MOI
Ma cour>^ est achetât, je me remise. Sans compter les romans, les ouvrages dramatiques, les articles de journaux cl les recueils de poë&ies, j*ai public cinq gros volumes de voyages- Je me repose. Je s.i ■ i s aveugle : la colc était rude
à gravir, el r pour truc n eonrflfle ne me fit pasdéfaul,
H Val bit que je ne nie crusse pas seul au monde. Quelques échos de vgix généreuses sont venus jusqu'à moi comme une douce pensée À Pâme; j'ai saisi mes crayons, car je ii sais |ii.ii- 1 1 1 a ; l 1 1 1 1 l'encre manque ri la plume ; j'ai groupé i i lourde ma mémoire si fraîche et si exacte mes souvenirs les plus lointains, et, me retrempant dans mon infortune, j'ai pris mon essor,
Vnili dans ce cabinet, s élevant jusqu'au plafond, cin- «l'innh'iniis raini's de papier barbouillées par moi et !jar« danl rcligicu>eiueni les couliilrni .-es i\ tic je leur ai faites. Cinquanlc-truis rames, deux mains et six pages, ni moins ni plus, ftst-ce de hi persévérance? C'est que mi) rouie m'est ii icce, à moi: je me heurte le fi-imt contre umt obstacle quand je ne liens pns dans uns doigts le lit protecteur; >■( ni'-, lignrs s'enchevêtreraient les unes dans Jesautres si je n'avais appelé ri mon aide mille petits moyens propres à nVeinpèdier de trébucher au milieu de mes excursions lointaines, Ma page se compose de douze lignes; une coche
toile â les angles du papier me dit que je suis au verse
on nu recto* J'écris grès, Irès-gros, pour que mon serrétaire puisai me lin 1 . De petits anncaui en laiton, glissant le Ioiil: du lil il\ rch'il conducteur, m'indiquent l'endroit de la ligne ou j'ai fait halle, Les bis d'archal sont Ûxés et is ujrdisâ un cadre son s lequel est placé mon papier, dont chaque feuille est détachée. Com prenez- vous maintenant pourquoi ci nquanuMrois rames pour cinq volumes ' Quand je les Louche, j'en demeure épouvante moi-même. Mais j'avais promis! f*' *!■"• tenir ma proie. On ne ^a jamais plus loin que lorsqu'on ne sa il où I on va, et je in- m'arrête que parce qu'il va peut-être piolit aidant pour le Lecteur que pourmoL I -e peu danl encore quelques li»ncs avant nu m repos,.
J'ai achevé mes courses au travers des déserts* des steppes, des montagnes pelées, des forêts vierges et des peuplades sauvages. Je vous ni dit les périls nue j'ai volontairement courus dans mes téméraires excursions* et je suis souvent resté au-dessous de h vérité en parlant de inoi, car il y a delà fanfaronnade à publier certains dangers qui ont effrayé bien des courages et lassé bien des patiences. ,1e vous ai dit les mœurs des nations civilisées que j'ai trouvées loin, bien loin de la mère patrie; j'ai esquissé les difierences qu'il nfa été permis de signaler* j'ai poursuivi mes études avec une conalance qui devait parfois ressembler à L'imporlunîté, et j avoue que j'aî bien mieux aimé m 'culminer des hommes qui avaient besoin de moi que de ceux qui auraient pu me protéger, «l'ai vu le Urésîl si suavo, si parfumé, si riche de son ciel, si diapré de son éternel le ordure, si resplendissant de ses myriades d 1 insectes et ■I"' m seaux Lu ut maniantes, le Portugal abâtardi, le cap de Bonne-Espérance avec ses créneaux naturels de granit ri de lave qui le protègent et le menacent m In fois, les nrHiiels indiens si ditei semé ni tailladés, les sauvages Moluques, es Mariannes si coqueiles, si mes de la civilisation el si disposées ù rétrograder vers ta sauvage rie, les Caroline», où vit le peuple le plus gai, Je plus bienveillant, le plus beau île la terre. J'ai étudié le* hommes farouches d'Ombaj buvant le sang humain dans te crâne des ennemis vaincus; j'ai grivî des sommets de lave'eôle à cùie avec les Malais indomptés annés île leurs crisbs Irempés dans l'Impas ; j*aî suivi au milieu de leurs éternelles et silencieuses suliuides les traces des sauvages naturels de La presqu'île Pérou, j'ai touille rinlériuurde la ^ luvellc^ralles du Sud, hicessam-
ment en l ou ré de peuplades sans gîte, sans vivres, sans vêtements, sans Pieu.., J'ai crayonne les amusements >i pittoresques des Cafres» toujours en guerre a ver les hommes y-i Lis iiniblcs quadrupèdes qui les Iraq m 1 ni duisicur^ demeures; vous ra'ivet vu au mi Lieu des Itottenlots» m'exposanl bravement on vrai Spartiate aux caresses graisseuses
des branles de cet [m iaee informe ■ I • * 1 1 1 un di-vine plutôl la présence avec Todurat i[u';i IVulodu regaVd. J'ai navigué souvent seul dans les pirogues des farouches habitants de Itawack et de la Nouvel le- Guinée; jVi dessiné les curieuses cl colossales ruines de tiolla et de Tinian, aujourd'hui doser les II manquait àceslableanx retracés avec* wcLiludesinou avec lii le ni, des épisodes plus graves* des f,ôu plus solennels, des luîtes plus chaudes, des scènes de carnage ping animées. M y manquait des cris île rage, des efforts inouïs de férocité, des hurlements, des déchirures, des plaies < des repiii ds de feu, des dents et des ongles creusant profit ndc-
r r tça chairs pleines de vie. IL y manquait des ràl> ■-.
