte sa vie ; mais, que voulez-vous?... le vice n'est pas parfait ! dit Bixiou.
— Maxime ignorait encore la vie qu'on mène avec une petite fille de dix-huit ans, qui veut se jeter la tête la première par son honnête mansarde, pour tomber dans un somptueux équipage, reprit Desroches, et les hommes d'Etat doivent tout savoir. A cette époque, de Marsay venait d'employer son ami, notre ami, dans la haute comédie de la politique. Homme à grandes conquêtes, Maxime n'avait connu que des femmes titrées ; et, à cinquante ans, il avait bien le droit de mordre à un petit fruit soi-disant sauvage, comme un chasseur qui fait une halte dans le champ d'un paysan sous un pommier. Le comte trouva pour mademoiselle Chocardelle un cabinet littéraire assez élégant, une occasion, comme toujours...
— Bah! elle n'y est pas restée six mois, dit Nathan, elle était trop belle pour tenir un cabinet littéraire.
— Serais-tu le père de son enfant?... demanda la lorette à Nathan.
— Un matin, reprit Desroches, Cérizet, qui, depuis l'achat de la créance sur Maxime, était arrivé par degrés à une tenue de premier clerc d'huissier, fut introduit, après sept tentatives inutiles, chez le comte. Suzon, le vieux valet de chambre, quoique profès, avait fini par prendre Cérizet pour un solliciteur qui venait proposer mille écus à Maxime, s'il voulait faire obtenir à une jeune dame un bureau do
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papier timbré. Suzon, sans aucune défiance sur ce petit drôle, un vrai pamin de Paris frotté de prudence par ses condamnations en police correctionnelle, engagea son mattre à le recevoir. Voyez-vous cet homme d'affaires, au regard trouble, aux cheveux rares, au front dégarni, à petit habit sec et noir, en bottes crottées...
— Quelle image de la créance ! 8*écria Lousteau.
— Devant le comte, reprit Desroches (l'image de la dette insolente), en robe de chambre de flanelle bleue, en pantoufles brodées par quelque marquise, en pantalon de lainage blanc, ayant sur ses cheveux teints en noir une magnifique calotte, une chemise éblouissante, et jouant avec les glands de sa ceinture?...
— C'est un tableau de genre, dit Nathan, pour qui connaît le joli peUt salon d'attente où Maxime dijenne, plein de ubieaux d'une grande valeur, tendu de soie, où Ton marche sur un tapis de Smyrne, en admirant des étagères pleines de curiosités, de raretés à faire envie à un roi de Saxe...
—Voici la scène, dit Desroches.
Sur ce mot, le conteur obtint le plus profond silence.
-* « Monsieur le comte, ditCérizet, jesuis envoyé par unN. Charles Glanaron, ancien banquier.— Ah ! que me veutril, le pauvre diable?... — Mais il est devenu votre créancier pour une somme de trois mille deux cents francs soixante-<]uinze centimes, en capital, intérêts et frais... — La créance Coutelier^ dit Maxime, qui savait ses affaires comme un pilote connaît sa côte. — Oui, monsieur le comte, répond Cérizet en s'inclinant. Je viens savoir quelles sont vos intentions? — Je ne payerai cette créance qu'à ma fantaisie, répond Maxime en sonnant pour faire venir Suzon. Claparon est bien osé d'acheter une créance sur moi sans me consulter ! j'en suis fâché pour lui, qui, pendant si longtemps, s'est si bien comporté comme Vhomme de paille de mes amis. Je disais de lui : Vraiment il faut être imbécile pour servir, avec si peu de sages et tant dé fidélité, des hommes qui se bourrent de millions. Eh bien ! il me donne là une preuve de sa bêtise... Oui, les hommes méritent leur sort! on chausse une couronne ou un boulet! on est millionnaire ou portier, et tout est juste. Que voulez-vous, mon cher? Moi, je ne suis pas un roi, je tiens à mes principes. Je suis sans pitié pour ceux qui me font des frais ou qui ne savent pas leur métier de créancier. Suzon, mon thé ! Tu vois monsieur!... dit-il au valet de chambre. Eh bien! tu t'es laissé attraper, mon pauvre vieux. Monsieur est un créancier, tu aurais dû le reconnaître à ses bottes. Ni mes amis, ni des indifférents qui ont besoin de moi, ni mes ennemis, ne viennent me voir à pied. Mon cher monsieur Cérizet, vous comprenez ! Vous n'essuierez plus vos bottes sur mon tapis, dit-il en regardant la crotte qui blanchissait les semelles de son adversaire... Vous ferez mes compliments de condoléance à ce pauvre Boniface de Claparon, car je mettrai cette affairelà dans le Z. — (Tout cela se disait d'un ton de bonhomie à donner la colique à de vertueux bourgeois.) — Vous avez tort, monsieur le comte, répondit Cérizet en prenant un petit ton péremptoire, nous serons payés intégralement, et d'une façon qui pourra vous contrarier. Aussi venais-je amicalement à vous, comme cela se doit entre gens bien élevés... — Ah ! vous l'entendez ainsi?... » reprit Maxime, que cette dernière prétention du Cérizet mit en colère. Dans cette iusolence, il y avait de l'esprit à la Talleyrand, si vous avez bien saisi le contraste des deux costumes et des deux hommes. Maxime fronça les sourcils et arrêta son regard sur le Cérizet, qui non-seulement soutint ce jet de rage firolde. mais encore qui y répondit par cette malice glaciale que oistlUent les yeux fixes d'une chatte. — a Eh bien! monsieur, sortez... ^- Eh bien! adieu, monsieur le comte. Avant six mois, nous serons quittes. — Si vous pouvez me voler le montant de votre créance, qui, je le reconnais, est légitime, je serai votre obligé, monsieur, répondit Maxime, vous m'aurez appris quelque précaution nouvelle à prendre... Bien votre serviteur... ~ Monsieur le comte, dit Cérizet, c'est moi qui suis le vôtre. » Ce fut net, plein de force et de sécurité de part et d'autre. Deux tigres, qui se consultent avant de se battre devant une proie, ne seraient pas plus beaux, ni plus rusés, que le furent alors ces deux natures aussi rouées l'une que l'autre, Tune dans son impertinente élégance, l'autre sous son harnais de fan^e.— Pour qui pariez-vous?... dit Desroches, qui regarda son auditoire surpris d'être si profondément intéressé.
