‹ Œuvres illustrées; de seize dessins originaux de Bida, de portraits de Musset (volume 2)Chapitre 116 sur 130 · CONSEILS A UNE PARISIENNE · texte numérisé non relu

CONSEILS A UNE PARISIENNE

Oui, si j'étais femme, aimable etjolie,

Je voudrais, Julie,

Faire comme vous; Sans peur ni pitié, sans choix ni mystère,

A toute la terre

Faire les yeux doux.

Je voudrais n'avoir de soucis au monde

Que ma taille ronde.

Mes chiffons chéris.

El de pied en cap être la poupée

La mieux équipée

De Rome à Paris.

Je voudrais garder pour toute science

Cette insouciance

Qui vous va si bien; Joindre comme vous, à l'étourderie

Cette rêverie

Qui ne pense à rien.

Je voudrais pour moi qu'il fût toujours fête

Et tourner la tête

Aux plus orgueilleux; Être en même temps de glace et de flamme,

La haine dans l'àme,

L'amour dans les yeux.

Je détesterais avant toute chose,

Ces vieux teints de rose,

Qui font peur à voir.

Je rayonnerais, sous ma tresse brune,

Comme un clair de lune

En capuchon noir,

Car c'est si charmant et c'est si commode,

Ce masque à la mode.

Cet air de langueur!

Ah! que la pâleur est d'un bel usage I

Jamais le visage

N'est trop loin du cœur.

CONSEILS A UNE PARISIENNE :i67

Je voudrais encore avoir de vos caprices,

Vos soupirs novices,

Vos regards savants.

Je voudrais, enfin, tant mon cœur vous aime,

Être en tout vous-même...

Pour deux ou trois ans,

Il est un seul point, je vous le confess(?,

Oîi votre sagesse

Me semble en défaut.

Vous n'osez pas être assez inhumaine.

Votre orgueil vous gène;

Pourtant il en faut.

Je ne voudrais pas, à la contredanse,

Sans quelque prudence,

Livrer mon bras nu; Puis, au cotillon, laisser ma main blanche

Traîner sur la manche

Du premier venu.

Si mon fin corset, si souple et si juste,

D'un bras trop robuste.

Se sentait serré, J'aurais, je l'avoue, une peur mortelle

Qu'un bout de dentelle

N'en fût déchiré.

Chacun, en valsant, vient sur voire épaule

Réciter son rôle

D'amoureux transi; Ma beauté, du moins, sinon ma pensée

Serait ofîensée

D'être aimée ainsi.

Je ne voudrais pas, si j'étais Julie,

N'être que jolie

Avec ma beauté.

Jusqu'au bout des doigts je serais duchesse;

Comme ma richesse,

J'aurais ma fierté.

Voyez-vous, ma chère, au siècle où Doussorames, La plupart des hommes Sont très inconstants.

368 PUÉSIKS NOUVELLDS

Sur deux amoureux pleins d'un zèle extrême, La moitié vous aime Pour passer le temps

Quand on est coquette, il faut être sage.

L'oiseau de passage

Qui vole à plein cœur Ne dort pas en l'air comme une hirondfiUe,

Et peut, d'un coup d'aile,

Briser une Heur.

ADIEU, SUZONl

Adieu, Suzon, ma rose blonde, Qui m'as aimé pendant huit jours :

Les plus courts plaisirs de ce mondi; Souvent font les meilleurs amours, Sais-je, au moment oîi je te quitte, Où m'entraîne mon astre errant?

Je m'en vais pourtant ma petite.

Bien loin, bien vite,

Toujours courant.

Je pars, et sur ma lèvre ardente Brûle encore ton dernier baiser.

Entre mes bras, jeune imprudente, Ton beau front vient de reposer.

Sens-tu mon cœur, comme il palpile:

Le tien, comme il battait gaîment!

Je m'en vais pourtant, ma petite.

Bien loin, bien vite.

Toujours t'ai ma II t.

Paf! C'est mon cheval qu'on apprête.

Enfant, que ne puis-je en chemin Emporter la mauvaise tète, Qui m'a tout embaumé la main !

Tu souris, petite hypocrite.

Comme la nymphe, en t'en fuyant.

Je m'en vais pouilant, ma petite,

Bien loin, bien vite,

Tout en riant.

PAU l.\ MAUVAIS TEMPS 359

Que de tristesse <?t que de cliaimes

Tendre enfant, dans tes doux adieux!

Tout m'enivre, jusqu'à tes larmes,

Lorsque ton cœur est dans tes yeux.

A vivre ton regard m'invite;

Il me consolerait mourant.

Je m'en vais pourtant, ma petite.

Bien loin, bien vite,

Tout en pleurant.

Que notre amour, si lu m'oublies, Suzon, dure encore un moment; Comme un bouquet de fleurs pâlies.

Cache-le dans ton sein charmant!

Adieu : le bonheur reste au gite :

Le souvenir part avec moi :

Je l'emporterai, ma petite,

Bien loin, bien vite,

Toujours à toi.

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