‹ Œuvres illustrées; de seize dessins originaux de Bida, de portraits de Musset (volume 2)Chapitre 124 sur 130 · LA COMPLAINTE DE MINUCCIO · texte numérisé non relu

LA COMPLAINTE DE MINUCCIO

(carmosine)

Va dire, Amour, ce qui causa ma peine A mon seigneur, que je m'en vais mourir, Et, par pitié, venant me secourir, Qu'il m'eût rendu la mort moins inhumaine.

A deux genoux je demande merci.

Par grâce, Amour, va-t'en vers sa demeure. Dis-lui comment je prie et pleure ici.

Tant et si bien qu'il faudra que je meure Tout enflammée, et ne sachant point l'heure Où finira mon adoré souci.

La mort m'attend, et s'il ne me relève De ce tombeau prêt à me recevoir, J'y vais dormir, emportant mon doux rêve; Hélas! Amour, fais-lui mon mal savoir.

Depuis le jour où, le voyant vainqueur, D'être amoureuse, Amour, tu m'as forcée, Fût-ce un instant, je n'ai pas eu le cœur De lui montrer ma craintive pensée, Dont je me sens à tel point oppressée. Mourant ainsi, que la mort me fait peur. Qui sait pourtant, sur mon pâle visage, Si ma douleur lui déplairait à voir?

De l'avouer, je n'ai pas le courage.

Hélas! Amour, fais-lui mon mal savoir.

Puis donc, Amour, que tu n'as pas voulu

A ma tristesse accorder cette joie.

Que dans mon cœur mon doux seigneur ait lu,

Ni vu les pleurs où mon chagrin se noie,

Dis-lui du moins, et tâche qu"il le croie,

Que je vivrais si je ne l'avais vu.

Dis-lui, qu'un jour une Sicilienne

Le vit combattre et faire son devoir.

Dans son pays, dis-lui qu'il s'en souvienne,

Et que j'en meurs, faisant mon mal savoir.

Page 1