— En voilà une d'histoire!... dit Malaga. Oh! je vous en prie, allez, mon cher, ça me prend au cœur.
— Entre deux ehitfM de cette force, il ne doit se passer rien de vulgaire, dit la Palférine.
— Bah ! je parie le mémoire de mon menuisier qui me scie, que le petit crapaud a enfoncé Maxime, s'écria Malaca.
— Je parie pour Maxime, dit Cardot, on ne l'a jamais pris sans vert. Desroches fit une pause en avalant un petit verre que lui présenta
la lorf tte.
— Le cabinet de lecture de mademoiselle Chocardelle, reprit Desroches, était situé rue Coquenard, à deux pas de la rue Pigale, où demeurait Maxime. Ladite demoiselle Chocardelle occupait un petit appartement donnant sur un jardin, et séparé de sa boutique par une grande pièce obscure où se trouvaient les livres. Antonia faisait tenir le cabinet par sa tante...
— Elle avait déjà sa tante?... s'écria Malaga. Diable ! Maxime faisait bien les choses.
— C'était, hélas! sa vraie tante, reprit Desroches, nommée... attendez!...
— Ida Bonamy... dit Bixiou.
— Donc, Antonia, débarrassée de beaucoup de soins par cette tante, se levait tard, se couchait tard, et ne paraissait à son comptoir que de deux à quatre heures, reprit Desroches. Dès les premiers jours, sa présence avait sufQ pour achalander son salon de lecture ; il y vint plusieurs vieillards du quartier, entre autres un ancien carrossier, nommé Croizeau. Après avoir vu ce miracle de beauté féminine à travers les vitres, l'ancien carrossier s'ingéra de lire les journaux tous les jours dans ce salon, et fut imité par un ancien directeur des douanes, nommé Denisart, homme décoré, dans qui le Croizeau voulut voir un rival, et à qui plus tard il dit : — Môsieur, vous m'avez donné hien de la tablature ! Ce mot doit vous faire entrevoir le personnage.* Ce sieur Croizeau se trouve appartenir à ce genre de petits vieillards que, depuis Henri Monnier, on devrait appeler l'espèce Coquerel, tant il en a bien rendu la petite voix, les petites manières, la petite queue, le petit œil de poudre, la petite démarche, les petits airs de tête, le petit ton sec dans son rôle de Coquerel, de la Famille improvieée. Ce Croizeau disait : — Voici, belle dame ! en remettant ses deux sous à Antonia par un geste prétentieux. Madame Ida Bonamy, tante de mademoiselle Chocardelle, sut bientôt par la cuisinière que l'ancien carrossier, homme d'une ladrerie excessive, était taxé à quarante mille francs de rentes dans le quartier où il demeurait, rue de BufTault. Huit jours après l'installation de la belle loueuse de romans, il accoucha de ce calembour galant : — « Vous me prêtez des livres, mais je vous rendrais bien des francs... s Quelques jours plus tard, il prit un petit air entendu pour dire : — a Je sais que vous êtes occupée, mais mon jour viendra : je suis veuf. » Croizeau se montrait toujours avec de beau linge, avec un habit bleubarbeau, gilet de pourde-soie, pantalon noir, souliers à double semelle, noués avec des rubans de soie noire, et craquant comme ceux d'un abbé. Il tenait toujours à la main son chapeau de soie de quatorze francs. <— a Je suis vieux et sans enfants, disait-il à la jeune personne quelques jours après la visite de Cérizet chez Maxime. J'ai mes collatéraux en horreur. C'est tous paysans faits pour labourer la terre ! Fi^rez-vous que je suis venu de mon village avec six francs, et que j'ai fait ma fortune ici. Je ne suis pas fier... Une jolie femme est mon égale. Ne vaut4l pas mieux être madame Croizeau pendant quelque temps que la servante d'un comte pendant un an... Vous serez quittée, un jour ou l'autre. Et vous penserez alors à moi... Votre serviteur, belle dame! » Tout bêla mâtonnait sourdement. La plus légère galanterie se disait en cachette. Personne an monde ne savait que ce petit vieillard propret aimait Antonia, car la prudente contenance de cet amoureux au salon de lecture n'aurait rien appris à un rival. Croizeau se défia pendant deux mois du directeur des douanes en retraite. Mais, vers le milieu du troisième mois, il eut lieu de reconnaître combien ses soupçons étaient mal fondés. Crmzeau s'iugcnia de côtoyer Denisart en s'en allant de conserve avec lui, puis, en