des tortures, des agonies, .le viens de complétée mon travail. Je me repose.
On m'a dit tout bas que j'avais quelquefois assombri me* ta Idéaux et que je ne m "étais pas assez souvent montré ^■ ; nérmiï dans mes peintures de mœurs, (Jui m'a dit cela? Le brésilien, alors que je parlais du Brésil; Je Portugais, alors que je visitais Montevideo ou Hiclhy: le Hollandais rptand j'étudiais Kotipanf»; l'Uspagnol, quand j'ai décril les Maria nnes ou nin de h l'iata; r Anglais, quand il a question du Port-Jackson ou de Maurice* Je suis plus c mipétenl qu'eux eu ces diverses matières, ci nul u'esl rip^ pelé n être juge dans sn propre en ose. Quand j'ai trouvé d'honorables excepLuuis je me suis bien gardé de les laisser passer inaperenes; j'id jiniichemcnt et loyalement cherché dans mes courses tout [iù pouvait m'instruira (, t
m'amuser en même temps. J*ai voulu voir avec la rnisou, car il me semblait déjà qu'un jour je n'y verrais plus par mes yeux. Je me suis trompé peut-être, je n'ni trompé personne.
Le tour des bêles féroces e i uiiu après celui dus hommes, c'esL-a-dire la rage, la fourberie, la rapine, la crinjut'-
sans le discernement à la place des passions qui ah s-
sent l'espèce huma Luc.
Ëh bien, que je me retrouve encore une fols dans les déserts a Tri cal ns, au milieu des forêts vierges de la îîouvelîe-Uollande, au pied des montagnes de l'ardiîpel des iles Malaises mu :ui milieu des steppes de l'Amérique du Sud, el vous verrcaque Le tigre, le limi. le boa, le serpent noir, l'hyène, le cmnidite viendront hautement me reprncher d'avoir voulu llélrlr leur car.ielûre pacilique el insulter â leurs tmeurs régénérées, four soutenir leurs droits et me punir démon irrévérence, le lion me déchirera de ses ongles et de ses dents, la pantiiérc bondira et m'entraînera dans son élan de reptile, l'hyênc bavera sur mes «'éléments soutllés* le tigre promènera sa langue rouge d.ms mes entrailles ouvertes, le rhinocéros me briser.» mhis sa boni ure de fer, le boa m'enlacera dans ses replis serrés, le serpent noir et le serpenl ;i sonneurs m'infecteront de leur venin, le crocodile m'emportera au fond îles eaux, lu requin nVamputera nu membre, le j.igmir m'arrêtera milieu de ses pampas et IVIéphaiil me lancera comme un Imllon sur tes palmes élevées ou cocotier. Ainsi s'effaceront l'erreur et le préjugé. La violence soumet la raison*
J'écrirai donc, afin de vivre en paîx avec tout le monde, l'histoire d'un univers chimérique dnnL le mouton sera le despote. Mais vous verrez qu'on criera encore â la colorn* nie. Eh bien! uni. alors seulement ou aura dit vrai. Jusque-lâ moi seul j iurai raison contre les hommes it contre les tigres, parce que moi seul je suis isolé. Je me repose*
m DES C MASSES AUX BÊTES FbPOCËS.
Impunie par 11. VnUA, Hesnil [KuieK sur les cHciwa il*"- hilticun.
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