‹ Œuvres illustrées; de seize dessins originaux de Bida, de portraits de Musset (volume 2)Chapitre 117 sur 130 · PAR UN MAUVAIS TEMPS · texte numérisé non relu

PAR UN MAUVAIS TEMPS

Elle a mis, depuis que je l'aime (Bien longtemps, peut-être toujours) Bien des robes, jamais la même ; Palmire a dû compter les jours.

Mais, quand vous êtes revenue, Votre bras léger sur le mien, Il faisait, dans cette avenue.

Un froid de loup, un temps de chien.

Vous m'aimiez un peu, mon bel ange.

Et, tandis que vous bavardiez, Dans cette pluie et cette fange Se mouillaient vos cher.s petits pieds.

Songeait-elle, ta jambe fine, Quant tu parlais de nos amours, Qu'elle allait porter sous l'hermine Le satin, l'or et le velours? Si jamais mon cœur désavoue Ce qu'il sentit en ce moment, Puisse à mon front sauter la boue Où tu mar-oln;. d i,, .,

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SUR TROIS MARCHES DE MARBRE ROSE

Depuis qu'Adam, ce cruel homme,

A perdu son fameux jardin,

Où sa femme, autour d'une pomme,

Gambadait sans verLugadin, ^

Je ne crois pas que sur la terre

Il soit un lieu d'arbres planté

Plus célébré, plus visité,

Mieux fait, plus joli, mieux hanté,

Mieux exercé dans l'art de plaire

Plus examiné, plus vanté,

Plus décrit, plus lu, plus chanté,

Que l'ennuyeux parc de Versailles.

Odieux! ô bergers I ôrocaillesl

Vieux Satyres, Termes grognons,

Vieux petits ifs en rang d'oignons,

0 bassins, quinconces, charmilles!

Boulingrins pleins de majesté,

Où les dimanches, tout l'été.

Bâillent tant d'honnêtes familles!

Fantômes d'empereurs romains,

Pâles nymphes inanimées

Qui tendez aux passants les mains.

Par des jets d'eau tout enrhumées!

Tourniquets d'aimables buissons,

Bosquets tondus où les fauvettes

Cherchent en pleurant leurs chansons,

Où les dieux font tant de façons

Pour vivre à sec dans leurs cuvettes 1

0 marronniers! n'ayez pas peur;

Que votre feuillage immobile,

Me sachant versificateur,

N'en demeure pas moins tranquille.

Non, j'en jure par Apollon

Et par tout le sacré vallon,

Par vous, Naïades ébréchées.

Sur trois cailloux si mal couchées,

Par vous, vieux maîtres de ballets,

Faunes dansant sur la verdure,

Par toi-même, auguste palais,

Qu'on n'habitp ^lus qu'en peinture.

SUR TROIS MARCHES DE MARBRE ROSE

Par Neptune, sa fourche au poing, Non, je ne vous décrirai point.

Je sais trop ce qui vous chagrine; De Phœbus je vois les effets :

Ce sont les vers qu'on vous a faits Qui vous donnent si triste mine; Tant de sonnets, de madrigaux, Tant de ballades, de rondeaux, Où l'on célébrait vos merveilles.

Vous ont assourdi les oreilles, Et l'on voit bien que vous dormez Pour avoir été trop rimes.

En ces lieux où l'ennui repose,

Par respect aussi j'ai dormi.

Ce n'était, je crois, qu'à demi :

Je rêvais à quelque autre chose.

Mais vous souvient-il, mon ami,

De ces marches de marbre rose,

En allant à la pièce d'eau

Du côté de l'Orangerie,

A gauche, en sortant du château?

C'était par là, je le parie.

Que venait le roi sans pareil,

Le soir, au coucher du soleil,

Voir dans la forêt, en silence,

Le jour s'enfuir et se cacher

(Si toutefois en sa présence

Le soleil osait se coucher).

Que ces trois marches sont jolies!

Combien ce marbre est noble et douxl

Maudit soit du ciel, disions-nous,

Le pied qui les aurait salies !

N'est-il pas vrai! Souvenez-vous.

— Avec quel charme est nuancée

Cette dalle à moitié cassée!

Voyez-vous ces veines d'azur,

Légères, fines et polies.

Courant, sous les roses pâlies,

Dans la blancheur d'un marbre pur?