Ï)renant sa bisque, il lui dit : — « Ufait beau, môsieur ?... » A quoi 'ancien fonctionnaire répondit : ^ « Le temps d'Austerlitz, monsieur : j'y fus... j'y fhs même blesaé, ma croix me vient de ma conduite dans cette belle journée... ». Et, de fil en aigoille, de roue en bataille, de femme en carrosse, une liaison se fit entre ces deux débris de l'Empire. Le petit Croizeau tenait à lEmpire par ses liaisons avec les sœurs de Napoléon ; il était leur carrossier, et il les avait souvent tourmentées pour ses factures. U se donnait donc pour avoir eu des relations avec la famille impériale. Maxime, instruit par Antonia des propositions que se permettait Ya^réabU vieiUard, tel fut le surnom donné par la tante au rentier, voulut le voir. La déclaration de guerre de Cérizet avait eu la propriété de faire étudier à ce grand gant jaune sa position sur son échiquier, en en observant les moindres pièces. Or, a propos de cet agréable vieillard, il reçut dans l'entendement ce coup de cloche qui vous annonce un malheur. Un soir Maxime se mit dans le second salon obscur, autour duquel ctaîent placés les rayons de la bibliothèque. Après avoir examiné par une fente entre deux rideaux verts, les sept ou huit habitués du salon, il jaugea d'un regard l'âme du petit carrossier ; il en évalua la passion, et rut très-satisfait de savoir qu'au moment où sa fantaisie serait passée, un avenir assez somptueux ouvrirait à commandement ses portières vernies à Antonia. — a Et celui-là, dii-U en désignant le gros et beau vieillard décoré de la Lésion d'honneur, qui est-ce? — Un ancien directeur des douanes. — Il est d'un galbe inquiétant ! • dit Maxime en admirant la tenue du sieur Denisart. En effet, cet ancien militaire se tenait droit comme un clocher, sa tête se recommandait à l'attention par une chevelure poudrée et pommadée, presque semblable à celle des postillons au bal masqué. Soiis celte espèce de feutre moulé sur une tête oblongue se dessinait une vieille figure, administrative et militaire à la fois, mimée par un air rogne, assez semblable à celle que la caricature a prêtée au ConstittUionnrL Cet ancien administrateur, d'un âge, d'une poudre, d'une voussure de dos à ne rien lire sans lunettes, tendait son respectable abdomea
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avec tout Torgueil d un vieillard à mattresse, et portait à ses oreilles des boucles d*or qui rappelaient celles du vieux général Montcornet, rjiabltué du Vaudeville. Denisart affectionnait le bleu : son pantalon et sa vieille redingote, très-amples, étaient en drap bleu. — « Depuis
3uand vient ce vieux-là? demanda Maxime, à qui les lunettes parurent 'un port suspect. "— Oh ! dès le commencement, répondit Ânlonia, voici bientôt deux mois... — Bon, Cérizel n*est venu que depuis un mois, se dit Maxime en lui-même... Fais-le donc parler? dit-il à l'oreille d*Antonia, je veux entendre sa voix. — Bah ! répoddit^Ue, ce sera difficile, il ne me dit jamais rien. — Pour(}uoi vient-il alors?... demanda Maxime. — Par une drôle de raison, répliqua la belle Antonia. D'abord, il a une passion, malgré ses soixante-neuf ans; mais, à cause de ses soixante-neuf ans, u est réglé comme un cadran. Ce bonbomme-là va dtner chez sa passion, rue de la Victoire, à cinq heures, tous les jours... en voilà une malheureuse ! il sort de chez elle à six heures, vient lire pendant quatre heures tous les journaux, et il y retourne à dix heures. Le papa Groizeau dit qu'il connaît les motifs de la conduite de M. Denisart, il l'approuve; et, à sa place, îL agira de même. Ainsi, je connais mon avenir ! Si jamais je deviens madame Groizeau, de six à dix heures, je serai libre. Maxime examina l'Almanacb des 25,000 adresses, il trouva cette ligne rassurante :
DEmsAHT ^, ancien directeur des douanes, rue de la Victoire.
Il n'eut plus aucune inquiétude. Insensiblement, il se fit entre le sieur Denisart et le sieur Groizeau quelques confidences. Rien ne lie plus les hommes qu'une certaine conformité de vues en fait de femmes. Le papa Groizeau dtna chez celle qu'il nommait la belle de M. Denisart, Ici je dois placer une observation assez importante. Le cabinet de lecture avait été payé parle comte moitié comptant, moitié en billets souscrits par ladite demoiselle Ghocardelle. Le quart d'heure de Rabelais arrivé, le comte se trouva sans monnaie. Or, le premier des trois billets de mille francs fut payé galamment par l'agréable carrossier, à qui le vieux scélérat de Denisart conseilla de constater son prêt en se faisant privilégier sur le cabinet de lecture. — « Moi, dit Denisart, j'en ai vu de belles avec les belles!... Aussi, dans tous les cas, même quand je n'ai plus la tête à moi, je prends toij^ours mes précauiions avec les femmes. Gette créature de qui je suis fou, eh bien ! elle n'est pas dans ses meubles, elle est dans les miens. Le bail de l'appartement est en mon nom... a Vous connaissez Maxime, il trouva le carrossier très-jeune ! Le Groizeau pouvait paycf les trois mille francs sans rien toucher de longtemps, car Maxime se sentait plus fou que jamais d'Antonia. ..
