‹ Œuvres illustrées; de seize dessins originaux de Bida, de portraits de Musset (volume 2)Chapitre 32 sur 130 · MADRID · texte numérisé non relu

MADRID

Madrid, princesse des Espagnes,

II court par tes mille campagnes

Bien des yeux bleus, bien des yeux noirs

La blanche ville aux sérénades,

II passe partes promenades

Bien des petits pieds tous les soirs.

Madrid, quand tes taureaux bondissent.

Bien des mains blanches applaudissent, Bien des écharpes sont enjeu.

Par tes belles nuits étoilées.

Bien des senoras long voilées Descendent tes escaliers bleus.

Madrid, Madrid, moi, je me raille De tes dames à fine taille Qui chaussent l'escarpin étroit; Car j'en Scus une par le monde.

Que jamais ni brune ni blonde N'ont valu le bout de son doigt.

J'en sais une, et certes la duègne Qui la surveille et qui la peigne N'ouvre sa fenêtre qu'à moi ; Certes, qui veut qu'on le redresse, Na qu'à l'approcher à la messe.

Fût-ce l'archevêque ou le roi.

Car c'est ma princesse andalouse !

Mon amoureuse! ma jalouse!

Ma belle veuve au long réseau!

C'est un vrai démon ! c'est un ange ! Elle est jaune comme une orange, Elle est vive comme un oiseau!

Oh! quand sur ma bouche idolâtre Elle se pâme, la folâtre, 11 faut voir, dans nos grands combats, Ce corps si souple et si fragile, Ainsi qu'une couleuvre agile.

Fuir et glisser entre mes brasi

Madrid

Or, si d'aventure on s'enquête Qui m'a valu telle conquête, C'est l'allure de mon cheval, Un compliment sur sa mantille, Puis des bonbons à la vanille Par un beau soir de carnaval.

A LALîRE

Si lu ne m'aimais pas, dis-moi, fille insensée, Que balbutiais-lu dans ces fatales nuits? Exerçais-tu ta langue à railler ta pensée"? Que voulaient donc ces pleurs, cette gorge oppressée, Ces sanglots et ces cris?

Ah! si le plaisir seul t'arrachait ces tendresses, Si ce n'était que lui qu'en ce triste moment car mes lèvres en feu tu couvrais de caresses Comme un unique amant;

Si l'esprit et les sens, les baisers et les larmes, Se tiennent par la main de ta bouche à ton cœur, Et s'il te faut ainsi, pour y trouver des charmes, Sur l'autel du plaisir profaner le bonheur :

Ah! Laurette, ah! Laurette, idole de ma vie. Si le sombre démon de tes nuits d'insomnie Sans ce masque de feu ne saurait faire un pas. Pourquoi l'évoquais-tu, si tu ne m'aimais pas?

Croquis i^'alfred de Musset.

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