Tel, dans le sein robuste et dur

De la Diane chasseresse,

Devait courir un sang divin;

Tell'i» ''t plus froide, est une main

Qui me menait naguère en laisse.

N'allez pas, du reste, oublier Que ces marches dont j'ai mémoire Ne sont pas dans cet escalier Toujours désert et plein de gloire, Où ce roi, qui n'attendait pas, Attendit un jour, pas à pas, Condé, lassé par la victoire.

Elles sont près d'un vase blanc, Proprement fait et fort galant.

Est-il moderne ?est-il antique?

D'autres que moi çaventcela; Mais j'aime assez à le voir là.

jitant sûr qu'il n'est point gothique.

C'est un bon vase, un bon voisin Je le crois volontiers cousin Do mes marches couleur de rose; Il les abrite avec fierté.

0 mon Dieu! dans si peu de chose Que de grâce et que de beauté!

Dites-nous, marches gracieuses, Les rois, les princes, les prélats, Et les marquis à grand fracas.

Et les belles ambitieuses, Dont vous avez compté les pas; Celles-là surtout, j'imagine, En vous touchant ne pesaient pas.

Lorsque le velours ou l'hermine Frôlaient vos contours délicats.

Laquelle était la plus légère?

Est-ce la reine Montespan?

Est-ce Ilortense avec un roman.

Mainlenon avec son bréviaire.

Ou Foniange avec son ruban?

Beau marbre, as-tu vu La Vallière ; De Parabère ou de Sabran, Laquelle savait mieux te plaire?

Entre Sabran et Parabère Le Régent même, après souper.

Chavirait jusqu'à s'y tromper.

As-tu vu le puissant Voltaire, Ce grand frondeur des préjugés, Avocat des gens mal jugés,

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Du Christ ce terrible adversaire,

Bedeau du temple de Cythère,

Présentant à la Pompadour

Sa vieille eau bénite de cour?

As-tu vu, comme à l'ermitage,

La rondelette Dubarry

Courir, en buvant du laitage,

Pieds nus, sur le gazon fleuri ?

Marches qui savez notre histoire,

Aux jours pompeux de votre gloire,

Quel heureux monde en ces bosquets,

Que de grand seigneurs, de laquais,

Que de duchesses, de caillettes,

De talons rouges, de paillettes,

Que de soupirs et de caquets.

Que de plumets et de calottes,

De falbalas et de culottes,

Que de poudre sous ces berceaux,

Que de gens, sans compter les solsl

Règne auguste de la perruque.

Le bourgeois qui te méconnaît

Mérite sur sa plate nuque

D'avoir un éternel bonnet.

Et loi, siècle à l'humeur badine,

Siècle tout couvert d'amidon,

Ceux qui méprisent ta farine'

Sont en horreur à Cupidon!...

Est-ce ton avis, marbre rose?

xMalgré moi, pourtant, je suppose

Que le hasard qui t'a mis là

Ne favait pas fait pour cela.

Aux pays où le soleil brille.

Près d'un temple grec ou latin.

Les beaux pieds d'une jeune fille,

Sentant la bruyère et le thym.

En le frappant de leurs sandales.

Auraient mieux réjoui tes dalles'

Qu'une pantoufle de satin.

Est-ce d'ailleurs pour cet usage

Que la nature avait formé

Ton bloc jadis vierge et sauvage

Que le génie eût animé?

Lorsque la pioche et la truelle

T'oiU scellé dans ce parc boueux,

En l'y planinni malgré les dieux, Mansarl insullail Praxitèle.

Oui, si tes flancs devaient s'ouvrir, Il fallait en faire sortir Quelque divinité nouvelle.

Quand sur loi leur scie a grincé, Les tailleurs de pierre ont blessé Quelque Vénus dormant encore, Et la pourpre qui te colore Te vient du sang qu'elle a versé.

Est-il donc vrai que toute chose

Puisse être ainsi foulée aux pieds.

Le rocher où l'aigle se pose,

Comme la feuille de la rose

Qui tombe et meurt dans nos sentiers?

Est-ce que la commune mère,

Une fois son œuvre accompli,

Au hasard livre la matière,

Comme la pensée à l'oubli?

Est-ce que la tourmente amère

Jette la perle au lapidaire

Pour qu'il l'écrase sans façon?

Est-ce que l'absurde vulgaire

Peut tout déshonorer sur terre

Au gré d'un cuistre ou d'un maçon?

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