— Je le crois bien, dit la Palférine, c*est la belle Impéria du moyen âge.
— Une femme oui a la peau rude, s'écria la loretle, et si rude qu'elle se ruine en bains de son.
— Groizeau parlait avec une admiration de carrossier du mobilier somptueux que l'amoureux Denisart avait donné pour cadre à sa belle, il le décrivait avec une complaisance satanique a l'ambitieuse Anto* nia, reprit Desroches. G'était des bahuts en ébène, incrustés de na* cre et de filets d'or, des tanis de Belgique, un lit moyen âge d'une valeur de mille écus, une horloge de Boule; puis, dans la salle à manger, des torchères aux quatre coins, des rideaux de soie de la Ghine sur laquelle la patience chinoise avait peint des oiseaux, et des por* tières montées sur des traverses valant plus une des portières à deux pieds. — « Voilà ce qu'il vous faudrait, belle dame... et ce que je voudrais vous offrir... disait-il en concluant. Je sais bien que vous m'aimeriez à peu près; mais, à mon âge, on se fait une raison. Jugez combien je vous aime, puisque je vous ai prêté mille francs. Je puis vous l'avouer : de ma vie m de mes jours, je n'ai prêté ça! » £t il tendit les deux sous de sa séance avec l'importance qu'un savant met à une démonstration. Le soir, Antoma dit au comte, aux Variétés: — I G'est bien ennuyeux tout de même un cabinet de lecture. Je ne me âcns point de goût pour cet état-là, je n'^ vois aucune chance de forlune. G'est le lot d'une veuve qui veut vivoter, ou d'une fille atroce* ment laide qui croit pouvoir attraper un homme par un peu de toileite. — G'est ce que vous m'avez demandé, » répondit le comte. En ce moment, Mucingen, à qui, la veille, le roi des lions, car les gants jaunes étaient alors devenus des lions, avait ganié mille écus, entra les lui donner, et, en voyant l'élonnement de Maxime, il lui dit : — Chai ressi Hne ohhozUian à la requédê d9 ee iiaple te Glabaron.,,'^ Ah ! voilà leurs moyens s'écria Maxime, ils ne sont pas forts, ceuxlà... — Cesde écal, répondit le banquier, bayeZ'les, §mr \U hour^ raient s'atresser à t'audrcs que moir et fus vaire tu dord... che hrends à démoin cedde cholie phamme que che fus ai bayé ce tnadin, pien afant Vobbozitian,..
— Reine du tremplin, dit la Palférine en souriant, tu perdras...
— U y avait longtemps, reprit Desroches, que, dans un cas semblable, mais où le trop nonnête débiteur, effrayé d'une affirmation à faire en justice, ne voulut pas payer Maxime, nous avions rudement mené le créancier opposant, en faisant frapper des oppositions en masse, afin d'absorber la somme en frais de coniribulion...
— • Quéqu' c'est qu' ça?... s'écria Malaga, voilà des mots qui sonnent à mon oreille comme du patois. Puisque vous avez trouvé l'es-
turgeon excellent, payez-moi la valeur de ta sauce en leçons de chicane.
— Eh bien ! dit Desroches, la somme qu'un de vos créanciers frappe d'opposition chez un de vos débiteurs peut devenir l'objet d'une semblable opposition de la part de tous vos autres créanciers. Que fait le tribunal, à qui tous les créanciers demandent l'autorisation de se payer?... Il partage léealement entre tous la somme saisie. Ge pat^ tage, fait sous l'œil de la justice, se nomme une contribution. Si vous devez dix mille francs, et que vos créanciers saisissent par opposition mille francs, ils ont chacun tant pour cent de leur créance, en vertu d'une répartition au mare le franc, en termes de palais, c'està-dire au prorata de leurs sommes; mais ils ne touchent que sur une pièce légale appelée extrait du bordereau de collocation, que délivre le greffier du tribunal. Devinez-vous ce travail fait par un juge et préparé par des avoués? il implique beaucoup de papier timbré plein de lignes lâches, difftises, où les chiffres sont noyés dans des colonnes d'une entière blancheur. On commence par déduire les frais. Or, les frais étant les mêmes pour une somme ae mille francs saisis comme pour une somme d'un million, il n'est pas difficile de manger mille écus, par exemple, en frais, surtout si Ton réussit à élever des contestations.
— Un avoué réussit toujours, dit Gardot. Gombien de fois un des vôtres ne m'a-t-il pas demandé : « Qu'y a-t-il à manger? »
— On y réussit surtout, reprit Desroches, quand le débiteur vous provoque à manger la somme en frais. Aussi les créanciers du comte n'eurent-ils rien, ils en furent pour leurs courses chez les avoués et pour leurs démarches. Pour se faire payer d'un débiteur aussi fort que le comte, un créancier doit se mettre dans une situation légale excessivement difficile à établir : il s'agit d'être à la fois son débiteur et son créancier, car alors on a le droit, aux termes de la loi, d'opérer la confusion...
— Du débiteur? dit la lorette, qui prêtait une oreiOe attentive à ce discours.
— Non, des deux qualités de créancier et de débiteur, et de se payer par ses mains, reprit Desroches. L'innocence de Glaparon, qui n'inventait que des oppositions, eut donc pour effet de tranquilliser le comte. En ramenant Antonia des Variétés, il abonda d'autant plus dans l'idée de vendre le cabinet littéraire pour pouvoir payer les deux derniers mille francs du prix, ou'il craignit le ridicule d'avoir été le bailleur de fonds d'une semblable entreprise. Il adopta donc le plan d'Antonia, qui voulait aborder la haute sphère de sa profession, , avoir un magnifique appartement, femme de chambre, voiture, et lutter avec notre belle amphitryonne, par exemple...
— Elle n'est pas assez bien faite pour cela! s'écria l'illustre beauté du Girque; mais elle a bien rincé le petit d'Esgrignon, tout de même!
— Dix jours après, le petit Groizeau, perché sur sa dignité, tenait à peu près ce lanpge à la belle Antonia, reprit Desroches : — a Mon enfant, votre cabinet littéraire est un trou, vous y deviendrez jaune, le gaz vous abîmera la vue; il faut en sortir, et, tenez !... profitons de l'occasion. J'ai trouvé pour vous une jeune dame qui ne demande pas mieux que de vous acheter votre cabinet de lecture. G'est une petite femme ruinée qui n'a plus qu'à s'aller jeter à l'eau; mais elle a quatre mille francs comptant, et il vaut mieux en tirer un bon parti pour pouvoir nourrir et élever deux enfants... — Eh bien ! vous êtes gentil, papa Groizeau, dit Antonia* — Oh ! je serai bien plus gentil tout à l'heure, reprit le vieux carrossier. Figurez-vous que ce pauvre M. Denisart est dans un chagrin qui lui a donné la jaunisse... Oui, cela lui a frappé sur le foie comme chez les vieillards sensibles. Il a tort d'être si sensible. Je le lut ai dit : Soyez passionné, bien! mais sensible... halte-là! on se tue... Je ne me serais pas attendu, vraiment, à un pareil chagrin chet un homme assez fort, assez instruit pour s'absenter pendant sa digestion de chez... — Mais qu'y a-t-il?... demanda mademoiselle Ghocardelle. — Cette petite créature, chez qui j'ai diné, l'a planté là, net... oui, elle Ta lâché sans le prévenir autrement que par une lettre sans aucune orthographe. — Voila ce que c'est, papa Groizeau, que d'ennuyer les femmes!... — G'est une leçon, belle dame, reprit te doucereux Groizeau. En attendant, je n'ai jamais vu d'homme dans un désespoir pareil, dit-il. Notre ami Denisart ne connaît plus sa main droite de sa main gauche, il ne veut plus voir ce qu'il appelle le théâtre de son bonheur... Il a si bien perdu le sens qu'il ma proposé d'acheter pour quatre mille francs tout le mobilier d'Hortense... Elle se nomme Hortense! — Un joli nom, dit Antonia. -- Oui, c'est celui de la belle-fille de Napoléon; je lui ai fourni ses équipages, comme vous savez. — Eh bien ! je verrai, dit la fine Antonia, commencez par m'envoyer votre jeune femme...» Antonia courut voir le mobilier, revint fascinée, et fascina Maxime par un enthousiasme d'antiquaire. Le soir même, le comte consentit a la vente du cabinet de lecture. L'établissement, vous comprenez, était au nom de mademoiselle Ghocardelle. Maxime se mit à rire du petit Groizeau qui lui fournissait un acquéreur. La société Maxime et Ghocardelle perdait deux mille francs, il est vrai ; mais qu était-ce que cette perte en présence de quatre beaux billets de mille francs? Gomme me le disait le comte : \ Quatre mille francs d'argent vivant! il y a des moments où l'on souscrit huit mille francs do billets pour
ESQUISSE D'HOMME D'AFFAIRES
les avoir! i le comte ia voir lui-mâme, le surlendemain, le mobilier, aérant les «luaire mille Trancs sur lui. La vente avait été réalisée à la diligence du petit Croiieau, qui poussait à la roue ; il avait enelaudé, disait-il, la veuve. Se souciant peu de cet agréable vieillard, qui allait perdre ses mille rraucs, Maxime voulut Taire porter immédiatenieut tout le mobilier daus un appartement loué au nom de madame Ida Bonamy, rue Tronchet. dans une maison neuve. Aussi s'étail-il precauiionnédeplusieurg grandes voitures dedéména^ement Maitime, rcfasciaépar la beauté du mobilier, qui, pour un tapissier, aurait valu sii mille francs, trouva le malheureui vieillard, jaune de sa jaunisse, au coin du Teu, ta télé enveloppée dans deux madras, et un bonnetde colon par-dessus, emmitouflé comme un lustre, abattu, ne pouvant pas parler, enfin si délabré, que te comte fut forcé de s'entendre avec un valet de chambre. Après avoir remis les quatre mille francs au valet de chambre qui les portait à son maître, ]|)our qu'il en donnât un reçu, Maxime voulut aller dire à ses commissionnaires de faire avancer les voitures; mais il entendit alors une voix qui résonna comme une crécelle à son oreille, et ^ui lui cria : — t C'est inutile, monsieur le comte, nous sommes quittes, j'ai six cent trente francs quinze centimes à vous remettre ! n Et il fut tout effrayé de voir Céri> let sorti de ses env^oppes, comme un papiltoo de sa larve, qui lui
tendit ses sacrés dos^ers en ajootaot : -— <r Dans mes malheurs, j'ai appris à jouer la comédie, et je vaux Bouffé dans les vieillards. — Je SUIS dans la forêt de Bondy ! s'écria Maxime. — Non, monsieur le comte, vous Êtes chez mademoiselle Horiense, l'amie du vieux lord Dudiey, qui la cache à tous les regards; mais elle a le mauvais goOt d'aimer voire serviteur. — Si jamais, me disait le comte, j'ai eu envie de tuer un homme, ce fut dans ce moment; mais que voulezvous? Horiense me montrait sa jolie tËle, il fallut rire, et, pour conserver ma supériorité, je lui dis eu lui jetant les six cents francs : — Voilàpour la fille. »
— C'est tout, Maxime? s'écria la Palférine.
— D'autant plus que c'était l'argent du peiit Croiieau, dit le profond Cardot.
— Maxime eut un triomphe, reprit Desroches, car Horteose s'écria : — Ab! si j'avais su que ce fût toi!...
— En voilà une de conuision! s'écria la lorctte. — Tn as perdu, milord. dit-elle au notaire.
Et c'est ainsi que le menuisier à qui Halaga devait cent écas ht payé.
FIN D UNK ESQtnSSE D B
DcDiiiit, Itomme iicori dins ijiil le Croiieiu voulut rair li
»D.tiiE tmmn diunkoï.
Madame, fasse Dieu mie cette œuvre ail une vie plus longue igueta mienne; la reconnaissaoce ^ue je vous ai vouée, ei qui, je l'espère, égaiera voire aiïeciion presque mûiernelle pour moi, subsisterait alors au deiâ du terme fixé k nos seniinients Ce sublime privilège d'ûiendre ainsi par la vie de dos œuvres l'existence du coeur suffirait, s'il y avait jamais une eerlilode à cet égard, pour consoler de toutes les peines (|u'il coûte à ceux dont I ambition est de le con-
Ïuérir. Je répéterai donc:
ieii le veuille I De Rii.zac
Il existe il Douai dans la rue de t'àris une maison dont la physionomie, les disposi- ^ L
tioDS ÎDtérieures et les détails ont, plus que ceux d'au- ,^ ^ ■ ^^^^^ CUD autre logis, garde le caractère des vieilles construc-
tiODS flamandes, si naiveiueni appropriées aux mœurs patriarcales de ce bon pa;s; mais, avant de la décrire, peut-être ranl-il établir
dans l'iatérâl des écrivains la nécessité de ces préparations didactiques contre les- ^ellcs protestent certaines pereonnes ignorantes et voraces qui voudraient des émotions sans CD subir les principes générateurs, la fleur sans la graine, Venant sans la gestation. L'art serait-il donc tenu d'être plus fort
2ue De l'est la nature? Les vénements de la vie humaine, soit publique, soit privée, sont si intimement liés A l'a rclii lecture, que la plupart des observateurs peuvent reconstmire les nations ou les individus dans toute la vérité de leurs habitudes, d'après les restes de leurs monuments publics ou par l'examen de leurs reliques domestiques. L'archéologie est à la nature sociale ce que l'anatomie comparée est à la nature organisée. Une mosaïque révèle toute une société, comme un squelette d'ichthyosaure sous -entend toute une création. De part et d'autre, tout se déduit, tout s'cncliaine. La cause Tait deviner un effet, comme cha-
i cité de lu ilniicd», - ri« >. 1"« J^^^^ I«™«' ^'= ""«"^: ™., jg|, j ^^^ cause. Le savant
ressuscite ainsi jusqu'aux
verrues des vieux âges. De là vleot sans doute le prodigieux intérêt
qu'inspire une description archileclarale quand la funtai^e de l'écri-
: boui^mouei
LÀ RECIIEHCHR DE L'ABSOLU
..naBUuadH
yaÎD n*eii dénature point les é\énfiM\ chaeuti ne peut-il pas la rattacher au nasse par ae sévères dMttctiotiSj et» pour rhomme, le passé ressemble singulièrement à Tavimir : lui raconter ce qui fut, n'est-ce pas presque toujours lui dire ttê qui sera? Enfin, il est rare que li peinture des liettK où la vt<l s*écoule ne rappelle à chacun ou ses vœux trahis ou ses espëritices en fleur* La compafflison entre un présent qui trompe les vouloirs secrets et l'avenir qui peut les réali« ser, est une source inépuisable de mélancolie ou de ifltlsfaoitons douces. Aussi, est-il presque impossible de ne pas être pris d'une es* pèce d'attendrissement à la nëtt&ture de la vie flamande» quand les accessoires en sont bien rendns. Pourquoi ? Peut«étre est*ce, parmi les dilTérentes existences, celle qui finit le mieun les Incertitudes de l'homme. Elle ne va pas ians toutes fêtes, sans tous les liens de la famUie, sans une grasse aisance qui atteste la continuité du bten^trei sans yn repos qui ressedlblë à de la béatitude ; mais elle exprime surtout le tafanê et la ittOdotohle d*un bonheur naïvement sensuel où la Jouissance étouBis le désir en le prévenant toujours. Quelque prU
Sue l*homme passionné puisse attacher aux tumultes des sentiments. de voit Jamais sans émotion les Imates de cette tiature sociale ou les battemeuts du cœur sont si bien réglés, f ue les gens superficiels Taccusetlt de froideur. La foule préfère généralement la force anormale qui déborde à la force égale qui persiste. La foule n'a ni le temps ni la paiîence de constater rimmense pouvoir caché sous une UpparenCë Uttilbfme. Aussi, pour frapper Cette foule emportée par le courant de la vie, la passion, de ménie que le grand artiste, u'a-t-elle d*aUtf e ressource que d'allef au delà du but, comme ont fait Michel- Ange, Bianca Gapello, maddmolsetle de là VaUière, Beethowen et Pagahini. Lea grands calculateurs seuls pen^nt ou'il ne faut jamais dé-
Sasser M but, et n'odt de respect qUe pour la virtualité empreinte ans un parfait aecotnplissement qui met en toute œuvre ce calme ptomnd dont le charme saisit les hommes supérieurs. Or, la vie adoptée par ce peuple essentiellement économe remplit bien les conditions de ttiieltë due réVent les masses pour la vie citoyenne et bourgeoise* La matérialité la plus exquise est empreinte dans toutes les habitudes flamaodes. Le comftirt anglais offre des teintes sèches, des tons durs; tandis qu'en Flandre le vieil intérieur des ménages réjouit l^œil par des couleurs moelleuses, par une bonhomie vraie ; il implique le travaU sans fiitlgue ; la pipe y décote une heureuse appll» cation du fàr niênte napolitain; puis, il accuse un sentiment paisible de l'art, sa condition la plus nécessaire, la patience ; et Télément qui en rend les créations durables, la conscience. Le caractère flamand est dans ces deux mots, patience et conscience, qui semblent exclure les riches nuances de la poésie et rendre les mœurs de ce pays àttisi plates que le sont ses larges plaines, aussi flroides dUe l'est son ctel brumeux ; mais il n'en est rien. La civilisation a déplové là SOU pouvoir en y modifiant tout, même les effets du climat. Si 1 On observe avec attention les produits des divers pays du globe, on est tout d'abord surpris de voir les couleurs grises et fiiuves spécialement affeo* tées aux productions des zones tempérées, tandis que IdS couleurs lel plus éclatantes distinguent celles des pays chauds. Les Ihceurs doi« vent nécessairement se conformer à cette loi de la naturCi Les ^lan* dres» qui jadis étaient essentiellement brunes et vouées 4 dca teintes unies, ont trouvé les moyens de jeter de l'éclat dans leur atmosphère fuligineuse par les vicissitudes politiques qui les odt successivement soumises aux Bourguignons, aux Espagnolsi aux Frauçals» et les ont fait fraterniser avec les Allemands et les HollandaiSi De TEspaanei elles ont gardé le luxe des écarkites» les satins briUadla* les tapiSse« ries à effet vigoureux, les plumes, les mandolines, et les formes cottf* toises. De Venise, elles ont eu, en retour de leurs toiles et de leurs dentelles, cette verrerie fantastique Uù le vin reluit et semble melt> leur. De T Autriche, elles ont conservé Cette pesatitc. diplomatie quii suivant un dicton populaire, fait trois pas dans un odîsseaUi Le com« nierce avec les Indes y a versé les inventions grotesques de la Chlnei et les merveilles du Japon. Néanmoins, malgré leur patlettce à totti amasser, à ne rien rendre, à tout supporter, les tlatidrei ttd tmu* valent guère être considérées oue comme le magasid ftéuéral de f EU« rope, Jusqu'au moment où la découverte du tabac sdUda par la fumée les traits épars de leur physionomie nationale. t)ès lors, en dépit des niorcellements de son territoire, le peuple flamand exista de par la pipe et la bière. Après s^être assimile, bar la constante économie de sa conduite, les richesses et les idée! de ses maîtres ou de ses vol* sitts, çepa^s, si nativement terne et dépourvu de poésie, se composa ime vie originale et des mœurs caracterlstitiues, sans pérsïtre ediaché de servilité. L'art y dépouilla tMlè idéalité pour reproduire uniquement la forme. Aussi ne demandez à cette patrie de la poésie plastiqué, ili la verve de la comédie, ni l'action dramatioue, ni les jets hardis de l'épopée ou de l'ode, ni le génie musical; mais elle est fertile en découvertes, en discussions doctorales qui veulent et le temps et la lampe. Tout y est frappé au coin de la jouissance temporelle. L homme y voit exclusivement ce qui est, sa pensée se courbe si scrupuleusement k servir les besoins de la vie qu'en aucune œuvre elle ne s est élancée au delà de ce monde. La seule idée d'avenir con-
çue par ce peuple fut une sorte d'économie en politique, sa force révolutionnaire vint du désir domestique d'avoir les coudées
franches à
table et son aise complète sous l'auvent de les itêedei. Le sentiment du bien-être et l'esprit dindcpeddance qtainspire la fortune etigendrèrent, là plus tôt dtt*ailleurs, ce besoin de liberté qui plus tard tra vailla l'Europe. Aussi) la constance de leurs idées et la ténacité que l'éducation donne aux Flamands en firent-elles, autrefois des hommes redoutables dans la défense de leurs droitsi Chez ce peuple, rien donc ne se façonne à demi, ni les maisons» ni les meubles, ni la digue, ni la culture, ni la révolte* Aussi garde-it^l le monopote de tê qu'il entreprend. La fabrication de la dentelle, couvre de patiente agriculture et de plus patiente Industrie celle de sa iolle» sont héréditaires comme ses fortunes patrimoniales. i'i\ fhllatt peindre la éônstanCe sous la forme humaine la plus pure, peut<étre seralt«on dans le vrai, en prenant le portrait d*un bon bourgmestre des Pays-Bas, capable, comme Il s'en est tant rencontré, de mourir bourgeoisement et sans éclat pour les intérêts de sa Hanse. Mais les douces poésies de cate vie
Satrlarcale se retrouveront naturellement dans la peinture d'une des eroières malsons qui, au temps où cette histoire commence, en conservaient encore le caractère a Douai. De toutes les villes du département du Nord, Douai est, hélas ! celle qui se modemlae le plus, où le sentiment innovateur a fait les plus rapides conquêtes, oùTamoUr du progrès social est le plus répandu. La, les vieilles constructlona disparaissent de jour en jour, les antiques mœurs s*effocent. Le ton» les modes, les façons de Paris y dominent ; et de l'ancienne vie fla« mande, les Douaisiens n'auront plus bientôt guC la oordialité des soins hospitaliers, la courtoisie espagnolOi la richesse et la propreté de la Hollande. Les hôtels en pierre blanche auront remplacé les ntnisons de briques. Le cossu des tbrmes bataves aura cédé devant la changeante élégance des nouveautés fl'ançalses.
La maison où se sont passés les événements de cette histoire se trouve à peu près au milieu de la rue de Paris, et porte à DouaL depuis plus de deux cents ans, le nom de la maison Claès. Les Van- Claës furent jadis une des plus célèbres familles d'artisans auxquels les Pays^as durent i dans plusieurs productions, une suprématie commerciale qu'ils ont gardée. Pebdant longtemps les Claêa Airent dans la ville de (land, de père eu fils, les chefs de la puissante confrérie des tisserands. Lors de la révolte de cette graiule cité contre Charles-Quint, qui voulait en supprimer les privilèges, le plus riche des Glaês Ait si lortement compromis, que, prévoyant une citastroplie et forcé de -partager le sort de ses compaanons, U envova aecrètement, sous la protection de la France, sa femme, ses entants et ses richesses, avant que les troupes de l'empereur n'eussent investi la ville. Les prévisions dU syndic des tisserands étaient justes. Il fut, ainsi que plusieurs autres bourgeois, excepté de la capitubtion et pendu comme rebelle, tandis qu'u éuit en réalité le défenseur de l'indépendance gantoise. La mort de Glaês et de ses compagnons porta ses fruits. Plus tard ces supplices inutiles coûtèrent au roi des Espagnes la plus grande partie de ses possessions dans les Pays-Bas. De toutes les semences confiées à la terre, le sang versé par les martyrs est celle oui doilne la plus prompte moisson. Quand PhiHppe II, qui punissait la révmte jusqu'à la seconde génération, étendit sur Douai sun sceptre de rer. les Clâês conservèrent leurs grands biens, en s*altlant à fa tràs^iobie famiUe de Holina, dont la branche aînée, alors pauvre, devint asiez riche pour pouvoir racheter le comté de Nourho qu'elle ne possédait que titulairement dans le royaume de Léon. Au eommeucement du dix-neuvième siècle, après des vicissitudes dont te tableau n^olfrlrait rien d'intéressant, la famille Claês était représentée, dans la brauche établie à Douai, par la personne de M. Baithazar daês-Mollua, comte de Nourho, qui tenait à s'appeler tout uniment Italthaiar Olaéli De l'immense fortune amassée par ses ancêtres qui (disaient mouvoir un millier de métiers, il restait à Baithazar environ dUidie mille livres de rentes eu ibnds de terre dans rarrondissemeut de Douai, et la maison de la rue de Paris dont le mobilier valait d'ailleurs une mrtuoe. Quant aut possessions du royaume de Léon, elles avalent été Tol^et dim procès entre les Molîna de Flandre et la branche de cette fiimille restée en Espagne. Les MoUna de Léon gaenèrent les demalnes et prirent le titre de comtes de Nourho. quoique les daés eussent seuls le droit de le porter; mais la vanité de fa bourffeolsie bélie était supérieure à la morgue castillane. Aussi, quand rétat civil Kit institué, Baithazar Claès laissa-t-il de côté les haillons de sa noblease espagnole pour sa grande illustration ffantoise. Le sentiment patriotique existe si Ibrtement chez les famines exilées, que jQsque dans les derniers iours du dix-huitième siècle, les Claês étaient demeurés fidèles à leurs traditions, à leurs mœurs et à leurs usages. Ils ne s'aillaient qu'aux familles de la plus pure bourgeoisie ; il leur fallait un certain nombre d'échevins ou de bourgmestres du côté de la fiancée pour l'admettre dans leur famille. Enfin Ils aHaient chercher leurs femmes à Bruges ou à Gand, à Liège ou en Hollande, afin de perpétuer les coutumes de leur foyer domestique. Vers la fin du dernier siècle, leur société, de plus en plus restreinte, se bornait à sept ou huit familles de noblesse parlementaire dont les mœurs, dont la toge à grands plis, dont la sravité magistrale mi-partie d*espagnole, s'harmoniaient à leurs habitudes. Les habitants de la ville portaient une sorte de respect religieux à cette famille, qui pour eux était comme un préjugé. La constante honnêteté, la loyauté sans u-